Roswell – Le CrashDown
PDV Michelle
Je suis installée à une table un peu à l'écart de la foule et j'attends Anton pour commencer notre devoir. Plus vite cette corvée sera terminée, mieux cela sera. Le voilà d'ailleurs qui franchit la porte. Il a l'air stressé, je lui fait un signe de la main, il me voit et rougit. Pourquoi cette réaction ? Ce garçon reste un mystère pour moi, et le fait qu'il soit le meilleur ami de James n'arrange rien. Il vient finalement s'asseoir en face de moi et ouvre rapidement le questionnaire, comme si mon contact était une obligation dont il souhaite se débarrasser le plus vite possible.
Anton : Bon on commence ?
Michelle : Ok. Alors première question, quelle est ta couleur préférée ?
Anton : Noire, et toi ?
Ben, tiens, ça m'aurait étonné qu'il dise autre chose ...
Michelle : Disons le vert. Ensuite, parfum de glace préféré ?
Anton : Pistache.
Michelle : Tiens, moi aussi ... Emission télé ?
Anton : J'aime bien les documentaires.
Mon Dieu, mais tuez moi tout de suite, ce mec est d'une tristesse ...
Michelle : Moi, c'est plutôt les vieilles séries TV.
Anton : Style Star Trek ?
Michelle : Non, des trucs plus noirs, comme six feet under ...
Anton : Ah ... Pour moi, le livre est sans contexte « Le Monde selon Garp » de John Irving.
Michelle : Intéressant ... Celui que je relis sans cesse, c'est « Ulysse » de James Joyce.
PDV Anton
« Ulysse » de James Joyce ... Je ne m'attendais pas à cette réponse venant de sa part. Je hoche la tête de surprise et d'approbation.
Anton : Je ne te voyais vraiment pas lire ce genre de livre.
Michelle (souriant) : Moi, la fille si superficielle ...
Anton : Je n'ai jamais pensé ça de toi.
Michelle : Ne crois pas que je te juge, je sais ce qu'on imagine de moi la plupart du temps. Au lycée, les autres me voient comme une belle enveloppe avec la cervelle de moineau d'une pom-pom girl. Mais je m'en fiche.
Anton : Je te jure que ...
Michelle : Il n'y a rien de grave, je t'assure.
Je me sens tout à coup un moins que rien. C'est vrai que je me suis souvent arrêté sur son physique, et là je m'en veux terriblement. Michelle, si tu savais comme je suis désolé.
Anton : Quelle est la chose la plus belle qui vous soit jamais arrivée ?
Michelle : Aucune.
Anton : Qu'est ce que tu veux dire ?
Michelle : Je sais ce que serait la plus belle chose qui pourrait m'arriver, mais elle n'a pas eu lieu et sans doute n'arrivera jamais.
Je lève vers elle un regard interrogateur, l'invitant à développer cette réponse mystérieuse.
PDV Michelle
Il me dévisage, attendant patiemment que je lui explique ma dernière phrase. J'ai tout à coup le sentiment que je peux lui faire confiance, que lui me comprendra.
Michelle : Que mon père revienne, que je le connaisse enfin.
Il me sourit, et son visage s'illumine comme jamais je ne l'ai vu auparavant.
Anton : Tu viens de me voler ma réponse. Moi aussi, chaque jour, j'espère voir apparaître mon père, qu'il me prenne dans ses bras, que je puisse enfin savoir ...
J'approche ma main et caresse son bras. Ce geste instinctif fait parcourir en moi comme un courant électrique. Ses yeux se posent sur moi et je ressens alors une chaleur qui m'envahit.
Michelle : Euh, si on terminait plus tard, je dois prendre mon service.
Je quitte précipitamment la table pour me diriger vers l'espace réservé aux employés, sentant son regard qui m'accompagne à chaque pas.
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Mercredi matin
Roswell
PDV Maria
J'ai mal dormi cette nuit, mais chaque année c'est la même chose. Cette période revêt une telle importance pour mon petit commerce que le sommeil me fuit. Alors je tourne pendant des heures dans mon lit, et mes pensées vagabondent. Elles me ramènent toujours en arrière, vers ce passé que je ne peux oublier, que Liz appelle en riant le temps de l'insouciance. Quand elle l'évoque, je sais quelle image s'impose à elle, comme je sais que c'est la tienne, mon amour, qui revient. C'est toujours la même conclusion qui s'impose à moi au final : il faudra bien un jour que je tourne définitivement la page et que je parte d'ici ... bientôt, quand les enfants seront grands. C'est toujours cette limite que je me fixe, nos enfants.
D'ailleurs, j'entends des pas qui s'approchent et je lève les yeux de ma tasse de café.
James : Salut m'man ...
Maria : James, t'es tombé du lit ce matin ?
James : Muuuuuuuummmm ...
Maria : Tiens, si tu veux du café.
Je lui sers une tasse tandis qu'il se dirige vers le placard, attrapant le sucre et une bouteille de tabasco, une habitude sans doute héréditaire.
Maria : Ta soeur est réveillée ?
James : Je crois l'avoir entendu sous la douche.
PDV Michelle
L'eau coule sur mon corps, réveillant chaque grain de ma peau. La soirée d'hier et ma discussion avec Anton m'ont considérablement perturbé, semble t'il, car j'ai eu du mal à trouver le sommeil. La sensation de ses yeux dans les miens, cette caresse électrique, cette chaleur qui m'a envahit, je ne sais comment les interpréter. Pourquoi est ce que je ressent ce besoin de lui parler encore, bien au delà des mots d'entendre encore sa voix ? Est ce que je suis en train de tomber amoureuse ? Voyons, ne sois pas stupide, on ne découvre pas un tel sentiment du jour au lendemain ... et pourtant, cette boule au fond de mon estomac ...
Je m'extrait de la douche, et frotte mon corps avec la serviette. Il faut que j'extirpe ces pensées de ma tête, cela n'est pas, cela ne peut pas être. Je m'habille et sors de la salle de bain, rejoignant ma mère et mon frère dans la cuisine. James ? Mais il est déjà levé lui ?
PDV James
J'y ai pensé toute la nuit, sans parvenir à contrôler cette inquiétude qui me cheville le corps. Si jamais tu t'approches encore d'elle, espèce de salopard, si tu oses ne serait ce que poser la main sur elle, je te casse toutes les dents ... Il faut que je veilles à ce qui ne lui arrive rien. J'enrage que cet imbécile puisse faire le moindre mal à Ally.
Tiens, à voir Michelle, je me dis que je ne suis pas le seul pour qui la journée d'hier a été un tourment. Elle arbore de belles cernes et ne semble pas dans son assiette. Sans un mot, je lui tend ma tasse de café, puis me lève pour m'en servir une autre, que j'assaisonne à ma façon.
James : On va y aller, Michelle ?
Ma soeur me regarde comme si elle avait en face d'elle un extraterrestre.
James : Ben, je ne veux pas être en retard ...
Pourquoi les deux femmes de la maison éclatent elles soudain de rire ?
Michelle : Et bien, James DeLuca pressé d'aller en cours, c'est une première ...
Je leur lance un coup d'oeil blessé, ce qui ne fait qu'accentuer leur fou rire.
PDV Anton
Elle a hanté ma nuit. J'ai entendu sa voix tout au long de mes rêves. Je la trouvais déjà tellement belle, j'ai découvert sa sensibilité, cette part de fragilité qui en fait une fille à part. Je n'ai véritablement qu'une hâte : la revoir, l'entendre à nouveau, être suffisamment proche d'elle pour sentir son parfum, mélange subtil d'agrumes et de miel, qu'elle me sourit à nouveau comme hier.
Je ne me soucie même plus de la réaction de James. Il est mon ami, il pourra comprendre, quand quelle chose de pareil te tombe dessus, il faut le saisir ... l'amour n'attend pas.
PDV Ally
Je refuse de sortir de ce lit. Ici, je suis en sécurité, rien de mal ne peut m'arriver. J'entends bien maman crier une nouvelle fois mon nom, mais je m'en fiche. Je veux faire l'école buissonnière, rien qu'aujourd'hui. Je ne sais plus ce que je crains le plus : me retrouver face à ce bourrin de Perkins, ou face à James.
Il m'a défendu hier, mais pourquoi ? Est ce parce que je suis l'amie de sa soeur, celle qu'il connaît depuis toujours, ou y'a t'il autre chose ? Et surtout, j'ai peur qu'aujourd'hui, il recommence à m'ignorer, comme il le faisait jusqu'alors. Je donnerai tout ce que je possède pour savoir ce que tu as dans la tête, James, pour connaître enfin tes pensées.
J'entends la porte s'ouvrir mais je garde les yeux fermés, en espérant secrètement que ma mère me laissera tranquille. Je sais pourtant que c'est peine perdue.
Liz : Bon, Ally, maintenant ça suffit. Tu te lèves.
Ally : Maman ...
Liz : Jeune fille, il n'y a aucune raison que tu restes au lit aujourd'hui. Debout.
Si seulement elle savait ...
