CHAPITRE III

A cause de sa blessure, Joy dut opter pour une autre tenue la robe de cocktail noire dut laisser place à une combinaison de soie noire qui épousait délicatement les formes de la jeune femme.

Il restait une heure avant le signal du départ, Joy allait escorter Sullivan et comme par le passé, elle partit rejoindre le numéro deux du groupe afin de prendre connaissance du dossier auquel se rattachait cette réception.

A cette heure nuit, rares étaient les personnes qui se trouvaient encore dans la tour, à l'exception bien sûr des irréductibles travailleurs tels que Sullivan, Kerenski et ce poison de Cardignac.

- « dis Simon t'as vraiment aucune idée de ce que cela veut dire ? »

- « mais puisque je te dis que non ! Moi je comprends rien au processeur, et puis tout cela va trop vite, à peine tu investis sur un truc que c'est déjà passé de mode. Ça c'est le domaine de Georgi demande lui.»

- « on parle de moi ? »

- « Kerenski tu tombes bien, aide moi je t'en supplie, je comprends rien à tout ce charabia. »

- « rien de plus simple, les processeurs sont la base même de l'ordinateur, ce sont eux qui exécutent plusieurs tâches……….

Simon finit par se désintéresser par la conversation pour se mettre à zapper les diverses chaînes sportives avant de tomber sur un match de foot qu'il se mit à regarder.

A quelques pas de là Joy prenait connaissance du dossier et posaient quelques questions à Sullivan afin de clarifier certains points.

Par le passé Joy se contentait d'escorter ses protégés en se plaçant au fond de la salle, une ombre parmi tant d'autre, mais souvent lorsque Nério se passait de ses services elle avait escorté Sullivan en tant que compagne, et elle avait souvent entendu ce que les gens disaient '' Escort Girl '' ou moins élégant '' Putain '' les gens sont si prompts à coller des étiquettes, elle les avait ignorés malgré la blessure infligés, elle n'a pas oublié le nombre de mains égarées par erreur qu'elle avait du dégager avec plus ou moins de douceur, vue de l'extérieur rien ne pouvait l'atteindre mais comme par le passé elle avait attendu la solitude pour pleurer.

- « Bill t'es prêt, on doit rejoindre Monsieur Winch. »

- « voilà, je suis prêt. On peut y aller. »

- « c'est pas trop tôt. Où est Joy ? »

- « elle est déjà montée, Madame ne pouvait pas attendre. »

- « elle pouvait pas faire comme tout le monde.»

- « eh ben non en plus elle était sapée comme si elle faisait partie des invités. »

- « Philippe, réagis bon sang elle prend trop de liberté. »

- « Milena, ça suffit, le groupe W, elle le connaît mieux que personne et les membres du conseil reconnaissent sa compétence. Bill tu peux nous laisser deux minutes.»

Philippe attendit que son subordonné quittât la pièce pour parler

- « alors tu m'expliques ? Parce là je ne te suis plus. »

- « je ne sais pas, mais je n'arrives pas à me contenir en sa présence elle réveille ce qui a de pire en moi, mais surtout pourquoi la laissez vous agir sans jamais la contredire. »

- « écoute des agents de ce standing sont rares et chose étonnante elle a accepté pour nous alors que si tu voyais les offres qu'elle a reçue. C'était de vrais ponts d'or. Aime la ou déteste la, elle fait son boulot, pas un mot ou une contestation même si elle s'oppose au boulot elle exécute les ordres qu'on lui donne. Que tu envies ce qu'elle est c'est ton problème mais ne tente pas de provoquer de problèmes avec elle, je ne serais pas toujours là pour te couvrir. Mais surtout dans toutes les situations c'est le bien être des gens qu'elle protége qui prime elle ne marque aucun temps d'arrêt ou d'hésitation quand il faut plonger.»

Dehors Bill attendait patiemment que le couple finisse sa conversation, ce bref répit lui offrait l'opportunité de repenser à sa déconvenue de cette après-midi. Bien que de mauvaise grâce il devait reconnaître que Joy Arden le surpassait, du début à la fin elle l'avait manipulé et poussé à agir comme elle le voulait pourtant il était à l'origine de l'altercation.

Et durant toute l'après-midi ses collègues l'avaient chambré tandis que les vigiles qu'il avait eus sous ses ordres durant toute la journée l'avaient regardé un sourire goguenard aux lèvres.

La colère le reprit, s'il voulait pouvoir retrouver un minimum de crédibilité, il devait rabattre son caquet à Joy Arden.

La porte s'ouvrit enfin livrant le passage à Milena et Philippe, cette dernière semblait plus calme.

- « tu viens Bill, ne faisons pas attendre Monsieur Winch. »

À l'étage Joy, consulta sa montre et à la vue de l'heure se leva.

- « John, il est 20h00. Il serait temps d'y aller. »

- « déjà ! Je vais prévenir Largo. Rupert ne supporte pas les retards. »

Joy ne répondit rien mais s'effaça pour laisser passer son patron puis lui emboîta le pas, ils arrivaient en vue du penthouse lorsque les portes de l'ascenseur s'ouvrirent pour laisser passer Milena et Bill les deux gardes du corps assignés à la sécurité de Largo ce soir.

Après avoir frappé à la porte Sullivan pénétra au penthouse afin de presser Largo et de revoir avec lui les derniers points du dossier pendant que Joy demeurait à l'extérieur en compagnie des deux agents.

L'atmosphère entre les trois gardes du corps était glaciale, par la porte ouverte ils pouvaient tout entendre. Soudain la voix de Simon couvrit celle des trois autres hommes avant d'apparaître devant eux.

- « Joy ma belle ! Depuis quand tu attends dehors comme ça ? »

- « depuis que Largo m'a rappelé ma place. »

La réponse de Joy avait fusé cinglant Simon qui tentait tant bien que mal d'oublier ce qui s'était passé au groupe quelques mois et qui avait conduit l'Intel à l'implosion.

Aujourd'hui Kerenski était revenu mais en l'absence de Joy le groupe semblait amputé d'un membre, il avait du mal à retrouver son équilibre.

- « arrête tu connais Largo aussi bien que moi, c'est pas pour rien qu'on est pote. On trouve toujours le moyen de sortir des conneries plus grosses que le Winch building. »

- « peut être Simon mais tu étais rarement volontairement blessant et cassant. »

Tout en parlant Simon entraîna Joy au penthouse, seul Kerenski se trouvait dans le salon installé sur l'une des chaises près du bureau il parcourait une dernière fois la fiche technique des processeurs que le groupe voulait acquérir.

- « eh Kerenski regarde ce que j'ai trouvé sur le pas de la porte. »

- « Joy, quel plaisir de te revoir. »

- « vraiment, tu m'as habitué à une meilleure maîtrise de cet art délicat qu'est le mensonge. »

- « tu me blesses Joy. Comment pourrai je mentir à un si redoutable agent capitaliste. »

- « en parlant de capitalisme comment se fait il que toi le grand défenseur du communisme aide ces monstrueux capitaliste à devenir encore plus riche. »

- « depuis ton départ je m'ennuie tout seul dans mon petit bunker. C'est que tu t'y connaissais pour y mettre de l'ambiance. »

- « dis tout de suite que j'étais payée pour faire le clown. »

- « maintenant que tu le dis. »

- « euh dites les gars je vous dérange pas trop. Parce que là franchement vue la chaleur de vos retrouvailles je vais me faire des idées. »

- « Simon la ferme. »

- « ah j'avais raison. Vous sortez ensemble. »

Kerenski qui reposait son verre faillit recracher sa vodka.

- « Simon il t'arrive de réfléchir avant de parler. »

Simon ne peut répondre il se frotte douloureusement les côtes après un coup de coude inamical de la part de Joy.

- « Joy tu es violente. » gémit il

- « remercie la parce que si elle ne l'avait pas fait tu aurais fait connaissance avec l'un de mes plus fidèles amis depuis quelques années. »

L'arrivée de Sullivan en compagnie de Largo qui tentait vainement de nouer son nœud de cravate mit fin aux chamailleries des trois amis. Ravis d'être tirés des griffes des deux anciens agents Simon se tourna vers Largo qu'il harangua.

- « c'est pas trop tôt. Je sais que môssieur est attentif à ce qu'il porte mais quand même, même Joy ne met pas autant de temps à se changer. »

- « Simoooonnnnnnn

La voix de Joy était chargée de menaces dont le chef de la sécurité fit peu cas. Voyant que les membres de l'Intel avaient oublié la véritable raison de leur présence Sullivan s'empressa de le leur rappeler. Après un rapide coup d'œil à sa montre bracelet Joy opina

- « en effet il est temps de partir, sinon nous allons prendre du retard sur le planning. »

Comme tout agent qui se respecte Kerenski pouvait se consacrer à plusieurs tâches simultanément, il vit donc Largo entrer dans le salon du penthouse mais il releva une chose intéressante à peine Largo franchissait il le seuil du salon que Joy sembla se tendre tout les sens aux aguets avant de se décontracter en reconnaissant.

Joy se retourna et prit la direction des portes de l'appartement obligeant Simon et les autres à la suivre.

Sur le pas de la porte les deux agents patientaient toujours, leur visage était impassible mais leurs yeux trahissaient leur impatience.

En voyant apparaître Largo et les autres les deux agents s'effacèrent pour laisser passer le petit groupe.

Ils arrivèrent à l'heure pour la réception, exceptionnellement Largo n'était pas accompagné, il arriva seul en compagnie de ses gardes du corps, Milena alla se mettre au fond de la salle tandis que Bill partait inspecter l'étage, Simon se fondit dans la masse d'invité tandis que Kerenski demeurait près de Largo.

Sullivan, Joy à son bras était parti saluer d'autres connaissances présentes à cette réception.

- « regarde la revoilà. »

- « qui ça ? »

- « en bas avec Sullivan. »

- « c'est Arden. Toujours aussi canon cette fille.»

- « rien que ça. »

- « oh non ! Je dois reconnaître qu'elle est efficace, je me souviens encore de la façon qu'elle a de se lancer sans hésiter entre une balle et la personne qu'elle protége. En tant que professionnel y a rien à dire. »

- « mais….

- « cette façon qu'elle a de se mêler aux gens de la haute. »

- « attends c'est peut être ses patrons qui veulent ça. »

- « peut être mais à la fin qui est elle ? »

- « entre nous elle n'a pas sa place bien qu'elle sache se fondre parmi nous, mais elle n'a pas sa place non plus parmi eux. »

- « c'est son problème pas le notre. T'es pas son père. »

- « t'as raison. »

- « regarde Mel c'est Winch et les siens. »

- « tiens, elle fait partie du groupe W à nouveau ? »

- « qui ça ? »

- « Joy Arden. »

- « qui ? »

- « tu le fais exprès ou quoi Stéphie. La femme au bras de Sullivan c'est Joy Arden la garde du corps de Winch. »

- « je ne pense pas qu'elle soit revenue, j'ai croisé Alicia hier et elle m'a dit qu'elle ferait partie des gardes du corps envoyés par Pinkerton. »

- « elle pourrait rester à sa place au lieu de se mêler aux invités. »

- « oh je t'en prie, elle se tient bien et ne fait pas tâche parmi les autres. »

- « peut être mais ce n'est pas sa place. »

- « et où est sa place. »

- « avec le personnel de sécu….

Mélanie s'interrompit au milieu de sa phrase, et se mit à surveiller les mouvements de Joy, depuis le début de la soirée elle s'était attachée aux pas de John qu'elle accompagnait lorsqu'il s'arrêtait pour parler ici et là puis soudainement la voici qui s'éloigne de lui.

Joy était passée près d'une fenêtre et un mouvement suspect sembla attirer son attention, soucieuse, elle se pencha vers John et lui demanda de s'éloigner de la fenêtre tandis qu'elle-même s'en approchait afin de mieux scruter l'obscurité.

Debout près de Largo Kerenski se redressa de toute sa stature tous les sens aux aguets tout comme Simon qui venait en leur direction abandonnant sa conquête derrière lui.

Les quatre hommes étaient rassemblés, le plus vieux semblait inquiet tandis que les trois autres sentaient leur sang couler plus vite dans leur veine.

- « Simon, appelle les deux gardes du corps et dis leur de venir, raccompagner Largo et John jusqu'à la voiture. »

- « eh je suis pas d'accord. Je reste avec vous. Par contre qu'ils raccompagnent John. »

- « je préfère je pense avoir passé l'âge de me prendre pour un héros. »

- « Kerenski, tu as une arme pour moi ? »

Kerenski n'eut guère l'opportunité de répondre, Joy qui contemplait toujours la nuit environnante fit soudainement volte face en criant

- « A TERRE. »

Avec plus ou moins de rapidité les gens plongèrent sur le sol, au même moment les immenses baies vitrées volaient en éclats sous les coups répétés des fusils mitrailleurs, le feu nourri des armes dura quelques minutes au bruit des armes on pouvait entendre les cris de terreurs des femmes présentes.

Puis aussi soudainement que cela avait commencé le bruit des détonations cessa et le silence qui s'abattit ensuite n'en fut que plus effrayant.

Joy fut la première à se relever et à briser le silence chargé de stupeur.

- « pourquoi faut toujours que je me prenne des coup aux épaules bon sang je vais finir par plus pouvoir porter de robe dos nus. »

Tout en râlant Joy se dirigeait vers Largo et ses amis.

- « tout va bien. Je peux savoir pourquoi ils n'ont pas été évacués. »

- « disons qu'en l'absence des deux garde du corps c'était difficile de les évacuer tout en fermant la marche. »

Au même moment Bill et Milena arrivaient ameutés par le bruit des alarmes. Milena fut la première à s'approcher.

- « tout va bien Monsieur Winch ? Vous n'êtes pas blessés ? »

- « en tout cas ce n'est pas grâce à vous. Où étiez vous passés ? »

- « j'étais sortie chercher Bill et…..

- « qui se préoccupe de Bill vous étiez là pour veiller sur Largo Winch. »

- « je ne vous permets pas de me parler sur ce ton Joy. »

- « que vous le permettiez ou pas, elle a raison il a failli mourir sans l'intervention de Mlle Arden….

Largo intervint pour la première fois.

- « nous reparlerons de tout cela plus tard. Il faut d'abord faire soigner Joy. »

- « ça va Largo, je vais bien ce ne sont que des éclats de verre. »

- « peut être mais tu as besoin de voir un médecin tout de même. »

- « est ce que je t'ai sonné Simon. »

- « eh oh j'ai rien fait moi. Y'a de l'eau dans le gaz entre toi et Largo pas nous deux. »

Voyant les esprits s'échauffer John se racla bruyamment la gorge se rappelant ainsi au bon souvenir des jeunes gens qui semblaient avoir oublié où ils se trouvaient.

- « nous devrions songer à y aller. »

- « je pense que c'est trop tard. Les gros sabots sont là. »

C'était la voix polaire de Kerenski qui s'élevait.

- « ils ont intérêt à faire vite parce que Joy a besoin de soin et qu'elle doit se rendre à l'hôpital. »

- « Largo, je suis assez grande pour parler pour moi tu crois pas. »

- « quand tu la joues miss iceberg. Je ne pense pas. »

- « ah parce que tu te prends pour le volcan qui fera fondre l'iceberg. »

- « évidemment. »

- « oh, les enfants y a des chastes oreilles. Vous attendrez d'être seuls. »

- « y'a pas à dire c'est un plaisir de vous voir vous crêper le chignon. »

- « Kerenski t'es un mec bizarre. »

- « venant de ta part Simon, je prends cela comme un compliment. »