Lycée de Roswell
PDV Anton
Il est encore à la bourre, comme tous les matins. J'ai déjà vu passé Michelle, mais aucun trace de son frère. Il va encore arriver en retard au cours d'histoire de M. Summer et cette fois ci, ce dernier ne va pas le rater : mais il semblerait que la perspective d'être coller ne soit pas un argument pour James. J'imagine déjà sa réaction : il dévisagera le professeur l'air de rien, si ce n'est ce petit haussement de sourcil hautement agaçant qui signifie « Mais que voulez vous que cela me fasse ? ».
Le voilà justement qui déboule en courant les escaliers qui mènent jusqu'à notre salle de cours alors que la sonnerie retentit.
Anton : Grouilles !
James (complètement essoufflé) : Pile poil à l'heure.
Nous entrons ensemble sous le regard de M. Summer pour aller nous installer au fond de la salle, près des fenêtres.
M. Summer : On n'attendait plus que M. DeLuca pour commencer. Ravi de voir que vous avez décidé d'honorer de votre présence ma salle de cours.
Petit sourire de James accompagné du très agaçant haussement de sourcil, j'adore, j'ai soudain envie de rire.
M. Summer : Aujourd'hui, nous allons aborder les vecteurs utilisés par les hommes pour retracer l'histoire. L'un des plus fameux reste la biographie. Il s'agit, au travers d'une personnalité, de connaître l'époque qu'il a traversé. Afin de vous permettre d'appréhender pleinement le travail du biographe, j'ai décidé que vous devriez chacun répondre à ce questionnaire. Mais, pour que cette étude se révèle objective et dans l'esprit du concept de biographie, vous la réaliserez à deux. Chacun devra découvrir l'autre. Voici les binômes que j'ai formé : Artus avec Birgame, Butler avec Carter, Clemente avec Cruling, Davis avec DeLuca ... j'entends Michelle DeLuca, DeLuca avec Duarte, ...
Non, pas avec Michelle, espèce de sadique ... Comment je vais pouvoir résister à cette torture ? Ca y est, je suis mort. Je jette un oeil sur les questions : en plus, elles sont ...
Michelle : Excusez moi, mais c'est très personnel, non ?
M. Summer : C'est vrai, une biographie digne de ce nom traite de l'aspect personnel du sujet. Qui sait, vous vous ferez peut être de nouveaux amis ?
Je lance un regard désespéré à James, mais c'est maintenant lui qui semble prêt à exploser de rire. Je le savais, tout comme notre professeur, mon ami est un pervers !
New York
PDV Michael
Cela semble faire un éternité que nous attendons dans cette salle d'attente sans que personne ne veuille bien se soucier de nous. Je sens que la nervosité de Max monte crescendo et m'envahit peu à peu, et instinctivement mes doigts se mettent à tapoter l'accoudoir de ma chaise. Il se tourne vers moi, les yeux dans le vague, partagé entre une peur panique et une colère froide.
Max : Mais pourquoi est ce aussi long ?
Je ne sais quoi lui répondre, persuader que quelque soit les mots qui sortiront de ma bouche, ils ne pourront lui ramener la sérénité. Je lui adresse un petit sourire, histoire de lui faire comprendre qu'il doit garder confiance. En fait, je me dis qu'il est plutôt zen. A sa place, je serai sans doute déjà dans les couloirs, ouvrant toutes les portes à la recherche de ce monsieur qui semble avoir décidé de nous laisser prendre racine dans cet espace paysagé dernier cri destiné à faire patienter de pauvres crétins comme nous !
Soudain, je suis tiré de ma rêverie par la sonnerie du téléphone de l'accueil.
L'hôtesse : Oui ? Très bien, je les conduit à votre bureau.
Elle se lève et se dirige enfin vers nous.
L'hôtesse : M. Evans, M. Potter va vous recevoir. Veuillez me suivre s'il vous plaît ...
Max s'extrait du fauteuil et je lui emboîte le pas. Il me jette un regard mais ne proteste pas. Il n'est pas question que je le laisse affronter cette épreuve seul.
PDV Max
Michael me suit dans ce couloir qui me semble sans fin. L'attente n'a fait qu'augmenter mon angoisse et je redoute maintenant la discussion avec cet homme que je connais pas. Moi, le chef de toute une planète, me voilà comme un enfant qui attend l'information qui va changer sa vie. L'hôtesse finit par s'arrêter devant une porte qu'elle ouvre, puis nous invite d'un geste à y pénétrer. Derrière le grand bureau se trouve un homme d'un cinquantaine d'années, l'air à la fois sévère et emprunté dans son costume gris.
M. Potter : M. Evans. Bonjour, je suis M. Potter.
M. Evans : Bonjour. Je vous présente mon ami, M. Guerin.
M. Potter fait un signe de la tête à Michael, nous propose de nous asseoir, puis se réinstalle dans son fauteuil. Il se racle la gorge, puis se frotte les mains, comme si il cherchait la manière de débuter notre conversation. Après une minute de silence pesant, il finit par se lancer.
M. Potter : Ecoutez, lorsque l'on m'a annoncé votre présence à l'accueil et qu'il m'a été signalé que vous veniez de la part de Brody Davis, j'ai mis un moment à réfléchir à la situation et à ce que je pouvais vous dire. Pour être franc avec vous, Brody et moi même ne nous sommes pas vu depuis des années ... nous avons eu un différent d'ordre financier ...
Max : Quel type de différent ?
M. Potter : Disons que j'avais en charge les affaires de Brody et que de mauvais placements ont conduit à des pertes non négligeables. Toujours est il qu'il m'a tenu pour responsable de ses déboires, et a cessé dès lors tout contact avec moi.
Je sens mon sang qui reflue et une boule d'angoisse me saisit la gorge. J'ai tout à coup du mal à respirer, j'étouffe. Michael me regarde inquiet et c'est lui qui décide finalement de poursuivre la conversation.
Michael : Auriez vous malgré tout une idée de l'endroit où il se trouve aujourd'hui ?
M. Potter : A vrai dire, il a liquidé les dernières affaires dont il disposait à New York, mais à conserver des activités dans l'Ouest ... Un magasin d'informatique à Tucson, un autre à Phoénix, et puis bien sûr l'UFO Center à Roswell.
L'évocation de la ville où j'ai passé toute ma jeunesse est pour moi comme un électrochoc.
Max : Vous avez bien dit qu'il dispose toujours de cet endroit ?
M. Potter : Oui, malgré mes recommandations, il n'a jamais voulu s'en débarrasser, sous prétexte d'un attachement sentimental ...
Je tourne les yeux vers Michael et y découvre la même interrogation que moi : serai ce possible que ... finalement nous finissions par retourner là où tout avait commencé ?
PDV Michael
Ca y est, nous y voilà ... Je pensais pourtant que nous pourrions échapper à cette épreuve, mais visiblement le destin a encore une fois décidé de nous jouer un tour. Depuis que nous avons quitté le cabinet Carlston et Associés, Max n'a pas desserré les dents. Je le suis dans les rues sans rien dire, je sais qu'il réfléchit à la meilleure solution pour les prochains jours et je n'ai qu'une crainte : qu'il me dise que nous partons là bas.
Max : On va prendre un avion direction Santa Fe ... puis ce sera ...
Michael : Roswell.
L'évidence : je vais être confronté à mon passé, à mes regrets, retrouvé plus réels tous ces endroits qui hantaient mes rêves ... et peut être, au delà des lieux, à certains fantômes.
