CHAPITRE V
- « dis moi Philippe pourquoi es tu si prompt à défendre Joy ? »
- « je ne suis pas prompt à défendre Joy. Mais je n'apprécie pas la malveillance de certains à son égard tout simplement. »
- « c'est son problème pas le tien. »
- « peut être, mais je n'aime pas croiser son regard vide de toute émotion. »
- « c'est vrai qu'elle a un regard étrange, dépourvu de toute trace de sentiments. Quand elle s'entraîne avec les autres il est impossible de voir si les coups qu'ils lui portent la touchent ou pas. »
- « c'est ce qui fait d'elle un excellent élément. »
- « nous sommes tous d'excellents éléments. »
- « sans doute, mais Joy possède sur vous un atout, son expérience du terrain et de la lutte anti-terroriste. Elle est donc plus polyvalente que toi ou Bill ou Michael. Toi par exemple tu as suivi une formation de garde du corps et c'est tout. Bill pareil, Michael a fait l'armée mais n'a pas fait la guerre. Joy si, elle a fait l'Irak et des missions dont tu n'as aucune idée. »
- « tant que ça ? »
- « ne juge pas sur les apparences, elle a été élevée pour devenir un agent et c'est ce qu'elle est devenue. Ses états de services sont excellents, crois moi si demain elle se pointait à la porte de Langley et leur disait qu'elle voulait reprendre du service, ils diraient Amen. »
- « comment sais tu tout cela. »
- « c'est mon boulot de tout savoir, tu veux qu'on passe la nuit à parler de Joy ou qu'on s'occupe de nous. »
Un sourire lascif éclaira les yeux de Milena tandis qu'elle repoussait le drap qui la recouvrait.
- « à ton avis. »
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Le réveil au pied du lit indiquait six heures pourtant l'occupante des lieux était déjà levée comme l'indiquait le bruit de l'eau s'écoulant de la douche.
Joy ressortit de sa salle de bain une serviette nouée autour des cheveux, sans se presser elle se dirigea vers la penderie se trouvant dans un coin de la chambre pour en sortir un pantalon de jogging noir ainsi qu'un tee-shirt qu'elle enfila prestement avant de fixer autour de sa taille une banane où elle plaça son arme et quelques chargeur. Puis sans plus attendre quitta l'appartement pour aller courir.
Le réveil indiquait sept heures du matin, lorsque les portes du bunker s'ouvrirent pour laisser passer un Largo mal réveillé.
Ce dernier n'avait pu fermer l'œil de la nuit, avant de quitter la tour John avait laissé bien en évidence sur le bureau du jeune homme un épais dossier relatif à un projet de construction d'un pipeline traversant de part en part le nord de la Russie et qui devait être débattu par le conseil ce matin là dés huit heure.
- « Salut Georgi. »
Tout en parlant Largo ne put s'empêcher de bailler à s'en décrocher la mâchoire. Ce dernier émit un vague grognement pouvant passer pour un bonjour, curieux Largo contourna le bureau du Russe pour voir ce qui pouvait tellement l'absorber.
Il se trouva face à un écran où s'affichait pêle-mêle, plans et chiffres. Tentant d'en savoir plus il posa la question mais trop absorbé par ce qu'il faisait l'informaticien n'entendit pas la question, par contre il sursauta violemment lorsque la porte du bunker claqua violemment après l'arrivée fracassante du Suisse.
- « devinez les gars qui j'ai croisé ce matin en plein rencard. »
- « une kalachnikov pointée en direction de tes bijoux de famille. »
- « hein, non mieux Joy avec ce cher Ramsey. »
La nouvelle sembla intéresser tout le monde puisque Kerenski délaissa ses idées de vengeance pour écouter ce que Simon avait à dire.
- « quoi d'autre ? »
- « t'es curieux ? »
- « à peine je croyais que c'était fini entre eux depuis quelques temps. »
- « faux, à Paris il faisait chaud quand ils se trouvaient dans la même pièce et tu n'as pas vu comment ils se sont sautés dessus. »
- « vraiment ? »
Kerenski semblait dubitatif.
- « eh ! Je sais reconnaître quand deux gens s'attirent et ces deux là si c'est pas du magnétisme. D'ailleurs Joy semblait d'excellente humeur. Elle souriait presque. »
- « je peux savoir comment tu sais tout ça. »
- « j'ai pris mon café avec Joy lorsqu'il est venu la rejoindre, et si tu voyais le baiser qu'ils ont échangé. »
- « c'est son droit après tout. »
- « vraiment. »
- « alors je peux savoir pourquoi tu serres le dossier de cette chaise à t'en faire blanchir les jointures. »
- « je n'ai pas apprécié la façon que tu avais de parler de Joy. C'est une amie et tu lui dois un minimum de respect. Allez je vous laisse j'ai un conseil. »
Simon prit lui aussi le même chemin il avait besoin de quelques heures de sommeil pour récupérer de sa nuit de fête.
La tour commençait à bruisser d'activité, les ascenseurs se chargeaient de travailleurs et de visiteurs.
L'étage de la sécurité ne faisait pas exception à la règle, que cela soit le personnel de la tour ou ceux engagés en renfort tous se tenaient debout attendant les affectations de la journée. Les deux responsables s'avancèrent. Georges fut le premier à prendre la parole puis vint le tour de Milena qui remplaçait Philippe dont c'était le jour de congé de même que Joy et Bill.
Il est l'heure chacun rejoint son poste pour la journée. Au conseil Largo tente vaillamment de résister à l'ennui et au sommeil qui s'empare de lui, c'est John qui mène les débats.
Largo lui se désintéresse de ce projet, il se contente de faire acte de présence pourtant son esprit n'est pas aussi endormi que son corps qui lui ressent avec acuité la fatigue accumulée depuis des semaines.
D'accord Simon était le roi de l'embrouille et des bobards en tout genre mais il lui devait reconnaître une chose sa capacité à déchiffrer avec précision les sentiments. Or en connaissant ses sentiments pour Joy il doutait qu'il soit venu leur raconter ça juste pour plaisanter.
Depuis leur dispute dans son bureau et son départ fracassant il n'avait plus jamais prononcé son nom faisant comme si elle n'avait jamais existé pourtant lui mieux que quiconque le savait.
Cette botte de foin en France et les mots de Francine Bergeron qui avait trouvé écho chez l'un comme l'autre. Ce malaise qu'il avait dissipé en s'éloignant, pourtant les situations où leurs sentiments réciproques avaient été mis à nus n'avaient pas manqué.
Mais il avait ignoré tous les signes préférant courir après d'autres plaisirs, les femmes ne manquaient pas, et il était si facile de le charmer.
Chacune à sa manière elles le séduisaient. Certaines étaient téméraires et casse cou comme lui, d'autres étaient des mères attentives. Il y avait aussi des femmes d'affaires et certaines étaient femme tout simplement.
Il avait trouvé en certaines d'elle ce qu'il avait trouvé en Joy et découvert au grés du temps qui passent mais aucune n'était Joy.
Elle avait un quelque chose qu'aucune autre n'avait mais il avait commis l'erreur de la croire acquise et capable de supporter sans broncher tous ses caprices. Mais un jours elle en a eu assez et est partie plaquant tout, le laissant lui Simon et Kerenski.
La réunion durait depuis plusieurs heures maintenant et la montre fixée au poignet de Largo indiqua midi, sans plus de cérémonie il signifia la suspension de la réunion et sa reprise à 14 heures afin de procéder au vote.
A grande enjambée il quitta la salle du conseil et partit en direction du bunker espérant avoir des nouvelles de Joy.
- « Salut Kerenski, Joy n'est pas venue te voir ce matin.»
- « c'est son jour de congé aujourd'hui. »
- « ah ! »
Largo sembla désappointé par ce qu'il entendit mais tenta de reprendre contenance. Répugnant à se retrouver seul pour le déjeuner il invita Kerenski à partager son repas avant d'appeler Simon et de lui demander de les rejoindre pour le repas.
Dans New York, Joy profitait de sa journée en compagnie de Cole, ce dernier se révélait un compagnon charmant et drôle. Il semblait réellement attaché à Joy et était au petit soin pour elle.
- « tu aimes toujours manger européen ? »
- « oui. Ça change. »
- « alors viens j'ai réservé dans un petit resto sympa à Soho. »
Ensemble ils prirent la direction de Soho inconscients de l'attention dont ils étaient l'objet. Joy et Cole avait déjà un passé commun malgré ce qu'il pouvait ressentir pour elle il semblait pourtant tout ignorer de son caractère se fiant seulement à ce qu'elle lui avait montré durant leur collaboration au sein du groupe W et leur rencontre à Paris.
Malgré la circulation il ne leur fallut pas longtemps pour atteindre le restaurant qui se trouvait dans une impasse.
L'impasse était paisible, en son centre se trouvait une petite fontaine entourée de bancs sur lesquels le promeneur ou le rêveur pouvait s'installer et apprécier le silence ou le bruissement du vent dans les feuilles des arbres qui se trouvaient dans le parc avoisinant.
- « alors comment tu trouves. »
- « ravissant. Je craque. On rentre. »
Joy se laissa entraîner par Ramsey qui semblait ravi de son effet, et heureux de cette expression de plaisir qui inondait les yeux de Joy au lieu de l'habituelle neutralité qui habitait son regard.
Le couple s'installa à une table dans un recoin de la salle et attendit l'arrivée de la serveuse en parlant.
Au dehors le poursuivant s'arrêta et se mit à observer le couple au moment où il s'apprêtait à pénétrer dans le restaurant, il vit quatre hommes pénétrer, ils portaient des bonnets sur la tête et d'après ce qu'il pouvait voir étaient armés.
Ses conclusions s'avérèrent juste puisque subitement des bruits de coup de feu brisèrent la quiétude de l'impasse faisant fuir les rares passants qui s'y trouvaient.
Les deux jeunes gens eurent vite fait de se mettre à l'abri sous une table.
- « une après midi calme et reposante. C'est ce que tu disais. »
- « on doit pas donner le même sens à calme et repos. »
- « ça va Joy, peut être que c'est un simple braquage. »
- « je l'espère je n'aime pas apporter du travail avec moi. »
- « moi non plus figure toi. Allez on y va. »
- « let's go. »
Joy fut la première à se montrer déconcertant brièvement l'un des assaillants qui cessa de tirer Joy en profita pour faire feu et blesser l'homme à la main le bruit des sirènes se fit entendre alors sans plus se préoccuper. Le petit commando interrompit ses activités et prit la fuite emportant avec lui le butin à savoir la caisse de l'établissement et quelques bijoux et montres des clients de l'établissement.
La police investit les lieux et se mit à interroger tout le monde, tout ce la prit du temps et bientôt il fut temps pour Ramsey de se présenter chez Colombier pour l'escorter. Après un dernier baiser il prit congé.
La réunion prit fin et Largo se dirigea lentement vers son appartement lorsqu'il vit Simon débouler de l'ascenseur et arriver à sa suite Kerenski de sa foulée longue et calme. Le visage du Suisse ne pouvait masquer une certaine inquiétude tandis que celui du Russe était comme à l'accoutumée un masque mais le fait qu'il ait quitté son antre pour monter accrut l'inquiétude du jeune homme.
- « qu'est ce qui se passe ? Simon dis moi ce qui se passe. »
- « se passe, pas grand-chose….
- « Simon tu ne sais pas mentir alors accouche. »
- « Joy….
- « quoi Joy ? Il lui est arrivé quelque chose…. Un accident…….l'hôpital.»
- « laisse moi finir, à midi le restaurant où elle déjeunait avec Ramsey, a été braqué, en soit rien de bien méchant mais en piratant les caméras de surveillance j'ai remarqué que quelqu'un escortait Joy depuis le début de la matinée. »
- « comment ça ? »
- « quelqu'un la suivait à la trace. »
- « qui c'est ? »
- « Bill, le lourdaud qui n'était pas à son poste pendant la soirée de Rupert. »
- « alors qu'est ce qu'on attend, on va le cueillir. »
- « du calme Largo si tu déboules comme ça, tu vas effrayer le bonhomme, pour l'instant tout ce qu'on peut lui reprocher c'est de s'être trouvé au même endroit que Joy….
- « et non assistance à personne en danger. »
- « et alors, il était pas armé. »
- « non, il faut prévenir Joy et faire en sorte que celle-ci reste dans les parages pour qu'on puisse enquêter. »
- « et si c'était la commission. »
- « pourquoi ? Joy a quitté le groupe et nous n'avons presque plus de contact. Alors pourquoi maintenant ? »
- « ils imaginent peut être que Joy est revenue travailler ici. »
- « c'est pas con il y a une autre possibilité….
Kerenski ne put finir sa phrase, Gabriella poussait les portes du penthouse afin de laisser Joy entrer.
- « salut. »
Dés que la jeune femme apparut elle fut encerclée par Simon et Largo qui tournaient autour d'elle pour s'assurer qu'elle n'arborait aucune blessure.
- « je peux savoir ce qui se passe. »
- « ça va tu n'as rien. »
- « mais oui je vais bien pourquoi ces questions. »
- « on a su pour tout à l'heure. »
- « oh ça ! C'est rien un banal braquage de rien du tout…. Allez on oublie, je venais vous voir pour vous dire que les rapports sont arrivés.»
Joy se trouvait toujours près de la porte et la franchissait à nouveau en direction des ascenseurs certaines que les garçons la suivaient, ne les entendant pas elle se retourna et les vit toujours à la même place.
- « je peux savoir ce qui se passe ? »
Ne sachant que dire Simon et Largo se raclèrent la gorge et détournèrent le regard incapable de répondre ce fut à Kerenski de répondre.
- « il apparaîtrait que ton braquage n'est pas aussi banal que cela, ton collègue Bill se trouvait à quelques pas de l'endroit où tu te trouvais pendant le déjeuner. »
- « vraiment ! »
La voix de Joy était étrange et la jeune femme parut troublée par ce qu'elle venait d'apprendre.
- « Qu'importe l'important pour l'instant est de trouver qui veut vous accrocher à son tableau de chasse. »
- « toi aussi, tu sembles sur le tableau de chasse de quelqu'un. »
- « merci Kerenski. Mais je persiste à dire que je ne suis pas la cible dans cette histoire…. Bon vous venez. »
Les trois hommes finirent enfin par la suivre, heureux de retrouver le membre manquant de leur petite famille.
Ils existaient tous en dehors de l'Intel, ils avaient un passé une famille mais pour des raisons propres à chacun ils avaient délaissé cette famille si bien qu'à un moment donné ils se sont retrouvés seuls face à leur démon, Largo avait croisé Simon dans une prison puis il y a eu Kerenski recommandé par le Père Maurice et enfin Joy renvoyée puis réembauchée sur un coup de tête, des êtres que rien ne lient mais qui se sont regroupés et au fil des épreuves de chacun ont fini par former une famille. Celle vers laquelle ils se tournent peut être pas très spontanément mais leur recours en cas de problème.
L'ascenseur s'arrêta à l'étage de la sécurité afin de permettre à Philippe de les rejoindre avant de reprendre sa course en direction des profondeurs de la tour.
- « au fait Joy reprends ta carte. Tes codes sont toujours valides. »
Joy prit sa carte des mains de Largo avant de se tourner vers Kerenski
- « Kerenski, je peux savoir pourquoi mes codes n'ont pas été désactivés. »
- « tu connais Largo c'est un grand sentimental. »
- « peut être mais le pro ici c'est toi. »
- « allons Joy nous savons tous ici qu'aucun de nous n'est une taupe. »
- « c'est pas une raison. »
- « c'est une raison suffisante, tu fais partie de la famille alors tu gardes un jeu des clés de la maison. »
Joy savait quand elle ne pourrait pas avoir le dernier mot avec Largo alors elle renonça à polémiquer et mit sa carte dans sa poche.
Les portes de l'ascenseur s'ouvrirent et les cinq occupants s'avancèrent en direction du bunker.
Kerenski composa le code et la porte s'ouvrit dans un chuintement. Les quatre écrans étaient en veille et le sigle du groupe W tournoyait inlassablement.
Chacun prit sa place autour de la table et le travail put commencer.
Debout en retrait sur la plateforme Philippe observait les quatre travailleurs en contrebas, Joy occupait un siège près du Russe le Suisse se trouvait à son côté et face à elle Winch. D'ailleurs à cet instant précis il observait son ancienne garde du corps, il avait appris par l'un de ses contacts que Joy avait claqué la porte du groupe après une violente dispute avec Winch et sa petite amie du moment.
Pourtant en les voyant travailler tous les quatre ensembles, rien ne laissait penser que le groupe était partagé à cause d'une dispute.
Joy était à sa place le Suisse osait des remarques qui venant de quiconque aurait valu à leur émetteur un rappel à l'ordre des plus cinglants, mais ici malgré les regard noirs les remarques cinglantes il persistait sous l'œil amusé des deux autres.
- « vous comptez rester la haut encore longtemps y a du boulot vous savez. »
- « j'ai été distrait pardonnez moi. »
- « petite mise au point avant de démarrer un mot de ce qui se passe ici et vous aurez du mal à continuer votre vie bien rangée entre votre boulot et votre tendre moitié. »
- « que voulez vous dire ? »
- « parlez de cet endroit et il pourrait vous arriver des ennuis dirons nous, mourir par exemple. »
- « eh Kerenski on est pas des sauvages. Disons que nous avons les moyens de vous faire des misères. »
- « Joy dis quelques choses. »
- « écoute ce que Kerenski te dit, il en va de ta santé. »
- « c'est tout ce que ça te fait. »
- « écoute si je n'étais pas sûre de ton aptitude à te taire, je ne t'aurai pas fait entrer mais apprends aussi que si tu tentes de leur nuire il t'en cuira. Le KGB a toujours eu des méthodes percutantes pour convaincre. »
- « ça te va bien de parler, t'es pas une tendre non plus. »
KGB, CIA. Comment avaient ils fait pour travailler ensemble surtout qu'ils semblaient se connaître tous les deux, dans un geste distrait Joy s'empara de la tasse posée à côté et but une gorgée de café avant de grimacer.
- « il est infect ce café. »
Ils travaillèrent ainsi pendant des heures, Winch et son ami faisant quelques recherches sous les ordres des deux anciens agents ou chahutant jusqu'à se faire sévèrement reprendre. Le calme revenait immédiatement après chaque rappel à l'ordre mais ne durait jamais longtemps, durant l'un de ses silences Simon sembla s'abîmer dans ses réflexions.
Simon se leva et quitta le bunker sous prétexte de récupérer des dossiers à l'étage de la sécurité au bout d'un quart d'heure il revint avec entre les bras deux bouteilles mais aucun dossier
- « eh les gars du vin et du champagne de Californie pour tout le monde. »
- « c'est du mousseux Simon »
- « mousseux du champagne on s'en fout. »
- « on voit bien que c'est pas toi qui t'es farci les négociations de ces vignes »
Ces quelques mots semblèrent éveiller des souvenirs chez les quatre membres qui se turent un instant.
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Les moteurs se sont tus bientôt nous allons pouvoir quitter la cabine du jet, enfin. Cette semaine a été interminable pour tout le monde, nous avons été sur le pont sans arrêt, John dans son immense bonté a concocté pour Largo un vrai parcours du combattant, deux à trois réunions par jour un peu partout dans le pays.
Nous avons visité la Californie, la région de Nappa et ses vins, le groupe s'est lancé depuis quelques années maintenant dans la production de vin, que cela soit les vins de grande distribution ou ceux de garages, rajoutez y les mousseux aussi (l'appellation de Champagne étant réservée aux vins de cette région) nous y avons passé la journée afin d'inspecter les vignes observer les caves et voir si les vignobles avaient besoin des 20 millions de dollars réclamés.
C'était parfait, le temps est chaud, les femmes belles et Largo a su en tirer profit, moi aussi d'ailleurs.
Joy, comme à son habitude, fut d'un professionnalisme à tout épreuve. C'est ce jour là que j'ai relevé pour la première fois l'attitude des gens vis-à-vis d'elle.
Largo et moi venons d'un monde où étiquettes et protocole ne veulent absolument rien dire et même aujourd'hui alors que nous sommes au sommet, nous n'avons pas tellement changé, cela nous a joué quelques tours de fois et le prix fut lourd mais nous sommes ainsi.
Joy a tenté de conserver cette distance mais nous ne l'avons pas laissé faire, à nous quatre nous formons l'Intel Unit.
Ce jour là à Nappa je n'ai pas fait très attention à la réaction d'Andréa notre Hôtesse, au début elle croyait que Joy était la petite amie du moment de Largo, elle fut charmante jusqu'à ce qu'il fit les présentations et la présenta comme sa garde du corps, elle se fit méprisante. Joy lui opposa autant de mépris. Largo ne vit rien ou fit mine de ne rien voir je ne sais pas, mais je sais que cette attitude a blessé Joy, après plus de six mois de cohabitation, j'arrive à voir parfois au-delà du masque qu'elle porte.
Nous sommes restés une nuit sur place, à la table des négociations Joy a siégé auprès de Largo, cette présence démontra qu'elle n'était pas une simple employée mais était elle une amie pour autant ? Même Largo ne saurait répondre à cette question.
Plus tard nous nous sommes arrêtés à Cincinnati, pour la signature d'un gros contrat avec l'industrie du Jeu Vidéo, la signature devait avoir lieu le soir pendant une réception donnée dans l'un des plus grands hôtels de la ville. Comme toujours Joy nous a précédé, récupérant les clés de nos chambres et les vérifiant avant de nous permettre de rentrer, à peine avions nous posé nos sacs que la porte s'ouvrit pour laisser passer Georgina la dernière conquête de Largo. Nous devions déjeuner tous les trois ensemble c'est devenu tous les quatre, la table fut dressée dans le living de la suite de Largo lorsque Joy s'apprêtait à s'asseoir la voix de Georgina s'éleva.
- « vous ne croyez tout de même pas que vous allez manger à la même table que votre patron. »
J'ai été choqué et le fus encore plus part l'inertie de Largo, et le ton fut donné, voyant que Largo ne réagissait pas, elle fit ce qu'il lui plut. Je ne sais pas pourquoi Largo la laissait faire mais le jour où elle voulut frapper Joy et que celle-ci répliqua par une gifle magistrale il sortit de sa réserve et chassa manu militari sa compagne.
Durant cette semaine elle ne reçut aucun coup de fil, à croire que personne ne l'attend nulle part. vers la fin de notre périple elle a même été blessée en s'interposant entre Largo et un fou de la commission. Même là personne n'appela pour avoir de ses nouvelles, pourtant avec le temps nous avons appris qu'elle avait au moins un père et un oncle au moins aucun d'eux ne s'est manifesté.
Largo n'a plus de famille à part moi, Monique l'ex femme de son père puis l'Intel et Sullivan. Ma famille à moi c'est Largo et l'Intel ainsi que John avec lequel des liens se sont tissés aux grés des épreuves qu'il a traversées.
Pour Kerenski nous sommes sa famille, de son passé nous n'avons croisé que deux figures le colonel Anya et Svetlana, il lui reste peut être de la famille en Idaho et en Russie mais ce n'est pas sûr, alors on est sa famille.
