Chapitre 20 : Sang pour sang

Pendant quelques secondes, Harry resta en position, immobile, craignant de voir apparaître la chose devant lui au moindre mouvement. Puis, lentement, il se tourna vers Kristian, toujours inconscient. Il se pencha et put voir qu'il respirait encore, même s'il lui semblait apercevoir du sang sur la pierre qui avait « amorti » sa tête. Au moins, inconscient, il n'avait pas pu voir cette chose. Il essayait de rassembler ses esprits, tout en cherchant au plus profond de sa mémoire ce que cette chose, il s'en voulait de ne pouvoir trouver d'autre terme, pouvait être. Mais rien, le néant. Ce n'était pas une créature qu'il avait étudié à Poudlard, peut-être parce qu'il ne l'avait pas « encore » étudié. Peut-être parce qu'elle était trop spécifique à l'Amérique du Nord. Il s'en voulait de ne pas avoir l'amour de la Connaissance comme Hermione, parce qu'elle saurait ou aurait une idée de ce qu'était ce monstre. Peut-être même que Ron le saurait, baignant dans le monde magique depuis toujours…. Il lui était évident que cette créature ne pouvait pas être considérée comme Moldue. Elle était beaucoup trop rapide et sanguinaire pour cela.

Repenser à ses amis lui pinça le cœur. Et s'il ne les revoyait jamais. Puis, une pensée plus désagréable encore s'imposa à lui : se pourrait-il que se soit un coup de Voldemort ? Il n'en aurait que faire de tuer des Moldus, bien au contraire, vu à quel point il les détestait. Mais dans ce cas-là, les villageois lui auraient menti. En quoi cela les aurait-il avantagés ? Eux aussi sont vulnérables, le corps inerte à ses pieds en était bien la preuve. Et Nami dans ce lot, quel était son rôle exact ? Etait-elle vraiment partie à la chasse au félin blessé, ou bien était-elle partie à la chasse de ce Chasseur ? Et pourquoi l'avait-elle laissé jouer aujourd'hui, et même hier, sachant que cette chose rôdait dans le bois ?

Il avait une furieuse envie d'avoir des réponses, et ce rendait compte que ce n'était pas en restant au milieu de nulle part qu'il les aurait. Plusieurs possibilités s'offraient à lui : 1) utiliser la corne qu'on lui avait fourni, 2) utiliser la magie, comme dans la dernière épreuve du Tournoi des Trois Sorciers. Ces 2 possibilités avaient le désavantage d'être parfaitement repérable pas la Chose. Il ne lui restait qu'une seule option : transporter Kristian le plus loin possible de cette Chose. Bien que cela lui déplaise, il n'était pour rien dans cette affaire… Enfin, pour presque rien. S'il ne l'avait pas attaqué, ils auraient été en sécurité depuis un bon moment. La pensée fugace de le laisser là s'effaça pour laisser place à la honte d'avoir eu de telles pensées.

Harry essaya donc de le soulevait, mais un corps inerte est beaucoup plus lourd et difficile à manœuvrer qu'un ami blessé. Il se rappelait avoir vu un moyen de le porter, en observant les jeux des Martin. Avec beaucoup de difficulté, il réussit à passer Kristian sur ses épaules, le tenant par un bras et une jambe. Mais se lever, avec un poids sur les épaules, ce ne fut pas aussi évident qu'il l'avait crû, de prime abord. Il réussit à ne pas perdre l'équilibre à cause du poids de Kristian, et commença à se diriger vers ce qui lui semblait un chemin.

S'il avait su, jamais Harry ne se serait fatigué de la sorte. La Chose n'était pas n'importe quelle créature, c'était un chasseur né. Et même s'il lui avait échappé, ce n'était pas par manque d'intérêt, mais par l'intérêt de la Chasse. Harry était, qu'il le veuille ou non, et au même titre que Kristian, sur le menu de son dîner. Qu'il était tellement plus drôle de chasser !

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L'ordre était clair pour tous : il fallait tuer la chose qui rôdait dans les bois. Ils avaient soigneusement pris un arsenal le plus vaste possible comprenant des balles d'argent, des petites arbalètes avec des flèches de bois, des poignards d'argent, sans parler des chargeurs de balles explosives contenant des potions diverses, mais aussi des fusées éclairantes. Ils savaient tous que ce qui rôdaient dans le bois était une créature intelligente, rusée et donc dangereuse. Car elle n'était pas blessée, non, elle était en pleine possession de ses moyens, et en pleine traque pour se nourrir.

-« Tu penses qu'ils sont en vie ? » demanda Connor, à propos de Harry et de Kristian.

-« Oui. C'est ce qu'il aime le plus. Chasser »

-« Comment peux-tu être certaine que c'est cette créature-là ? »

-« Je n'en sais rien. C'est pour ça que j'ai autre chose » répondit Nami, en tapotant son arsenal « Tu sais bien qu'il n'y en a plus dans le coin, normalement, depuis au moins 1 siècle. S'il s'avère que cette créature a été amenée ici pour s'en prendre au village, alors il est possible qu'il n'y ait pas qu'elle. Cependant, il n'est pas exclu que se soit un grand dormeur. Ce qui veut aussi dire qu'il doit avoir très faim, et qu'il va se faire une belle réserve »

-« Tu penses qu'on l'aurait amené ici ? Vraiment ? »

-« Tu sais combien ça coûte sur le marché noir ? » demanda Sean « Rien que des poils, ça coûte plus qu'un super bon balai ! »

-« Le problème reste l'utilité de l'achat d'une telle créature » dit Nami « Si on prend ton raisonnement. Il y a beaucoup trop de risque pour le bénéfice retiré. Il est aussi possible qu'il ait été mis là y'a des années, par une personne qui ne voulait pas avoir de problème »

-« Comme les décharges illégales de déchets toxiques ? » demanda Connor « Bordel, y'a des malades. Tu es sûre que c'est le feu qui le fera périr ? »

-« Affirmatif. Et maintenant, silence. On est sur son territoire, je sens sa présence »

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Cela faisait un petit moment déjà que Harry portait Kristian sur son dos. Cependant, bien qu'il supposa que le temps lui avait paru plus long à cause du poids mort sur ses épaules, il se doutait aussi qu'il avait dû se perdre. A sa décharge, il ne s'était pas volontairement écarté du bon chemin, ledit poids en était la cause. Mais il avait eu beau marcher vers la direction supposée du village, il n'avait toujours pas rencontré un seul chemin. Seul le sentier causé par les passages répétés de la faune locale lui permettait de ne pas trop s'écorcher sur la végétation ni de faire trop de bruit. Même si sa respiration difficile ne devait pas être des plus silencieuses.

Il le sentit avant de l'entendre, la chose était de nouveau sur ses traces. La forêt s'était de nouveau éteinte, il était là, pas loin. A sa recherche. Harry repositionna Kristian, qui gémit faiblement, signe qu'il allait mieux. Enfin, le supposa-t-il. Il se força à prendre de grandes respirations, et sans un regard en arrière, il courut le plus vite possible. Sans doute qu'il n'aurait pas dépassé un marcheur, mais la course lui donnait l'impression d'aller vite. Et c'était tout ce qu'il demandait.

Hélas, c'était tout ce que demandait, aussi, son poursuivant. Alors que le sentier bifurquait sur la droite, Harry se sentit projeter en l'air, ou plutôt soulever. Il lâcha Kristian et atterrit lourdement dans l'humus. L'élan le fit tomber en avant et il glissa dans un fossé. C'était plutôt un abrupt terreux, ouvrant sur une petite clairière. Il avait 2 possibilités : courir droit devant lui, alors qu'il s'était mal réceptionné et que sa cheville était sensible, ou bien rester collé contre la paroi. Il savait déjà que c'était le mouvement qui attirait son assaillant, alors il se força au calme tout en se tenant le plus près possible des racines d'arbres qui sortaient par endroit de la terre.

Il l'entendit marcher, juste au-dessus de lui, de la terre lui tomba dessus. Mais il resta figé, attendant qu'il parte. Il eut honte de ses pensées, il eut honte d'espérer que cette chose aurait assez de nourriture avec Kristian. Lui, le courageux Gryffondor. Harry Potter était-il un poltron ? Il en connaissait certains qui ne se gêneraient pas pour répondre oui. Mais au fond de lui, il connaissait la réponse : il n'y a pas de honte à avoir peur de la mort.

Pourtant, il l'avait affronté si souvent qu'elle ne devrait plus lui faire peur. Voldemort et ses sbires avaient si souvent tenté de le tuer qu'il ne devrait pas avoir peur. Mais cette chose, juste au-dessus de lui, ce n'était pas un être humain. C'était plus comparable à un loup-garou, et il avait déjà fuit devant une telle créature. A ce moment-là, c'était normal, il ne pouvait pas combattre le professeur Lupin, et de toute façon, il ne le voulait pas. Il était dans la même situation, sauf que s'il avait les connaissances nécessaires sur cette créature, si tant est qu'elle puisse être tuée, il ne se gênerait pas pour le faire. Il n'était pas un poltron. Il n'était pas fou non plus !

Quelque chose atterrit juste devant lui. La Chose avait lancé le corps de Kristian juste devant la cachette de Harry, mais assez loin pour qu'il ne puisse pas l'y attirer sans se faire prendre. Cette Chose était redoutablement vicieuse.

Un mouvement sur sa gauche attira son attention. Un groupe de 3 personnes venaient d'entrer dans son champ de vision, mais il n'en reconnut aucun. Ceux-ci le virent et se précipitèrent vers lui, causant leur perte. La Chose en envoya un juste au-dessus de Harry, et de la terre lui tomba dessus en même temps que le corps d'un adolescent, encore en vie. Les 2 adultes, qui étaient avec lui, s'étaient mis dos-à-dos pour se battre, mais la Chose était trop rapide, elle les mit à terre en peu de temps avant de se diriger lentement vers Harry.

Alors qu'il ne pouvait bouger, hypnotisé par le regard presque humain de ce monstre hideux, ce dernier prit feu, sans explication possible. Un cri strident s'échappa de ce qui devait être sa gueule alors qu'il s'effondrait sur le sol. C'est à ce moment-là que Harry aperçut un être sombre, tenant une arme. Il n'était pas seul, 2 autres créatures similaires sortirent des bois et accoururent vers Harry.

-« Oh relax ! » dit l'une des créatures alors qu'il essayait de se fondre dans la terre derrière lui.

-« Sean ? » demanda Harry.

-« On n'est pas en super état, mais on a pu déjouer l'odorat de cette chose » dit Sean, qui avait tenté d'essuyer son visage recouvert de boue.

-« Comment tu vas ? » demanda le troisième.

-« Nami ? »

-« Apparemment, tu as toujours ton cerveau » dit-elle, en lançant une fusée éclairante en l'air « Les autres vont arriver avec du matériel médical »

-« Y pas de morts ici » dit Connor « L'autre con a une plaie à la tête, mais pas de fracture du crâne visible »

-« Dommage… »

-« Attendez, c'était quoi cette chose ? » demanda Harry alors qu'il ne restait presque plus rien du monstre en question.

-« Un Wendigo »

-« Un quoi ? »

-« Un Wendigo » répéta Nami « C'est une créature du folklore nord américain »

-« Qu'est-ce que c'est ? »

-« A la base, un être humain » dit Connor.

-« Non, c'était pas un humain »

-« Connor a dit : à la base…. Donc, au départ, c'était un humain » continua Nami « Un chasseur, un trappeur, un aventurier…. Peu importe sa tribu, son âge ou sa race…. A un moment, lui et d'autres humains ont dû avoir une panne de nourriture. Généralement, durant les hivers, plutôt long par ici. Bref, après avoir mangé le cheval, le chien ou des rats, il ne reste plus qu'une possibilité : manger le corps de ceux qui sont déjà morts »

-« Du cannibalisme ? » s'indigna Harry.

-« De la survie » corrigea Nami « Chez les indiens, et dans d'autres tribus, manger de la chair humaine rend plus fort, aussi fort qu'un Dieu. Mais la consommation excessive et répétée provoque une transformation chez le consommateur. Et on devient ce que tu as vu aujourd'hui. Une créature humanoïde extrêmement rapide, experte en chasse »

-« Comment peut-on la tuer ? » demanda Harry, essayant de garder une contenance.

-« Uniquement par le feu. Et avec de la ruse, comme tu as pu le voir. Une arme blanche ne lui fera qu'une entaille qui ne saignerait même pas. Et pour pouvoir lui trancher un membre, il te faudrait beaucoup de chance. Les balles en argent ou en quoique se soit d'ailleurs, n'ont aucun effet non plus. Seul le feu purifie le corps et libère l'âme. Et on obtient ce tas d'ossements »

-« Qu'est-ce que cette chose foutait là ? » demanda Harry.

-« Y'a plusieurs possibilités. Primo : elle était là depuis des années, et coïncidence, elle s'est réveillée juste au moment de la Chasse. Il faut que tu saches qu'un Wendigo peut vivre éternellement, mais uniquement s'il a de la nourriture. En fait il se trouve un petit coin tranquille où dormir, assez aérer mais peu facile d'accès. Il dort une bonne partie de sa vie, mais parfois, il se réveille et croque un petit morceau. En général, de pauvres victimes de sa dernière moisson. Mais cette fois, pas de pot, y'avais plus rien dans son garde-manger. Donc, il est allé chasser »

-« Combien de temps il reste en… En quoi d'ailleurs ? »

-« Hibernation sans doute, c'est ce qui se rapproche le plus de son comportement…. Ca peut être 10ans, 20ans, 25ans »

-« Le dernier Wendigo tué remonte à 30ans » dit le jeune indien, qui avait été lancé sur Harry, et qui reprenait peu à peu ses esprits « Il n'y en avait pas eu depuis, et tous les points de repos possible ont été détruits »

-« Repose-toi, tu as prix un sacré coup » dit Connor en l'asseyant correctement.

-« Merci »

-« Alors comment est-il arrivé ici ? »

-« J'en étais où ? Ah oui, primo ! » répondit Nami « Donc, primo : il était là, on ne l'a pas détruit avant, on s'est fait eu… J'y crois moyen quand même. Il reste donc les possibilités d'un transfert. Un Wendigo change rarement de lieu de chasse, sauf s'il y est forcé, mais vraiment forcé. En général, plus il y a d'humains dans le coin, son plat préféré, plus il a de nourriture »

Les secours arrivèrent et les premiers blessés furent examinés. On prêta de l'eau et des serviettes à Nami et aux Jumeaux pour qu'ils se nettoient un peu. Harry, lui, eut droit à un bandage à la cheville et à quelques pansements après que ses plaies eurent été nettoyées. Tous montèrent dans une jeep et quittèrent la forêt en silence.

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Harry et Nami furent déposés chez la jeune fille. Harry se passait les scenarii les plus catastrophiques dans sa tête, mais se demandait comment Voldemort avait bien pu lui tendre un tel piège.

-« Oh, Harold ! »

-« Oui »

-« Ce n'est pas de ta faute s'il y a eu des morts »

-« Y'en a eu combien ? »

-« 2 garde-chasses ont été tués sur le coup, un organe arraché. Le cœur. Un 3ème a succombé à une commotion cérébrale »

-« Et Kristian ? »

-« Je suppose qu'il s'en tirera. C'est le maire qui va avoir du mal à s'en tirer cette fois. Je crois qu'il n'y aura pas de passage en forêt, l'an prochain »

-« Tu ne m'as donné qu'une seule explication pour la présence du Wendigo ici. Quelles sont les autres ? »

-« Le Wendigo est une créature fabuleusement forte. J'imagine que certains trouvent un intérêt financier à sa capture. Je ne sais pas ce que l'on peut faire avec un Wendigo vivant, et comme mort il ne vaut plus rien, puisque le seul moyen de le tuer c'est de la cramer, ça me laisse encore plus perplexe. Cependant, les vieilles idées ont la vie dure »

-« Comme ? »

-« Prend les roux. Un homme roux est sensé être viril, fort et très reproductif, puisque souvent, les familles de roux sont des familles nombreuses. Ou en tout cas, à une certaine époque c'était le cas…. Déjà au Moyen-âge, une potion à base de cheveux de roux devait donner à celui qui en buvait des capacités spécifiques des roux. La plupart des acheteurs étaient des hommes, souvent impuissants ou frêles. Les femmes qui achetaient ses potions le faisaient pour la stérilité de leur époux »

-« Et tu supposes donc que quelqu'un voulait obtenir la force ou la rapidité du Wendigo ? »

-« Je pense que si une personne transporte un Wendigo, il vaut mieux pour lui de ne pas se faire prendre avec une telle cargaison. Donc, il a bien pu choisir de cacher cette chose quelque part dans le coin. A moins que ce ne soit un imbécile qui a crû devenir un dieu en mangeant de la chair humaine. Les crétins, ça court les rues tu sais » dit Nami « Ce qu'il y a, c'est que ni ta présence ni la mienne ne sont la cause de la présence de cette créature »

-« Qu'est-ce qui te permet d'être aussi catégorique ? »

-« Parce que si c'était de ta faute, je l'aurais laissé te bouffer ! » dit Nami en montant l'escalier « Je me couche directement, si tu veux manger, il y a des plats tous préparés dans le frigo. Bonne soirée ! »

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Après s'être lavé, Harry resta une éternité à regarder le plafond de sa chambre. Il voulait croire que ce n'était pas de sa faute, mais une partie de lui se sentait quand même coupable. Alors que la nuit était tombée depuis un moment, il décida de téléphoner à Dumbledore.

-« Tu ne devrais pas faire ça »

-« Tocho ? »

-« Oui, c'est mon nom » répondit le félin en apparaissant devant Harry « Elle a raison, ce n'était pas de ta faute… Se serait plutôt de la mienne d'ailleurs ! »

-« De ta faute ? »

-« J'aurais pu te prévenir. Et nous autres, Esprits, aurions pu prévenir tout le monde »

-« Pourquoi ne pas l'avoir fait ? »

-« Certaines choses doivent être apprises au prix du sang » répondit Tocho en bondissant sur le lit de Harry « Et tu n'as pas fini de tout apprendre »

-« Encore du sang ? »

-« La méthode douce fonctionne bien aussi » répondit Tocho, avec un semblant de sourire « Tu as appris à faire face à l'inconnu. Depuis toujours tu te bats contre un ennemi que tu connais »

-« Voldemort »

-« Drôle de nom » fit Tocho.

-« Un acronyme de son vrai nom… Tom Jedusort, alias Lord Voldemort »

-« Le seigneur du vol de mort ? Mouais, étrange comme titre…. Il vole les morts ? »

-« Ce que je sais, c'est qu'il la donne ! »

-« Hum…. »

-« Mais ne change pas de sujet, tu veux. Pourquoi ne dois-je pas appeler Dumbledore ? Il désire que je rentre, et les évènements de la journée prouvent qu'il avait raison »

-« Mais c'est bien toi qui lui a fait voir l'inutilité d'une Initiation si elle n'est pas aboutie, non ? »

-« Comment tu sais ça ? »

-« Tss, tss, tss…. Tu crois quoi ? Que je ne suis jamais là ? Qu'une fois que tu ne me vois plus, je suis totalement parti ? »

-« Ouais »

-« Sache que je suis indissociable de ton esprit dorénavant. Je suis celui qui fouille au fin fond de ta mémoire pour te rappeler ce que tu sais sans t'en souvenir et qui te permet de t'élever »

-« Tu as accès à mon esprit ? » demanda Harry, rougissant.

-« T'es pas un pervers ou un sociopathe » répondit Tocho « Tu es juste un jeune homme normal, avec des envies et des pulsions normales, elles aussi. Et non, tu ne peux pas m'empêcher de lire en toi quand et comme je veux, parce que c'est grâce aux questions que tu te poses inconsciemment que je peux te faire avancer »

-« J'ai les questions et les réponses dans ma tête ? »

-« Evite de penser que je ne sers à rien, s'il te plait »

-« Pardon ! »

-« Tu verrais ta tête ! » s'esclaffa Tocho en se roulant sur le dos « Ah ! Ah ! Ah ! Les humains sont vraiment trop drôles ! »

-« Tocho ! »

-« Oui, maman ! »

-« Arrête, s'il te plait, j'ai besoin de réponses »

-« Elle a raison, ce n'était pas de ta faute. Et elle a encore raison, le Wendigo a été amené. Mais il y a des années. Je ne comprends pas qu'il ait dormi aussi longtemps. Peut-être avait-il été endormi et que le somnifère a mis longtemps à disparaître »

-« Mais c'est d'une agilité incroyable ? »

-« Empoisonne la nourriture, tu empoisonneras ta cible »

-« C'est un meurtre ! »

-« Cela dépend. Prend une personne malade, atteinte d'un cancer ou d'une saleté qui trainait y'a pas encore si longtemps. S'il a une famille et qu'une personne cherche une chèvre, une proie humaine pardon »

-« Oui »

-« Et bien, cette personne qui se sait perdue, elle peut accepter le travail, pour mettre sa famille à l'abri du besoin pendant un moment…. C'est plus un suicide, mais c'est pour une noble cause »

-« Encore faut-il que le marchant respecte son accord jusqu'au bout »

-« On ne sait jamais sur quel oiseau on va tomber, en effet » dit Tocho « Bon, tu devrais dormir maintenant. Demain soir, on commence la fin de ton apprentissage »

-« Vraiment ? »

-« Tu t'es montré digne de le recevoir, pourquoi veux-tu que je te le refuse ? »

-« J'en sais rien. C'est tôt, non ? »

-« Un peu, mais tu es digne de moi. Et comme chacun fait ce qu'il veut ! »

-« J'appelle mes amis avant. J'ai eu un mauvais pressentiment durant toute la journée »

-« Je reviendrais demain soir, demande à ta jeune amie son matériel de camping sauvage »

-« Au revoir » répondit Harry, parlant au vide « Hermione ! »

Comme la fois d'avant, Hermione avait coupé son téléphone portable. Cela inquiéta un peu Harry, mais il passa de suite au numéro de Ron, qui décrocha à la première sonnerie.

-« Harry ? » murmura-t-il.

-« Oui, qu'est-ce qu'il y a ? Pourquoi chuchotes-tu ? »

-« Attend, je te rappelle dans 5min, maman est dans les parages » dit Ron, et il raccrocha.

-« Au moins, lui il répond » se dit Harry, tout haut.

En attendant, il farfouilla dans le livre offert par Hermione, mais rien ne l'intéressa vraiment. Il se rappela que Nami lui avait aussi offert un cadeau, et le trouva dans sa malle de voyage. Il le sortit de son sac cadeau et découvrit un vieux livre poussiéreux en vieux cuir marron. Ou peut-être rouge, en son temps. Le titre était complètement illisible. Lorsqu'il l'ouvrit, un petit mot en tomba :

Harold,
Il est de coutume d'offrir un présent lors d'un anniversaire. Ne sachant pas trop quoi t'offrir qui puisse te faire plaisir, j'ai laissé mes pas me conduire dans une petite librairie. Elle était adorable, quoiqu'un peu sombre et poussiéreuse, mais remplie, voir plus que remplie, de vieux livres.
Le libraire était étrange. C'est bien la première fois que j'en vois un, alors qu'il n'y a pas un chat chez lui, qui soit si inquiet de la présence d'un client potentiel. Ou bien était-ce à cause de ma tenue. Peut-être m'a-t-il prise pour une mauvaise fille ? Qui sait !
Il m'a quand même laissé vagabonder dans les quelques rayonnages présents. Ces livres étaient plutôt étranges, je crois que c'était une boutique ésotérique. Remarque, « Mille herbes et champignons magiques », ça doit être intéressant. J'ai hésité à me le prendre d'ailleurs, mais j'ai déjà beaucoup de livres sur les plantes dites de sorcières. « Vie et habitats des animaux fantastiques » avait l'air sympa, mais c'est là que je suis tombé sur ce livre.
Bizarrement, le vendeur a eu l'air encore plus pâle quand je l'ai pris. Et il y avait des bruits étranges dans sa librairie, alors qu'en général, se sont des lieux plutôt paisibles. Peut-être des rats !
Bref, je n'ai pas pu l'ouvrir, enfin, en dehors de la couverture. Et le titre était lui aussi illisible, mais mon instinct me dit que tu trouveras un moyen de le déchiffrer. Je sais, c'est étrange d'offrir un livre, qui plus est indéchiffrable, mais mon instinct ne se trompe jamais. Si c'était le cas, prévient moi, que je le suivre un peu moins !
Amicalement,
N.S.

Harry n'eut pas le temps de réfléchir plus profondément sur l'aventure que Nami lui avait relatée, que son téléphone se mit à vibrer.

-« Ron ? »

-« Non, Hermione »

-« Hermione, comment tu vas ? J'ai essayé de te joindre, mais ton téléphone était constamment arrêté »

-« Ne t'inquiètes pas, Harry, je vais bien. Je viens d'atterrir et de remettre mon téléphone en route »

-« Ron m'a un peu parlé de ce qui t'était arrivé » dit Harry « Mais qu'est-ce qu'il s'est passé en Bulgarie ? »

-« Un réveil brutal » répondit laconiquement Hermione « Ecoute Harry, je suis contente que mon cadeau te plaise, mais il y a beaucoup de monde ici »

-« Tu es où ? »

-« A New-York, ma mère veut m'emmener faire les magasins pour essayer de me changer les idées, et mon père tient absolument à trouver un exemplaire de Spiderman qu'il n'a pas. Je ne l'ai jamais vu dans cet état, il couve les exemplaires qu'il a réussi à acheter, comme une poule couve ses œufs »

-« Hermione » fit une voix en fond sonore.

-« Oui, maman, j'arrive ! » répondit Hermione « J'te laisse, depuis que je suis revenue de Bulgarie, elle me surveille de prêt »

-« Je suis ravi d'avoir pu te parler, et que tu ailles bien »

-« Je fais aller »

-« Hermione, arrête ta discussion avec Ron, vous pouvez attendre de vous revoir pour parler »

-« Maman, ce n'est pas Ron, c'est Harry »

-« Harry ? Harry, le Harry ? L'autre ami ? »

-« Oui maman »

-« Tu le rappelleras, ton père nous a trouvé un taxi, et il est extrêmement pressé de découvrir la librairie spécialisée dont il a eu l'adresse »

-« Je dois te laissez, Harry. On se voit au Terrier, à ton retour »

-« Oui » répondit Harry en raccrochant, et le téléphone vibra à nouveau « Allo ? Hermione ? »

-« Non, Ron. Pourquoi, tu as eu Hermione ? Elle va bien ? » demanda-t-il, d'une voix où percer une certaine appréhension.

-« Un peu pressé par ses parents. Elle est à New-York »

-« Elle bouge ! » répondit Ron, retrouvant son ton normal « Ça va lui faire du bien, elle n'a pas trop le moral »

-« J'ai crû comprendre que vous parliez souvent »

-« Elle t'a dit ça ? Non, on parle un peu. Elle ne voulait pas t'inquiéter, et on s'engueule moins au téléphone. Comme il n'y a que des adultes qu'elle rencontre, elle appelle quelques fois. Souvent pour avoir Ginny, tu sais »

-« Oh ! D'accord » répondit Harry, qui riait sous cape de la gêne de son ami.

-« Tu appelais pour quoi ? »

-« Pour prendre des nouvelles »

-« T'en a prise y'a 2jours » s'étonna Ron « Tu t'ennuies tant que ça ? »

-« Non, c'est pas ça. J'ai eu affaire à un Wendigo, et même si tout le monde me dit que je n'y suis pour rien, je me demandais si… »

-« C'est quoi, un Wendigo ? » demanda Ron, lui coupant la parole.

-« Une créature du folklore locale » répondit Harry.

-« Gentille ou méchante ? »

-« Plutôt méchante »

-« Faut que tu rentres tout de suite, si Maman ou Dumbledore l'apprenne, tu vas avoir des ennuis. Et la personne qui est sensé te surveiller aussi »

-« Ron, calme-toi. Ecoute, un Wendigo était un être humain, qui, pour ne pas mourir de faim, a consommé de la chair humaine en grande quantité. Il s'est métamorphosé en cette créature, qui dort souvent et se réveille pour manger, de la chair humaine »

-« Je ne pense pas que Voldemort se serait servi de cette chose » répondit platement Ron « Il n'y a pas eu de marque des Ténèbres ? »

-« Aucune, ni aucune attaque de Mangemort »

-« Hum…. Y'a des chances que se soit purement accidentel, une coïncidence ? »

-« C'est une créature qui était commune il n'y a pas si longtemps encore, d'après les sorciers du coin, un cinglé a voulu en capturer un pour le marché noir, mais il ne voulait pas être pris avec, donc il l'a planqué »

-« Hum…. A quoi ça peut servir cette chose ? »

-« J'en sais rien du tout, et ce n'est pas ici que je vais pouvoir me renseigner » répondit Harry « Tu as l'air plus calme qu'il y a quelques minutes »

-« C'est normal, depuis plusieurs jours je fais d'horrible cauchemars. Ça a commencé avant l'appel d'Hermione, puis toi qui me sort ça…. Et le malaise n'est pas encore parti, j'ai même l'impression qu'il est plus grand »

-« Ron, si tu avais des dons de voyance, on ne serait pas obligé d'inventer les prédictions de Trelawney »

-« Ouais, brillant ! J'ai dû manger un truc qui ne passe pas, ou alors se sont les trucs que je teste pour les Jumeaux. Ouais, ça doit être ça ! » dit Ron « Ça ne peut être que ça, je ne suis pas devin ! »

-« Ben non »

-« Aîe, faut que je te laisse, Maman rapplique. Et elle n'a pas l'air contente que je sois dehors. Bye ! »

Rassuré que ses amis aillent bien, Harry s'allongea sur son lit et s'endormit aussitôt.

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Harry était content de partir en forêt avec Tocho, mais il déchanta rapidement lorsqu'il comprit tout ce que cela impliquait. Ils partirent en fin d'après-midi pour le bois proche de chez Nanami, et dans une clairière entourée de houx et de tue-loup. Harry, qui n'avait jamais fait de camping, dut se débrouiller seul pour monter sa tente, et il dut se dépêcher pour trouver du petit bois, pour faire du feu. En attendant, Tocho le regardait, amusé.

-« Tu pourrais m'aider, non ? »

-« Tu es très drôle à regarder. Surtout que ça ne sert à rien tout ça »

-« Mais Nami m'a dit que…. »

-« Oui, oui, elle t'a dit que tu devrais communier avec la nature, et blablabla. On n'a pas vraiment le temps, là. Il faut arriver à un lien solide entre toi et moi, rapidement. Quand se sera fait, je t'expliquerais la fin. Ou le début. Le reste quoi »

-« Oh ! Je dois faire quoi alors ? »

-« Suit-moi »

Tocho emmena Harry vers la maison. Il lui fit faire le tour et lui montra un vieux puits, encore en service.

-« Tu vas devoir amener 2 seaux d'eau au campement »

-« Mais il n'y a qu'un seul seau »

-« Et il te faudra la faire chauffer sur ton feu. Une partie te servira d'eau potable, une autre servira à la préparation d'une infusion de purification »

-« Dans quoi je fais chauffer l'eau »

-« Une vieille marmite en argile devrait faire l'affaire » dit Nami.

Elle luit tendit l'objet en question, tout en tapotant la tête de Tocho.

-« Tu le vois ? »

-« Evidemment » répondit Tocho.

-« S'il le veut, bien sûr » répondit Nami « Avant de monter dormir, je te mettrais un repas sur la table de dehors »

-« Pourquoi ? »

-« Tocho me l'a demandé » répondit Nami « Ceux ne sont pas des plats industriels. Je l'ai ai fait moi-même avec du gibier que les indiens m'ont offert »

-« Comme tu ne vas pas aller chasser ton repas, c'est plus pratique que de te laisser mourir de faim. Et ça diminuera les périodes de non introspection » compléta Tocho.

-« La Chasse est officiellement terminée demain soir. Mais avec le Wendigo, le problème est parti plus vite…. Tu ne seras donc pas trop ennuyer par des touristes »

-« D'accord »

-« Tocho »

-« Mingan » répondit Tocho alors qu'ils la regardaient rentrer dans la maison.

-« Elle a gardé son nom ? Je croyais que c'était le corbeau son Esprit »

-« Son Esprit premier est le loup. Le corbeau est son Esprit second »

-« On peut avoir plusieurs Esprits ? »

-« Non »

-« Mais elle ? »

-« Maître Corbeau est l'Esprit qu'elle a eu grâce à l'Initiation. On ne peut en avoir qu'un de cette manière »

-« Et le Loup ? »

-« J'ignore d'où il vient »

-« Je suis sûr que tu le sais »

-« Le Grand Tocho sait tout sur tout ! » répondit celui-ci « Sur tout ce qui est dans ta tête, surtout ! »

-« Très drôle » pesta Harry, en commençant à puiser de l'eau.

-« N'oublies pas de prendre ton repas. Se sera la seule chose solide que tu mangeras d'ici demain soir »

-« Vraiment ? »

-« Ton estomac n'a pas à se poser de question. De toute façon, tu seras occupé à méditer ou à dormir, pour que le temps puisse te semblait long »

-« Si tu le dis »

-« Et même si c'est le cas » continua Tocho, avec un regard sévère pour l'élève l'ayant interrompu « Tu dois contrôler ton corps par ta seule volonté. L'esprit est une chose incroyable, il permet de se défaire des contraintes physiques »

-« Comme le coup de l'air aussi solide que de la roche »

-« Exactement. Tu as fini ? »

-« Tu es pressé ? »

-« Non…. Je te rejoins au campement, je vais papoter un peu. Et voir ce qu'il y a au dîner de ce soir »

O o o o o o o o o o o o o o o o o o o O

Comme Tocho le luit avait dit, Harry ne vit pas le temps passé. Après une nuit à méditer, il avait été si fatigué qu'il s'endormit comme une masse. Le lendemain après-midi (mardi 6 août), Harry émergea enfin de son profond sommeil. Le silence de la forêt le calma, car quelque chose au fond de lui était apaisé par l'endroit. Il se força à faire de l'exercice, son corps étant endolori par la position constante de méditation. Puis il partit chez Nami pour remplir ses seaux d'eau, il se rafraîchit à l'eau du puits, presque ravi que l'eau glaciale lui court dans le dos.

Il se tourna vers la maison, et aperçut Emilia à la fenêtre de la cuisine. Celle-ci lui fit de grands signes, mais Tocho réapparut à ce moment-là, et Harry fut obligé de le suivre en forêt. Sur le chemin, il lui expliquait les rôles de chaque plantes et comment s'en servir.

-« En quoi cela m'est utile ? » demanda Harry « Lesquelles de ces plantes poussent en Europe ? »

-« Le savoir est toujours utile, même si son utilité ne paraît pas intéressante sur le moment »

-« Whah ! Faudra que je la ressorte lorsqu'Hermione et Ron se disputeront encore une fois sur le sujet des études ! »

-« Parle-moi d'eux »

-« Tu sais déjà tout ce qu'il y a à savoir »

-« Tu sais depuis combien de temps je n'ai pas eu d'humain ? »

-« 10ans ? »

-« Ouais, et c'est super long ! » dit Tocho « Allez, on papote ! »

-« Mais de quoi veux-tu que je te parle ? »

-« Commence par tes amis, ton école. Des trucs dans ce genre, des anecdotes »

-« Si tu y tiens »

Tocho n'avait pas vraiment besoin de faire parler Harry sur ces sujets, ayant accès à sa mémoire et à ses émotions, mais il avait découvert que son jeune élève avait été isolé pendant de nombreuses années, et qu'il n'était pas trop loquace. Or, la communication est primordiale pour éviter les problèmes avec son entourage ou lors d''un combat. Et puis, communiquer, c'est thérapeutique. Tout être vivant à besoin de communiquer, d'une manière ou d'une autre.

Alors Tocho écouta Harry, il l'écouta parler de ses amis, de leurs familles, des amis d'école, de l'école, de ses professeurs, de Voldemort. Harry parlait peu sur chaque sujet, il se sentait ridicule de parlait à voix haute avec, disons-le franchement, un puma invisible pour de nombreuses personnes. Même s'il connaissait le monde magique depuis 5ans maintenant, cette situation lui semblait irréaliste voir surréaliste. Cependant, il appréciait que Tocho le lui ai demandé. Nami, elle, avait à peine posé des questions, comme si la moindre information sur sa vie en Angleterre, comme si la moindre information sur lui, lui était inutile, voir ennuyeuse.

Elle ne s'était pas non plus épanchée sur sa vie, ce qui dérangeait un peu Harry. Ce qu'il savait d'elle, il l'avait appris par d'autres personnes. Ce qui n'est jamais une vérité vraie…. Il posa des questions à Tocho sur son sujet, mais ce dernier continua de rester vague.

Vint rapidement le temps de manger. Pour plus de commodité, Tocho laissait Harry manger sur la terrasse de chez Nami. Cette dernière laissait une fenêtre ouverte avec une table juste au-dessous pour que Harry puisse y prendre et y redéposer sa nourriture.

-« Coucou ! »

-« Emilia ! » fit Harry, avalant de travers sa bouchée.

-« Désolée » fit la jeune fantôme « Tu respires ? »

-« Oui…. Oui, ça va, c'est passé » répondit Harry « Tu m'as pris par surprise »

-« Pour une fois que je peux te parler » fit Emilia « Au moins, nos voix portent en dehors de la maison »

-« La terrasse n'est peut-être pas considéré comme dehors ? » tenta Harry.

Emilia tendit la main, mais une membrane d'un vert intense la stoppa dans son mouvement.

-« J'en étais sûre…. Enfin, bon. J'ai lu ton livre sur les maisons maudites. Tu as trouvé un guérisseur ? »

-« Nami en est un »

-« Ah oui ? Et pourquoi elle ne nous aide pas ? »

-« Parce qu'elle ne vous voit pas. Elle ne communique pas avec vous, donc forcément, elle ignore quels sont vos problèmes. Et peut-être qu'elle ignore aussi qu'elle peut vous aider. Ou vous aidez un peu »

-« Hum…. Dis, tu sais ce que tu manges ? » demanda Emilia, les yeux pétillants de malice.

-« Un ragoût »

-« Oui, mais un ragoût de quoi ? »

-« Bœuf ? »

-« Non ! »

-« Chevreuil ? »

-« Non plus »

-« Je mange quoi ? » demanda Harry, sentant déjà son estomac qui se serrait d'appréhension.

-« Un ragoût de…. C'est quoi déjà le nom ? De rat des champs »

-« Pardon ? »

-« C'est très bon le rat de champs » dit Tocho, en humant l'assiette de Harry « Hum…. Si je pouvais avoir un corps physique »

-« C'est quoi, un rat des champs ? »

-« Un rat » répondit Tocho, hypnotisé par les restes dans l'assiette de Harry.

-« Elle m'a fait manger du rat ? »

-« Ah, ah, ah ! Tu verrais ta tête ! » répondit Emilia, hilare.

-« Emilia ! »

-« Oups ! Eloïse m'appelle…. »

-« Emilia ? »

-« Oui ? »

-« Où est Nami ? »

-« En pleine séance de divination » répondit Emilia alors que sa sœur l'appelait encore une fois « Il faut que je sois dans son champ de vision avant le 3ème appel. Ne nous oublies pas ! »

-« Etrange petite ! » dit Tocho « Si tu as fini, nous avons encore une nuit de méditation en prévision »

-« Je rentre ça, et on y va »

O o o o o o o o o o o o o o o o o o o O

Lorsqu'il se réveilla, deux jours plus tard (jeudi 6 août), Harry avait une boule sur l'estomac. Il se prépara pour une après-midi d'étude avec Tocho, qui avait trouvé très drôle, la veille, de lui montrer un vrai rat comme celui de son repas. Même une douche froide ne lui enleva pas le mauvais pressentiment qui s'était insinué en lui depuis la veille au soir.

-« Tu as l'air angoissé. Quelque chose te perturbe ? »

-« J'ai l'impression qu'un malheur va arriver »

-« Tu as déjà où cette impression ? »

-« Dans la forêt, durant la chasse. Mais c'était différent, je sentais un danger. Là, c'est plus profond »

-« Il n'y a aucune créature qui pourrait te faire du mal » répondit Tocho, après avoir scruté les horizons « On ne ressent rien »

-« Pas d'épreuve par le sang ? » demanda Harry.

-« Une fois par an, ça suffit largement » répondit Tocho « Si quelque chose doit t'attaquer, elle n'est pas encore arrivée »

-« Elle pourrait se cacher »

-« Oui. Mais les intentions mauvaises ne peuvent l'être bien longtemps. Il faut être très doué pour cela. Et à moins que tu n'atteignes la fin de ta Quête d'ici son arrivée, je devrais sentir sa présence »

-« Tu ne pourras plus après »

-« Tu comprendras bientôt. Tu progresses très vite…. Allons travailler encore un peu avant le repas »

-« On n'étudie pas les plantes ? »

-« Cela pourra attendre un peu…. Vient, tu es presque arrivé »

-« C'est vrai ? Je commençais à me demander combien de temps ça prendrait »

-« Tu devrais être plus patient. Les choses se font à leur rythme, selon le grand cycle »

-« Le destin, quoi »

-« En quelque sorte »

O o o o o o o o o o o o o o o o o o o O

Ce soir-là, alors que la nuit commençait à tomber, Nami était dans la cuisine en train de se faire des pâtisseries. Elle avait déjà fait un cheese-cake, qui refroidissait dans le réfrigérateur, et elle était en train de faire des tartelettes. En soit, ce n'était pas vraiment étrange, elle appréciait les sucreries et les pâtisseries. Ce qui l'était, c'était qu'elle faisait tout ça avec un regard vide.

-« Eloïse, Eloïse, vient voir, elle recommence »

-« Quoi ? »

-« Regarde, elle recommence à faire des choses bizarres »

-« Elle fait des gâteaux, ce n'est pas bizarre »

-« Mais regarde ses yeux ! »

-« Hum…. Ça ne présage rien de bon quand elle a ses yeux là. Vient, allons dans notre chambre, si quelque chose doit se passer, cela a déjà commencé »

-« Mais je veux voir moi »

-« Emilia ! »

-« Mais…. »

-« On ne sait pas si ça nous concerne ou pas. Cela pourrait être dangereux pour nous »

-« Mais….

-« Emilia »

-« Bon, d'accord » répondit l'enfant, avec une mine boudeuse « Je pourrais regarder par les fenêtres ? »

-« A condition que tu sois prudente »

-« Ouais…. Bon, tu viens ? »

Nami continua d'agir comme une somnambule. Elle nettoya la table de la terrasse, y mit une nappe et d'autres chaises. Elle retourna dans la cuisine, au moment où la bouilloire sifflait. Nami cligna des yeux et regarda autour d'elle.

-« Qu'est-ce que je fais là, moi ? » se demanda-t-elle à voix haute.

BOUM !

-« Le balai est tombé…. Je vais avoir de la visite » répondit Nami en ramassant le balai et en le rangeant « Ça doit donc être pour ça la théière et les gâteaux. Hum, il va vraiment falloir que je parle de ces absences à oncle John, ça devient dangereux à force »

Elle prit le journal et se posa sur la terrasse, feuilletant les pages sportives en attendant ses visiteurs. Ils ne furent pas longs à apparaître. Et apparaître était le mot. La cloche du village ne sonna pas, Nami n'avait vu aucune lumière ou bruit indiquant l'utilisation d'un véhicule. Pour ce qu'elle put voir, ils étaient trois. Trois ombres vêtues de longues capes noires. Arrivés au niveau des tue-loups, l'un d'eux resta en retrait. Plus ils approchaient, plus Nami se posait des questions : bonne ou mauvaise rencontre ?

-« Bonsoir » dit Nami en se levant « Vous vous êtes égarés ? »

-« Non » répondit une voix d'homme « Nous venons pour Harry Potter »

-« Oh ! Désolée, il n'est pas là. Il médite dans la forêt, il devrait revenir pour manger, mais je ne sais pas à quelle heure »

-« Pouvons-nous l'attendre ? »

-« Oui, pas de problème. Votre ami, là-bas, il ne vient pas ? »

-« Non, il n'est pas très sociable. Ne vous inquiétez pas pour lui »

-« Ça vous dérange si j'allume, il commence à faire sombre ? » répondit Nami en allumant une lumière sur la terrasse « Je viens de faire du thé, vous en voulez ? Ou du café peut-être ? »

-« Du thé, ça ira très bien, merci beaucoup » dit l'homme en s'asseyant « Vous savez dans combien de temps il compte arriver ? »

-« D'habitude, il a déjà dîné. Je reviens avec le thé » dit Nami en refermant la porte derrière elle.

-« C'était une mauvaise idée. On aurait dû la tuer tout de suite » pesta la femme.

-« Cela fait des années que je rêve de le tuer, mais tu as vu tous les obstacles que nous avons dû franchir pour arriver jusqu'ici. Cette ville est bien protégé, depuis que Lucius a retrouvé la trace de Potter, à Los Angeles, puis ici, il nous a fallu rusé pour contourner toutes les protections. Et notre cher ami Greyback, là-bas, n'a pas pu passer ces maudites fleurs »

-« Pour le chef des loups-garous, Monsieur je me transforme quand je veux, il est vite mis en touche » murmura la femme « Mais je le redis, le Maitre voudrait qu'on la tue »

-« Il veut qu'on LE tue, tant qu'on ne sait pas où il est. Et il y a toujours le plan B »

-« Tu sais comme j'ai confiance en tes potions »

-« En éliminant Queudver, j'ai prouvé qu'elle était mortelle »

-« Mais tu peux toujours en avoir fait une copie »

-« Tu ne me crois pas, n'est-ce pas ? »

-« Je me méfie. Tu as passé toutes ses années au chaud, à Poudlard. Alors que moi, j'étais à Azkaban »

-« Voilà, voilà » dit Nami « C'est un thé léger, j'espère que ça vous conviendra quand même »

-« Cela ira, merci beaucoup »

-« Alors » commença Nami en versant le thé « Vous lui voulez quoi, à Harry ? »

-« Nous sommes des professeurs. Nous avons appris pour ses problèmes familiaux, nous venions voir comment il allait »

-« Et vous êtes ? »

-« Rogue, professeur Severus Rogue »

-« Vous enseignez quoi ? »

-« Les…. La chimie »

-« J'adore la chimie. Et vous, vous enseignez quoi ? »

-« Moi ? J'enseigne la défense…. »

-« Et l'attaque aussi. Voici le professeur Tonks, elle enseigne le sport. Nous avons une très bonne équipe de football féminin »

-« Au collège St-Brutus ? Je croyais que c'était une école pour garçon »

-« Le collège est séparé en deux, les professeurs vont de l'un à l'autre »

-« Oh ! C'est très anglais, les collèges non mixtes. Je suppose que ça rassure les mères…. »

-« Excusez-moi, où sont les toilettes ? » demanda la femme.

-« Il y en a au fond du couloir principal, juste après la cuisine »

-« Merci »

-« Elle va bien, elle a le teint brouillé ? »

-« Brouillé ? »

-« Oui, brouillé, nauséeux, elle a l'air d'avoir mangé quelque chose qui ne passe pas »

-« Elle est toujours comme ça »

-« D'accord »

-« Vous voulez de la tarte ? »

-« Avec plaisir » dit Rogue, avant d'en prendre un morceau « Elle est excellente »

-« Merci, c'est une recette de ma mère »

-« Où est-elle ? »

-« Morte »

-« Et votre père ? »

-« Mort »

-« Vous vivez ici toute seule ? »

-« Y'a Harry ! » répondit Nami « D'habitude je vis chez mon oncle, mais je déteste sa femme, alors je m'éclipse quelques semaines ici. Mes voisins ne sont pas loin, et je suis à l'école avec leur fille »

-« Nous allons devoir repartir, sans avoir vu Harry. La route est longue jusqu'à chez nous…. Vous pourrez lui donner ceci »

-« Qu'est-ce que c'est ? »

-« Des documents que Harry doit lire rapidement, pour l'école. Et un médicament »

-« Il est malade ? »

-« Parfois. Je ne sais pas s'il a fini la dernière fiole. Mais notre directeur, qui l'adore, a voulu que je le lui apporte »

-« C'est quoi, une potion magique ? »

-« Pardon ? » dit la femme en revenant.

-« Ben oui, vous me dites que c'est un médicament, et vous me tendez une fiole. On dirait une potion »

-« Notre directeur a fait venir un médecin spécialisé dans les plantes. Il les préfère aux cachets, au moins je sais ce qu'il y a dedans »

-« Oui, c'est donc une potion. Votre directeur est un peu crédule, non ? »

-« C'est un vieil homme » dit Rogue « On peut y aller ? »

-« Oui, rentrons »

-« Vous voulez prendre de la tarte pour le voyage ? »

-« Non »

-« Oui, merci…. La route va être longue »

-« Je vous en met une part pour votre ami ? »

-« Cela lui fera plaisir »

-« D'accord, je vous prépare ça »

-« Mais à quoi tu joues ? » pesta la femme.

-« Bellatrix, tais-toi »

-« Pardon ? »

-« Tu vas mettre notre couverture en miettes. Nous sommes des moldus, ne l'oublie pas. Alors soit aimable »

-« Voilà, c'est près » dit Nami « Faites bon voyage »

-« Merci. Vous pouvez veillez à ce que Harry prenne bien son médicament en entier, notre chef – pardon, directeur - est très désireux de savoir qu'il l'a pris »

-« Je vais lui laisser un mot avec son repas »

-« Merci beaucoup. Et merci pour le thé. Au revoir »

-« Au revoir »

Nami resta un moment dehors à regarder la nuit. Puis elle récupéra précautionneusement les tasses touchées par ces visiteurs étranges, qu'elle plaça dans des sacs en plastique avant de les scellés. Elle préleva une partie du fameux médicament par la même occasion. Quelque chose chez la femme lui avait paru étrange. Elle n'avait pas que le teint brouillé, elle avait aussi l'aura brouillée. Ce qui ne signifie rien de bon, en général. L'homme, lui, avait semblé normal, mais un peu trop pressé de partir à son goût, surtout pour des personnes venues d'Angleterre exprès pour Harry.

Elle débarrassa ensuite la table, laissant bien en vu les objets remis pour Harry. Quelque chose la dérangeait dans cette histoire, mais elle ne savait toujours pas quoi. Et Nami faisait une confiance aveugle en son intuition, elle l'avait toujours bien guidée et permis de sortir de nombreuses situations difficiles.

O o o o o o o o o o o o o o o o o o o O

Harry sortit de sa méditation, épuisé physiquement et moralement. Il ouvrit sa main droite et y trouva une griffe. Une griffe de puma. Il avait réussi, et son malaise était presque parti. Il réalisa alors une chose, Tocho n'était plus là. D'habitude, il attendait toujours patiemment, en faisant le guet. Mais là, rien. Harry supposa qu'il était chez Nami, il se dégourdi les jambes et partit en direction de la maison. Plus il avançait plus il se rendait compte d'un changement dans ce qu'il percevait du monde. Une chouette passe non loin, hululant, et Harry crut l'entendre juste à côté de lui. Il y avait aussi les odeurs, jamais elles ne lui avaient semblaient aussi intenses. Quand à ses capacités visuelles, s'il n'avait su qu'il faisait nuit, il n'aurait pas compris que quelque chose avait été modifié là aussi.

Arrivé en vu de chez Nami, une odeur le fit se tapir dans l'ombre. Quelque chose l'inquiétait, il huma longuement l'air avant que l'idée que ce qui avait cette odeur était parti depuis un moment déjà. Il avait une furieuse envie l'aller uriner pas loin, et ne chercha pas plus loin. Il obéit à son instinct, retrouvant un certain calme quand son odeur remplaça celle de l'Autre. Il avait l'impression de se sentir comme un clébard qui marquait son territoire. Il essaya de se concentrer pour retrouver une part de contrôle sur lui-même. L'odeur des Tue-loup était désagréablement entêtante, il s'en éloigna rapidement, leur préférant le sandwich à la viande sur la table. Il se jeta dessus, comme s'il n'avait pas mangé depuis des mois. Il but du jus de fruits et enchaina avec le contenu de la fiole, pensant que c'était un truc des Indiens. En se demandant comment on pouvait faire des potions avec un goût si infect qui lui fallut se laver la bouche avec plusieurs verres de jus de fruits pour enfin ne plus avoir envie de vomir.

C'est alors qu'il remarqua deux choses : premièrement, une enveloppe en papier brun, plutôt épaisse, et ensuite, un mot griffonné à la main.

Harry,
Trois professeurs à toi sont passés ce soir pour savoir comment tu allais. L'un d'eux m'a remis cette fiole, de la part de ton directeur. Il souhaite que tu la prennes rapidement, il s'inquiète pour ta santé.
J'espère vraiment que se sont tes professeurs, car ils m'ont semblé étranges. L'un d'eux n'est même pas venu me voir, il est resté en retrait, avant mes plants de Tue-loup. Quand aux deux autres, ils se sont présentés sous les noms de Rogue (professeur de chimie) et de Tonks (professeur de sport, dans la section féminine de ton collège).
Passe une bonne soirée, j'espère que tu es près d'obtenir ton totem.
Amicalement,
Nami.

Harry rassembla ses idées. Il regarda de plus près la fiole en question, et regretta aussitôt de l'avoir bu et d'avoir été aussi imprudent. Si Tonks était là, Rogue n'a pas pu faire de conneries, et celui qui a été arrêté par les Tue-loup, il est possible que se soit Remus. En réfléchissant, il sortit un journal de l'enveloppe brune. Il s'agissait de l'édition du jour de La Gazette du Sorcier. La Une parlait de nouvelles attaques de Voldemort, et Harry parcourut machinalement l'article. Mais son regard fut attiré par quelques mots que ses yeux repérèrent malgré l'obscurité : Weasley, Terrier, Ron, Hermione, disparus, morts. Il se força au calme pour lire l'article :

A l'aube, la maison de l'honorable famille Weasley, connut pour sa participation auprès de Dumbledore dans la lutte contre le Lord Noir, a été attaqué et détruite par les Mangemorts. Pour ce que nos informateurs ont pu recueillir des quelques membres encore en vie, mais gravement blessés, les Mangemorts se sont introduits dans la maison dans le but de trouver des informations sur la localisation de Harry Potter. Son meilleur ami, Ronald Weasley, est d'ailleurs toujours porté disparu. Et nous craignons pour sa vie.
Ainsi que pour celle de la jeune Hermione Granger, fille de moldue et malgré tout meilleure élève de Poudlard. La plus brillante sorcière de sa génération, d'après Minerva McGonagall, directrice adjointe et directrice de Gryffondor, la maison de la jeune Hermione. Revenue depuis peu d'un voyage en Europe, sa maison a été attaquée au cours de la nuit, alors que ses parents étaient à une soirée chez des amis. Le corps de mademoiselle Granger, comme celui de monsieur Weasley, n'ony toujours pas été retrouvés. Quand aux Granger, un accident de voiture, due à une chaussée glissante à cause de la pluie, a causé leur mort. Ces dentistes appréciés de la profession, parents d'une sorcière intelligente et remarquable, ont disparu le même jour que leur fille. Sans pour autant que la marque des Ténèbres ne puissent permettre de faire coïncider les deux attaques.
Une Cracmol, Arabella Figg, a subi elle aussi une attaque mortelle, cette nuit, à son domicile. Madame Figg était un éleveur reconnu de chats pour sorciers, et elle s'était spécialisée dans les mélanges de races et d'espèces.

Harry avait la nausée. Les Granger étaient morts. Les Weasley étaient gravement blessés. Ron et Hermione étaient portés disparus. Il se sentit défaillir, ses jambes tremblèrent et il se retrouva à genoux sur le sol de la terrasse, donnant sur la cuisine. Le journal se mit à briller, et une dépêche de dernière minute apparut.

De source sûre, nous venons d'apprendre que les corps de Hermione Granger et de Ronald Weasley viennent d'être retrouvés. Le corps de mademoiselle Granger dans un arbre, sans doute projeté là par l'explosion d'une bouteille de gaz qui a soufflé le rez-de-chaussée de sa maison. Quand à monsieur Weasley, il a été retrouvé dans ce qu'il restait des décombres de la maison des Weasley, détruite par un incendie ravageur. D'après les Médicomages, il était mort avant que son corps ne soit détruit par les flammes.

Harry n'y tint plus. Il sentit une larme roulant sur sa joue, puis une seconde. Il les essuya, mais elles continuaient à venir. L'odeur du sang emplissait son nez, il regarda ses mains, elles étaient rouges. Les quelques égratignures qu'il s'était faites étaient maintenant des plaies ouvertes desquelles son sang s'écoulait lentement mais sûrement. Il entra précipitamment dans la cuisine, cherchant la trousse à pharmacie qu'il y avait vue. Mais sa vision se troubla de rouge, il cracha du sang, et s'effondra sur le sol. Il avait du mal à respirer, il suffoquait. Et une pensée rageuse venait à lui : Rogue l'avait empoisonné.

O o o o o o o o o o o o o o o o o o o O

Nami se réveilla en sueur. Un cauchemar qu'elle faisait depuis son enfance l'avait réveillée. Elle s'étonna de l'avoir fait, mais ne put refermer les yeux. Les images étaient comme figées sur sa rétine. Elle se leva donc pour se faire un thé, remède miracle pour une anglaise. Lorsqu'elle arriva au pied de l'escalier, elle huma l'air avec insistance. Le sang, elle sentait le sang. Et un courant d'air venant de la cuisine. La lune choisit ce moment-là pour éclairer la scène macabre : Harry baignant dans son sang, suffoquant, au beau milieu de sa cuisine.

-« Je savais bien qu'un problème allait arriver » dit-elle à voix haute en prenant les constantes de Harry « J'aurais jamais eu autant de signes qu'aujourd'hui »

Harry tenta de parler, mais le seul son qui sortit de sa bouche ressemblait étrangement à un gargarisme.

-« Essaie juste de respirer, ne parle pas…. Cligne des yeux si tu penses que ça vient de ce qu'il y avait dans la fiole » dit Nami « Je le pense aussi, c'est pour ça que j'en ai prélevé un peu, pour qu'oncle John y regarde de plus près. Comme un Directeur d'école peut tuer un de ses élèves »

Pendant que Nami discutait à voix haute, elle tournait dans la cuisine, marchant pieds nus dans le sang de Harry. Elle sortit des bougies, des encens, du sable et du sel. Elle fit plusieurs cercles autour de Harry, mettant et allumant des bougies tout autour de Harry et partout dans la cuisine.

-« Potter, si je réussis ce coup-là, tu vas me devoir pas mal de retour d'ascenseur pour payer ta dette » dit Nami en revenant vers lui « Potter, woh ! Potter ! Il a perdu connaissance. Tant mieux. Allez, faisons sortir ce truc de toi »

Nami se mit à tourner autour de Harry, yeux clos, psalmodiant des mots qui n'avaient aucun sens pour Eloïse et Emilia, témoins bien malgré elles de la scène. Elles avaient senti que quelque chose se passait au moment même où Harry était entré dans la maison. Nami tournait toujours, mais elle avait les yeux ouverts cette fois. Et ils étaient noirs, totalement noirs. Elle s'approcha de Harry, et, avec une rapidité inhumaine, elle perfora sa peau en plusieurs endroits, n'utilisant que son index et son majeur pour cela. Un liquide noirâtre s'échappa des plaies et recouvrit le sol.

Puis elle s'ouvrit les veines des poignets avec un couteau de cérémonie. Prenant le sens du bras pour ne pas entailler les tendons. Le sang coulait lentement, mais sûrement. Elle commença par en arroser la tête de Harry, puis le reste de son corps. Elle continua en traçant un cercle sur ceux déjà tracés. Puis elle revint sur Harry, et fit couler son propre sang dans les trous qu'elle lui avait fait. Elle s'écroula alors à côté de lui, respirant bruyamment.

-« Va chercher oncle John, vite »

Elle caressa quelque chose à côté d'elle, mais Emilia et Eloïse ne virent rien, jusqu'à ce que 2 yeux jaunes puis le corps d'un loup immense, apparaissent.

-« Je vous la confie, veillez sur elle » dit la créature aux 2 fantômes, d'une voix grave et irréelle.

Et il disparut.

O o o o o o o o o o o o o o o o o o o O

-« Bellatrix ? »

-« C'est fait, Maître. Je l'ai vu boire cette potion et commencer à perdre son sang » répondit Bellatrix Lestrange.

-« Tu pourras donc commencer à faire confiance à Rogue »

-« Je ne fais confiance qu'à vous, Maître »

-« Et la marque ? »

-« Elle y est, Maître. Votre marque surplombe la mort de Potter. Personne ne pourra plus dire quoique se soit sur lui, sans penser que vous l'avez enfin eu ! »

-« Oui…. OUI ! Il n'est plus ! Dumbledore va enfin comprendre qui je suis »

O o o o o o o o o o o o o o o o o o o O

Les premiers à voir la marque furent les Martin, ils se précipitèrent vers chez Nami, mais quelque chose se dégageait de la maison, comme une barrière. Ce qui les empêcha d'avancer. Ils furent rejoints par le reste du village, tous se demandaient comment, malgré leur système de sécurité qui avait si longtemps fait ses preuves, cela avait pu arriver. Le Maire envoya des éclaireurs vérifier tout le système magique, demandant à chaque villageois de noter par écrit tout ce qui leur avait parut étrange depuis le début de l'été. Il avait reçu Albus Dumbledore dans son bureau et s'était venté de la sécurité du lieu, mais c'était la deuxième fois en une semaine que quelque chose clochait. Il allait devoir rendre des comptes, et il voulait des réponses à donner.

C'est alors que John Knight arriva en courant, et s'arrêta auprès des Martin. Il venait de transplaner depuis Miami suite à l'appel au secours de sa nièce. Il demanda aux Martins d'éloigner le plus possible les témoins de la scène, et à Mme Martin de préparer du matériel médical. Dumbledore arriva quelques minutes plus tard.

-« Que se passe-t-il, John ? Vous m'aviez promis qu'auprès de votre nièce il ne lui arriverait rien ? » demanda-t-il.

-« Je sais. Je sais bien. Mais Nami est en vie, et…. Venez, il faut que je vous parle en privé. On a beaucoup de travail à faire encore. Dépêchons-nous, si vous voulez profiter une nouvelle fois de la situation »