Je sais, je sais, mon ancien blog est innaccessible... Mais j'en ai un nouveau (voir le lien "homepage" sur ma bio)... J'espère que ça vous plaira... Et c'est encore là-bas que vous lirez les réponses aux reviews!


Note de l'auteur :
Je me suis fourvoyée, sur l'année 2000 (histoire du 29 févriers pas toujours présents), lorsque j'ai remonté le temps pour mettre des dates.
ChapX(Date) Chap04 (Vendredi 29/06), Chap05 (Samedi 30/06), Chap06 (Dimanche 01/07), Chap07 (Dimanche 01/07).
Je me base toujours sur une année scolaire terminant le 21 juin…. Solstice d'Eté…. Même s'il y a de très forte chance que ce soit faux…. Veuillez m'en excuser, si c'est le cas !
Normalement, maintenant, ça devrait être bon…. Hormis certains cycles lunaires, il ne devrait plus y avoir de problèmes de dates…. Enfin, j'espère :$


Chapitre 08 : … Et au cœur sur la main

(Dimanche 01 Juillet 1996)

Après cet intermède drôle et apprécié, ils reprirent le travail. Tonio et Carmen travaillaient encore en se chamaillant, tandis que Harry et Paco avançaient correctement.

« Bon, et bien, on a bien avancé » dit Paco en le faisant arrêter « Tu veux boire un coup ? »

« Ce ne serait pas de refus » dit Harry « Fait chaud chez vous ! »

« Ça doit effectivement te changer de chez toi ! » dit Paco en lui tendant une canette de soda.

« C'est évident » dit Harry en avalant le liquide froid « Dit-moi, tu as bien dit que tu étais analphabète, il y a 10 ans…. Sarah t'en aurait-elle sorti ? »

« Bien sûr ! Je te l'ai dit, la meilleure chose qui soit arrivée à ce quartier, c'est elle…. »

« Comment elle a fait…. Elle n'avait que 6 ans, non ? »

« Oui…. Je crois que sa mère est morte en avril…. Elle est arrivée tout juste après…. Je terminais une autre année lamentable à l'école…. Je devais entrer au lycée l'année d'après…. Enfin, si j'avais de bons résultats aux examens d'entrée…. »

« Comment tu as fait ? »

« C'est là qu'elle m'a aidé »

Début du souvenir : (Printemps 1986, fin de la journée dans le quartier italien)

Comme Don Pietri le lui avait demandé, Paco emmena Sarah jusqu'à la paroisse Ste Rita, où il se fit encore réprimandé pour avoir séché les cours. Mais lorsqu'il expliqua la raison, les sœurs eurent du mal à retenir un juron contre son père. Paco leur présenta Nami, qui fut amené auprès de Sœur Marie Clarence, la sœur qui s'occupait des plus jeunes enfants scolarisés, et il fut obligé de reprendre les cours, avec une colle pour le soir.

Après sa journée de cours, il retrouva Sarah dans la salle de colle. Sœur Marie Clarence lui donna un devoir de biologie, puisqu'il avait raté l'interrogation du début d'après-midi. Elle laissa Sarah à son livre, puisqu'elle devait essayer, à nouveau, de joindre sa famille.

Paco essayait tant bien que mal de faire ce questionnaire à choix multiples, mais les mots se brouillaient devant ses yeux.

« Arg ! »

« C'est la réponse D la bonne »

« Quoi ? » dit-il, remarquant à peine qu'elle était à coté de lui.

« L'organe permettant la circulation du sang » dit Nami « D : le cœur »

« Je sais »

« Pourquoi tu n'y as pas répondu alors ? Tu ne sais pas lire ? »

« Bien sûr que je sais lire » se cabra Paco.

« Nombre de dents, sans celles de sagesse ? »

« 32 »

« Tu ne l'as pas coché non plus »

« Voilà, c'est fait » dit Paco en cochant au hasard.

« C'est pas la bonne case ! »

« Qu'est-ce que ça peut te faire ? »

« Rien…. Tu n'es pas le seul à ne pas savoir lire à ton âge…. Parce que 24 et 32, c'est différent quand même ! »

« Ah oui ! Et qu'est-ce que ça peut te faire ? »

« Je peux t'apprendre, moi ! » dit Nami « Je te lis ce devoir, tu y réponds, et après tu me lis une histoire »

« Mais si je ne sais pas lire ? »

« T'es bête…. C'est pour t'apprendre à lire ! » dit-elle en souriant « Sœur Marie Clarence dit que tu as beaucoup de possibilité, mais que dès qu'on te pose une question pas écrit, tu paniques…. Je ne comprends pas qu'elle n'ait pas fait le rapprochement…. Mais faut dire que tu passes toujours de justesse…. »

« Tu vas me lâcher ? »

« Non »

« Comment ça, non ? »

« Non, je ne te lâcherais pas…. En plus, techniquement, je ne te tiens pas » argumenta Nami « Mais je ne te laisserais pas tomber…. »

Fin du souvenir.

« Et elle ne t'a pas laissé tomber alors ? » demanda Harry.

« Elle m'a collé aux basques, oui ! » plaida Paco « Elle m'a lu toutes les questions, et j'ai fait mon devoir…. Je connaissais les réponses…. Ensuite, elle m'a forcé à lui lire un livre de gamin…. C'est quand je me suis rendu compte que je ne savais pas lire sans les images associées, que j'ai commencé à m'avouer que je ne savais pas lire…. La première étape est la plus dure pour l'ego, je t'assure ! »

« Je me doute ! »

« Après, Sœur Marie Clarence est venue la chercher, son oncle était enfin arrivé…. Mais elle est revenue le lendemain, et le surlendemain…. Et comme j'avais une semaine de colle, on a continué à faire comme ça…. Petit à petit j'ai re-appris à lire, puis à écrire, et enfin à compter…. Ça, ça a été plus simple, une fois que j'ai de nouveaux compris les chiffres, c'était bon…. En juillet, j'étais près à passer les tests d'aptitudes, je savais lire seul…. Mais je n'étais pas sauvé…. Elle a passé l'été ici, elle faisait croire aux autres que je lui faisais la lecture….Heureusement qu'ils ne voyaient pas ce que je lui lisais…. Introduction à la génétique, Théorie de l'Evolution, Equations…. Elle m'a fait lire les livres que j'aurais en première année de lycée, puis par ceux de faculté de médecine…. J'ai la chance d'avoir une bonne mémoire visuelle et auditive…. Je garde tout en mémoire…. J'ai commencé en étant juste en première année…. Et j'ai fini, pas major de promotion, mais pas loin…. Ce qui m'a permis d'entrer avec une bourse en fac de médecine…. Elle avait compris que j'aimais soigner les gens, elle m'a fait apprécier cette voie ! »

« Je suis impressionné »

« Ne le soit pas…. Si elle n'était pas si têtue, je ne serais pas ce que je suis…. J'ai failli devenir professeur, mais le corps humain m'a toujours intrigué…. Alors j'ai fait médecine »

« Et ta petite sœur ? »

« Elle est avocate…. Elle est entrée à Harvard, avec une bourse elle aussi…. C'est plutôt bien tombé, notre père est décédé cette année-là…. Notre pension d'orphelin couvrait à peine le loyer, alors les bourses et les chambres d'étudiants ont bien aidé…. »

« Le loyer est si cher ici ? »

« Non, la pension était misérable plutôt…. »

« Ah »

« Ça arrive…. Au début, ma sœur revenait ici durant les grandes vacances…. Puis elle est restée totalement sur la côté Est…. Je la comprends, ça commence à peine à avoir un aspect humain par ici »

« Sarah est encore là-dessous ? »

« Ouais ! » dit Carmen, se joignant à eux « Elle a eu du mal à faire comprendre sa vision des choses…. Imagine, une gamine de 6 ans qui dit qu'elle peut rendre le quartier vivable, sûr, propre…. Le tout, sans tout raser, sans s'en mettre plein les poches et en employant les habitants »

« Le plus dur fut d'obtenir l'accord de Don Pietri » dit Tonio « Mais elle l'a rapidement eu…. »

« Sarah, elle sait tout » dit Carmen « Et surtout, elle sait comment parler à un adulte…. »

« A 6 ans ? »

« Comprend une chose, l'English… Cette gosse est friquée, tout le monde le sait…. Mais elle gère elle-même ses comptes, à l'aide d'une marionnette…. Son oncle »

« Son oncle n'est pas vraiment sa marionnette » dit Paco « Il est l'adulte sensé gérer les comptes »

« Un adulte camouflant une enfant » dit Tonio.

« Tu aurais du voir ça » dit Carmen « Elle a réuni tout le monde durant les vacances de Noël, ici, dans l'Eglise…. Et avec son majordome, elle a tout expliqué…. Elle avait vu avec Don Pietri avant, et il doit vraiment pas regretter qu'elle se soit occupé de ses affaires »

« Clair…. » dit Tonio.

« Comment ça ? »

« Ici, tout est a Don Pietri » dit Tonio « Si ça arrange Don Pietri, il te laisse faire…. Sinon, bonjour les emmerdes »

« C'est pour ça qu'elle lui en a parlé d'abord…. Elle gagne rien dans cette affaire, elle fait juste bouger son argent » dit Paco « Elle investit, développe, et quand c'est bon, récupère ses billes…. Don Pietri dispose alors des intérêts »

« Elle se fait avoir ! »

« Elle ne cherche pas à s'enrichir » dit Carmen « C'est ça qui est bizarre ! »

« Oui » admit Paco « Mais bon, c'est elle…. Prend Hercule et Hermès, ils étaient au chômage, bricolaient par-ci, par-là…. Elle leur a offert, entre guillemet, un boulot d'entrepreneur…. Ils ont réappris le travail, puis ils ont ouvert, avec son aide, une boîte…. Lorsque le projet de réaménagement du quartier a été accepté par tous, et par la mairie, ils étaient prêts pour embaucher du monde…. L'été, ils ont pris des jeunes, qui sont partis en formation, et sont revenus en stage »

« Comme moi ! » dit Tonio « Avant je glandais, maintenant, j'ai un métier ! Et ça fait du bien au moral, crois-moi.»

« Ouais. » dit Paco « Elle n'a pas pris trop de monde de l'extérieur, hormis pour encadrer…. Mais ils sont partis petit à petit…. Il y a de la main d'œuvre, elle leur a offert un salaire…. Pas pharaonique, mais assez bien pour pouvoir vivre dignement…. Les immeubles ont été rasés et refaits au fur et à mesure…. Pâtés par pâtés…. »

« Les appartements sont mieux que ce qu'on avait avant. »

« Clair » dit Carmen « Les cafards de 10 cm, faisant fuir les rats, ça n'existe plus ! »

« Je m'en souviens » dit Tonio.

« Les premiers à avoir des appartements, furent les familles des ouvriers…. Elle ne leur a pas offert, ils ont achetés à crédit »

« Mon père a fini de rembourser le sien en 5 ans…. » dit Carmen « Il était fier quand les papiers ont été signé…. »

« Mais il n'y avait pas des problèmes de gangs aussi ? »

« Si…. Un gang, ça fonctionne quand les habitants n'en ont rien à foutre de leur quartier…. Mais là, avec la restauration, il y a eu conflit entre les intérêts de Don Pietri, ceux de Sarah et ceux des habitants. »

« Comment ça s'est réglé ? »

« Par le portefeuille. » dit Carmen « Don Pietri est pas con, Sarah lui a offert une taxe par appartement…. C'est 3 fois rien, 10$ par mois…. Mais multiplier par le nombre d'appartements, ça fait pas mal…. »

« Alors Don Pietri a retiré ses gars…. Et une règle a été établie : pas de drogue dans les nouveaux bâtiments…. Pour cela, chaque gang, et leur famille, a eu un groupe d'immeubles à lui, et les gamins on fait des fresques sur les murs…. »

« La violence continue de diminuer, parce qu'il y a de plus en plus de nouveaux bâtiments »

« Mais Hercule et Hermès vont pas être au chômage bientôt ? »

« Non, mon père est pas con » dit Carmen « Après avoir formé les jeunes, il les a fait partir dans des boîtes…. Ou à l'armée. »

« Hormis les meilleurs, comme moi ! »

« C'est ça, oui…. » répondit Carmen « Et puis, il y a toujours de l'entretien à faire…. Mais je m'inquièterais pas trop, si j'étais toi, l'entreprise marche, et marche bien même ! »

« Et Don Pietri ? »

« Il est toujours là…. C'est son quartier, il en est fier ! Il s'est fait construire un hôtel restaurant à la place de son restaurant…. Il y a parfois des accrochages entre bandes, du quartier, ou entre quartier, mais ça se règle sur un terrain de basket, et plus avec des armes…. »

« Et c'est grâce à elle. » dit Harry en regardant Nami et Stella, sur les balançoires, en contrebas.

« Oui…. » dit Carmen « Ste Rita est la patronne des rêves improbables…. Mais Sarah est son ange ! »

« Et Stella ? » demanda Harry.

« C'est une toute autre histoire…. » dit Carmen « Loin d'être drôle. »

« A ce point ? »

« Stella aura 4 ans dans 3 jours…. »

« Elle est née il y a 4 ans ? »

« Oui…. Elle est vraiment petite » dit Carmen « Mais elle l'était déjà à la naissance »

« Tu y étais ? »

« Oui…. »

Début du souvenir :

C'était le jour de la Fête Nationale Américaine, le 4 juillet 1992. Le temps était horrible, la Sorcière (The Witch, nom donné à un vent local) soufflait de toutes ses forces sur la Californie, les festivités en plein air avaient dues être annulées dans de nombreuses villes, comme Los Angeles. Quelques personnes attendaient une accalmie au sein de la paroisse Ste Rita, comme Carmen et sa mère, et les sœurs priaient en silence, ou rassuraient les paroissiens. Une jeune fille entra, et eut du mal à refermer la porte à cause d'une bourrasque. Sœur Marie Clarence se précipita vers la nouvelle venue, et Carmen la reconnue. Sophia Raven, 16 ans, enceinte jusqu'aux yeux. Le père était un maquereau dont la gosse s'était entichée, ils s'étaient mariés après un passage à Las Vegas. Elle était plus jeune que Carmen, mais elle en avait vu. Ça se voyait sur son visage.

Carmen la connaissait parce que sa mère s'occupait un peu, et gratuitement, de l'intendance de l'orphelinat de la paroisse, tout comme celui du foyer des femmes.

La mère de Sophia était arrivée en 1976, au début de l'hiver, un matin particulièrement froid, sortant de l'eau glacée. Elle serait arrivée ainsi sur la côte Est, cela aurait été compréhensible, vu le nombre de réfugiés cubains ou portoricains tentant leur chance de cette manière. Mais sur la côte Ouest, il était rare de voir des personnes sortant de l'océan. Cependant, la loi était ainsi faite, et Maria Raven, du nom qu'elle donna, 18 ans à peine, devint citoyenne américaine, malgré son accent indéniablement anglais. C'était une jolie jeune femme, les cheveux blonds, de grands yeux bleus, mais un regard et un sourire tristes à en pleurer.

Elle n'a jamais dit ce qu'elle fuyait, même si elle était indéniablement enceinte, et que le père de l'enfant devait être la raison de sa fuite, ou en tout cas de son envie d'anonymat. Seulement, son passage dans l'eau, sa grossesse et sa faible corpulence, faisait qu'elle était très faible. Lorsque Maria naquit en janvier, elle eut à peine le temps de lui donner un prénom, de lui remettre un pendentif et de la donner aux bons soins des sœurs de Ste Rita, avant de mourir d'une hémorragie interne, due au déchirement, lors de la délivrance, du placenta.

Maria aurait pu être directement placée dans une famille d'accueil, mais elle avait hérité de la santé fragile de sa mère, et due passer quelques mois dans les soins pédiatriques. Une enfant en mauvaise santé n'étant pas un choix apprécié des futurs parents adoptifs, elle grandit auprès des sœurs, dans l'orphelinat. Lorsqu'elle sembla être enfin sortie des problèmes de santé, on tenta de la faire intégrer des familles d'accueil, mais elle revenait à l'orphelinat dans les 6 mois qui suivaient, pour des raisons diverses et variées. Peut-être que ses cheveux de nuit et ses grands yeux noirs, si froids et morts, sa peau blanche…. Il y avait quelque chose en elle qui faisait peur, et pourtant, chez les sœurs, elle était une enfant calme et douée à l'école, mais dans ces familles…. Certains disaient qu'elle recherchait la nuit et les ténèbres, et que c'était anormal pour une si jeune enfant….

Bref, Maria grandit à l'orphelinat, puis elle eut un petit travail au restaurant de Don Pietri où elle s'enticha d'un client régulier, un dealer local, Enrique, de 20 ans son aîné. Elle tomba enceinte rapidement de Stella. Elle habita alors chez le père, mais l'idylle tourna vite au cauchemar : il était violent et volage, si l'on considère qu'il avait droit de cuissage sur ses filles. Le jour de la naissance de Stella, lorsqu'elle perdit les eaux, il la battit pour avoir sali son canapé, et il la mit dehors. L'hôpital était trop loin, elle trouva l'Eglise sur sa route, et ne pouvant plus avancer, elle y pénétra.

Le travail était bien trop avancé, et il n'y avait pas de médecin dans le quartier. Les sœurs appelèrent une ambulance, mais avec la Sorcière et les problèmes de circulation, c'était perdu d'avance. Nami était là, et c'est comme si elle avait fait ça toute sa vie. Elle prit la direction des opérations, demanda des serviettes et de l'eau chaude…. Et même si elle n'avait que 11ans, on ne discutait déjà plus ses ordres.

Fin du souvenir.

« Elle a mis au monde Stella ? » demanda Harry.

« Ouais…. C'est ce que j'ai dit ! » répondit Carmen.

« On avait vu ça la veille » dit Paco « Elle m'avait demandé comment on mettait un bébé au monde…. C'est étrange d'ailleurs, qu'elle m'ait demandé ça juste avant…. Enfin, tu verras Harry, il y a toujours des choses étranges qui se passent autour d'elle. »

« Je commence à m'en rendre déjà compte, et je ne la connais que depuis 2 jours ! »

« Ouais…. »

« Enfin, Maria avait presque été battue à mort par Enrique…. Mais elle n'était pas idiote, elle connaissait Sarah…. Elle a vécu assez longtemps pour faire baptiser Stella et pour faire de Sarah sa marraine et sa tutrice légale…. »

« Mais Stella ne vit pas avec Sarah ? »

« Non…. Ce connard d'Enrique a réussi à obtenir la garde de Stella…. Mais Sarah n'est pas idiote, elle donne le strict nécessaire pour Stella…. Elle paie l'école, la cantine, les fournitures, les uniformes…. Directement à l'école…. Elle donne un peu à Enrique, mais elle lui a foutu les flics au cul…. Maria est morte à cause de lui, il a réussi à passer aux travers des mailles du filet en balançant quelques gars…. Il voudrait que Sarah paie plus pour voir Stella, mais la justice est avec elle cette fois…. Tant qu'elle la voit durant les heures de travail de son père, elle lui évite la dépense d'une baby-sitter…. Et même si Enrique n'a pas vraiment des horaires de bureau, cela permet à Sarah de voir Stella de 8h à 20h…. Et Enrique peut faire ce qu'il veut »

« Il reste avec sa gosse à peine 2h…. J'habite au-dessus de chez lui…. Et bien, normalement, je ne devrais pas entendre ce qui se dit chez mes voisins…. Mais lui…. La gosse n'a que 4 ans, mais elle lui fait la cuisine et le ménage….C'est une de ses putes qui s'occupent du linge, quand c'est pas de lui qu'elle s'occupe » cracha presque Tonio.

« Mais…. Il n'y a pas des assistantes sociales ? »

« Y'en a qui sont passées le voir…. Mais la maison est propre, la petite aussi…. Même si c'est l'enfant qui rend la maison habitable, les apparences sont avec lui…. Ses filles ne sont jamais là quand elles passent. »

« Il fait quoi dans la vie ? »

« Il a une boîte de strip-tease… Qui cache, ce que tout le monde sait, ses magouilles en tout genre : prostitution, drogue, fausse monnaie…. »

« Mais si tout le monde le sait… » commença Harry.

« Le savoir est une chose. » dit Carmen « Le problème, c'est de le prouver… C'est toujours le problème. »

« Tu as parlé d'un pendentif…. Mais Stella n'en porte pas.» se souvint Harry.

« Oui…. Il a disparu il y a 2 ans…. Il a dû le vendre pour payer son droit d'exister à Don Pietri…. Ou pour acheter un bijou à sa poule du moment…. Il est radin comme pas possible, qui sait ce qu'il a pu en faire ! » dit Paco.

« Ça doit te changer de ton coin sans problème, non ? » demanda Tonio, sarcastique.

« Comment ça ? »

« Y'a qu'à te voir, ça se sent que tu as une vie bien…. Pas de problème d'insalubrité, de violence, de drogue…. »

« Chaque vie a ses bons et ses mauvais côtés…. Et si tu parles de ça à cause de ma manière de parler, tu oublies que je suis anglais, et que pour moi c'est comme ça que l'on parle…. »

« C'est à cause de tes fringues » dit Carment « Elles sont neuves, ça se voit »

« Elles ont une semaine, c'est vrai…. Mais c'est les premières affaires neuves que j'ai, en dehors de mon uniforme scolaire »

« Et tu penses qu'on va te croire ? » demanda Tonio.

« Que tu me crois ou non, je m'en fous…. C'est la première fois que je quitte l'Angleterre, se sont les premiers vêtements que je m'offre…. Et si tu veux savoir ce que j'ai vécu, c'est plus proche de la vie de Stella que de celle d'un conte de fée. » répondit Harry, à cran.

« Calme-toi, Harold » dit Paco « Et toi aussi, Tonio…. Tu devrais savoir depuis le temps que Sarah ne regarde pas le porte-monnaie des gens, que ça la ferait plutôt fuir ! »

« Je sais. » dit Tonio « Mais tu poses trop de questions »

« Ça c'est vrai. » dit Carmen « On dirait que tu ne fais pas confiance à Sarah, pourtant, c'est la personne sur qui on peut avoir le plus confiance…. Elle est prête à entrer dans l'illégalité pour un ami »

« Et si elle ne peut pas se libérer, elle envoie Henry, son majordome, pour t'aider…. » dit Tonio « Quand mon père est tombé d'un échafaudage, y'a 1 an, elle a trouvé un boulot à mon petit frère, Paolo…. Et elle a gelé le remboursement des 2 appartements…. Elle a aussi fait tous les papiers pour qu'ils soient soignés le mieux possible…. Et maintenant, il est concierge, parce qu'il ne peut plus vraiment se déplacer, mais il a un boulot, une assurance et tout…. Et avec mes frères, on l'aide un peu, pour les travaux difficiles…. »

« Mais vous, elle le fait de bon cœur…. Moi, je suis un intrus dans sa vie. » dit Harry « Alors, je doute qu'elle réagisse ainsi avec moi »

« T'es aveugle ou quoi ? » dit Carmen « Faut nettoyer tes lunettes ! »

« Pour sûr ! » dit Tonio.

« Ici » expliqua Paco « C'est son jardin secret…. Stella, c'est ce qu'elle a de plus précieux au monde…. Penses-tu vraiment qu'elle te laisserait voir ça, si elle ne te faisait pas confiance ? Si tu la dérangeais vraiment ? »

« Les gens ne montrent pas ce qu'ils pensent ! » plaida Harry.

« Ouais, Sarah peut être une vraie teigne, exécrable et énervante. » dit Carmen « Elle n'a pas que des qualités, et je crois qu'elle a même plus de défauts qu'on ne le pense »

« Mais c'est une chic fille… » dit Hercule, qui venait voir où ça en était. « Harold, Sarah t'attend pour repartir…. »

« Merci »

« Tu reviens demain pour aider »

« Si vous voulez » répondit Harry.

« Ce n'était pas une question »

« Ah ! Je crois que je serais là dans l'après-midi alors »

« A demain…. Fait attention en descendant »

« Oui monsieur »

« Alors, voyons voir si vous avez bien bossé, durant vos pauses entre 2 conversations !... » dit Hercule en examinant le toit « Ça semble être bon…. Vous me couvrez le reste »

« Oui, p'pa » répondit Carmen.

« Et demain vous évitez de menacer ou de faire peur à ce gosse…. »

« On ne l'a pas menacé » dit Tonio.

« Et moi je suis le petit chaperon rouge »

Tonio partit faire ce qui lui avait été demandé avant de se faire remettre en place façon Hercule.

« Paco, si tu ne voulais pas qu'il sache pour Sarah et Stella, tu n'avais qu'à lui dire que ce n'était pas ses affaires ! »

« Comment tu sais de quoi on parlait ? »

« Laisse pas ta radio ouverte, si tu tiens à ce que les choses soient secrètes ! »

« Hein » dit-il en vérifiant sa radio « Je ne m'en étais pas rendu compte ! »

« Ça je le sais…. C'est un bon gosse, je le vois dans ses yeux…. Il n'a pas vécu des choses faciles, ça se voit sur son visage et dans sa manière d'être…. Si Sarah a jugé qu'elle pouvait l'emmener ici, ça la regarde…. Depuis le temps, tu devrais savoir que ce qu'elle fait, ce n'est jamais prémédité, mais ça trouve toujours son explication un jour ou l'autre…. Regarde, qui aurait crû que tu ferais un super médecin »

« Je ne le suis pas encore »

« Mais même, il y a 10 ans, on pensait plus que tu finirais comme ton père…. Au mieux, que tu t'engagerais dans l'armée…. Et elle ne t'a pas lâchée d'une semelle, d'ailleurs, je crois qu'elle garde toujours un œil sur toi, non ? »

« Ouais, elle doit penser que je dois me sentir surveiller pour faire de mon mieux »

« Tu vois…. Si ce gosse est avec elle, c'est qu'il y a une raison…. Et comme on dit, les voies du Seigneur sont impénétrables »

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Henry les attendait, devant les marches de Ste Rita. Nami embrassa longuement Stella, avant de la confier à Sœur Marie Clarence. Puis elle rejoignit Harry et Henry dans la voiture.

Ce soir-là, le repas se passa en silence, pour Harry et Nami, alors que Barbie racontait sa journée à la plage, avec ses copines, et que Dudley racontait, à qui voulait l'entendre, qu'il avait été remarqué par un agent.

Nami quitta rapidement la table, écœurée par le babillage inutile de sa cousine. Harry prit congé de ses hôtes, rapidement lui aussi. Henry l'attendait devant sa chambre, pour les films.

« Je crois que je vais dormir, plutôt, si ça ne vous dérange pas »

« Non…. Vous avez une longue journée demain, aussi »

« Apparemment, oui…. Henry, vous êtes au service de Sarah depuis son arrivée ici ? »

« Oui » répondit le majordome, en rangeant les K7 « Avant mon père s'occupait d'elle et de sa famille, j'étais trop jeune »

« Qui l'a conduite dans le quartier de Ste Rita ? »

« Alors elle vous en a parlé…. Je ne l'aurais pas crû »

« Non, c'est des amis à elle qui l'ont fait…. C'est vous, n'est-ce pas ? »

« Oui »

« Mais…. Pourquoi ? »

« J'étais jeune et impressionnable » dit Henry « Je ne savais rien de la vie, mais je croyais être un homme…. Maintenant, je sais qu'être un homme c'est être responsable de soi, mais aussi de ceux que l'on vous confie »

« Mais vous saviez que c'était un lieu mal famé »

« Au début, non…. Je trouvais que le coin était en décrépitude, mais j'avais déjà vu pire chez nous…. Et Hortense disait que c'était juste rustique »

« Vous l'avez crû ? »

« Comme je vous l'ai dit, j'étais jeune et impressionnable…. Elle a fait de moi un homme… Je vous crois assez mûr pour comprendre ce que cela veut dire »

« Je comprend »

« Je lui obéissais comme un chiot… En une semaine, j'avais perdu toute notion de responsabilité et logique élémentaire…. Mes hormones avaient pris le dessus »

« C'est excusable » dit Harry, se doutant de l'effet d'Hortense, plus jeune, sur les hommes.

« Pas quand il s'agit de la vie de la personne que vous devez protéger au péril de la vôtre »

« Quoi ? »

« Façon de parler…. Ne pas mordre la main qui vous nourrit… »

« Oh !»

« Mais Hortense m'avait pris en laisse, c'est ce jour-là que j'ai perdu le respect de moi-même, en ne la plantant pas là pour aller chercher Mademoiselle Sarah…. Quand on est rentré, et que je l'ai vu, vivante et entière…. J'ai remercié le ciel… Et ce soir-là, quand Hortense a voulu que je reste auprès d'elle, j'ai refusé…. J'ai fait vœu de chasteté et je me suis dévoué à Mademoiselle Sarah, et à son oncle… Mais plus jamais je n'ai obéi à cette femme, ou à sa fille…. Qui semble être pire que sa génitrice…. »

« Mais vous n'avez pas une fiancée ? »

« Si…. Je ne suis pas un prêtre catholique…. Mon vœu de chasteté a tenu 3 ans, le temps que Hortense me lâche…. Ça a été rude, mais j'ai tenu bon… Elle a fini par croire que j'étais gay, ce qui m'a bien arrangé ! »

« A ce point-là ? »

« Il est préférable pour elle de se dire que j'aime les hommes, plutôt que de supposer que je ne puisse pas l'apprécier »

« Oui d'accord… » dit Harry « Et Sarah, elle vous en a voulu…. De l'avoir abandonné dans ce quartier ? »

« Apparemment non… Mais quand je veux vérifier qu'elle est bien en sécurité, qu'elle ne risque rien…. Elle me le ressort en pleine face…. Elle aime son autonomie…. Elle est beaucoup plus mature qu'elle ne devrait l'être à son âge »

« Elle a vécu trop de chose, trop jeune »

« Comme vous ! » dit Henry en se levant « Je vais devoir prendre congé…. Reposez-vous bien »

« Merci » dit Harry « Juste une dernière question ? »

« Oui »

« Pourquoi l'appelez-vous Mademoiselle Sarah parfois, et d'autres fois Nami ? »

« Quand je ne suis pas en service, c'est Nami…. Sinon, c'est Mademoiselle Sarah »

« Pourquoi ? »

« Vous aviez dit une question, il est temps de dormir…. Bonne nuit Harry »

« Bonne nuit à vous aussi »