Chapitre 22 : Rentrée scolaire

La rentrée scolaire arriva bien vite pour Harry. Il se sentait aussi anxieux que lors de sa première rentrée. Evidemment, les recommandations de Dumbledore sur le fait qu'il devait se surveiller constamment, pour ne pas se trahir, n'aidaient pas à se sentir en confiance.

Il avait passé la dernière semaine d'août à s'habituer à sa nouvelle apparence et à la garde-robe qui allait avec. Heureusement, pour les modifications, il s'était retrouvé face à un visage connu. Aaron McAllister était en fait un sorcier spécialisé dans le vol d'identité. Ce qui lui avait causé de nombreux problèmes dans sa jeunesse. Il adorait imiter les gens, sans utiliser de potion, mais lorsqu'il s'était cloné en un jeune ministre, il s'était attiré les foudres du Ministère américain. Et l'intervention de John Knight l'avait sauvé de justesse. Depuis, il s'était fait discret, mais donnait un coup de main aux personnes désireuses de changer de vie, à cause de risque pour leur vie, le plus souvent.

-« Donc John Knight est en quelque sorte le chef d'une organisation secrète ? »

-« Pas jusque-là quand même… Quand un moldu ou même un sorcier veut intégrer définitivement le monde sorcier, qu'il veut passer dans l'ombre. Le seul moyen sûr pour qu'on ne le chercher plus, c'est de l'avoir retrouvé. Ou plutôt d'avoir retrouvé ton corps. Ce que je fais le plus souvent, c'est transformé le corps d'une personne non réclamée ou qui en a fait don à la science, en une personne qui veut passer dans l'autre monde. Une potion est inutilisable, un sortilège doit être maintenu. Il reste donc l'amulette »

-« C'est ce que je vais avoir ? Ce n'est pas un peu gros ? »

-« J'en fais des très petites maintenant. En fait, j'agrandi quelque chose de petit, je l'ensorcèle et je lui rends sa taille »

-« Whah ! »

-« T'excite pas, surtout. J'avais l'habitude des blagues de courtes durées. Une journée, deux au maximum. Et pour les corps, qui sont inertes, c'est plus une illusion qu'autre chose »

-« Et pour moi ? »

-« Il faut une illusion modifiante, stable, durable et réaliste. Qui prenne en compte l'état physique dans lequel tu es. Si tu te blesses et que personne ne voit la coupure, on ne pensera pas que tu es blessé…. Et surtout, n'ayant pas besoin d'un apport magique du porteur ou de l'ensorceleur. Bref, c'est sensible »

-« Ça va marcher ? »

-« Bien sûr ! »

-« Vous en faites souvent ? »

-« Non, mais je me suis bien entraîner depuis deux semaines »

-« Sur mon rôle uniquement ? »

-« Il faut modifier des paramètres pour voir si le principe fonctionne en général. Se serait idiot de ne pouvoir faire qu'une seule identité, qui ne convienne pas. Ça le serait encore plus si ça n'était pas stable dans le temps »

-« Ouais » dit Harry, déçu que sa perche n'ait pas été attrapée.

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Il en était donc là de ses réflexions sous sa nouvelle apparence quand un blondinet le bouscula violemment, sans s'excuser.

-« Hey, tu pourrais faire gaffe ! » s'indigna Harry.

-« Tu n'as qu'à pas être dans le chemin, abruti » répondit le blond, qui n'était autre que Draco Malfoy « Et tu bloques le passage, t'es pas le seul à en avoir l'utilité ! »

Sur ces mots, il fonça dans la barrière menant à la voie 9 ¾.

-« Ne t'en fait pas pour lui, il est toujours comme ça » dit une fille derrière lui « Tu vas à Poudlard ? »

-« Euh… Ouais. C'est donc là, la voie où on doit se rendre ? »

-« Oui. Je suis Parvati Patil, et toi ? »

-« Harry… En fait, c'est Harrison Carter Scoffield troisième du nom. Mais on m'appelle Harry, c'est plus court »

-« En effet, quel nom à rallonge. Américain ? »

-« Ça s'entend tant que ça ? »

-« Léger. Allez, vient, on passe ! » dit Parvati en lui faisant traverser la barrière.

-« Whah ! » s'extasia Harry, se rappelant de son premier passage « C'est dingue, et ils ne voient rien, les autres ? »

-« Non, les moldus sont un peu stupides sur les bords »

-« Je suis moldu »

-« Si tu es ici, c'est que tu ne l'es pas » tiqua Parvati « Et ce n'était pas une insulte. Ils sont stupides dans le sens naïfs. Ils pensent qu'il n'y a qu'un seul monde, le leur »

-« Parvati ! » s'écria une fille.

-« Il faut que je te laisse…. Je suis à Gryffondor, j'espère t'y voir »

-« Ouais »

Harry souffla un bon coup, heureux d'avoir pu passer cette première épreuve sans trop de souci. C'est à ce moment-là qu'il se fit entrer dedans par un autre chariot.

-« Je suis vraiment navrée. Désolée. Allez, dépêche-toi, il faut s'écarter du passage » entendit-il.

C'est une Ginny plus pâle que jamais qui le releva et l'écarta du passage, alors que le reste de la famille Weasley apparaissait. Harry eut une sueur froide le long du dos.

-« Je suis désolé » dit Harry « Je ne savais pas »

-« Y'a pas de malaise » fit Ginny « Je suis arrivée un peu vite »

-« Ginny ? »

-« Maman ! Je suis rentrée dans ce garçon et…. »

La suite de la conversation échappa à Harry, Mme Weasley écartait déjà sa fille et Fred et George lui lancèrent des regards courroucés. Au moins quelque chose qui ne changerait jamais. Harry observa un peu le quai, heureux de son anonymat. Puis il grimpa dans le train, et parcourut les couloirs. Le dernier wagon lui tendait les bras, mais il était déjà occupé.

-« Salut ! » dit-il.

-« 'lut ! » répondit le gars dans le wagon « Si c'est pour que je me tire, tu repasseras. Un connard de blondinet voulait prendre ce wagon pour lui tout seul. Si tu es dans le même cas, va voir ailleurs »

-« Non, je partagerais sans souci. Y'a des places de libres ? »

-« Pour sûr ! »

-« Ça te dérange si je m'installe ? »

-« Plus on est de fous, plus on rit » répondit le garçon de mauvais poil.

-« Je m'appelle Harrison Carter Scoffield, troisième du nom. Mais appelle-moi Harry »

-« Et ton nom, il rentre sur une carte de visite ? »

-« Je crois, oui ! Mais sur deux lignes au moins et de justesse ! »

-« Bien bonne ! » répondit le jeune homme, en souriant « Moi, c'est Aaron O'Sullivan ! »

-« Irlandais ? »

-« Un pur et dur ! » répondit Aaron en retirant son chapeau melon vert « Un roux de chez roux ! »

-« Dit, le blond, il était pas de cette taille-là, les cheveux très court, vêtus comme un prince, mais avec un bandeau sur l'œil, à la pirate ? »

-« T'es un de ces copains ? »

-« Non, mais il m'a déboité l'épaule quand j'essayais de comprendre comment arriver sur la voix 9 ¾ »

-« Nouveau ? »

-« Ouais, et toi ? »

-« Aussi ! Mon père est mort, accident de la route, et ma mère a trouvé du boulot à Londres. Alors j'ai changé d'école de magie. Parait que Poudlard c'est vachement grand »

-« T'as des infos ? »

-« On ne t'en a pas parlé ? »

-« Ma famille n'est pas sorcière. Enfin, ma mère est indienne »

-« J'avais crû le comprendre » dit Aaron en faisant bouger sa main devant son visage.

-« On ne renie pas ses gênes ! »

-« A qui le dis-tu ! » dit-il en pointant ses cheveux.

-« Ma mère, elle est morte d'un cancer. Mon père, mon géniteur plutôt, a bien voulu me reconnaître, quand j'étais plus petit, d'où le nom à rallonge à l'américaine. Puis ils se sont séparés, et il a refait sa vie avec une anglaise, et l'a suivi jusqu'ici. Il a accepté de s'occuper de moi, si je reste le plus loin possible de ses nouveaux enfants…. Histoire que je ne les contamine pas avec la magie »

-« Mort de rire. Il t'a sorti ça ? »

-« Non, mais il le pensait assez fort. Sa femme ignore qu'il a eu un fils, et ignore que la magie existe. Donc, me voilà embarqué pour Poudlard, Angleterre, alors que je suivais des cours par correspondance, dans la réserve où je vivais avec ma mère »

-« On est dans la même galère quoi ! » répondit Aaron « Serrons-nous les coudes ! »

-« Avec joie. Dis, puisque tu t'y connais, c'est quoi Gryffondor ? »

-« Euh… »

-« C'est l'une des maisons de Poudlard » répondit une personne qui venait de rentrer dans le compartiment « Dites, y'a une place de libre ? »

-« Si t'es un copain du pirate blond, non ! » répondit Aaron.

-« Non, c'est bon. Malfoy me déteste. Mais il déteste tout le monde. Et je suis à Gryffondor, lui est a Serpentard, les deux maisons sont de grandes rivales »

-« Donc, Gryffondor est une maison ? » demanda Harry, jouant l'ignorant.

-« Oui, il y en a quatre. Chacune avec des spécificités propres »

-« Assis-toi là, et explique-nous » dit Aaron « Tu commences à m'intéresser ! »

-« Ça vous dérange si des filles viennent ? Se sont des amies, et d'habitudes, avant…. D'habitude, on se réunissait ici »

-« D'habitude ? »

-« Le dernier compartiment est le plus recherché. Avant la mort de Harry, Ron et Hermione, c'était ici qu'ils voyageaient »

-« Tu étais un de leur ami ? » demanda Harry.

-« Ouais, je crois. Harry m'avait même envoyé un cadeau d'anniversaire. Alors je pense que je peux dire oui…. Mais pardon, je m'appelle Neville Longdubat »

-« Ravi de te rencontrer » dit Aaron « Je suis Aaron O'Sullivan, je viens d'Irlande, d'un petit collège de magie qui semblerait bien petit à côté des descriptions que j'ai lu de Poudlard. Et voici Harrison Carter Scoffield troisième du nom »

-« Mais appelle-moi Harrison. Sauf si tu te sens capable de m'appeler Harry »

-« Ça ira. Je ne fais pas une phobie des personnes qui portent les prénoms de mes amis décédés »

-« Neville, tu as trouvé de la place ? »

-« Ça vous dérange ? »

-« Non. Allez-y, vous avez l'air sympa ! » dit Aaron.

-« Vous êtes nouveau ? » demanda une blonde bizarre, avant que Neville ne fasse les présentations.

-« Ginny n'est pas avec toi ? »

-« Sa mère a encore des tas de recommandations à lui dire ! »

-« J'espère que reprendre un train-train scolaire lui fera du bien »

-« C'est qui Ginny »

-« Une amie » répondit Luna « Elle a perdu son frère, Ron. Elle le vit très mal, elle se sent fautive »

-« Ils se sont disputés un peu avant ? » demanda Aaron.

-« Comment tu le sais ? »

-« C'est le sentiment que j'ai par rapport à la mort de mon père. Je lui ai dit des horreurs, je lui ai fait la tête. Et le soir, il était tué sur la route, par un chauffard ivre »

-« Désolée pour ton père » dit une petite voix.

-« Vient Ginny, tu verras, ils ne sont pas méchants. Ils ont même renvoyé Malfoy qui voulait prendre le compartiment »

-« Vous vous êtes fait un ennemi » répondit Ginny en entrant à son tour « Tu m'aides Neville »

-« Attend, je t'aide, ça sera plus simple à deux » fit Harry « Et vous nous expliquerez tout sur Poudlard »

-« Ouais, y'a des épreuves de présélection ? »

-« Mes frères m'ont fait croire que je devrais montrer mes talents » dit Ginny « Et à Ron il lui avait fait croire qu'il faudrait combattre un troll ! »

-« Ce qu'il a fait ! » nota Neville.

-« Il faut se battre contre un troll ? »

-« Non… C'est une longue histoire. Disons que 2mois après la rentrée en 1ère année, Ron, Hermione et Harry ont affronté un troll, à eux trois, avec juste le sortilège Wingardium Leviosa » expliqua Neville « C'est après qu'ils sont devenus amis, ils étaient inséparables »

-« Et ils sont morts presque au même moment » pleurnicha Ginny « Désolée ! »

Elle sortit précipitamment du compartiment. L'ambiance retomba comme un soufflet.

-« J'y vais » dit Aaron « C'est souvent plus facile de parler avec un inconnu »

Harry se rapprocha de la porte, sortant Tocho de sa capuche pour ne pas l'écraser.

-« Il est trop mignon » dit Luna « C'est quoi comme race ? »

-« J'en sais rien, un bâtard peut-être » dit Harry en serrant les dents, à cause des griffes de Tocho dans sa cuisse.

-« Il a du caractère. Il s'appelle comment ? »

-« Tocho. Ça veut dire Puma, par chez moi » répondit Harry « Et vous, vous avez des animaux ? »

-« J'avais un crapaud, mais je l'ai perdu pour de bon. Harry avait une superbe chouette blanche. Elle était trop belle » dit Neville « Avec du caractère, elle aussi. Il n'y avait que Harry qui pouvait prendre le courrier »

-« Pourquoi ne l'as-tu pas adopté ? »

-« On ne sait pas où elle est. Peut-être que Dumbledore l'a laissé à la tante de Harry. Je l'ai vu aux enterrements »

-« Moi aussi. C'était dingue le nombre de personnes qui ont offert quelque chose à Harry pour son dernier voyage » dit Luna « Je me demande qui va oser prendre sa place d'Attrapeur »

-« Un Attrapeur, c'est quoi comme sport ? »

-« Du Quidditch, le sport des sorciers ! » s'étonna Luna « Tu ne connais pas ? »

-« C'est un truc avec des balais, c'est ça ? »

-« Oui » répondirent Luna et Neville, les yeux ronds.

-« On n'avait pas le droit aux balais, chez moi. J'ai lu de la théorie sur le vol sur balai. Mais je n'ai jamais pratiqué. Pour mon peuple, c'était un sport de sorciers blancs, c'était donc mauvais »

-« Ben il rate quelques chose, ton peuple ! » répondit Luna « Et parles-nous un peu plus de ta tribu. C'est vrai qu'il y a des rituels et que vous n'utilisez pas de baguette ? »

-« La magie indienne pure, n'en utilise pas. Elle se sert d'offrandes, de méditation, de rituels et d'incantations. Mais j'ai appris la magie avec une baguette, pour les cours, je ne pouvais pas faire autrement »

-« Et ce n'est pas trop dur de travailler à la maison ? Je crois que je dormirais toute la journée moi »

-« Pas avec ma mère. Elle avait l'habitude de bien me surveiller, donc ça va, je n'ai pas trop été feignant. Mais y'a des jours, j'aurais bien reporté les cours au lendemain » répondit Harry, en riant.

-« Tu m'étonnes » dit Aaron en revenant « Luna, elle a besoin de toi, un truc de fille »

-« D'accord »

-« Elle va mieux ? »

-« Elle avait besoin de parler un peu » dit-il.

-« Excusez-moi, reste-t-il des places libres chez vous ? C'est rempli partout » dit une fille.

-« Oui, Harry, tu m'aides à monter sa malle ? »

-« Oui »

-« Merci beaucoup. J'ai du la trainer dans tout le couloir »

-« Tu aurais pu utiliser un sort de lévitation » dit Neville « L'année scolaire vient de commencer, tu n'aurais pas eu de souci »

-« Quelle idiote je fais ! » répondit la fille « Je n'y ai même pas pensé. A mon école, on arrivait avec la malle accrochée au balai »

-« Et tu viens d'où ? »

-« De Suisse. Mes parents sont partis faire une tournée avec l'orchestre national. J'ai donc atterri chez ma grand-mère, qui ne jure que par Poudlard. Et me voilà ici ! »

-« C'est une bonne école, Poudlard » dit Ginny, de retour « Tu verras, c'est sympa »

-« Merci…. Oh, attend, pour les cernes, j'ai une lotion du tonnerre…. Je l'ai mise où ? » dit la fille de suisse en fouillant dans son sac à main « La voici ! Tu m'en diras des nouvelles. Tu n'as besoin que d'une pression pour les deux yeux »

-« Merci » dit Ginny en repartant pour les toilettes, alors que le train démarrait enfin.

-« Tu t'habilles comme ça tous les jours ? » demanda Aaron, une fois qu'elle fut assise.

-« Et toi, tu te prends tous les jours pour un farfadet ? »

-« C'est ma tenue préféré. Et toi ? »

-« Ma tenue du dimanche, à l'école » répondit la jeune fille.

-« Et si on admettait qu'on est tous bien dans nos chaussures et qu'on passait à autre chose ? » demanda Harry.

-« Adjugé ! » fit Ginny en entrant « Si vous vous chamaillez à la moindre occasion, vous allez vite vous faire repérer ! C'est génial ta crème »

-« Merci »

-« Je m'appelle Virginia Weasley. Mais tout le monde m'appelle Ginny. Et toi ? »

-« Ermangarde Del Oro » répondit-elle « Mais tout le monde m'appelle Ermie. Et pour le prénom, je suis la première à demander des réclamations à ma mère »

-« C'est sympa, Ermangarde » dit Luna « C'est aussi bizarre que Hermione, et en même temps, tu es sûre d'être la seule »

-« Parce que Luna c'est courant, peut-être ? » demanda Ginny « On est dans le monde sorcier, les prénoms bizarres, ça court les rues !... Alors, expliquez-moi, vous venez d'où ? C'était comment vos écoles ? Et les profs ? »

Les garçons laissèrent la parole à Ermangarde « Ermie », qui leur expliqua les raisons de son arrivée à Poudlard, et les raisons de sa tenue (une robe blanche à dentelle, très stylée début du XX° siècle, pour jeune fille), ainsi que les différentes tenues de son école. Elle leur présenta Pitou, son chat noir aux reflets argentés, ressemblant à une boule de poil passée au sèche-linge. Dans son pensionnat pour jeunes filles de bonnes familles, on étudiait les cours moldus et les cours sorciers. Ils étaient faits pour les familles aisées et à réputation, qui ne voulaient pas qu'on sache que leur fille était une sorcière, sans pour autant renier cette partie de sa personnalité. Il y avait des filles de ministres, de diplomates, de grands patrons ou de stars du show-bizz. Sa meilleure amie était la fille d'une présentatrice très connue en Argentine, mais le nom ne disait rien à personne. Elle finit en lissant les plis de sa robe et en vérifiant sa coiffure avec un miroir de poche.

-« Désolée ! » fit-elle en se rendant compte du regard des autres « Je vérifie mes cheveux, parce qu'une peste de dernière année m'a jeté un sort avant de partir. Elle m'a pris en grippe dès le début, et c'était réciproque. Quand tu as les cheveux qui se mettent à jouer les serpents de la Méduse, ça fait peur à tout le monde »

-« Et tu crois que le sort est passé ? » demandèrent Ginny et Luna, intéressées.

-« J'ai payé assez cher une lotion pour cela ! J'espère que la femme à qui je l'ai acheté, sur le Chemin de Traverse, s'y connaît vraiment bien »

-« Au pire, tu portes plainte ! » dit Luna « Mon père travaille dans un journal, il dirige le journal. Il pourra t'appuyer »

-« J'espère qu'on n'en arrivera pas jusque-là ! »

-« C'est à moi, non ? » demanda Aaron, pour couper la conversation qui avait dévié.

Aaron venait d'un petit village au milieu de la lande irlandaise. Il leur décrivit avec précision et exaltation son petit village de fermier, où son père était médecin. Ginny buvait ses paroles, et Luna n'était pas loin d'être dans le même état. Il leur parla ensuite de sa petite école moldue, où il avait passé toute son enfance, et de ses premiers devoirs de sorcellerie. Puis il leur parla de son passage dans un collège pour sorcier, un pensionnat pour garçon, qu'il avait détestait dès le premier jour et qu'il détestait encore, à cause de la mauvaise ambiance. Il avait donc fait sa dernière année à la maison, parce que sa mère s'était inquiétait de ses piètre résultats. Harry le rejoignit pour les cours par correspondance, et l'importance d'être cadré.

Harry avait l'impression étrange de connaître Aaron depuis toujours, bien que se soit la première fois qu'il le voyait. C'était quelque chose dans sa manière de regarder Ginny, dans sa manière de bouger les mains. Evidemment, il était bien plus loquace que Ron, et ses blagues faisaient vraiment rire les filles. Mais quand il perdit plusieurs parties d'échec face à Ginny, Harry se serait tapé la tête contre la vitre de dépit.

Quand à Ermangarde, elle parlait de potins et de modes avec Luna, ou de plantes et lotions avec Neville, tout en démêlant la fourrure de son chat. Harry était le moins entreprenant des nouveaux, et lorsque Ginny lui proposa de prendre sa place aux échecs, il y vit une opportunité de se montrer ouvert.

-« Tu sais jouer ? »

-« Un petit peu, j'avais un jeu d'échec sur l'ordinateur à la maison. Mon père avait un jour dit à ma mère que c'est un jeu de gentlemen, elle a pensait qu'il fallait donc que j'apprenne à me débrouiller un minimum. Mais je crois que je suis une nullité ! »

-« Elle joue bien, Ginny »

-« Apparemment »

-« Elle a de qui tenir » répondit Aaron.

-« Pardon ? »

-« Elle m'a parlé un peu de son frère, elle a appris à jouer avec lui »

-« Il était bon ? »

-« D'après ce qu'elle dit… A toi d'ouvrir »

-« Alors si je me rappelle bien, j'avance de 2 cases mon premier pion »

Harry se plongea dans la partie. Tocho pesait dans son dos, il était retourné dormir dans sa capuche, après avoir salué le chat d'Ermangarde. Alors qu'il jouait comme il le faisait avec Ron, Aaron réalisa une combinaison qu'Harry reconnue comme la préférée de son ami, et se terminant par un échec et mât. Harry cogitait très vite : quelles étaient les probabilités pour qu'un inconnu utilise la combinaison de Ron ? Harry tenta de parer l'attaque, mais il se retrouva quand même perdant.

-« Belle combinaison » lança-t-il.

-« Oh, merci ! » répondit Aaron « Je l'ai lu dans le dernier Echec Magazine. Tu connais ? »

-« Non, c'est sympa ? »

-« Ça dépend. En général, oui. Quand ton père te fait faire une interro dessus ensuite, ça l'est beaucoup moins »

-« Je me doute. Tu m'offres une revanche ? »

-« Avec plaisir ! »

Harry, qui avait souvent joué avec Ron ou qui l'avait observé un peu, tenta de forcer Aaron à faire une autre combinaison de Ron, mais Pitou sauta sur l'échiquier et renversa les pièces. Il regardait avec intérêt ce qu'il se passait à l'extérieur : le ciel s'était obscurci à un point, qu'on aurait crû être à une heure entre chien et loup alors qu'on devait être en début d'après-midi.

-« Ça va tomber sévère » dit Luna « J'espère que vous n'aurez pas à traverser le lac, comme tous les nouveaux. Parce que vous finirez trempés »

-« Il vaut mieux enfiler nos tenues » dit Ginny « Les garçons, vous sortez ? »

-« Oui » répondit Neville, en se levant « C'est une bonne idée de se changer maintenant »

Ils attendirent dans le couloir pendant que les filles se changeaient, mais la tempête semblait attirer les requins. Malfoy et sa bande se dirigeaient vers eux.

-« Ça sent mauvais » dit Neville, en tapotant une sorte de code sur la vitre.

Ginny apparut enfin, habillées un peu en désordre mais habillée. Luna et Ermangarde sortirent à sa suite.

-« Dégage, Weasley, j'ai un compte à régler »

-« Tu le régleras ailleurs » répondit Ginny « Lorsque tu arrêteras de jouer au pipi-rates »

-« Tu vas le… »

-« Que se passe-t-il ici ? » demanda une voix « Séparez-vous, maintenant. En tant que préfet-en-chef, je vous l'ordonne. Obéissez si vous ne voulez pas faire perdre des points à votre maison »

-« Venez » pesta Draco « On réglera ça, ailleurs »

-« Vous allez bien Virginia ? » demanda le préfet.

-« Oui, oui » répondit Ginny, qui s'évanouie.

-« Je te tiens » dit Aaron, la rattrapant de justesse « Ermangarde, tu n'aurais pas des sels avec toi ? »

-« Si, dans mon sac »

-« Il faut qu'elle voit l'infirmière » dit le préfet, qui devait être de Serdaigle d'après sa tenue.

-« Elle a eu beaucoup d'émotions fortes en peu de temps » dit Luna « Et elle n'a rien mangé depuis plusieurs jours, je crois. Le chariot va bientôt arrivé, non ? On lui donnera des Chocogrenouilles »

-« Je repasserais d'ici 1h, pour voir comment elle va. S'il le faut, j'enverrai un hibou-express à l'infirmière de l'école »

-« C'est bon, ça va » dit Ginny, qui était revenue à elle grâce aux sels « Le chocolat sera très bien, désolée de vous avoir inquiété »

-« Je vais garder Draco Malfoy à l'œil, et je préviendrais le directeur qu'il abuse de son pouvoir de préfet » répondit le Préfet-en-chef « Reposez-vous. Et toutes mes condoléances pour vôtre frère. Tout Serdaigle est peiné par sa disparition »

-« Merci » répondit Ginny.

-« Tiens, j'ai des sandwiches » dit Ermangarde « Ils sont aux crudités, mais ça te fera déjà ça de pris »

-« Je ne veux pas abuser » répondit Ginny, qui céda sous la pression du groupe.

-« Un préfet, c'est comme un responsable de classe ? » demanda Ermangarde.

-« Non, c'est un responsable de maison. Ils sont choisis en 5ème année normalement, et pour leur mérite le plus souvent » expliqua Luna « Un garçon, et une fille. Les Préfets-en-chef sont choisis parmi les préfets, en 7ème année. Se sont des postes très courus, surtout parce qu'on peut se balader après les couvre-feux sans trop de problème, qu'on a une salle de bain particulière et qu'on peut enlever des points aux autres maisons »

-« Ron et Hermione étaient nos préfets » dit Neville « Je ne sais pas qui va les remplacer. S'ils avaient déjà été choisi, on aurait dû les voir »

-« Salut ! »

-« Salut ! Ginny, tu ne te sens pas bien ? »

-« Lavande…. » gémit Ginny « Ça va, j'ai juste été un peu faible »

-« Reste allongée. Attend, je vais te relever la tête » dit Lavande en posant la tête de Ginny sur ses genoux, et s'asseyant juste à côté de Aaron « Bonjour, moi c'est Lavande Brown, j'espère que tu seras à Gryffondor, c'est la meilleure maison »

-« Elle a l'air accueillante » répondit Aaron, en essayant de sourire.

-« Et tu es ? »

-« Pardon. Aaron »

-« Enchantée, Aaron. Tu permets que je t'appelle Ron ? »

-« Je préfèrerais pas ! »

-« Dehors » demanda calmement mais avec fermeté Ermangarde.

-« Pardon ? »

-« Dehors ! Vous m'avez bien entendu. Ginny vient de faire un malaise, elle a besoin de calme et de repos. Retournez dans votre compartiment, vous aurez toutes l'année pour draguer les garçons »

-« Pour qui tu te prends, toi ? » demanda Parvati.

-« Je me prends pour quelqu'un qui pense aux autres, et à Ginny en particulier » répondit Ermangarde « Faut-il à ce point être égoïste pour tenter de se caser alors qu'elle va si mal ? Sa santé ne vous inquiète pas plus que ça ? »

-« Tu veux les garder pour toi, c'est ça ? » demanda Lavande en se levant brusquement, envoyant presque valser Ginny « Comme Hermione avec Harry et Ron, ils n'étaient qu'à…. »

Paf.

Ginny s'était levée et venait de gifler Lavande.

-« Je t'interdit de dire du mal d'Hermione. Elle avait plus de classe que tu n'en auras jamais » siffla Ginny.

-« Encore ! » dit le préfet, qui était revenu à cause de la dispute « Vous deux, dans votre compartiment, ou je vous retire des points »

-« D'accord » dit Lavande.

-« Quand à vous, je vous demande du silence. Changez-vous dans les toilettes et silence ! » dit le Préfet « Virginia, vous avez mangé un peu ? »

-« Ermangarde m'a donné des sandwiches, et on attend le chariot de friandises pour le chocolat »

-« Parfait. Reposez-vous, maintenant. On a encore beaucoup de chemin à faire, et la tempête va retarder notre arrivée »

-« Merci » dit Ginny.

-« Ouf, on l'a échappé belle » dit Luna qui refermait la porte « Il t'a a la bonne, c'est cool »

-« Il doit déjà penser à sa sortie de Poudlard »

-« Ne voit pas tout le monde comme ton frère Percy. Ok, venir à l'enterrement et faire comme si tout était pardonné, ce n'était pas très fin. Mais les gens ne sont pas tous attiré par toi pour les relations de ton père. Regarde, moi, je n'en ai rien à faire »

-« Et moi aussi ! » dit Neville.

-« Quand à nous, c'est toi qui est venue à notre rencontre » continua Harry « Mais si je peux avoir de bonnes adresses, je suis partant ! »

-« D'accord, d'accord » dit Ginny, souriant à cause de la remarque de Harry « Je vais essayer »

-« En tout cas, j'en connais deux qui auraient aimé que tu ne sois pas là » dit Ermangarde « Et dire que si je vais à Gryffondor, je vais devoir être avec elles, bonjour le cadeau »

-« Parvati est sympa. C'est Lavande qui est collante » dit Ginny « Bon, et si on changeait de sujet. Une bataille explosive, ça vous va ? »

-« Il a dit silence »

-« Il voulait dire : pas de nouvel affrontement » dit Ginny « Tant qu'on reste tranquille, ça va. Et puis, on peut quand même jouer, non ? Il m'a à la bonne, comme tu dis ! »

-« Ça se passe comment la répartition, au fait ? » demanda Aaron

O o o o o o o o o o o o o o o o o o o O

La fin du voyage se passa dans le calme, tout relatif, des parties successives de batailles explosives. Lorsqu'ils débarquèrent sur le quai de Poudlard, le vent soufflait si fort qu'il couvrait le son de leur voix, mais celle d'un géant sorti de nulle part passa sans souci.

-« Les nouveaux de tous âges, avec moi. Les autres, montez dans les carrioles, et vite » dit Hagrid « Vous êtes les trois nouveaux de 6ème année ? »

-« Oui »

-« Bon, tenez bien vos animaux, vos malles seront à Poudlard avant vous. On va avoir une mauvaise traversée » dit Hagrid en comptant les élèves de 1ère année « Je suis Rubeus Hagrid. Gardien de Clé et des Lieux à Poudlard. Je n'ai jamais perdu d'élève jusque-là, et je ne compte pas en perdre aujourd'hui. Une fois dans les canots, vous devez garder vos mains et autres membres à l'intérieur du bateau. Je ne plaisante pas, si vous tombez à l'eau par ce temps, personne ne sait si on pourra vous remonter…. Je vois qu'on s'est bien compris. Alors, on met sa main sur l'épaule de l'élève précédent. Les 6ème, vous fermerez la marche. Allez, plus vite nous serons rentrés, plus vite nous serons à l'abri de cette pluie ! »

Ermangarde, Aaron et Harry fermèrent donc la marche, jusqu'aux canots. Harry se souvenait de sa première traversée, qui avait été si paisible comparée à celle qu'il allait avoir. Serrant leurs capes autour d'eux et s'accrochant les uns aux autres pour ne pas se perdre jusqu'aux canots, les élèves marchaient à la file indienne dans une forêt vraiment sombre. Harry se souvint qu'ils avaient vu le château avant d'être sur l'eau, et il tenta de le voir à travers le feuillage. Il remarqua alors que ses deux nouveaux amis en faisaient de même. Ermangarde laissa échapper un soupir lorsqu'ils le virent et c'est alors qu'Hagrid annonça qu'on voyait Poudlard et que les 1ères années s'extasièrent comme ils purent face à cette situation, avant de monter prudemment dans les barques.

Mais pour Harry, une seule question restait en suspend : Ermangarde avait-elle soupiré parce qu'elle avait vu Poudlard avant que le Gardien des Clés et des Lieux qu'était Hagrid ne le révèle, ou pour une autre raison ? Parce que si elle l'avait déjà vu, sans jamais être venu, c'était impossible. Alors que si elle avait déjà été élève à Poudlard, ça prendrait tout son sens. Ça voudrait dire que Hermione est bien en vie, là, devant lui. Ron et Hermione pouvaient être en vie, là, dans le même rafiot de fortune que lui.

Il sentit un coup de tête de la part de Tocho, et se calma : il lui fallait d'autres preuves en plus de son intuition. Mais plus ça allait, plus il sentait qu'il avait raison, seulement il allait devoir les coincer car eux aussi devaient le croire mort et se croire mutuellement mort, de surcroit. Et ils devaient eux aussi se protéger, comme lui. Et un trio de nouveau, remplaçant l'ancien, c'était loin de passer inaperçu. Il y avait trop d'obstacle maintenant, mais Harry avait toute l'année pour les prendre en faute. Car peu importait le Quidditch, ses notes ou même les filles. Ou encore Voldemort. Si ses amis étaient en vie, là, juste devant lui, il le découvrirait. Et Ron serait le plus facile à battre au jeu du cache-cache d'identité, Hermione savait trop se contrôler pour laisser voir une ouverture. Mais pas avec Ron en face, pas lors d'une dispute, et il y en aurait plus tôt que tard, à voir ce qu'il s'était passé dans le train. Et il serait là, oui, il serait là quand ils se disputeront, il serait là pour les prendre en traitre.