CHAPITRE IV

L'horloge du hall du groupe affichait une heure du matin, et c'est un groupe vidé qui se dirigea vers les ascenseurs. Près de l'un d'eux une silhouette solitaire se tenait.

- « Monsieur Winch. Je vous présente mes excuses pour les erreurs commises par mes hommes. »

- « les excuses ne servent à rien Joy aurait pu être grièvement blessée. »

- « mais je ne le suis pas alors arrête, et puis c'est ça mon boulot prendre les coups à votre place. »

- « non Joy….

- « Largo ça n'est vraiment pas le moment, je dois aller faire mon rapport. Salut les gars. »

- « bonne nuit Joy. »

Les trois hommes n'avaient pas eu trop le choix. Déjà les portes de l'ascenseur se refermaient sur la jeune femme et ses coéquipiers.

Malgré la faiblesse de ses jambes Joy continua d'avancer en direction du bureau de Philippe, l'orgueil était son moteur à cet instant précis, l'anesthésie faisant toujours effet elle avait l'impression de flotter au dessus de son corps.

Cet état de bien être fut rompu par le claquement sec de la porte du bureau.

Philippe s'installa derrière son bureau tandis que tous les trois se tenaient debout au garde à vous.

- « Bill, commençons par toi, je peux savoir où tu étais passé. Visiter l'étage ne demande pas deux heures, ce qui fait que c'est un abandon de poste et toi Milena pourquoi être partie, en faisant cela il ne restait qu'un agent or le règlement est limpide sur ce point deux agents au moins. En temps normal il n'y aurait eu aucun problème mais là, il s'agissait de Winch, s'il avait été blessé c'en était fini de nos carrières. Arden comme d'habitude tu as assuré, rentre te reposer mais demain je veux ton rapport. »

- « y a rien à dire le mieux c'est de visionner les caméras de surveillance. Pour cela faudra demander à Kerenski. »

- « tu le feras parce que je doute que l'un d'entre eux puisse à nouveau s'approcher de Winch et des siens. »

- « je le ferai. »

Sur ces mots Joy se retira en compagnie de ses deux collègues, malheureusement l'ambiance entre eux était tendue et le coup de semonce n'avait pas arrangé les choses.

Les quelques heures restantes de la nuit passèrent rapidement, Largo eut du mal à trouver le sommeil, les paroles de Joy raisonnant encore dans sa tête, d'un côté heureux d'avoir pu renouer le dialogue avec son ancienne garde du corps et de l'autre inquiet pour la suite des événements.

Simon s'endormit, mais ne trouva pas le repos dans le sommeil il s'endormait pour de bref moment pour se réveiller en sursaut.

Kerenski lui visionnait ce qu'avait enregistré les caméras de surveillances, craignant un incident de ce genre il avait, avant de quitter le bunker pour rejoindre les autres piraté l'installation de monsieur Processeur.

L'aisance avec laquelle il était parvenu à déjouer les sécurités lui avait tiré un vague rictus carnassier.

Ce matin là, tous se retrouvèrent au bunker dés sept heures trente, Kerenski semblait y avoir passé la nuit, Largo venait aux nouvelles et Simon silencieux tentait de finir son café.

- « alors qu'est ce que t'as trouvé. »

- « pour l'instant rien de particulier. Les caméras du périmètre extérieur ont été débranchées, permettant à l'assaillant de pouvoir descendre en rappel sur les parois extérieures de la tour, il utilisait une Kalachnikov. C'est tout ce qu'on peut tirer des caméras, il faut attendre les rapports balistiques et les enquêtes des policiers, d'ailleurs ils ne vont pas tarder. Oh mais regardez qui voilà. »

L'expression de Kerenski demeura neutre lorsqu'il désactiva la sécurité de la porte du bunker, afin de laisser passer Joy.

- « salut les gard. »

- « salut Joy. »

- « alors beauté, on te manquait. »

- « tu ne pouvais pas savoir à quelle point Simon. »

- « que puis je pour toi Joy ? »

- « ce que j'apprécie en toi Georgi l'absence de fioriture direct à l'essentiel. »

- « c'est comme ça que tu m'aimes non ? »

- « je rêve de toi toutes les nuits. »

- « on vous dérange pas trop là. »

- « pas du tout Largo, je venais voir Kerenski. Est-ce que par hasard tu aurais les enregistrements des caméras de la tour ouest ? »

- « qui te dit que je les ai ? »

- « si tu m'annonces que tu ne les as pas, je vais commencer à me poser des questions. »

- « tiens. »

- « merci. Je te revaudrai ça. Au fait il y avait une coupure de courant au niveau du secteur 20 du bâtiment. »

- « le secteur 20 ? »

- « c'est la partie de la tour où se situe le département sécurité du groupe. »

- « minute Joy, la salle de réception relevait du secteur 20, selon les plans. »

- « c'est ce qui figure sur le rapport de Bill et Milena assure que le courant a été coupé pendant cinq minutes, c'est pourquoi elle a tardé à rejoindre son poste. »

- « donc elle a menti pour couvrir son partenaire, et ils savent quelque chose. »

- « on va les cueillir et leur poser des questions. »

- « vous avez fini de vous exciter. Primo, il est facile d'accéder au tableau électrique de l'étage et d'isoler la partie qui nous intéresse. Secundo si vous vous pointez de la sorte sans aucune preuve ils vous riront au nez, tout Largo Winch que tu sois. Ok. Donc jusqu'à ce qu'on sache de quoi il retourne vous vous tenez à carreau et laissez faire les professionnels. Salut. »

Alors que Joy s'apprêtait à refermer la porte du bunker derrière elle la voix de Largo l'arrêta.

- « Joy tu garderas un œil sur eux et tu nous préviens. »

Le silence qui régnait dans la pièce après la tirade de Joy devint soudain lourd, la lueur qui semblait se rallumer dans les yeux de Joy s'éteignit à nouveau, sans un mot elle referma soigneusement la porte derrière elle et s'éloigna en direction des ascenseurs.

La voix de Kerenski s'éleva

- « tu sais Largo, il faut savoir se taire des fois. »

- « pourquoi j'ai rien dit de mal. »

- « tu lui demandes d'espionner ses collègues et c'est rien pour toi. »

Ce fut Simon qui intervint cette fois

- « bon sang Largo tu as déjà oublié Donovan. »

- « je l'avais complètement oublié ce type. Il faut que j'aille m'excuser. »

Sur ces mots il franchit en courant les portes du bunker espérant sans doute rattraper son ancienne garde du corps mais en arrivant aux ascenseurs il n'y avait plus personne.

Alors qu'il s'apprêtait à rejoindre Joy à l'étage de la sécurité le portable de Largo sonna, en voyant le nom qui s'affichait il ne put retenir un soupir de lassitude.

- « oui John ?...... j'arrive, je faisais le point sur la situation avec Kerenski et les autres….. Joy aussi était là, elle avait des infos pour Kerenski. »

Largo mit fin à la conversation et se prépara mentalement à la longue journée qui l'attendait. Le départ de Joy avait laissé un vide dans sa vie et celle de ses amis, malgré les mois écoulés l'atmosphère était quelques fois pesante car chacun d'entre eux était sur ces gardes. Cette sensation avait pourtant disparu la veille après l'attaque et ce matin aussi, c'était comme avant. Ils s'asticotaient, râlait criaient les uns sur les autres et…..

Bref ils revivaient.

La journée passa, à la sortie de chaque réunion Largo partait s'enquérir de Joy et invariablement il obtenait les mêmes réponses. « Elle est absente. »

Pendant un moment il avait cru qu'elle l'évitait mais non, elle était réellement absente.

- « dis Simon tu sais où est passé Joy ? »

- « Joy, elle accompagne Philippe sur le lieu de l'attaque, il y ont passé la matinée avec les flics avant de se rendre au commissariat pour lire les dépositions puis petit tout à leur QG puis la balistique. »

- « elle revient ce soir ? »

- « peut être….attends….oui, elle doit t'escorter pour ton dîner avec Colombier……tiens tiens Ramsey sera de la partie, on va bien rigoler. »

- « tu disais quelque chose ? »

- « moi, rien du tout. Par contre je serai toi j'irai me changer Joy ne devrait pas tarder. »

Sur ces mots Simon quitta le penthouse, il avait des projets pour ce soir.

Après avoir longuement hésité Largo opta pour un costume sombre qu'il assortit à une chemise blanche en omettant volontairement la cravate qui devait normalement accompagner la tenue.

Joy n'était guère contente, et c'était peu dire elle en voulait à Largo pour sa réflexion de ce matin, oh elle ne doutait pas un seul instant qu'à présent il s'en voulait. En fait c'était cela son reproche Largo ne réfléchissait jamais avant de parler ou d'agir il suivait l'impulsion du moment ou la femme.

Napoléon disait : « cherchez la femme. »

Avec Largo ça l'était doublement. L'ascenseur s'ouvrit sur l'étage du penthouse.

Largo relisait le rapport que lui avait remis John en fin d'après midi, il reprenait point par point le projet de voie ferrée que projetait de construire le groupe quelque part dans le nord du Pays de galle afin de rallier plusieurs structures industrielles des deux groupes au réseau national.

Plongé dans sa lecture il n'entendit pas frapper à la porte, la seconde fois fut tout aussi discrète, de l'autre côté de la porte l'impatience gagna Joy qui frappa plus fort tirant ainsi Largo de sa profonde lecture.

Ce dernier recouvra le sourire dés qu'il vit la jeune femme.

- « Joy ! Tu sais j'ai pas arrêté de te chercher aujourd'hui. »

- « pourquoi ? »

- « tu sais parfaitement pourquoi. Je voulais m'excuser je n'ai pas su mesurer mes paroles. »

- « ne t'inquiète pas Largo j'en ai pris l'habitude avec toi. »

Ces mots blessèrent Largo mais il ne put rien répondre absorbé qu'il était par la contemplation de Joy et cet air étrange qu'elle arborait, un sourire à la fois distrait et nostalgique.

- « tu n'as jamais été tendre avec moi. Simon me soutient quoi que je fasse, Georgi ne me reprend que très rarement mais toi, tu m'as toujours obligé à faire face. Me jetant à la figure mes faiblesses. Pourtant c'est toi qui te blesses à chaque fois. »

- « je dois être un tantinet maso sur les bords. »

- « ou peut être me vois tu meilleur que je ne suis. »

Joy n'eut guère l'opportunité de répondre et Largo ne saura jamais ce qu'elle s'apprêtait à lui dire, la porte s'ouvrait pour laisser entrer Simon en tenue du parfait séducteur escortant un homme à la haute stature et dont émanait une aura d'autorité difficile à ignorer. Il était accompagné d'une seconde personne, un homme d'une trentaine d'année.

- « Monsieur Colombier, je suis ravi de vous revoir. »

- « je pensais que nous en avions fini Largo et que vous m'appelleriez Edouard. »

Docilement Largo reprit

- « Edouard……puis je vous proposer un verre. J'ai réservé un salon privé aux quatre saisons pour 20h. »

- « volontiers……vous ne me présentez pas votre charmante compagne. »

- « excusez moi, Joy Arden, Edouard colombier. Edouard Colombier, Joy Arden. »

- « ravie de vous rencontrer Monsieur colombier. Si vous voulez bien m'excuser. »

Joy se retira et partit rejoindre Ramsey qui se trouvait dans un coin de la pièce.

- « salut Joy, comment vas-tu ? »

- « salut. Bien et toi. »

- « je respire la santé depuis que je t'ai revue. »

- « merci, c'est si gentil. »

- « alors comme ça tu ne travailles plus pour Winch. Pourquoi tu ne me l'as pas dit, il y avait une place pour toi. »

- « vivre en France ne me disait pas tellement. »

- « rien que ça. »

- « tu vois une autre raison. »

- « une raison à 365 milliards. »

La réaction de Joy fut un foudroyant regard, qui empêcha Ramsey de sortir une autre insanité.

- « me regarde pas comme ça, la presse à scandale n'a parlé que de vous deux pendant des semaines après ton départ de la tour. »

- « et tu lis ce genre de presse ? »

- « difficile de pas voir. Alors tu sors avec quelqu'un ces temps ci. »

- « pas vraiment. »

- « tu es donc libre pour dîner un soir en ma compagnie. »

- « demain c'est mon jour de repos. Appelle moi. »

Ils ne purent continuer à parler plus longtemps, de l'autre côté de la pièce Edouard avait fini de boire son verre de scotch et se lavait en compagnie de Largo donnant ainsi le signal du départ.

La soirée se passa paisiblement, pour avoir travaillé ensemble par le passé Joy et Ramsey n'eurent aucun mal à se partager la tâche, assis à leur table Largo tout en prêtant une oreille à ce que disait Edouard observait la jeune femme qui contrairement à ce qui avait été un mode de vie entre eux ne s'était pas jointe à lui mais avait préféré rester en retrait assurant simplement sa fonction de garde du corps.

Le repas prit fin aux alentours de vingt trois heures, fatigué Edouard se retira de suite après, ils le déposèrent donc à son hôtel avant de refermer la porte Ramsey se pencha vers l'habitacle.

- « c'est toujours valable pour demain Joy ? »

- « tout à fait valable Cole. Appelle moi, mon numéro n'a pas changé. »

- « à demain. »

Il accompagna cette remarque d'une œillade séductrice. L'œillade n'avait pas échappé à Largo, maladroitement il tenta de s'informer auprès de Joy mais celle-ci lui rétorqua violemment que sa privée ne le concernait en rien. Il n'était que son patron et rien d'autre.

Rendu furieux par cette réplique de Joy Largo s'enflamma

- « parce que tu crois que je ne suis que ça ? »

- « et qu'est ce que tu vas imaginer ? Qu'on est les meilleurs amis du monde. »

- « mais c'est ce que nous sommes. »

- « c'est ça et moi je suis la reine de Saba. Arrête de sortir des bêtises plus grosses que toi Largo. »

- « ce ne sont pas des bêtises Joy c'est la vérité. »

- « quelle vérité ? La tienne ! Simon et Georgi sont venus mettre les choses à plat afin que nous puissions reprendre quelque part. Toi, tu es resté planqué dans ta tour. As-tu seulement idée de ce que tu m'as fait….. (Joy a une espèce de ricanement désabusé en voyant son regard interrogatif) Tu ne comprendras décidément jamais rien. Allez salut. »

Sur ces mots Joy tourna les talons et partit en direction des ascenseurs forçant Largo à la suivre. L'accès au sommet de la tour se fit en silence. Après s'être assurée que Largo était bien entré Joy rappela l'ascenseur et descendit faire son rapport à Philippe.