Disclaimer : la plupart des persos appartiennent à JKR

Rating : M

Tout d'abord merci à tous pour votre intérêt pour notre fic, qui nous comble, et en particulier aux reviewers. Comme en général c'est Pilgrim qui répond aux reviews, Mastericeeyes vous fait parvenir ce petit message :

"Je voudrais remercier tous les lecteurs et particulièrement tous les reviewers pour leurs si gentils messages. C'est un plaisir d'écrire cette fic avec Pilgrim et ça l'est d'autant plus de voir qu'elle vous plaît! J'espère que vous continuerez à nous suivre et n'hésitez pas à laisser vos commentaires qui sont extrêmement motivants! Merci à tous!'"

Résumé : Harry, jeune orphelin de 17 ans, revient dans son village natal après la mort accidentelle de ses parents. Il est attendu et acceuilli par le curé, Snape, qui ne semble guère pressé de faire ouvrir le testament de ses parents. Harry vient de passer la première nuit chez le Curé, qui lui a "proposé" de l'héberger.

Chapitre 2

POV HARRY

Après le souper frugal, Mrs Smith rentre chez elle et je reste seul avec le prêtre. Son regard perçant me met mal à l'aise et je me sens épié, quoi que je fasse, même s'il se tait. L'horloge sonne tous les quarts d'heure et j'ai hâte que le temps passe. Pourquoi, je ne sais pas. Peut-être que j'espère qu'il va se passer quelque chose et que quelqu'un va me tirer de là. Ou que les mois vont passer à une vitesse folle et que je pourrai enfin vivre dans ma maison.

Il faut que je trouve un prétexte pour quitter cet endroit.

Il prend la bible et s'installe sur une chaise. Je sors un de mes livres et j'essaie de me concentrer. Impossible.

Les évènements de la journée tournent dans ma tête, inlassablement. J'ai l'impression que j'ai quitté Londres et ma petite vie tranquille depuis une éternité, et que mon insouciance s'est envolée, à jamais.

Je revois la gare, l'interminable voyage en train et mon arrivée ici. Le ciel qui m'est tombé sur la tête. J'observe le triste décor, le carrelage abîmé et les larmes me montent aux yeux, irrésistiblement. Tout à l'heure Mrs Smith m'a raconté l'accident et l'enterrement, la gorge nouée, sous l'œil noir du prêtre.

Demain j'irai me recueillir sur la tombe de mes parents, parler une dernière fois à ma mère.

Dix heures sonnent et le prêtre se lève :

- Il est temps de se coucher, mon fils.

Mon cœur se serre. Où vais-je dormir ? Je l'accompagne jusque dans sa chambre et je vois un petit lit, au fond de la pièce :

- Je vais dormir là ?

- Oui. Il n'y a pas d'autre pièce. Cela vous pose-t-il problème, mon fils ?

- Euh…non.

Il disparaît et je reste immobile, perplexe, devant le lit étroit. Dois-je me déshabiller ? Ou dois-je attendre qu'il revienne et aller enfiler mon pyjama dans une autre pièce ? Le temps que je m'interroge il est revenu, vêtu d'une longue chemise de nuit blanche, et je détourne le regard, rougissant.

- Hé bien ? Qu'est ce que vous attendez ? Vous voulez dormir tout habillé ?

- Non…non. Où puis-je me déshabiller ?

Il me semble voir l'esquisse d'un sourire et il réplique, sèchement :

- Ne faites pas d'histoires, Potter. N'oubliez pas que je suis un homme d'Eglise.

Je rougis violemment et je me retourne pour mettre mon pyjama, maladroitement. Je ne sais pas s'il me regarde. Je me glisse rapidement entre les draps rêches et je sursaute quand j'entends sa voix :

- Et vos prières mon fils ?

- Je…

- A genoux, s'il vous plaît…tonne-t-il pendant je saute hors du lit.

Mon cœur bat à toute allure quand je me mets à genoux, sur le parquet glacé, face à mon lit. Je croise les mains, affolé. Il est juste derrière moi, debout. Il égrène :

- Notre Père qui êtes aux cieux…

Je marmonne quelques paroles, les oreilles bourdonnantes, honteux. Sa présence dans mon dos me terrifie.

Il enchaîne trois prières d'une voix grave et basse et mes genoux me font souffrir le martyre. Je reste tête baissée, attendant que mon supplice cesse. Il murmure :

- Priez pour la rédemption de vos parents, mon enfant. Et la vôtre…

Il sait tout. Il connaît tous mes péchés. Un flot de honte me submerge.

Quand il se tait enfin je me remets debout difficilement et je me glisse dans les draps, sans le regarder.

J'entends quelques pas qui s'éloignent et la lumière s'éteint. Ouf.

Je m'habitue peu à peu à l'obscurité et aux draps rêches, et j'aperçois l'ombre du Christ, au dessus du lit du prêtre.

Prie-t-il silencieusement ? A quoi pense-t-il ? J'ai dû faire bien piètre impression, ce soir. Je n'ose pas bouger.

La nuit est calme, tranquille, mais je suis aux abois, dans ce lit. A l'affût du moindre bruit. Mais il n'y a pas de bruit, juste une respiration un peu rapide, au loin.

POV SNAPE

Oh Seigneur me pardonnerez-vous ? Pardonnerez-vous à votre serviteur dévoué ces pensées abjectes ? J'avoue tout Seigneur devant ta Sainte Représentation. Que puis-je faire d'autre alors que le sang et l'eau maculent ton corps décharné taillé dans le bois. Je contemple ce crucifix depuis mon lit, je lève les yeux sur le mur derrière moi et je tressaille : il repose là, au-dessus de ma tête, il m'épie, la marque de l'antéchrist, et je ne peux le quitter des yeux dans la pièce sombre, ce symbole de ton sacrifice Seigneur, la parfaite symétrie du mien. Je regarde cette croix, à l'envers, et mon souffle s'accélère devant l'icône du Malin. Je te vois, Seigneur, me dévisager, la souffrance ravage tes traits angéliques tandis que la couronne d'épine attaque ton cuir chevelu, je peux sentir chacune d'elle titiller ma chair corrompue. Pardonne-moi Seigneur, tu n'as pas souffert en vain… puisque ta vie pardonne nos péchés.

Je ne peux soutenir cette damnable vision. Tu sais Seigneur, n'est-ce pas ? Tu connais les noirs secrets de cette âme qui t'appartient. Comment ne puis-je avoir honte Seigneur ? Alors qu'il était là, innocent, implorant ton pardon à genou pour ses pêchés, si près de moi, si près de mon corps. Ce corps que je contrôlais à peine !

Je ne sentais même plus ta croix Seigneur me déchirer la peau pour me rappeler à toi, je ne sentais plus ce col immaculé comprimer ma trachée pour que mes lèvres ne souillent ta Sainte Parole, je ne voyais plus que cette masse de cheveux indomptable dans lesquels ma main voulait courir, je ne n'entendais plus que cette bouche exquise profanant ton Saint Nom de sa maladresse. J'étais dos à lui et pourtant je pouvais sentir son souffle tiède sur mon organe de vie Seigneur, mes oreilles bourdonnantes ne captaient plus la Sainte Parole mais je sentais presque ses lèvres rouges comme la framboise, rouges comme le vin, rouges comme l'enfer, sur le Saint Vêtement se repaissant de ma chair endurcie, affamée de la caresse agressive de ses dents blanches et pures, avide de cette gaucherie bouleversante sur ma peau et j'aurais posé ma bible sur le sommet de son crane pour ne pas m'extasier devant sa bouche encore inexplorée, j'aurais fermé les yeux un instant Seigneur et ma foi m'aurait trompé me susurrant que cette divine bouche est la tienne et nous aurions communié Seigneur, ton serviteur entre les lèvres de son maître, et tu l'aurais senti toi aussi Seigneur, tu aurais senti la grâce atteindre les lèvres du garçon que tu aurais investi, tu l'aurais senti descendre sur mon sexe érigé plus haut que n'importe quel clocher à ta gloire et j'aurais posé ma main sur cette bible pour le bénir et tu serais venu Seigneur, aspirant ma vie comme une jeune vierge le jour de ses noces.

Et je sens sa présence autour de moi, est-ce que tu la sens aussi Seigneur ? Il ne respire plus, il retient son souffle comme un animal affolé qui sent approcher l'ultime voyage. Et je suis ce vaisseau Seigneur qui le conduira jusqu'à toi…

Mon souffle est de plus en plus rapide et je sens que ma main m'échappe et s'égare vers les confins de mon corps, là où je jure Seigneur devant la Vierge et son immaculée conception que je n'ai jamais voulu qu'elle se perde mais ta cruauté est sans borne, Divin Théocrate, alors que tu m'infliges ce flot d'images que je ne parviens pas à dompter : Jimmy, Jimmy qui s'épanche, cet incarnation d'innocence qui croit avoir péché. Les Textes Sacrés sont formels, si un homme regarde une femme au point de la désirer alors de ton point de vue Seigneur, il a déjà péché dans son cœur mais comment en vouloir à ces yeux clairs qui ne croisent jamais les miens ? Il me semble que le jeune Potter lui ressemble bien plus que je ne le voudrais.

J'ai senti son malaise depuis qu'il a franchi le seuil de l'église. J'aime cette odeur acre et capiteuse, ce mélange de timidité et de crainte surplombée d'une gêne indicible rehaussé d'un soupçon de méfiance, elle m'enivre et m'exalte. Ma main regagne sagement les draps froissés et ma respiration se calme, je ne suis pourtant pas apaisé et mon corps ne cesse de me rappeler que je ne suis pas seul dans cette chambre monastique, alors que la sueur dévale les monts et vallées de ma peau blafarde. De brefs flashs aussi furtifs qu'intenses me transpercent et me souviennent du temps où je n'étais jamais seul dans une chambre, le plaisir, le confort, la douleur puis finalement l'extase. Ma longue chemise de nuit blanche me colle à la peau et cette peau blanche et moite qui est la mienne me débecte, mes cheveux s'emmêlent sur l'oreiller de fortune et je me retourne sur le ventre pour ne plus te voir souffrir Seigneur alors que mes pensées impudiques te fouettent bien plus sûrement que les os acérés des bestiaux fixés au fouet n'ont entamé tes chair en d'autres temps. Je sens ma croix, symbole de soumission, s'enfoncer plus profondément dans ma chair et je pousse un soupir de soulagement.

Le bienheureux garçon doit dormir tel un ange, il n'a probablement aucune idée du tourment qu'il crée dans ta maison pourtant cette croix je la voudrais profondément dans sa gorge ou enfouie au creux de ses reins.

Notre Père qui est aux cieux

Ne nous laisse pas entrer en tentation

Mais délivre-nous mal

Le lendemain, après quelques heures de sommeil bien insuffisantes, je rejoignais le garçon et Mme Smith qui s'agitait à n'en plus finir autour de l'orphelin. Je sentais sur moi ses regards apeurés et nerveux, ses yeux se posaient partout dans la pièce comme pour la photographier, la matérialiser mais ils revenaient sans cesse à moi, furtifs, demandeurs, exigeants et colériques parfois. Mes lèvres restaient pourtant scellées et rien ne valait la fragrance enivrante de l'angoisse qui ronge un estomac virginal.

Deux mois plus tard, rien n'avait changé. Je sens le jeune Potter bouillir de rage et je jubile. Il ne pose aucune question, je me demande même s'il n'a pas pris goût à la vie au sein de la sacristie. Mais je sais bien que toutes ces questions me brûlent chaque fois qu'il pose son regard maladroit sur moi.

Il brûle de réintégrer la maison de son enfance mais il ne demande rien, au fond je crois que j'espère que c'est parce qu'il ne veut rien devoir à personne mais je sais bien que je l'intimide et j'aime tellement ça que parfois mon corps peine à refreiner sa joie.

Je détiens toutes les réponses à ses questions, le pouvoir, au creux de ma main, ce qu'il désire tant, au fond d'une enveloppe jaunie tapie dans les recoins d'un bureau poussiéreux. Je n'attends qu'un signe de sa part, je le défie de simplement oser, je me délecte à l'avance du jour où il se plantera devant moi pour clamer son dû. Et mon corps frémit de voir la peur dans ses iris vertes. Et mes mains tremblent d'anticipation parce que quoiqu'il revendique, il devra le gagner, me l'arracher, te le voler Seigneur…

Arthur Weasley m'a convoqué tant de fois que j'ai renoncé à compter, il insiste pour que la lecture du testament soit effectuée le plus vite possible pour que l'orphelin reprenne ses marques et fasse son deuil ?

Si j'étais cruel Seigneur, je refuserais qu'il fasse son deuil, n'est-ce pas ? Si j'étais cruel Seigneur, ma main apaiserait ses cauchemars la nuit lorsqu'il gémit près de mon lit, n'est-ce pas ? Si j'étais cruel Seigneur, je ne soulèverais pas le drap et la main du serviteur de Dieu ne voyagerait pas le long de cette chemise immaculée, n'est-ce pas ? Il sent la chaleur de ma main qui ne le touche pas, qui le frôle à peine et il sourit Seigneur. Pardonne-lui, il pèche contre tes Saints Commandements. Lui arracherais-je le même sourire du bout de ton bâton purificateur Seigneur ? Lui inculquerais-je tes Saints Principes de ta houlette salvatrice ?

J'ai resserré les cordelettes qui tiennent mon corps et ta croix en bride Seigneur, et le sang a coulé, douce absolution, je suis ton serviteur. Il a coulé quand la main du diable, perfide Asmodée, a détaché ta sainte icône qui protège chaque nuit mon sommeil et filtre mes rêves de péchés, il a coulé quand la bouche de bois et les mains transpercées de mon Seigneur ont révéré les chevilles du garçon, ont béni ta création, me susurre le démon.

Je ne sais même pas ce qu'il fait de ses journées. Je suppose qu'il réapprend à connaître les villageois. Ils semblent tous le connaître ici à l'en mettre mal à l'aise parfois lorsqu'il ne reconnaît pas les visages, pourquoi suis-je le seul à ne rien me rappeler ?

Ils sont tous tellement heureux de le revoir, je l'entends dans leurs prières, ils te demandent Seigneur de veiller sur lui après la tragédie qui a emporté ses parents, et Madame Smith ne fait que redoubler d'attentions auprès de ce pauvre petit garçon. Il est comme la nouvelle égérie du village, un nouveau Saint parmi tes fidèles. Pourtant la mort a frappé tant d'entre eux alors pourquoi lui ?

Cette sollicitude absurde dissimulerait-elle une autre fourberie Seigneur ? As-tu envoyé un nouveau messie à mon insu ou dois-je excommunier les perfides hérétiques ? Est-ce que ce nouveau Saint, péché d'ange, obtient grâce à tes yeux ou as-tu parié une fois de plus avec le Malin faisant de ton fidèle serviteur un autre Job à tourmenter ?

Je l'ai surpris quelque fois sur les bancs de ta maison Seigneur et je brûle de savoir ce qu'il te confie, il ne parle jamais à ton serviteur, c'est la nuit qu'il m'en dit le plus…

Il parle avec son corps, lorsqu'il se tend de dégoût alors que je passe près de lui, lorsqu'il plisse ses yeux clos la nuit comme je tire doucement sur le drap pour découvrir son corps, lorsqu'il sourit quand je caresse ses cheveux d'une main aérienne, lorsque ses mâchoires se crispent quand je lui parle et qu'il brûle de m'envoyer vers ton antonyme, lorsqu'il se retient si fort d'exploser alors que je le contrains à ses prières du soir, lorsqu'il est écarlate quand je l'oblige à mettre sa chemise de nuit dans la chambre et que je ne le quitte pas des yeux, lorsque son visage se détend à la vue du petit déjeuné sur la table affectueusement préparé par Mme Smith, lorsqu'il éclate de rire quand il parle avec son ami Weasley, il parle avec son corps mais lui, ne dit jamais rien ou seulement le strict nécessaire.

Un soir alors que le troisième mois s'écoulait tranquillement, Lupin fait irruption dans mon bureau tel un diable.

« - Mon Père que se passe-t-il ? »

Son visage n'est pas très loin du mien et l'ivresse me gagne presque alors que son haleine maltée me parvient en une brise tiède.

« - Docteur Lupin. » salué-je pour souligner son impolitesse.

Le Docteur n'en a cure et poursuit.

« - Harry est très inquiet. »

Il marque une pause presque théâtrale et je me dis que je devrais en faire autant dans mes sermons, pour titiller la curiosité paresseuse des paroissiens.

« - Vraiment ?

- Il se demande quand est-ce qu'il pourra réintégrer la maison de ses parents. N'a-t-il pas suffisamment souffert ? N'a-t-il pas droit à un peu de repos ? attaque-t-il. »

Si j'étais paranoïaque, je penserais probablement que ce brave Docteur implique que le jeune Potter est à la torture dans la sacristie. Mais le mal est doux parfois…

« - Justement Docteur, appuie-je sur le titre, me reprocheriez-vous de fournir à ce jeune égaré un havre où se recueillir ? »

Un sourire victorieux fendit presque mes lèvres comme le docteur balbutiait :

« - Non, mon Père, ce n'est pas… je ne… ce n'est pas ce que j'ai voulu dire mais le petit se demande quand il pourra emménager.

- C'est curieux, objecté-je, il ne m'a rien demandé à moi… »

Quoiqu'il arrive je veux qu'il le dise, je veux voir les mots déformer ses lèvres et rouer sa langue, sa poitrine se soulever sous l'angoisse, je veux voir ses poings se fermer sous la pression et ses yeux briller de crainte, je veux qu'il se tienne droit devant moi et qu'il tremble de me demander sa liberté, s'humiliant devant moi, convaincu que je la lui refuserais.

« - Promettez-moi de lui en toucher un mot mon Père. » me demande-t-il.

« - Je ferai mon possible. »

Un large sourire vient fendre ses lèvres imbibées mais je n'ai rien promis…

Le dimanche de la même semaine, je me retrouve une fois encore devant la porte de ta maison Seigneur, saluant tous tes fidèles, j'ai toujours l'évanescente impression que tu as choisi ce jour particulier pour éprouver ma foi. Ecouter les villageois contrits me narrer leurs frasques et leurs péchés, les entendre se morfondre et se repentir alors qu'ils recommenceront aussitôt sortis de ma Sainte Eglise. Je les salue un par un lorsque je le vois arriver, le jeune Potter. Il était déjà venu avant bien qu'irrégulièrement pourtant aujourd'hui tout est différent, il a revêtu ses plus beaux vêtements, je doute même que ce soit les siens, je suppose que Mme Smith n'y est pas étrangère. Il incline légèrement la tête dans ma direction mais ne me serre pas la main comme les autres. Il prend place sur un siège du premier rang, il n'avait jamais fait ça auparavant, jamais si près, jamais si concentré, je ne comprends pas.

Des chants joyeux résonnent dans la petite église, j'observe les villageois transportés par ta grâce, les mêmes villageois qui pleuraient dans ton Saint Placard quelques minutes auparavant, le pouvoir de ton pardon Seigneur... probablement.

Puis je dus commencer mon sermon, ce n'est pas une partie de mes fonctions que j'affectionne particulièrement et ses grands yeux verts qui ne quittent pas ma soutane ne me font que la haïr un peu plus. Il ne semble même pas cligner des yeux, son regard est fixe comme en transe mais je sais que ce n'est pas ton œuvre Seigneur, s'il n'était pas si innocent je songerais à une sourde et sombre vengeance pour ces nuits dont il ne sait rien. Ce vert d'eau brille un peu et je me demande ce qui lui prend. Il me regarde sans vraiment me voir et tout cela est très étrange. Il semble à la fois absorbé et complètement ailleurs, dans un paradis connu de lui seul mais il n'existe que ton paradis Seigneur n'est-ce pas ? Puisque le paradis des autres n'est que celui du Malin.

Le sermon d'aujourd'hui traite de l'appât du gain et de ses dangers, quelle ironie n'est-ce pas ?

Je leur narre, mon Seigneur, l'histoire d'un félon que tu as châtié pour avoir désiré plus qu'il n'aurait dû. Je leur raconte l'histoire de ton fidèle Elisée qui a guéri Naaman de la lèpre, t'en souviens-tu Seigneur ? Il était venu guérir le chef syrien accompagné du traître Guéhazi. Te rappelles-tu Seigneur comme mû d'une profonde gratitude envers ton fidèle Elisée, Naaman voulut le couvrir d'or ? Bien entendu, Elisée déclina la récompense, reconnaissant humblement ton pouvoir, il n'était que l'instrument de ton amour. Cependant le perfide Guéhazi ne l'entendait pas ainsi Seigneur et courut après Naaman déjà sur le chemin du retour, pour le gruger, prétendant qu'Elisée avait changé d'avis et qu'il acceptait volontiers cet or. Alors tu l'as puni Seigneur et la lèpre de Naaman s'est abattue sur le traître ! De même que les trente sicles d'argent n'ont pas sauvé Judas, ce serpent, du poids des remords pesant sur la branche de sa pendaison.

Plus j'avance vers la fin et plus ma respiration s'accélère, il fait très chaud ici, les cierges peut-être, mes cheveux balayent ma nuque et le col blanc m'enserre la gorge, j'ai presque envie de m'avachir contre le Saint Lutrin mais je n'en ferai rien.

Enfin le sermon s'achève et les villageois se lèvent pour communier.

Le corps du Christ.

Le sang de Dieu.

Tous ne se lèvent pas, tous n'ont pas le privilège de ne faire qu'un avec toi Seigneur. L'aurais-je un jour ? Te refuseras-tu à moi, ton fidèle serviteur ?

Je m'en vais chercher la coupelle dans lequel j'ai disposé précédemment ces morceaux de toi. Je songe brièvement que Jimmy n'était pas présent aujourd'hui encore, il se fait de plus en plus rare ces derniers temps.

Je commence le rituel avec un manque d'entrain évident, et mécaniquement je trace le symbole de ton sacrifice sur les corps, posant une main apaisante sur les fronts, je sens presque ta force envahir chaque fibre de ta possession et le bras qui bénit illégalement ces pécheurs, je frissonne. Puis je glisse le cercle béni dans leurs bouches largement ouvertes qui me répugnent. Je sens leurs souffles s'accélérer alors qu'ils sont prêts à te recevoir, leur haleine fétide me frappe en plein visage comme ils soupirent de bien-être alors que tu les possèdes tout entier.

Je ne sais plus combien j'en vois, dix, cent, peu importe je ne veux qu'une chose : que ce rituel s'achève enfin, je lève les yeux sur un énième fidèle et tout mon corps se fige, je blêmis je crois. Dos à la foule des villageois, il est là face à moi, volontaire et déterminé à ne faire qu'un. Il lève les yeux vers moi, droit dans les miens, il me défie de le faire ou de ne pas le faire je ne sais plus bien. Je lève une main tremblante sur son front. Sur la petite estrade, sa tête est au même niveau que mon cou. Je la dépose doucement contre lui à moitié dans ses cheveux que je saisis entre mes doigts, la paume sur son front. Il est moite, humide même, je suis des yeux une goutte de sueur qui coule le long de sa tempe, mes lèvres s'écartent doucement malgré moi pour laisser passer un souffle que je ne contrôle plus. Ma langue exige cette goutte, elle veut la sentir et s'en abreuver, lécher la tempe humide pour la dompter, parcourir les veines saillantes, les faire pulser au rythme des coups de langue avides.

Il me fixe toujours et je bénis ma large soutane et ce petit corps face au mien qui cachent aux yeux de tous le calvaire de mon corps. C'est alors que je prends conscience de la situation si excitante, là devant moi personne ne pourrait voir le chemin de mes doigts sur son corps, personne. Je garde la main posée sur son front et mes doigts se saisissent de ses cheveux que je caresse doucement comme lorsqu'il dort, il ne dit rien. Il pourrait pourtant crier au scandale n'est-ce pas ?

Je trace enfin sur son corps ta marque Seigneur sur sa chemise de coton blanc. Je ne dois pas m'égarer je sais bien Seigneur. Alors je trace une énième fois ce chemin jusqu'à toi sur son corps, de gauche à droite, de haut en bas, je ne respire plus pour éviter toute manifestation impromptue de mon… désir… je l'avoue mon Seigneur. Je remonte beaucoup plus lentement, ma main n'a toujours pas quitté son front et il est de plus en plus humide sous mes phalanges tentatrices. Je sens qu'il a peur Seigneur et je ne m'explique pas cette jubilation intense parce que je le sens, sa peur à l'odeur délicieuse du péché. De ma main libre, je me saisis de l'Hostie dans la coupelle dorée et je lui présente, un rire moqueur m'échappe presque parce qu'il n'ouvre pas largement la bouche comme les autres paroissiens, bien au contraire il entrouvre à peine les lèvres et je vois ses mâchoires se crisper comme j'approche lentement mes doigts de son visage, j'en redessine les contours de ce petit cercle blanc qui ne sent rien lui, alors que je veux, j'ai besoin de sentir sa chair trembler sous la mienne. Je lève les yeux une fois de plus, j'ai l'impression que la scène se déroule au ralenti alors que tout va très vite, je surprends le regard du Docteur braqué sur moi et j'incline légèrement la tête dans sa direction, pour le narguer, pour le défier, je ne suis pas sûr, je ne sais même pas ce qu'il a vu, ce qu'il voit, à quoi il croit, peut-être même qu'il m'envie entre deux bouteilles.

Je presse sa lèvre inférieure de mon pouce pour qu'il écarte les lèvres afin que je puisse glisser ton corps dans le sien. Mais je ne te laisse pas seul avec lui Seigneur, j'insère avec toi mon doigt entre ses lèvres si rouges, gonflées par les soins divins de ta création, il ne réagit toujours pas, complètement neutre et indifférent comme si mon doigt n'était pas entrain d'explorer sa bouche, comme s'il ne s'enroulait pas autour de sa langue, comme s'il n'aidait pas l'Hostie à fondre, comme s'il ne taquinait pas le muscle avec espièglerie, puis soudainement il se détache de moi et mon doigt se trouve éjecté de sa bouche dans un pop sonore et je ne peux retenir un gémissement. J'ai toute la peine du monde à passer au paroissien suivant, comme si mon corps refusait de communier.

Je termine péniblement mes devoirs de prêtre qui me semblent si lourds à porter aujourd'hui. Lorsqu'enfin les villageois quittent l'église, j'expire bruyamment. J'ai dû accepter trois ou quatre invitations à dîner dont je ne me rappelle même plus et quelques félicitations pour la qualité de mon sermon mais mon esprit n'enregistre plus rien, seulement sa peau frémissante et douce pas encore assaillie par de hideux poils rugueux couvrant son visage angélique, sa bouche humide, son front moite, peut-être que certains ont tout vu de ce trouble délicieusement indécent et je ne peux pas expliquer pourquoi cette simple perspective émoustille mes sens et fait réagir des parties de mon corps qui ne le devraient pas.

Il faut que je me recueille Seigneur que j'expie ce honteux blasphème mais je n'en ai pas le temps que déjà un paroissien m'assaille.

« - Mon Père !

- Lucius…

- Et bien, constate-t-il avec un amusement pervers que je m'explique bien trop clairement, il n'y a pas de « mon fils » ou « mon enfant » aujourd'hui ?

- Lucius, toi comme moi savons que tu n'es plus un enfant depuis longtemps maintenant…

- Grâce à tes bons soins Severus, grâce à tes bons soins, ne l'oublie pas…

- Je n'oublie rien mais c'était une autre vie ! signalé-je fermement.

- En es-tu si sûr Mon Père… ? raille-t-il avec ironie.

- Il suffit ! Pas dans la maison de mon Dieu ! »

Je connais ce sourire narquois qu'il affiche, je connais Lucius Malfoy de toutes les façons dont il gagne à être connu, il sait.

« - Parle Lucius ou quitte mon Eglise !

- Ton église ? Ou celle de ton Dieu ? »

Je sens mon sang s'échauffer, Lucius me connaît trop pour mon propre bien et sa prétention pourrait lui valoir de sérieux ennuis.

« - Très bien, abdique-t-il finalement, je désirais savoir quand tu comptais faire publier l'annonce dans la gazette londonienne, tu sais qu'il faut que je m'y prenne à l'avance pour qu'elle soit envoyée et réceptionnée dans les meilleurs délais ! Et Lupin a été très clair sur ce point ! »

Mes mâchoires se crispent et je serre les poings, ce Lupin n'est qu'une plaie purulente dans la chair bénite de ton Serviteur, Seigneur !

« - De quelle annonce parles-tu Lucius ? Et qu'est-ce que tout cela à avoir avec le Docteur Lupin ? M'enquerre-je aussi calmement que cette Eglise me le permet.

- L'annonce pour l'avocat, mon bon Severus, nul n'est sensé ignoré la loi, n'est-ce pas ? nargue le sournois. Tu sauras donc sans aucun doute possible que lors de la lecture du testament, un représentant de la loi doit officier.

- Fadaises ! m'écrié-je perdant toute contenance. Il n'a jamais été question de cela dans le village ! Je suis la loi, la banque est la loi !

- Mon cher Severus, ta suffisance te perdra. Le Docteur Lupin a exigé la présence d'un avocat pour cette lecture et ton Dieu n'a pas le pouvoir de s'ériger contre la loi, il l'a dit lui-même n'est-ce pas : nous devons rendre à César ce qui est à César… »

Le vicieux, le fourbe, le manipulateur ! Qu'y gagne-t-il que je ne puisse lui donner ? A coup sûr Lupin l'aura gratifié d'un généreux pot-de-vin ! Mon sang et ma bile s'échauffent et mon Bélial reprend vie.

« - Soit ! Publie l'annonce ! Je m'en vais de ce pas avertir Weasley ! »

J'exècre ce sourire avec lequel il parade, Lucius n'est fidèle qu'à l'argent et je me demande combien Lupin a pu sauver entre ses caisses de malt pour que Lucius se donne tant de mal, il fut un temps où je savais le faire plier, Seigneur, sans verser aucune pièce.

Je le regarde se détourner de ta maison, son journal n'est pas très loin de l'Eglise, jusqu'à ce qu'il disparaisse de ma vue et je me précipite à la banque mais j'oublie que nous sommes dimanche - me pardonneras-tu Seigneur ? - et que la banque est fermée, je tourne les talons et rentre chez moi, fourbu après cette matinée épuisante.

Des milliers de question m'assaillent alors, ce docteur dévoué me révulse et je me demande ce qu'il cherche, pourquoi il s'attache à ce gamin comme une puce au fourrage d'un chien. Quelles sont ses intentions ? Que cherche-t-il ? A-t-il fait alliance avec le jeune Potter pour dépouiller ta maison Seigneur ? Est-ce encore une épreuve pour éprouver ma foi, testé la loyauté envers ton Eglise ? Je suis ton Serviteur Seigneur, éprouve-moi.

POV HARRY

Je le déteste.

Je le déteste quand il me transperce de son regard de vipère, le matin, quand je me lève et je saute du lit pour me débarbouiller à l'eau glacée, dans le petit cabinet de toilette. Quand il m'espionne, quand je m'habille. Je le déteste quand sa bouche se pince tandis que je me régale du petit déjeuner frugal que Mrs Smith me prépare chaque matin, avec bonhomie.

Je le déteste quand je me sauve enfin à l'extérieur, retrouver mon ami Ron, et qu'il me suit du regard, comme un prédateur.

Il voit bien que je suis heureux, à l'extérieur, avec mes amis, et les amis de mes parents, qui m'ont vite adopté.

Il voit bien que je sais rire, parler, chanter, alors que je ne lui parle jamais, à lui.

Parce qu'il ne m'écouterait pas. Parce que son Dieu lui emplit les oreilles, avec ses préceptes, ses jugements, ses oraisons.

Il ne parle pas, il prêche.

Il n'écoute pas, il juge.

Il ne pense pas, non, il prie.

Je ne dis rien, alors il me prend pour un idiot. Un garçon un peu naïf qu'il terrorise. D'accord, il me terrorise, mais je ne suis pas idiot.

Je le vois bien, moi, qu'il cherche à gagner du temps. Qu'il espère que j'oublierai qu'il y a un testament qui m'attend, avec les mots de mes parents dedans. Que ce testament est pour moi. Que cet argent est à moi.

Mais j'ai des amis, moi, tout un réseau prêt à m'aider.

Alors qu'il est seul, avec son Dieu.

Ils sont tous de mon côté, les Weasley, les voisins, et surtout le bon docteur Lupin, qui m'appelle son « cher Harry » et adore passer sa main dans mes cheveux.

Chaque fois que je vais le voir, il pleure en parlant de me parents, noyant son chagrin dans quelque boisson, et il me promet que tout me reviendra. L'argent, la maison. Tout ce qui est à moi. Tout ce qui a toujours été à moi, dans ce village. Et plus encore, peut-être, si je me souviens de certaines conversations de mes parents.

Il me l'a encore promis, hier, devant une bière. Il m'a dit qu'une annonce allait paraître, dans le journal, pour qu'un avocat m'assiste, lors de l'ouverture du testament. Je crois que c'est ce que lui a dit M. Malfoy, tout à l'heure, à la sortie de l'Eglise. J'étais caché derrière une colonne, à les écouter. J'ai mis mes plus beaux habits, aujourd'hui.

Je crois que ça ne lui a pas fait plaisir, au curé, de savoir qu'on va enfin l'ouvrir, ce testament. Je les ai vu chuchoter, et j'ai bien reconnu ce pli amer, dans sa bouche, ce léger rictus, quand on lui tient tête. J'ai vu sa nuque se raidir, et ce mouvement brusque de sa tête, quand il est en colère.

J'ai bien vu ses doigts se crisper sur son missel, comme si l'argent allait lui échapper. Mon argent. Parce que c'est ça qui l'attire, ça qui le motive. L'argent. C'est son Credo, son Te Deum, son Miserere. L'argent.

Ils s'éloignent et je passe entre les rangées de bancs, pour ramasser ce qui traîne. Un missel, un mouchoir parfumé – c'est celui de Pansy Parkinson, qui est amoureuse du fils Malfoy. Comme elle le fixe, à chaque célébration, jusqu'à triturer son mouchoir, jusqu'à rougir quand elle est à genoux et qu'elle s'imagine je ne sais quoi, qui la rend fébrile.

Je ramasse deux sous, tombés de la corbeille sans doute, une image pieuse. Avec mon maigre butin, je cours jusqu'à la rivière, sous mon arbre, pour rêver.

Enfin, ne croyez pas que je ne fais que rêver, hein ! Je lis, aussi. Et je prépare un plan. Ma vengeance. Là, sous mon arbre, je suis bien. Pas de regard inquisiteur, pas de sermon.

Tout à l'heure Ron ou Jimmy me rejoindront, et on parlera de notre vie. De la vie qu'on aura, quand j'aurai récupéré mon argent. Comment on vivra, comme des pachas, chez moi. Sans contraintes. Sans sermon. De la bière, et des jeux.

Puis on ira glaner dans les champs, tous les trois, chiper des fruits. Parler des filles. Enfin, surtout Ron. Il nous parlera d'Hermione, de ses cheveux, son sourire, ses seins. Bien sûr on l'écoutera, Jimmy et moi, et on rira. On le mettra au défi de lui voler un baiser.

Mais quand on est que tous les deux, avec Jimmy, on ne parle pas des filles. On ne parle pas du curé, non plus. Jamais. On n'évoque jamais le fait que je vis chez lui, ni l'argent qu'il veut me voler. Jimmy disparaît toujours quand le nom de Snape est cité, ou quand on lui demande pourquoi il ne va plus à l'Eglise.

Il ne m'a rien raconté, mais son regard parle pour lui. Un jour, il me parlera, j'en suis sûr. Ses mots couleront, comme une source, et je les laisserai couler. Comme ses larmes, peut-être.

Son secret nous rapproche, pourtant. Comme s'il sentait que je pourrais le comprendre, que moi seul pourrais le comprendre.

Tout ce qu'il ne me dit pas, je peux le comprendre.

Je crois que je le comprends déjà, dans mon ventre, dans ma poitrine qui se serre, parfois. Je regarde son corps frêle, ses yeux creusés, cet air coupable. Parfois on se serre sur cette branche d'arbre, devant la rivière, et on regarde les feuilles mortes, les morceaux de bois qui dévalent la rivière. On partage un morceau de pain, de nos doigts gelés.

Mais on ne parle pas.

Et puis c'est le soir et je rentre à la sacristie, dans mes beaux habits.

Mrs Smith aura préparé de la soupe, qui réchauffera la pièce dépouillée d'une odeur de chou un peu écœurante, et elle s'habillera en vitesse, pour rentrer chez elle. Elle me laissera seule avec lui.

Mais je ne suis jamais seul, avec lui. Il y a Dieu, qui nous regarde. Qui me juge.

Mal peigné, mal lavé, revêche.

J'ânonnerai mes grâces, le ventre gargouillant, tandis qu'il sera grandiloquent, sublime de sainteté devant sa soupe. On dinera en silence, accompagnés par l'horloge qui rythmera nos cuillerées, et il prendra cet air noble, cet air qui dit « j'accueille les enfants perdus au sein de Ton Eglise, Seigneur », alors qu'il me vole mon argent, chaque jour. Qu'il me prive de mon bien, de ma liberté, chaque jour.

Alors je ne baisserai pas les yeux quand il me fixera, à la fin du repas, attendant je ne sais quelle reconnaissance.

Et puis ce sera le rituel. Sa bible, mes livres. Le silence. Le tic-tac de l'horloge, jusqu'à 10 heures.

Puis je me lèverai, et j'irai dans la petite chambre, pour me déshabiller. Je sais que quoi que je fasse, aussi rapide que je sois, il sera là, derrière moi, à me regarder. J'enlèverai mes beaux vêtements, je les plierai soigneusement. Il se demandera pourquoi je me suis habillé comme ça, mais je ne dirai rien.

Je ne lui dis jamais rien.

Il repensera à ce qui s'est passé, pendant la messe. Il repensera à sa main sur mon front, à son doigt dans ma bouche.

Ce sera l'heure de la prière. L'heure de la punition.

Notre Père qui êtes aux Cieux

Je sais qu'il sera là, derrière moi, alors que je serai à genoux devant mon lit à balbutier mes prières. Que sa présence dans mon dos me troublera, me fera bégayer, rougir.

Que votre volonté soit faite

Que j'aurai l'impression de sentir son souffle dans mon cou, sa main dans mes cheveux.

Pardonnez nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés

Que ça durera une éternité. Une éternité à souffrir à genoux, tendu, tremblant. Une éternité à sentir son corps tout contre moi, à un souffle de mon corps. Ses mains à un chapelet de mon cou.

Et ne nous soumettez pas à la tentation

La prière, sans cesse recommencée, les genoux endoloris, et sa voix grave, basse, qui résonne en moi. Puis le soulagement de retrouver les draps frais, de sentir mes membres se détendre, de soupirer.

Mais délivrez-nous du Mal

Le Mal…le Mal viendra me trouver, ensuite, comme tous les soirs, quand il aura retrouvé son lit. Je me ferai tout petit, entre mes draps, je resterai immobile, j'essaierai même de ne pas respirer, pour ne pas qu'il me trouve, mais il viendra. Comme tous les soirs.

Il s'immiscera lentement dans mon esprit, m'imposant ses images infernales. Il soulèvera mes entrailles, il soulèvera ma chair, et je brûlerai, perdu, éperdu, comme je brûle tous les soirs.

Je lutterai, longtemps, pour ne pas laisser mes mains prendre le pas sur mon esprit, qui est pur, lui. Je le sais.

Je demande pardon à Dieu, souvent, quand je suis seul à l'Eglise.

Et il le sait, le Curé.

Il sait aussi que je suis soumis au Mal, entre mes draps, dans sa propre chambre, sous les yeux de Dieu. Alors il se lèvera doucement et il rejoindra mon lit dans l'obscurité. J'entendrai ses pieds sur le carrelage, j'entendrai son souffle qui se rapproche. Il viendra pour me sauver, comme chaque soir. Pour faire fuir les démons.

Je garderai les yeux clos et je prierai, oh oui, je prierai. Je prierai pour qu'il ne voie pas le péché soulever ma poitrine, soulever ma chemise de nuit.

Et c'est là que je le détesterai.

Quand il passera une main légère sur ma tête, et que je ne pourrai pas m'empêcher de sourire. Quand ses doigts seront doux, tendres dans mes cheveux, et que j'aurai envie qu'il continue. Quand mes lèvres s'étireront malgré moi, quand mon cœur battra, dans l'obscurité.

Quand son odeur de savon viendra jusqu'à moi et me serrera les entrailles, encore un peu plus. Quand son regard de velours me fera rougir dans la pénombre, et que j'attendrai.

J'attendrai un geste de sa part, pour chasser les démons. Comme tous les soirs.

Je le détesterai parce que ses gestes ne chasseront pas les démons mais les attireront.

Je le détesterai quand il soulèvera la couverture et qu'il ne me touchera pas. Quand il passera sa main au-dessus de ma chemise de nuit, sans m'effleurer, sans me soulager, à quelques millimètres de ma virilité, qui se tendra, encore un peu plus ce soir.

Je le détesterai quand au bout de longues minutes d'attente fébrile il retournera se coucher et qu'enfin ma main m'enverra au paradis, ou en enfer, alors que je rêverai que c'est la sienne, en me mordant les lèvres pour ne pas gémir.

Je le détesterai d'envahir mes pensées et mes rêves, comme chaque soir.

Pourtant, pourtant, j'ai essayé d'être bon, juste. De laver mes péchés. De rester pur.

J'ai mis mes plus beaux habits, ce matin, pour aller à l'Eglise. J'ai écouté son sermon, j'ai laissé ses mots me pénétrer, m'envahir. Me faire tourner la tête, lentement. Sa voix est grave, ses gestes sont amples, ses cheveux noirs brillent à l'éclat des bougies, il m'hypnotise je crois. J'ai suivi le troupeau pour aller communier, pour qu'il me donne le corps du Christ, et que le Christ me pardonne tous mes péchés, et me délivre du Mal. Enfin.

Mais lorsqu'il a posé sa main sur mon front humide, pour y tracer une croix, pour me purifier, m'absoudre, le Mal est revenu, et a soulevé mes entrailles, alors que j'étais debout, au pied de l'autel.

Le Mal m'a envahi, en une onde chaude, tandis que sa main s'éternisait dans mes cheveux et que son regard brûlant déshabillait mon âme.

Le Mal a bloqué ma mâchoire, obligeant son doigt à pénétrer ma bouche, et à s'enrouler autour de ma langue. Le Mal m'a rendu fou de désir, m'a donné envie de sucer ce doigt, cette chair tiède en moi, légèrement sucrée.

Le Mal a uni nos regards, longtemps, alors que la foule des paroissiens murmure dans mon dos et que j'essaie de pas me répandre, là, debout devant l'autel, alors que je presse mes mains contre mon bas ventre et que la sève manque de jaillir, tandis qu'il emplit ma bouche de sa chair.

Et tout ça c'est de ma faute. Ma très grande faute. C'est ce que je lis dans ses yeux, dans sa bouche crispée, dans son attitude raide.

Alors ce soir, tandis qu'il retourne vers son lit, sans m'avoir touché, comme d'habitude, je gémis à l'idée que j'ai péché, encore.

Il s'arrête, se retourne et revient vers mon lit, lentement. Mes mains sont déjà sur mon corps, et il me scrute, dans l'obscurité.

Mais ce soir n'est pas comme les autres soirs.

Ce soir je le déteste parce qu'il ne m'a toujours pas touché, parce qu'il n'a pas remis son doigt dans ma bouche.

Alors j'entrouvre mes lèvres, comme pour dire une prière, et je retiens mon souffle. Il comprend.

Il s'agenouille, et prie devant mon lit, de sa voix envoutante, tandis que mes mains glissent sous ma chemise. Il psalmodie en latin, longuement, mécaniquement, tandis que mes mains prient sur mon corps d'une bien étrange façon, et quand il souffle « amen » mon âme s'envole plus haut que la plus haute Cathédrale, et il passe sa main sur mon visage, pour m'absoudre.

Et tandis qu'il se relève et rejoint son lit, je le déteste. De tout mon cœur. De toute mon âme.

Je le déteste parce qu'il m'a volé mon argent, et qu'il va me voler mon âme.

A suivre...

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