Deux chapitres publiés d'affilé. Je suis trop bonne (envoyez les fleurs à l'adresse suivante : Anders Andrew, 5 rue Arobase, 4400 Hotmail sur Com. XD) Juste un petit mot avant que le ciel ne s'abatte sur ma tête : voici le retour des persos cross-over ! Yeah ! XD

A cette heure-ci, l'endroit était quasiment désert; automatiquement, le regard de Fye se posa à l'endroit où il avait vu Kurogané pour la première fois. Il eût la chair de poule en voyant la table vide.

Le dit Kurogané se dirigea vers le comptoir et s'y assit.

Shaolan jeta un coup d'œil au blond qui s'était arrêté; il l'observa en essayant de déchiffrer ses pensées, mais l'homme lui restait hermétique. Il était pourtant fin détective en ce qui concernait les gens; il aimait les regarder, analyser leurs comportements, et en tirer des conclusions. Il semblait avoir un don pour ça. Il l'avait principalement utilisé sur son compagnon de tous les jours, et il avait noté des changements subtils dans son attitude. Il n'était plus aussi sûr de lui; c'était un peu comme si Dieu l'avait abandonné, il ne croyait plus en rien. Shaolan l'admirait, car malgré cela, le brun continuait d'avancer avec opiniâtreté. Et à présent, il se tournait vers quelqu'un d'extérieur : cet homme, ce Fye. Shaolan était persuadé que le caractère de Kurogané était imperméable à toute forme de tendresse; il avait découvert peu à peu qu'il se trompait. Cependant, Kurogané, s'il l'appréciait, ne faisait guère preuve de démonstration d'affection. Ni d'affectation. Son comportement ne changeait pas d'un pouce, quel que soit la personne et les liens qu'il entretenait avec elle. Et il n'entretenait pas beaucoup de liens. L'adolescent avait remarqué que c'était le type même du loup solitaire, qui détestait la foule. C'est pourquoi il avait absolument voulu entrer, pour la première fois, dans cette boîte, le Devil's Nest; il avait souhaité l'ouvrir un peu au monde, ou au moins le lui faire goûter.

L'expérience avait semblé un échec. Et pourtant, il s'était bel et bien ouvert.

Shaolan fixa le blondinet avec plus d'intensité; voilà la personne qui a su se frayer un chemin à travers les défenses de son ami. La seule personne qui dérangeait les habitudes misanthropes de Kurogané; quand Fye était là, le brun ne pouvait s'empêcher de se positionner par rapport à lui, comme une planète gravite autour de son soleil. C'était presque inconscient; mais bien sûr, ça ne l'était pas totalement. Shaolan supposait que Kurogané s'en était rendu compte, mais ne parvenait pas à se corriger; car il ne voulait pas montrer ce qu'il ressentait.

Mais le garçon était perspicace. Bien avant que le brun aux yeux rouges ne le sache, l'adolescent l'avait en quelque sorte deviné; il le garda pour lui.

Cette personne était exceptionnelle.

La minute de grâce s'écoula. Fye sortit de son immobilité rêveuse et Shaolan cessa de le regarder pour s'asseoir également au bar. Le blond les rejoignit.

- Hep ! J'aurais des questions à te poser, interpella Kurogané au barman, Tom, qui était en train d'essuyer un verre.

Sans un mot, l'homme posa son verre et s'en alla par une petite porte à l'arrière de la salle. Les autres le suivirent. Kurogané posa la main sur son flingue, prêt à dégainer.

Ils pénétrèrent dans un couloir, qui les mena dans une petite pièce au papier peint jauni, et qui servait vraisemblablement de chambre.

La barman se tenait dans un coin, derrière la porte. Mais ce qui attira tout de suite l'attention des trois garçons fut l'étrange créature, ressemblant vaguement à un lapin, qui se tenait sur le lit.

- Kurogané ! Tu es vivant !, s'exclama la bestiole en sautant au visage de ce dernier.

- Raaaaah, lâche-moi sale bête !

La petite créature atterrit dans les bras de Fye. Quelques larmes perlaient encore à ses yeux. Par réflexe, Fye les lui essuya du bout des doigts.

- Fye !, s'exclama alors le curieux animal en lui sautant également au visage, ce qui fit éclater de rire le jeune homme.

- Allons, calme-toi Mokona, dit-il en le détachant doucement de ses cheveux.

Shaolan lui jeta un coup d'œil intrigué; il était le seul à avoir remarqué que le blond connaissait le nom de la créature - inconsciemment, à première vue. Kurogané était trop agacé pour faire attention.

- Qu'est-ce que c'est que ce truc encore ?

- Mokona, c'est Mokona, déclara doctement la créature.

- C'est toi qui m'a soigné, demanda Kurogané.

- Non. C'est Fye.

Les regards convergèrent en direction du blondinet qui arborait un air sincèrement surpris.

- Moi ?

- Oui. Fye a utilisé la magie de Mokona pour soigner Kurogané, expliqua la petite boule de poils.

- Hein, quoi, attend : de la magie ? C'est quoi ces conneries ?, interrompit le brun.

- Oui. Mokona a une boucle d'oreille qui permet de faire de la magie. C'est Yùko qui le lui a donné.

- C'est qui cette Yùko ?, intervînt Fye.

- C'est la sorcière des dimensions. C'est elle qui a donné Mokona à Shaolan pour qu'il retrouve toutes les plumes de Sakura.

- Attends une seconde ! Que vient faire Sakura dans tout ça ?, s'exclama le blond.

- Et bien Sakura est la princesse du monde de Shaolan.

Le garçon, qui était resté silencieux depuis son entrée dans la pièce, secoua la tête, interloqué :

- Je ne me rappelle pas d'avoir jamais rencontré cette Sakura…

- Mais c'est parce qu'une fois atterri dans ce monde, il s'est passé quelque chose qui a effacé vos mémoires !, s'écria Mokona d'un ton urgent.

Les trois garçons l'observèrent avec plus d'attention.

- Comment sais-tu que nous sommes amnésiques ?, demanda prudemment Kurogané.

Fye leva des yeux remplis d'étonnement sur lui :

- Mais…moi aussi ! Et Sakura !

- C'est normal. On était tous ensemble. Shaolan, Sakura, Fye, Kurogané, et Mokona.

Les autres restèrent bouches bées; un ange passa.

- Je ne comprend pas, avoua Shaolan. Que fait-on ici exactement ? Qu'est-ce que c'est que cette histoire de plumes ? Et cette Yùko, elle n'est pas avec nous ?

- Non, répondit Mokona. Elle est resté à la boutique.

Kurogané se gratta la tête; lui et Fye s'entreregardèrent, constatèrent qu'ils n'y comprenaient goutte, et un semblant de sourire complice naquit simultanément sur leurs lèvres.

- Qu'est-ce qui a effacé nos mémoires ?, interrogea Shaolan, qui à présent menait la discussion.

- Je ne sais pas vraiment, balbutia la petite peluche, l'air penaud.

- Est-ce qu'il y a un moyen de la retrouver ?

- Bien sûr ! Il faut trouver la plume de Sakura qui est cachée dans ce monde. Sa puissance dissipera le nuage qui brouille vos souvenirs. C'est Yùko qui l'a expliqué à Mokona.

- Et…comment on fait ?

- Attendez, coupa Fye. Il faut d'abord retrouver Sakura.

- Je peux aider à la localiser !, fit Mokona. C'est la même chose que pour détecter les plumes. Comme elles viennent de la même personne, Mokona peut la sentir s'il s'en approche…

- Qu'est-ce qu'on attend ?, demanda Kurogané, que tous ces palabres ennuyaient un peu, bien qu'il en connaisse la nécessité.

- Allons-y, ajouta Fye.

- Je viens, dit la peluche, en se juchant sur l'épaule de Shaolan.

Après avoir fait leurs remerciements quelque peu pressés au barman qui les avait conduit jusqu'à Mokona, ils s'en allèrent à la recherche de la jeune fille perdue.

Sakura se blottit dans les couvertures, sur le lit. Ses liens la gênait; ils lui lacéraient la peau au niveau des poignets et l'empêchaient de prendre une position confortable. Cependant, elle était très fatiguée. La nervosité et son état de faiblesse, lié à la maladie autant qu'à son enlèvement et à ses conditions de détention, l'avaient assommé, et elle ne désirait désormais qu'une seule chose : dormir. Plus tard, elle aurait les idées plus clair; elle pourra alors réfléchir sur ce que lui avait dit l'homme au catogan, ainsi qu'essayer de trouver une solution. Elle ne voulait pas que Fye soit blessé; il était l'unique personne qu'elle connaissait ici, et elle le considérait un peu comme sa famille. Elle tenait beaucoup à lui; s'il lui arrivait du mal…

La porte de sa prison grinça.

Elle se redressa vivement, ce qui lui fit tourner la tête un instant.

- N'ai pas peur. Je t'apporte ton dîner.

L'homme posa un plateau repas sur le lit. Puis il s'approcha d'elle.

Elle recula le plus possible, le regard épouvanté.

- Du calme, dit-il d'une voix qu'il tentait de rendre douce. Je veux juste défaire tes liens pour que tu puisses manger.

La jeune fille s'immobilisa, mais resta tendue et méfiante, pendant que l'homme la détachait.

Lorsqu'elle fût libre, elle massa ses poignets endoloris. Elle détailla l'homme qui se tenait devant elle.

Il était grand et large d'épaule, la peau mate, le visage taillé à la serpe. Ses cheveux sur le dessus étaient teints en blanc, tandis qu'en dessous ils étaient d'un noir de jais. Ses yeux étaient dissimulés derrière une paire de lunettes de soleil bon marché. De plus, il arborait une cicatrice qui formait un X entre ses sourcils.

Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il avait une allure à se faire remarquer.

Elle prit la fourchette et commença à grignoter ce qu'il y avait dans son assiette.

Quand elle eût fini, il lui noua à nouveau les cordes au poignets et emporta le plateau.

C'est alors que l'adolescente remarqua qu'il n'avait pas suffisamment serré les liens.