Cela faisait une semaine que Ryo avait vu pour la première fois cet homme. Apparemment, un bon nombre de personnes voulaient que ce soit également la dernière. A commencer par Tegoshi Señor mais aussi, et c'était une grande déception pour lui, Yamapi. Cela faisait aussi une semaine que Yuya n'avait pas remit les pieds au bar. Pourtant, Nishikido y avait été tous les jours, y été resté pendant des heures et des heures. Mais elle ne venait toujours pas. Et apparemment, Tegoshi Señor ainsi que Yamashita ne voulaient pas qu'il vienne lui aussi. Mais peine perdue pour eux. Le patron avait, il y a quelques jours, accepté la requête de Ryo qui consistait à être le client exclusif de Yuya et il était hors de question qu'il y rennonce aujourd'hui. Il y avait bien trop de secrets qui l'entouraient. De toute façon, son coeur le lui interdisait. Il le sentait...non il le savait, elle avait besoin de lui et il ne la laisserait pas tomber. Surtout pour la torturer un petit peu après pour ne pas changer à ses habitudes. Mais ce n'était pas en venant tous les jours dans un bar où Yuya ne venait pas qu'il la trouverait et lui parlerait. Ryo décida donc de s'incruster chez la jeune femme. Il savait que le propriètaire des lieux n'était pas là vu qu'il travaillait tout le temps à son bar donc Nishikido avait le champ libre. Ce fut donc une semaine après leur dernière rencontre que le jeune homme frappa chez Yuya. Il avait volé l'adresse dans l'agenda de Yamashita pendant un moment d'inattention de la part de ce dernier. S'il venait à le savoir, nul doute que Ryo se ferait tuer dans la seconde. Mais pour l'instant il était devant la petite maison et ne regrettait rien. Elle avait beau être petite mais n'en restait pas moins très jolie et semblait très chaleureuse. Restait à voir l'intérieur ! Lorsqu'il frappa, il crut tout d'abord qu'il n'y avait personne mais entendit bientôt la voix précipitée et essouflée de Yuya.
- VOILA VOILA, J'ARRIVE, DEUX MINUTES !
Un sourire s'étira sur le visage de Ryo. Il n'était même pas encore rentré que déjà il faisait courir Tegoshi dans tous les sens. D'ailleurs il crut bien l'entendre tomber dans ce qui ressenblait être des escaliers et émit un léger rire avant de fronçer les sourcils. Mais que faisait-elle ? Se balladait-elle toute nue et devait d'abord s'habiller avant d'ouvrir ou quoi ? Finalement, au bout du bonne dizaine de minutes, la porte s'ouvrit enfin à la volée sur une Yuya plus qu'essouflée qui dut s'appuyer sur ses genoux pour reprendre sa respiration qui était saccadée. Fermant un oeil et faisant une grimace, elle regarda rapidement qui était son visiteur. Ryo ne sortit aucun mot. Il se contenta de fixer sur elle son regard le plus sadique alors qu'un sourire en coin naissait. Tegoshi mit un certain temps avant de le reconnaitre. Sûremment parce qu'elle n'était pas très concentrée et ne s'attendait vraiment pas à le voir devant sa porte. Mais elle finit par mettre un nom sur son visage et sa bouche s'ouvrit sous la surprise. Très vite ses yeux virèrent au noir intense, des rougeurs s'affichèrent sur ses joues. Dans un mouvement rapide, elle essaya ni une ni deux de refermer en claquant la porte mais le pieds de Nishikido se posa simplement dans l'embouchure. Yuya essaya alors de lui bloquer le passage avec son corps mais elle n'était qu'une crevette comparée à lui et sa force l'emporta. Moins d'une seconde plus tard, Ryo était chez Yuya Tegoshi, non sans l'avoir violemment poussé au passage. Elle avait beau être une crevette elle se défendait avec vaillance et courage ! Ce qui arracha un immense sourire à Nishikido qui se retrouva dans le salon alors que Tegoshi l'attrapait par la manche avant d'essayer de le tirer vers la sortie.
- Mais va t-en d'ici la tête de fesse ! Qu'est-ce que tu fou là ?! Je veux pas te voir, dégages !
Ryo se laissa trainer jusqu'à la porte. Lorsqu'il trouva qu'ils étaient assez prêts, il poussa Yuya dos à la porte et l'écrasa de tout son poids. Aussitôt, cette dernière émit un gémissement de douleur étouffé par la main de Nishikido soudain posée sur sa bouche. D'un air détaché, ce dernier verouilla la porte d'entrée avant de poser son regard sur Tegoshi qui lançait des éclairs avec ses yeux. Le sourire du jeune garçon s'étira et il approcha son visage à quelques millimètres de celui de la jeune fille. Yuya essaya de rentrer sa tête au maximum dans ses épaules mais bientôt Ryo la frôla avec son nez. Elle ne put rien faire d'autre que fermer les yeux. La voix de Nishikido s'éleva alors, soufflant de l'air chaud sur l'oreille de Tegoshi.
- Génèralement les gens disent "Bonjour" quand ils reçoivent des invités ! Mal élevée va !
Enlevant sa main de la bouche de Yuya qui l'ouvrit en grand pour récupérer de l'air, Ryo fit rapidement le tour du salon dans lequel il était. C'était assez simple mais sans décoration personnel. La pièce ressemblait à celle qu'on avait lorsqu'on emmènageait. Aucun élèment ne permettait d'être sûre que quelqu'un habitait ici. C'était comme si les personnes qui habitaient cette maison comptaient ne pas rester, ou avaient fait en sorte de ne pas étendre leurs personnalitées jusqu'aux murs. Par choix...ou par obligation. Poussant un soupir de déception, il se tourna vers Yuya qui était rouge de rage et serrait les poings à s'en faire blanchir les phalanges.
- TETE DE FESSE !
- Vieille sorcière ?!
C'est des mots comme ça qui vous mettent de bonne humeur après une sale journée ! Ryo avait beau ne pas l'avouer, ça l'avait un peu manqué cette semaine. N'avoir plus personne qui lui parle sur ce ton...Il regarda donc d'un air plus qu'heureux Tegoshi s'avançait vers lui avec un regard qui se voulait menaçant.
- Va t'en !
- Non.
- Mais qu'est-ce tu fiches ici ?
- Ben je suis venu te voir !
- Pourquoi ?
- Comme ça !
Yuya leva les yeux au ciel comme si Nishikido l'éxaspérait (ce qui était vrai !) et leva les mains en signe d'impuissance. Ryo se contenta de rire. Son regard, qui avait finit de détailler la pièce se posa alors sur sa voisine. Pour une fois, elle n'avait pas l'uniforme d'hôte du bar mais portait plutôt un pentalon de sport avec une chemise plus que large. Ryo aurait parié qu'on n'aurait pu loger au moins 3 autres Tegoshi dans cette chemise. Cependant il remarqua qu'elle était maquillée comme à son d'habitude et fronça les sourcils.
- Attends ?! Tu ne vas pas me dire que t'as mis autant de temps pour ouvrir juste parce que tu te maquillais ?!
Le corps de Yuya sembla trembler une seconde avant qu'elle ne sorte de ses gongs.
- Non mais pour qui tu te prends pour venir me critiquer jusqu'à chez moi ?!
- Ton client exclusif !
- Héé ?
Tegoshi sembla ne pas comprendre et Ryo lui raffraichit la mémoire.
- Je te rappel que je suis toujours ton client exclusif, vieille sorcière !
Et pour appuyer ses dires, il appuya avec le bout de son index sur le front de Yuya qui recula aussitôt. Elle semblait être répugnée par le moindre petit contact avec Ryo. Ce dernier eut l'envie folle de la torturer un peu plus en la prenant dans ses bras mais il se retint. A la place, il fit quelques pas pour visiter les autres pièces. Mais il avait à peine atteint le couloir que Yuya était déjà devant lui, les bras tendus vers le torse du jeune homme.
- Non mais qu'est-ce que tu crois faire là ? T'as intérêt à partir tout de suite si tu ne veux pas que j'appel les flics !
- Va y appel les ! Je me ferais un plaisir de leur dire que tu es battue par ton père !
Pendant une seconde, les paupières de Yuya battir frénètiquement et sa bouche s'entrouvrit. Si Ryo n'était pas encore convaincu qu'il avait raison, maintenant c'était le cas. Le regard de Tegoshi était bloqué dans celui de Nishikido qui ne comptait pas baisser les yeux et le soutenait. Yuya avait beau être perdue, une lueur de panique immergea très vite dans son coeur.
- Tu dis n'importe quoi !
Ryo fit un pas vers Yuya, qui en fit un en arrière.
- Ah oui ?! Alors expliques moi comment je me suis retrouvé avec du sang sur ma main alors que je n'avais aucun éraflure ?
Tegoshi était perdue et Ryo continua.
- La seule chose qu'avait touchée ma main était ton dos...ce jour là où tu étais si mal au point.
Yuya baissa la tête, les yeux toujours écarquillés. Elle semblait chercher de l'aide sur le sol mais bien sûre rien n'arriva. Nishikido enchaina, ne quittant pas son visage des yeux, à l'affut de la moindre réaction.
- Laisses-moi deviner...les marques duent aux coups de ceintures se sont infectées ? Des cloques sont apparuent ? Tu as commençée à avoir de la fièvre ? Tes forces t'ont quittées ? Est-ce qu'il n'y a que la ceinture ou il y a aussi les poings et les coups de pieds ? Ou peut-être même des objets quand il est bien saoul ? Racontes !
La bouche de Yuya jusqu'ici entrouverte se referma et elle serra les dents. Tout d'un coup elle sembla exploser. Relevant la tête, elle planta un regard fou de rage et de détermination dans celui plissé de Ryo.
- J'avais la grippe ! C'est tout !
- Ah alors il boit aussi...décidèment il a tous les atouts pour être le meilleur des pères.
- MON PERE NE ME FRAPPE PAS !
Cette fois Yuya avait hurlée et pendant un moment, Nishikido crut voir des larmes perler sur le coin de ses yeux. Mais c'était ce qu'il voulait. Il voulait qu'elle craque pour lui faire enfin avouer la vérité. Même si apparemment il avait deviné juste depuis le début. Tout ce qu'il voulait, c'était l'entendre de sa propre bouche, qu'elle l'avoue. Qu'elle arrête de se voiler la face...comme lui-même l'avait fait pendant tant d'années. Mais elle était vraiment coriace.
- Alors comment expliques-tu le sang ?
- L'eraflure devait être minuscule c'est tout !
- Ce jour là tu tenais à peine debout...
- J'avais la grippe !
- ...Et à chaque fois qu'on te touchais le dos tu hurlais de douleur. C'était dut à la grippe ça peut-être ?!
- Va t-en !
- Non !
- VA T-EN !
- Non !
Hurlant de nouveau, Tegoshi se jeta carrèment sur le jeune homme et essaya de toutes ses forces de le frapper au torse. Mais Ryo se contenta de la laisser faire, la fixant juste avec des yeux presque tristes mais d'un noir brûlant. De toute façon, Yuya avait beau y mettre toute sa force elle ne frappait pas plus fort qu'une mouche ! Cependant, au bout d'un moment, elle sembla finir par s'épuiser. Eclatant soudain en larmes, ses jambes lachèrent. Tegoshi se serait affalée sur le sol si les bras de Ryo ne l'avaient pas subitement enlaçée et l'avaient serrée contre lui. Pourtant, quoi que Nishikido fasse, Yuya continuait à frapper. Elle avait beau ne plus avoir de force. Elle avait beau être agenouillée par terre, la tête baissée, blotie dans les bras du jeune homme, elle continuait à frapper. Des insultes sortaient de sa bouche aussi souvent qu'avant. Cette attitude arracha un léger sourire à Ryo. Elle n'abandonnait vraiment jamais. Lorsque la voix de Yuya s'éleva à nouveau alors qu'elle avait toujours le regard rivé sur le sol, c'était plus une plainte rauque qu'autre chose. Nishikido eu de nouveau l'impression d'avoir affaire à un garçon. Juste l'espace d'une seconde.
- Va t'en...s'il te plait.
- Non !
La réponse de Ryo fut dans un seul souffle tout prêt des oreilles de Yuya qui se sentit trembler. Ses larmes redoublèrent et elle se sentit misérable d'être aussi faible devant lui, mais surtout en colère.
- Pourquoi ? Pourquoi tu t'acharnes sur moi ? Qu'est-ce que je t'ai fais ?!
Nishikido laissa passer un moment avant de répondre, ses bras ne quittant pas Yuya alors qu'elle s'était pourtant enfin calmée. Son sourire s'étira.
- Tu m'a...refais vivre.
- Hé ?
- Laisses tomber ! En plus tu as beaucoup de secrets. C'est excitant et ma curiosité ne peut résister à ça.
Sous le stress et la colère, Yuya éclata soudainement de rire sans qu'elle ne le contrôle ou le voit venir. A peine s'en était-elle rendue compte que déjà elle se reprenait, mais Ryo l'avait entendue. S'écartant légèrement de la jeune femme, il plongea un regard brûlant dans celui redevenu sérieux de Tegoshi. Un immense sourire était placardé sur son visage.
- Tu sais que tu pourrais devenir disons...légèrement potable si tu souriais plus souvent ?! Surtout que maintenant t'es toute bouffie avec les yeux gonflés comme des pastéques. On se croirait dans "La maison des horreurs" !
Yuya manqua de nouveau de rire mais cette fois elle s'y attendait et parvint à rester stoïque. Son visage resta dur et ferme.
- Toi tu ne seras jamais qu'une tête de fesse ! Que tu souris ou non !
Ryo éclata de rire. Un rire franc, beau. Malgré elle, Tegoshi se sentit rougir et baissa les yeux. Nishikido se releva soudain, aillant retrouvé son sourire sadique.
- Je me demande à quoi ressemble ta chambre...
Yuya réagit aussitôt et se releva en une fraction de seconde, lui donnant un vertige.
- NON ! Je t'interdis de visiter quoi que ce soit ici ! Ce n'est pas un musée !
- Ah non ?!
Ryo eut vraiment l'air surprit et Tegoshi ne put s'empêcher de sortir de ces gongs.
- Je te préviens si tu...héééééé !!
Mais c'était trop tard, Nishikido montait déjà les escaliers. Poussant un grognement, Yuya se lança à sa poursuite. Et puis d'ailleurs comment savait-il que sa chambre était au premier ? Peut-être parce que génèralement les chambres sont toujours à l'étage ? Perdue dans ses pensées, la jeune femme ne vit pas que Ryo s'était arrêté juste devant elle et se le prit de plein fouet. Poussant un gémissement de douleur en se massant la tête, son regard lança des éclairs noirs au jeune homme. Ce dernier s'était arrêté pour regarder une photo posée sur un meuble. Lorsque Tegoshi posa son regard sur le cadre, son coeur ratta plusieurs battements. C'était une photographie représentant sa mère tenant son fils dans ses bras. Yuya ne devait avoir pas plus de deux ou trois ans sur la photo mais il était évidemment encore habillé comme un garçon à l'époque. Ryo fronça les sourcils, posant ses yeux sur sa voisine en riant.
- Tu ressemble vraiment à un gars là-dessus !
Le regard de Tegoshi croisa celui du jeune homme. Il avait beau rire, Yuya vit tout de suite que ses yeux semblaient sonder les siens comme pour chercher la vérité. Mais ce fut avec un naturel fou que la jeune femme répondit.
- J'étais un vrai garçon manqué !
- Hm hm...
Ryo reporta son attention sur la photo, l'air songeur. Yuya eut du mal à déglutir. Il ne fallait absolument pas que Nishikido ait de soupçons, surtout pas. Ce dernier la regarda une dernière fois avant de sourire. Ce même sourire sadique, Tegoshi fronça les sourcils. Que préparait-il encore ? Soudain, il se mit à courir et Yuya sut tout de suite où il allait.
- NON ! Reviens ici la tête de fesse ! REVIENS-ICI OU JE VAIS TE FAIRE TA FETE !
Mais Ryo était déjà arrivé à destination : la fameuse chambre de Yuya. Ouvrant la porte à la volée sur laquelle était marquée le nom de sa propriétaire, la bouche de Nishikido s'ouvrit sous la surprise. Tegoshi arriva quelques secondes plus tard, essoufflée. Elle voulue refermer la porte mais Ryo la poussa d'un coup sec avant d'entrer à l'intérieur, le regard plus que surprit et quelque peu émerveillé. La pièce était entièrement rose, du rose partout. Que ce soit sur les murs, le sol, le bureau, les armoires, le lit...le lit de princesse par exellence. Avec ces fameuses toiles qui surplombaient le matelas, lui donnant un air de conte de fée. D'ailleurs la pièce entière semblait rappeler un conte de fée. Pourtant, Nishikido se sentit mal à la seconde où il fut entré. La pièce avait beau être la réplique exacte d'une chambre de princesse, elle donnait pourtant une sensation d'opressement. Comme si c'était celle de la princesse coinçée au sommet de sa tour d'ivoire. Le jeune homme avait l'impression d'étouffer, comme si les murs se refermaient sur lui. C'était très...étrange. Se tournant vers Yuya, il remarqua qu'elle était restée à l'entré. Comme si elle ne supportait pas de rentrer dans sa propre chambre. Son regard avait quelque chose d'horrible, de honteux. C'était limite si Ryo ne voyait pas des larmes. ll fit un petit sourire rassurant.
- Hé t'inquiétes pas je ne vais pas me moquer vieille sorcière ! C'est une chambre typique de fille c'est tout !
Mais sa phrase n'eut aucun effet sur Tegoshi qui baissa les yeux, semblant préférer voir le sol plutôt que sa chambre. Nishikido fronça les sourcils. Avait-il raté un épisode ? Que lui arrivait-elle ?
- Ca va ?
- Bon maintenant tu peux sortir ?!
Mais la porte d'entrée qui claqua les sortirent tous les deux de leur conversation. Aussitôt, les yeux de Yuya se relevèrent dans le vide. Ryo vit qu'elle semblait terrifiée. Une voix familière s'éleva alors, résonnant dans toute la maison.
- LE MONSTRE ?!
Les regards de Nishikido et Tegoshi se croisèrent. Ryo comprit tout de suite que c'était la manière que semblait avoir Tegoshi Señor d'appeler sa fille. Il serra les dents alors que ses poings se serraient. Yuya essaya de ne pas y faire attention mais frenchit la porte de sa chambre, attrapant une des manches de la veste de Nishikido sur laquelle elle tira.
- Tu ne dois pas rester là ! Si mon père te trouve il nous tuera tous les deux !
- A mon avis tu prendras plus que moi !
Sourd aux critiques de Ryo, elle le tira vers l'entrée quand des bruits de pas résonnèrent dans les escaliers. Son père montait. Son coeur commençait à battre la chamade, elle n'arrivait plus à respirer. Sa bouche avait beau être grande ouverte, aucune parcelle d'air n'entrait. Nishikido lui attrapa soudain les épaules, la forçant à le regarder.
- Regarde moi ! REGARDE MOI !
Yuya sortit enfin de sa transe, croisant le regard de Ryo. Une larme coula sur sa joue sans qu'elle ne s'en rende compte. Nishikido enchaina.
- Est-ce qu'il y a une deuxième porte ?
- N...non...
- D'accord ! D'accord !
Répètant plusieurs fois le même mot, Ryo regarda avec un oeil attentionné la pièce dans laquelle ils se trouvaient. Ses yeux s'arrêtèrent sur un placard. Il fonça aussitôt dessus et l'ouvrit en grand. ll n'y avait que des vêtements...de garçon. N'aillant pas le temps de s'attarder dessus, il se retourna et attrapa Yuya par le bras. Cette dernière sursauta aussitôt alors qu'elle était déjà repartie dans ses pensèes. Comprenant enfin ce que voulait faire Ryo, elle le suivit avec précipitation. En quelques minutes, les deux jeunes gens étaient acroupies dans l'armoire de la jeune femme. Le meuble n'était pas très grand mais leur suffisait largment. De plus, Yuya semblait avoir le sens du rangement puiqu'il n'y avait absolument rien qui trainait par terre. Lorsque le regard de Ryo se posa sur sa voisine, il vit qu'elle tremblait et gardait la tête baissée. Etant tous les deux acroupies, leurs bras étaient repliés sur leurs genoux et Yuya s'en servait pour se cacher le visage. Nishikido fit en sorte de se rapprocher d'elle et passa un de ses bras autour de ses épaules, la faisant basculer contre lui. La tête de la jeune femme se calla en dessous du cou du jeune homme. Aussitôt, la voix de Tegoshi s'éleva...dans un murmure, pour ne pas les faire repérer.
- Qu'est-ce que tu fou tête de fesse ?!
- J'ai froid !
Relevant lentement la tête, Yuya plongea son regard dans celui de Ryo. Elle avait beau dire ce qu'elle voulait, il avait réussit à lui faire penser à autre chose. Il avait même réussit à l'énerver. Arrachant brusquement une veste de la penderie, Tegoshi la lui jeta à la figure avant de se dégager de son étreinte.
- T'avais qu'à le dire directement Baka !
- T'avais qu'à pas me faire entrer dans ta chambre vieille sorcière !
Yuya explosa et manqua de hurler avant que Ryo ne lui saute dessus. La bloquant contre une des paroies de la penderie, il plaqua sa main sur sa bouche. Son corps écrasait complètement celui de Tegoshi et Nishikido sentit son corps réagir...Rougissant subitement, il lança un regard brûlant à Yuya qui l'aurait fusillé sur place si elle avait put. Mais ses yeux s'écarquillèrent soudainement de surprise, ne lâchant plus ceux de Ryo. Ce dernier comprit qu'à force de l'écraser, il avait fait entrer sa partie intime avec un des genoux de Yuya qui s'apperçut de l'effet qu'elle produisait sur le jeune homme. Son visage devint égalemment écarlate. Ryo, quand à lui, aurait bien voulu s'écarter mais un bruit le retint. Le propriétaire des lieux venait de rentrer dans la chambre. La situation devenait encore plus compliquée. Déjà qu'il ne devait pas le voir lui, mais si en plus il les voyaient comme ça...Pour tout mouvement, il posa son index sur sa propre bouche, même si Yuya avait très bien comprit qu'elle ne devait émettre aucun son. Mais leur position devint très vite inconfortable. Alors...vraiment avec une extrême lenteur...Tegoshi posa ses fesses sur le sol, passant ses genoux pliés de chaque côté du bassin de Ryo. Aussitôt ce dernier s'enflamma un peu plus. Ne supportant plus ce qui lui arrivait, il posa bientôt sa main encore libre sur les yeux de Yuya qui esseya de se dégager. Enfin, il ne la voyait plus...A prèsent, il avait ses deux mains sur le visage de la jeune femme qui comme réponse, fit exprès de baver sur la main de Ryo. Ce dernier fit une grimace de dégoût alors qu'une lueur de malice brillait dans les yeux de Yuya. Lueur qui apparut au jeune homme lorsqu'il enleva ses deux mains un peu brusquement. Mais au moins, maintenant, Tegoshi pouvait enfin respirer. Voulant plus d'air, elle s'avança inconsciament. Leurs corps se collèrent, alors que leurs visages n'étaient qu'à quelques millimètres. Comprenant son erreur, Yuya voulut reculer mais son cerveau ne réagissait plus. Sa bouche était grande ouverte et ses yeux ne quittaient plus ceux de Ryo. Ce dernier ne contrôlait plus rien, il ne voyait plus que le visage de Tegoshi, son regard n'arrivait pas à se décider entre ses yeux ou ses lèvres. Pendant une seconde leurs visages parurent se rapprocher, comme s'ils allaient s'embrasser. Mais un bruit les firent sursauter. Une sonnerie de portable. Tegoshi Señor était en train d'appeler sa fille, et Yuya avait laissée son portable sur son lit. Pendant une seconde, elle crut l'avoir gardée sur elle et crut bien qu'elle allait s'éffondrer de peur.
- Rah saleté de gosse !
Le paternel sembla faire une dernière fois le tour des lieux avant de ressortir de la chambre. Les corps de Ryo et Yuya, si crispés jusque là, parurent se détendre légèrement. Tegoshi ferma les yeux, essayant de ralentir les battements de son coeur. Le regard de Nishikido se posa sur le visage de sa voisine.
- Il faut que je te parle de quelque chose !
Yuya rouvrit les yeux, le fusillant sur place.
- Tu veux parler des réactions anormales de ton corps ?!
Ryo manqua de rougir de nouveau mais tient bon. Leurs regards ne se quittèrent pas.
- Un homme est venu l'autre jour au bar...il disait connaitre ton secret...
Les paupières de Yuya clignèrent plusieurs fois alors que sa bouche était entrouverte.
- Mon...mon secret ?
Ryo ne la quitta pas des yeux, scrutant la moindre réaction chez sa voisine. Un léger sourire s'afficha alors sur le visage de Tegoshi, touchant le coeur de Nishikido.
- Je n'ai aucun secret !
Le regard de Ryo devint intense, brûlant presque celui gêné et stressé de Yuya.
- Tu en est sûre ?
Ils s'affrontèrent du regard pendant un bon moment avant que celui de Tegoshi devienne plus que déterminé.
- Je n'ai aucun secret.
- Très bien...puisque tu le dis !
S'assurant que le paternel était dans une autre pièce, loin de la chambre, Ryo rouvrit la porte de la penderie. Aussitôt, les bras de Yuya l'agrippèrent alors qu'il commençait à se relever. Posant ses yeux sur elle, Nishikido vit qu'elle était toujours aussi teriffiée. Se rebaissant, Ryo passa ses deux bras sous les épaules de Tegoshi et la força à se relever. Elle semblait pétrifiée. Le jeune homme ne put s'empêcher d'en rajouter.
- Tu dois passer beaucoup de temps dans ton armoire vieille sorcière !
- La ferme tête de fesse !
- Tu continues à dire que ton père ne t'as jamais touché ?!
- Je continues à dire que ça ne te regarde pas !
Ryo ne la quitta pas des yeux et Yuya ne trouva qu'un seul moyen pour lui échapper : marcher. Elle descendit donc les escaliers suivit du jeune homme dès qu'ils eurent vérifiés que Tegoshi Señor n'était pas là. D'après les bruits qu'ils entendirent, il devait être en train de boir dans son bureau. Nul doute que la soirée que passerait Yuya serait mouvementée mais aucun des deux ne le souligna. Arrivés à la porte d'entrée, ils firent de leur mieux pour l'ouvrir sans faire le moindre bruit et arrivèrent enfin dehors. Ouvrant grand la bouche, Tegoshi se dépêcha d'arriver sur la route avant de lever les bras. Fermant les yeux, elle ressentit alors de tout son corps le vent qui soufflait à prèsent. Ryo s'avança à ses côtés et se contenta de la regarder, semblant dans ses pensèes. Lorsqu'elle rouvrit les yeux, elle posa un regard colèrique sur son voisin.
- Ne reviens plus jamais ici !
- Pourquoi ?
- Mon père ne veut plus qu'on se voit t'as oublié ?!
- Et pour quelles raisons ?
- Déjà, tu es très collant ! Ensuite, tu poses beaucoup trop de questions.
Nishikido s'approcha un peu plus de Yuya, la faisant frissonner.
- Les questions ne gènent que ceux qui ont quelque chose à cacher !
- Peu importe on ne doit plus se voir ! C'est très bien puisqu'on se détestent !
Ryo laissa passer une minute avant de répondre.
- Je suis toujours ton client exclusif...
- Non plus maintenant, mon père ne veut VRAIMENT plus te voir !
Répondit Yuya, en appuyant bien sur le mot "vraiment".
- Et si je n'ai pas envie de te laisser tranquil moi ?!
Sur le coup, Tegoshi ne parut pas savoir quoi répondre. Ryo fit un sourire sadique.
- J'adore te torturer ! C'est tellement marrant.
Aussitôt les joues de Yuya virèrent au rouge éclatant et elle serra les poings.
- TETE DE FESSE !
- Vieille sorcière !
Mais Nishikido se contenta de poser sa main sur le sommet du crâne de Yuya, comme il l'aurait fait avec un enfant...ou un chien.
- Je reviendrais...que toi ou ton père le vouliez ou non ! Je n'en ai pas encore finis avec toi !
- Ouai...super...
Ryo eu un sourire devant l'air peu enthousiaste de Tegoshi. Il sortit soudain un stylo de sa poche et attrapa la main de Yuya. Sous l'air surprit de cette dernière, il sembla écrire quelque chose sur la paume de la jeune femme.
- Derniere chose...c'est mon numèro. Si ton père te touche...
Le coupant dans son action, Tegoshi essaya de retirer violemment sa main mais Ryo la retînt avec une lueur brûlante dans les yeux. Leurs regards se croisèrent et ne se lachèrent plus.
- Disons juste que tu peux m'appeler jour et nuit, quelque soit l'heure. Je viendrais dans la minute !
- Parce que tu crois que j'ai besoin de toi ?!
- Qui sait ?!
Yuya ne répondit pas et Ryo lui fit un signe de la main avant de faire quelques pas en arrière.
- Tu vas rester longtemps dehors ?
- Je vais faire croire à mon père que je me promenais dans le coin...
- Bonne chance !
- Merci tête de fesse.
Après un dernier sourire, Nishikido tourna le dos à Tegoshi et disparut bientôt au coin de la rue. Yuya attendit d'entendre le moteur de sa voiture démarrer mais rien n'arriva et il retourna à son pallié. En vérité, si Ryo n'avait pas enclenché sa voiture, c'est parce qu'avant même de l'atteindre il tomba sur une personne qu'il ne s'attendait vraiment pas à voir : l'inconnu de la semaine dernière. Ce dernier l'avait à peine reconnu qu'il essaya déjà de partir en courant mas Nishikido le rattrapa très vite avant de le balancer contre le mur.
- Vous !
- Laissez-moi partir !
Mais Ryo ne l'entendait pas de cette façon. Attrapant l'homme par le col, il le plaqua contre le mur et lui lança un regard menaçant.
- Désolé mais je dois savoir quelque chose.
- Quoi ?
Cette fois l'inconnu ne semblait pas saoul. Sa détermination semblait partie en fumée et il paraissait faible et terrifié. Les yeux de Ryo se firent plus dur.
- Dites moi le secret de Yuya Tegoshi !
L'homme ne parut pas comprendre et Ryo sortit un billet de sa poche. Aussitôt une lueur immonde brilla dans les yeux de son interlocuteur. Celle de l'avarisme.
- Je répète : dites moi le secret de Yuya Tegoshi !
Comme il n'avait toujours pas de réponse il rajouta un billet. Ce ne fut qu'au bout du cinquième que l'inconnu commença à parler.
- Si je vous parle...il me tuera !
- Qui ? Tegoshi Señor ?
- Oui.
- Je ne le dirais à personne, maintenant répondez !
Sa prise sur son col s'affermit et il bloqua légèrement la respiration de l'homme qui paniqua.
- D'accord d'accord ! C'est...c'est un garçon !
- Pardon ?
Ryo ne sembla pas vraiment comprendre et l'homme dut répéter.
- Yuya Tegoshi est un garçon.
Les paupières de Nishikido clignèrent plusieurs fois alors que tout son corps semblait être bloqué. Finalement, il éclata de rire avant que son regard ne devienne noir de rage.
- Vous vous foutez de moi là ?!
- NON je vous le jure ! Yuya Tegoshi est vraiment un garçon ! Je l'ai vu...
- Comment ça vous l'avez vu ?
- Je...j'avais craqué pour celle que je croyais être une femme mais à chaque fois elle me résistait. Alors...je l'ai suivis et...j'ai très vite compris qu'elle était en réalité un homme. Il portait une perruque, une chemise rembourrée...la totale. Alors je suis partit en courant.
Un long silence s'installa alors que Ryo semblait tomber dans un gouffre sans fin.
- Vous mentez !
- Non, vous savez sûremment que la mère de Tegoshi a quittée la maison familiale depuis des années ? Son époux est ensuite devenu complètement fou et a forçé leur fils à s'habiller comme ça.
Plus perdu que jamais, Nishikido lâcha l'inconnu avant de reculer et de lui balancer les billets d'un air absent. Il se retourna, regardant l'endroit d'où il venait. Peu à peu, tout se mettait finalement en place dans sa tête : la photo de Yuya et sa mère...la penderie remplit de vêtements masculins...cette chambre...que Tegoshi semblait tant détester...le fait que Ryo ait réagit à chaque fois que leurs corps étaient trop proche l'un de l'autre...le fait que son coeur ne batte si fort en ce moment même à lui faire exploser la poitrine de douleur. La voix de l'homme derrière lui le ramena quelque peu à la réalité.
- Yuya Tegoshi est vraiment un garçon. Est-ce que...est-ce que ça change quelque chose ?
Le regard de Ryo resta dans le vide à fixer un point invisible. Il murmura.
- Ca change absolument tout.
A suivre.
