PDV Michael
Je marche en direction de la ville, la nuit est tombée, et je prend garde à rester dans l'ombre. J'ai envie de revoir les lieux qui ont bercé mes années ici. Je passe tout d'abord devant mon ancien appartement, toujours dans le même état. Puis, j'aperçois au loin le CrashDown, lui aussi a très peu changé. Certaines choses restent immuables.
Je continue à me balader et lorsque je relève finalement la tête, je découvre que mes pas m'ont conduit presque malgré moi devant chez elle. Je m'installe dans le recoin de la maison d'en face plongé dans le noir, et je reste ainsi à observer. Combien de fois lorsque nous étions ensemble me suis je posté au même endroit ?
Je sors de ma rêverie lorsque j'aperçois une voiture qui s'arrête devant le porche de la maison. La portière conducteur s'ouvre, laissant apparaître une jeune femme blonde. C'est elle, son visage est toujours aussi beau, ses yeux toujours aussi verts, sa bouche toujours aussi attirante. Les années ont eu beau passer, elle me fait encore le même effet. Mais quelqu'un d'autre semble se trouver également dans le véhicule : je porte mon attention sur le passager ... jeune homme, les cheveux châtains, des yeux noisette, et un visage qui fait étrangement penser à ...
Non, ce n'est pas possible ... je reste figé, comme paralysé, entendant leurs voix me parvenir en écho.
Maria : James, tu te dépêches ...
James : J'arrives maman.
PDV Max
Cette soirée a été fantastique. Mon fils est absolument comme je me l'étais imaginé, Brody a vraiment fait un travail fantastique, je suis satisfait d'avoir porté mon choix sur lui il y a seize ans.
Et dire que j'arrive alors qu'il vient de tomber amoureux. Il a tout de même fini par s'ouvrir à moi sur le sujet. Elle s'appelle Michelle, elle a l'air d'être quelqu'un de formidable, alliant beauté physique et intérieure. Mais elle présente le dure inconvénient d'être la soeur de son meilleur ami et il craint la réaction de ce dernier qu'il ne souhaite surtout pas trahir.
Je lui ai raconté l'histoire de Michael et Isabel pour le rassurer, comment j'avais réagi lorsque cette dernière avait pensée être enceinte et qu'il avaient envisagé de construire quelque chose tous les deux, ce mélange de crainte que cela ne fonctionne pas et de bonheur à l'idée que deux êtres que j'aimais profondément pouvaient être heureux ensemble. Mon récit l'a fait sourire et a semblé le rassurer.
A la fin de la soirée, alors que je le raccompagnais à la porte, je lui ai proposé de revenir demain. Il a baissé les yeux l'air confus, puis a fini par m'avouer qu'il devait se rendre à une fête avec ses amis. J'ai souri, puis lui ai proposé qu'on se voit samedi ce qu'il a joyeusement accepté.
Je n'attends qu'une chose maintenant : raconter à Michael cette belle rencontre.
PDV Michael
J'ai fui dès que mes jambes ont de nouveau accepté de fonctionner. Pas de doute possible, ce visage, ce regard noisette, c'est bien celui qui me fait face les matins dans le miroir. Comment ? Une seule nuit d'amour, un moment magique qui était resté gravé au fond de moi, que je ne croyais quasiment n'être qu'un rêve, et aujourd'hui, face à moi, j'ai découvert sa concrétisation.
J'arrive enfin devant la maison où Max m'attend sans nul doute pour me narrer sa rencontre avec son fils. Quelle ironie ! Si elle ne me concernait pas, je dirais que la situation est coquace, mais à l'instant, elle me semble seulement tragique. De tout façon, il est impossible que j'échappe à ses explications.
PDV Max
Enfin il rentre et me jette un regard qui se veut interrogateur mais au fond duquel je lis la colère. Sans doute m'envie t'il le fait d'avoir un fils, bonheur qui lui est jusqu'alors resté inaccessible.
Michael : Alors, bien passé ?
Max : Oui. Zan ... enfin Anton est un garçon incroyable. Il est intelligent, sensible, plein d'espoir et de vie ...
Je me retourne vers Michael : il semble ne pas s'intéresser à ce que je raconte, et des larmes perlent au bord de ses yeux.
Max : Tu n'as pas écouté un mot de ce que j'ai dit.
Michael : Excuse moi, Max, j'ai la tête ailleurs.
Max : Bien sûr. Moi, je te fais partager l'un des moments les plus importants de ma vie et toi ...
Il prend sa tête entre ces mains et je perçois comme des sanglots étouffés. L'étonnement me gagne : je ne l'ai pas vu pleurer depuis des années.
Max : Mais enfin, qu'est ce qui te met dans un état pareil ?
Il finit par relever la tête, essuie ses yeux du revers de sa manche, et prend une grande aspiration comme s'il cherchait à reprendre le contrôle.
Max (doucement) : Qu'est ce qui se passe, Michael ?
Michael : Je crois bien que j'ai un fils ...
Max : Quoi ?!!
Michael : Je pense que Maria et moi avons un enfant ensemble.
Max : mais comment est ce possible ?
Michael : Tu veux dire techniquement ?
Max : Ce n'est pas le moment de plaisanter ... qui t'as mis cette idée en tête ?
Michael : En fait, ce soir, j'ai vu Maria.
Max : Michael, on avait dit que ...
Michael : Attend, Max. je l'ai juste observé de loin, je ne suis pas allé lui parler. En fait, je me suis rendu devant chez elle, histoire de l'apercevoir. Je sais ce que tu vas me dire, je me le suis aussi répété : Ca n'était pas une bonne idée. N'empêche qu'elle a fini par arriver en voiture, mais elle n'étais pas seule ...
Max : Comment peux tu être sûr que ...
Michael : Que c'est mon fils ? Avec une ressemblance pareille, il faudrait être fou pour en douter. C'est moi, Max, exactement moi à seize ans.
Max : Tu veux faire quoi alors ?
Michael : Il faut que j'aille la voir, Max, pour savoir, pour être définitivement fixé.
Max : Je ne pense pas que ce soit une excellente idée.
Michael : Et tu crois quoi ? Que je dois rester dans l'incertitude ? J'ai sans doute un fils, Max, un fils de seize ans dont j'ignorais l'existence. Tu peux imaginer une seconde ce que j'ai ressenti quand je l'ai vu ? Tu devrais essayer de te mettre à ma place, juste une minute.
Je le dévisage : son visage est cramoisie par l'émotion et la colère.
Max : J'ai seulement peur que tu la vois et que ...
Michael : Que je retombe amoureux ? Aucun risque, puisque je n'ai jamais cessé de l'aimer. Tu le sais d'ailleurs, car tes sentiments pour Liz sont les mêmes.
Touché. Il a voulu faire mal, il y est arrivé.
Michael : Demain, je vais voir Maria. C'est décidé, tu n'as pas ton mot à dire.
Il se dirige vers sa chambre mais avant d'y pénétrer se tourne une dernière fois vers moi.
Michael : Eh, Max, si j'ai un seul conseil à te donner : Va la voir, parce que je me rend compte que tu en crève toi aussi de pouvoir ne serait ce qu'une fois la serrer dans tes bras.
Puis il rentre dans la pièce dont il claque la porte derrière lui.
