Genre: UA Drame/romance

Pairing: HPSS

Rating: M

Disclaimer: Les principaux persos sont à JKR, les autres sont à nous.

Note des auteures : Tout d'abord nous tenons à remercier tous les reviewers de leurs commentaires très sympathiques, qui nous ont ravies ! Et puis nous vous présentons nos excuses pour avoir pris tant de temps à écrire et poster ce chapitre, mais bon…la vie a des contraintes contre lesquelles on ne peut pas toujours lutter.

Nous vous rappelons que les parties concernant Snape sont écrites par Mastericeeyes, celles concernant Harry par Pilgrim.

Résumé : Harry, jeune orphelin de 17 ans, revient dans son village natal après la mort accidentelle de ses parents. Il est attendu et accueilli par le curé, Snape, qui ne semble guère pressé de faire ouvrir le testament de ses parents.

Merci de nous laisser vos commentaires, toujours si importants pour nous !!

POV SNAPE

A peine quelques heures avant le lever du jour mais je n'ai pas sommeil Seigneur, tu m'as trahi. Loyalement, je pensais que tes serviteurs seraient les seuls à rompre ce saint engagement mais il n'en n'est rien Seigneur.

Eli, Eli, lema sabachthani ? Mon Dieu, Mon Dieu pourquoi m'as-tu abandonné ?

Comme ton propre fils sur la croix Seigneur alors que je t'implorais à genoux devant les draps du péché, tu m'as sacrifié sur l'autel de la chair, tu m'as vendu au Serpent, je suis à présent ton Isaac mais qui stoppera le bras d'Abraham ?

J'ai prié sur le corps du pécheur pour l'absoudre mais ses transgressions m'ont pourfendu de leur lame acérée et cet organe dont tu m'affubles pour m'éprouver a pleuré, s'est répandu à l'abri sous la seule protection rêche que tu m'as laissée alors que chaque image parasite me renvoie cette bouche pleine entrouverte et ce souffle saccadé que tu n'as pas su m'épargner.

Je ne suis pas ton Job Seigneur…

La lumière du dehors éclaire faiblement la pièce et je suis convaincu que tout a changé. J'ai le sentiment étrange que ma foi ne restera pas indemne cette fois, est-ce vraiment là ton désir Seigneur ? Cette menace qui plane au dessus de mon village en es-tu l'instigateur ? Renonces-tu à ton précieux Serviteur, Seigneur, pour ce Saint de pacotille qui sème l'exaction ? Eprouves-tu ton Serviteur qui s'agenouille humblement sur l'autel de ta tout puissance ?

Je bondis hors de mon lit et hâte mes ablutions quotidiennes, purificatrices… le paradoxe me saisit : la pureté est-elle encore de mise dans ton sanctuaire mon Seigneur ? Celui que je t'ai volé ? Celui que tu m'as soumis ? Abandonné ? Parce que peut-être Seigneur que la chair transcende ta toute puissance, peut-être que le totem vibrant l'emporte sur l'abnégation divine, peut-être que la perfection n'est qu'une illusion et que le Serpent dévore le fruit corrompu que toi-même tu as perché sur cette arbre de connaissance. Dis-moi Seigneur quel diable est le plus Malin : celui qui se délecte d'un fruit gorgé de sève divine ou celui qui place ce trésor sur le chemin du pécheur pour le gruger ? Dis-moi Seigneur, si toi aussi tu as communié avec le garçon, dis-moi si ta main divine a emporté avec elle son péché, dis-moi si tu as goûté le fruit…

Je sors en trombe de ta maison qui m'étouffe mais sans aucune pitié elle me suit et resserre sa prise sur ton Serviteur, la robe funèbre qui me colle à la peau, le col blanc moucheté des brides de mes certitudes ancestrales à présent obsolètes.

J'avance pas à pas dans le miroir de mon inconduite, cette boue qui macule le sol et mon vêtement me fait dire que les pluies se sont répandues cette nuit, souillant la terre sainte. Le village semble dormir encore, les bienheureux ! J'envie les cœurs tourmentés qui trouvent le sommeil, j'envie ces inconscients qui même coupables accèdent au repos, ce repos que Je leur accorde en absolvant pour eux leur triste condition. Je lave périodiquement leur conscience comme ils lavent quotidiennement leurs corps jusqu'à ce que la saleté les recouvre de nouveau et que leurs larmes dérisoires ne suffisent plus à ôter les fèces alors j'agis Seigneur, en ton nom, comme un baume apaisant leurs plaies putréfiées, celles de leurs âmes qui n'ont plus de recours, de leurs consciences qui cèdent sous les exigences divines alors que bien à l'abri dans ton sanctuaire, tu jouis, pariant sur tes pions avec le Malin mais que se passe-t-il Seigneur quand les pions se révoltent, renversent le roi et jouissent à leur tour confondant le sacré, fusionnant le profane et déflorant l'obscène ?

Une faible lueur traverse les épaisses fenêtres du journal, Lucius Malfoy s'attèle déjà à la tâche alors que son oisif de fils lutine probablement la gueuse là où nul autre ne songerait à le faire, comme sur le mur derrière ton église Seigneur, ou dans la ferronnerie où les machines rudimentaires chauffent encore le métal.

J'atteins finalement la banque. Arthur Weasley n'ouvre jamais avant huit heure cependant, il aime à somnoler auprès de son précieux coffre, je l'imagine comptant la nuit durant chaque piécette qu'il aura extorquée à l'Eglise, à son propre Dieu ! Et je me demande quelle est sa part de complicité dans cette duperie et si nous avons le même Dieu.

Je frappe à la porte, deux coups secs.

« - C'est fermé ! me répond la voix du banquier.

- C'est le Père Snape, Weasley, j'ai une affaire urgente dont nous devons nous entretenir. »

Aucune réponse ne me parvient mais quelques minutes plus tard, le cliquetis du loquet se fait entendre. On ne refuse rien à un Homme d'Eglise.

« - Mon Père ? questionne-t-il étonné. »

La porte reste entrouverte et j'en force presque le passage, pénétrant dans le cœur du délit.

Je n'emprunte aucun détour.

« - Lucius Malfoy m'a informé hier après l'office que le Docteur Lupin requérait la présence d'un avocat au nom du jeune Potter pour officier lors de la lecture du testament. »

Il n'a pas l'air surpris le moins du monde et l'idée de complot me traverse vaguement l'esprit alors que je concentre toutes mes forces sur la voix neutre et impartiale qu'il me faut garder.

« - Eh bien, ma foi, je ne vois rien qui s'oppose à cela…

- Moi, je m'y oppose ! coupé-je presqu'avec hargne. »

Il se racle nerveusement la gorge et je songe vaguement à la lui trancher !

« - Ce que je veux dire mon Père, c'est que si le jeune Harry désire la présence de cet avocat, aucun article juridique ne peut s'y opposer par conséquent il est dans son bon droit et nous devons nous y soumettre.

- Foutaise ! Nous n'avons jamais requis la présence d'un avocat dans ce village ! La loi de Dieu est l'unique autorité faisant foi ! m'écriai-je. »

Et je représente Dieu dans ce village, Je suis la loi ! Mon corps brûle de le crier, tu le sens Seigneur n'est-ce pas ? Il s'embrase pour ta tout puissance, il irradie de ce pouvoir absurde et grisant que tu délègues, que je t'arrache parce que nous ne sommes qu'un Seigneur !

« - Il semblerait mon Père que même dans notre village, les choses évoluent. Et dans le cas des Potter, en considérant la fortune colossale et les biens immobiliers leur appartenant, il serait probablement souhaitable de solliciter la présence d'un homme de loi, pour prévenir tout litige… ajoute-t-il sournoisement. »

Cet homme n'est qu'un fourbe ! Il connaît parfaitement la part qui lui revient et il ne veut certainement pas manquer aux dernières volontés des Potter qui lui accordent les cinq pourcent sur leur fortune qui renflouera les caisses de cet Harpagon !

« - Nous n'avons pas les moyens de nous offrir un homme de loi, Weasley !

- Il n'est nullement question de cela mon Père, puisque la requête concerne un héritage, l'Etat pourvoira moyennant compensation volontaire soumise au bon vouloir de l'héritier. »

Ce Mammon1 déjà pourri par l'argent a décidément réponse à tout ! Que fera-t-il donc de cet argent Seigneur ? Il vivra dans une opulence consternante alors que le lutrin, repos de ta Sainte Parole, s'affaisse de jour en jour et que le tronc de l'église ne signifie rien pour ces pécheurs que j'absous pour soulager une conscience qui faiblit. Et si je ne pardonnais plus Seigneur ? Et si je ne disculpais plus ? Si les prières ne suffisaient plus à les amender ? Alors ton Serviteur sait mon Seigneur, le prêtre sait toujours. Le tronc de l'église vomirait les pièces de leur culpabilité, il déborderait de leur repentance Seigneur ! Car ils achètent leur pureté avec le même argent dont ils rétribuent les marchandes du vice, et leur conscience n'est qu'une fille de joie, mère de Babylone, qu'ils paient pour se soulager ! Dans ta maison close Seigneur, je leur vends ce service.

« - Soit ! Qu'il vienne si l'orphelin l'exige !

- Le Docteur Lupin a sollicité Lucius Malfoy pour qu'il envoie l'annonce à faire paraître dans les journaux londoniens dès que possible, cela ne devrait plus être très long maintenant. Je vous avertirai par courrier dès qu'il arrivera. »

Je tourne les talons sans même un salut, il me reste une personne à voir. Je ne laisserai pas les hommes te tourner en ridicule Seigneur ! Tu es la loi et Je suis la loi ! Cet héritage te revient de droit Seigneur, et ses impies n'auront d'autre choix que de reconnaître ta toute puissance…

Je me dirige à présent vers le cabinet de ce cher Docteur, espérant qu'il soit suffisamment lucide pour tenir une conversation. La bicoque où il exerce est légèrement excentrée et je m'enlise plus sûrement dans le bourbier qui fut autrefois la rue principale du village.

Enfin j'atteins la modeste maisonnette qui tient lieu de cabinet et je frappe. Aucun son ne me parvient et je me souviens de visites similaires où j'avais retrouvé son corps gisant au milieu de régurgitation et déjection en tous genres, corps qui ne répondait plus à rien si ce n'était l'odeur nauséabonde et entêtante du malt fermenté et du houblon digéré.

Je tourne lentement la poignée et la porte grince désagréablement. L'odeur du feu de bois et d'un ragoût mijotant sur le vieux poêle affole mes papilles et je me surprends à envier les talents culinaires du médecin diabolique lorsque les soupes avariées de Madame Smith n'éveillent en moi qu'une profonde aversion.

Mon regard parcoure la pièce à la recherche des cadavres que l'ivrogne aurait semés mais je ne trouve rien, l'expérience a dû lui apprendre à dissimuler le vice et cacher l'exaction.

« - Mon Père ? »

La voix candide de l'homme me révulse !

« - De quel droit osez-vous ? Quelle autorité suprême vous permet-elle d'outre passer Dieu ?? m'écriai-je sans plus aucune retenue.

- Dieu ou vous ? assène-t-il sournoisement, sachant pertinemment de quoi il retourne.

- Je représente Dieu sur cette terre et dans ce village ! »

Je tente vainement de garder mon calme mais le fourbe ne me laisse pas le choix.

- Cet enfant a le droit de disposer des biens de ses parents à sa convenance. contrattaque-t-il sereinement.

- Mais il n'est justement qu'un enfant ! Il dilapidera sans aucun doute la fortune de ses parents jusqu'au moindre penny et l'histoire a bien assez d'un enfant prodigue !

- Il pourrait bien vous étonner mon père…

- Vous n'avez absolument aucun droit sur cet enfant et encore moins sur sa fortune ! Et vous n'aviez certainement aucun droit d'en référer à un avocat sans en avoir au préalable convenu avec les parties concernées !

- Mais je l'ai fait mon Père, et Harry a tout de suite acquiescé… »

Il me nargue le félon, mais je sais ce qu'il désire au fond : la gratitude du gamin lui apportera le pécule que sa profession ne peut lui fournir, la gratitude pour service rendu rétribuera son mal et assurera son constant accès aux mixtures illicites, aux breuvages enivrants ou quelle autre gratitude… ?

Celle que j'envie au creux de mes nuits froides alors que tu te refuses à moi Seigneur mais que son corps à lui, alangui à genoux presque sous moi récite des litanies infectieuses prenant d'assaut un corps que j'avais cru tué en d'autres temps. Dis-moi Seigneur, éclaire-moi de ta lumière froide et brillante, dis-moi si l'homme de science exsudant l'eau bénite et trouble d'un dieu païen chercherait un compagnon de débauche ou si les richesses s'insinuent dans son sang aussi sûrement que le nectar de septembre.

« - Cette brebis égarée a besoin d'un berger… me radoucis-je.

- Certes oui mon père, mais la bible ne met-elle pas en garde contre le loup déguisé en agneau de lumière ?

- C'est exact mon fils, voilà pourquoi ce petit a besoin de la protection de Dieu et de l'Eglise ! »

La rage s'emparant du peu de raison qu'il me reste encore, je m'éloigne de ce lieu de perdition Seigneur. Lucius disait vrai, tu ne peux rien contre la loi Seigneur mais moi, je le peux.

Ce garçon me fait renier chacun de tes principes Seigneur, lorsqu'il soupire profondément, lorsqu'il rougit d'embarras, lorsqu'il halète sous mes ferventes prières et que son corps pleure une utopique rédemption, lorsque la croix dans ma chair s'enfonce plus sûrement et que le sang perle des plaies infectées, lorsque ma main coure plus bas sur mon corps et que le chapelet de la honte atteint l'interdit, lorsqu'il glisse fermement vers le péché, à reculons pour revenir, lorsque les perles saintes étouffent le totem païen de ma chair et que l'opprobre se répand sur ton Serviteur, je devrais me réjouir Seigneur de ce qu'il te quitte mais comment le puis-je alors qu'il emporte avec lui un pouvoir nouveau, celui d'ériger un temple à ta gloire plus majestueux que Salomon afin que tous sachent que tu es celui par qui tout est possible, Seigneur !

Je me dirige rageusement vers la porte non sans lancer avant de la refermer soigneusement :

« - Si vous étiez si certain d'agir pour le mieux, pourquoi ne pas avoir averti ni la banque ni l'Eglise ? »

N'attendant nullement de réponse à la rhétorique incisive, je quitte les lieux.

Il me reste un dernier recours n'est-ce pas Seigneur ?

Flashback

« - Que feras-tu plus tard ?

- Mon père veut que je devienne prêtre.

- Et toi, que veux-tu ?

- Je veux être Dieu.

- Tu veux être prêtre ?

- Non, Dieu.

- Tu ne peux pas être Dieu !

- Pourquoi ?

- Parce que Dieu n'existe pas ! C'est mon père qui l'a dit !

- Bien alors je l'inventerai ! Et tu seras obligé d'y croire !

- Pourquoi tu veux être Dieu ?

- Parce qu'il a tout pouvoir ! Il est le pouvoir !

- Et tu veux être le pouvoir ?

- Oui.

- Pourquoi ?

- Pour soumettre.

- Soumettre qui ?

- Toi, eux, les stupides villageois qui travaillent dans les champs !

- Tu veux me soumettre ?

- Oui.

- Comment ?

- Je ne sais pas encore mais je trouverai !

Lucius avait raison à cette époque. Si jeune et déjà si clairvoyant. Je ne pouvais pas être Dieu mais je pouvais feindre de l'être et les en abreuver !

Nous n'avions qu'une dizaine d'année mais déjà je savais…

Fin du flashback

« - Lucius ?

- Severus ? Pourquoi ne suis-je pas surpris ? »

Le fourbe, il sait déjà tout, sa perspicacité ne lui a pourtant pas épargné les tourments pour lesquels il expie encore.

Je me tiens droit devant lui et je revoie le garçonnet qui ne croyait pas en toi Seigneur. Il a bien grandi, avec mon aide, avec ton aide aussi. Il est robuste et puissant mais il ne croit toujours pas en toi Seigneur, que lui as-tu donc fait ?

« - Et bien ?

- N'envoie pas cette annonce Lucius, Dieu ne te le pardonnera pas. »

Il éclate d'un rire sonore et désagréablement familier. Il percute la paroi de ma divine assurance et fendille ta toute puissance Seigneur.

« - Dieu n'existe pas Severus !

- Je suis…

- Et tu n'es pas Dieu ! Tu peux aisément faire croire aux autres ce que tu veux mais je ne suis pas dupe ! »

Il tourne autour de ton Serviteur comme une bête féroce, décrivant ces arcs de cercle immondes dans mon dos. Je sens son souffle dans mon cou et un murmure rauque me parvient. Sa langue glisse sur mon oreille et je l'entends chuchoter :

« - Dieu n'est pas fait de chair Severus… il ne frissonne pas, il ne gémit pas… Dieu ne pénètre pas ses fidèles comme son Serviteur ni ne convoite les corps juvéniles… Dieu ne durcit pas au moindre contact… »

Je sursaute alors que sa main se pose brusquement et fermement sur mon organe de péché mais je ne recule pas Seigneur, si c'est l'épreuve que tu as choisi de m'infliger pour m'éprouver alors je me soumets.

La caresse brutale à travers le vêtement est presque douloureuse et mon souffle commence à se perdre, Seigneur me viendras-tu en aide ?

Lucius inspire profondément à mon oreille et se colle contre moi, je sens parfaitement le corps du délit, je le sens contre moi, dur, exigeant, comme je l'étais jadis avec lui, comme une basse vengeance qu'il aurait attendue toutes ces années et mes hanches cherchent frénétiquement les siennes, s'arquant avec impatience – Le laisseras-tu faire Seigneur ? - il sourit comme s'il avait vaincu Dieu ce fils de Satan, alors que je propulse mon corps douloureux sur sa main libératrice… plus vite… encore… sa main bouge en cadence avec mes reins… oui, oui, comme ça Seigneur, transporte ton Serviteur… vite… oui, je viens Seigneur, oui… presque… j'y suis presque… vite… fort…

Brusquement tout s'arrête et mes yeux que je ne me rappelais pas avoir fermés se posent sur le regard sournois de Lucius et sa langue acérée tranche ma suffisance.

« - Dieu ne jouit pas Severus. assène-t-il sereinement mais fermement. »

Je suis si dur que le moindre effleurement provoquerait mon explosion. Il glisse encore derrière moi et je sens parfaitement son corps contre le mien, resserrant sa prise.

« - Qui es-tu Severus ? murmure-t-il séducteur. »

Et je saisis parfaitement toutes les implications de la question, il m'offre la libération contre un aveu, contre un mensonge.

« - Je suis l'Unique ! »

Il sourit et se dégage prestement de moi.

« - J'espérais bien que ce serait ta réponse ! »

Il hésite un moment avant de poursuivre. Son regard se perd sur les lourdes presses en mouvement, il est comme happé par le roulis des machines, aspiré sous elles comme les minces feuilles de papier qui s'imprègnent de l'encre noire que les engins vomissent. Un regard gris que la perversion rallumait en d'autres temps, que je rallumais, il y a longtemps quand le désir consumait cette abomination de chair que j'étais avant Toi.

« - Mais tu ne me trompes pas Severus, si tu es Dieu, alors j'ai parcouru ta bible… d'un bout à l'autre. »

Le perfide !

« - L'annonce paraîtra dans une dizaine de jour, ça ne devrait pas être long avant que l'avocat n'arrive. »

Une nausée soudaine me submerge et je me précipite à l'extérieur, l'esprit empli des yeux rieurs de ce païen.

Je ne peux rien contre la loi ni contre la duplicité humaine. L'homme est double Seigneur, comment inculquer tes Saintes Valeurs à ces pécheurs ?

Trois semaines plus tard alors que je prépare l'office du dimanche, Madame Smith frappe à la porte et s'efface devant cet homme de belle stature et de prestance incongrue.

Je sais ce qu'il veut à la seconde où son regard croise le mien : il veut le garçon, il veut l'héritage mais je ne lui céderai rien ! Toi seul Seigneur sait lorsqu'il faut forger son épée en soc mais ton Serviteur a tranché Seigneur et je troque ma cisaille contre une lance !

Parce qu'il veut le garçon que j'assagis, que je libère du démon, avec lequel je prie chaque nuit pour que tu le délivres Seigneur et sa libération est une sainte récompense pour le dur labeur de ton serviteur.

Il veut ses faibles gémissements au cœur des nuits sombres, ses halètements étouffés dans l'oreiller de fortune, il veut la pâleur de sa peau et sa fragrance naturelle, il veut le musc de son corps, la sève de son arbre de vie. Je sais ce qu'il cherche. Il cherche à voler mes prières sur mon lutrin de fortune lorsque je pose ton Livre Saint à plat sur son ventre nu, il veut le sacrifié qui s'accroche aux draps de ses deux mains en croix comme notre Seigneur, il veut soumettre tes ouailles et les détourner de la voie/x de justice ! Je sais ce qu'il cherche mais tout cela est à moi !

« - Mon père ? »

Je dévisage l'importun, mon visage peu amène lui arrache un sourire, il ne dupera personne dans ta maison Seigneur.

« - Je suis Robert Kinley. Je suis avocat à Londres, je viens pour le cas de succession intéressant le mineur Potter. L'on m'a dit que vous pourriez me trouver un logement le temps que nous réglions l'affaire.

- La sacristie n'est pas en mesure d'accueillir une personne supplémentaire. rétorqué-je froidement.

- Voyons mon, père nous ne pouvons pas laisser ce pauvre homme à la rue ! s'indigne Madame Smith, toujours si prompte à s'ingérer dans ce qui ne la concerne pas.

- Madame Smith, vous nous quittiez pour l'épicerie il me semble. »

Le regard outré et l'exclamation étouffée de la vieille femme ne m'impressionnent guère et j'attends patiemment qu'elle quitte la pièce pour renvoyer l'agitateur.

« - Je vous suggère de vous rendre à la banque, Monsieur…

- Kinley.

- Monsieur Kinley. L'Eglise ne peut rien pour vous. »

Mon ton clame le jugement dernier et la corne de mon courroux résonne dans mon Eglise.

oOooOo

Ce même dimanche, la préparation de mon prêche achevée, je me dirige d'un pas lourd vers l'Eglise. Il ne me reste que peu de temps Seigneur, j'en suis bien conscient. L'impénétrabilité de tes voies me transcende, ce n'est pas ce que tu désires Seigneur n'est-ce pas ? La confusion hante mon esprit plus sûrement que ce village décline tes Saints Commandements, les uns après les autres. Que me restera-t-il Seigneur ? Que m'arracheras-tu d'autre ? N'ai-je pas tout sacrifié en ton nom ? Comme nombre de tes fidèles aux temps anciens. Tu les as bénis n'est-ce pas ? Alors où sont mon or et mon prestige, mes terres et ma raison ?

Le sermon de ce matin loue les qualités du fidèle Job, son esprit de sacrifice devant l'adversité, sa loyauté envers notre Seigneur, loyauté faisant cruellement défaut à certains membres du village. Je croise le regard fier du médecin alors que j'appelle les fidèles à se repentir et à communier.

Il est là à nouveau devant moi et des flashs de nuits pécheresses rebondissent sur les parois de ma trahison. Ne me laissera-t-il aucun répit, Seigneur ?

J'agrippe son front brusquement d'une main, résigné comme un pendu le sac de toile masquant à tous sa détresse, dissimulant l'horreur qu'ils ont eux-mêmes provoquée, désirée et qu'ils ne peuvent désormais plus affrontée, la culpabilité pesant plus lourd à présent que ce petit corps hissé sur le tabouret de fortune. Je sais que personne ne le voit mais que tous observent et l'adrénaline coure dans mes veines comme une injection de ta sainte parole pervertie. Ses lèvres sont entrouvertes et Seigneur, son souffle est déjà bien plus rapide qu'il ne le devrait. Il ferme les yeux et ses pommettes sont rouges. Regarde le Seigneur mon enfant ! Je commence le rituel d'absolution, de communion et mes mains tremblent légèrement alors que je resserre ma prise sur le garçon du péché.

Je trace ta marque sur son corps Seigneur, mais lentement mes mains s'égarent grisée par l'immunité que me procurent ton nom et la cachette de son corps face à la foule.

D'une épaule à l'autre, mes gestes sont lents, je n'utilise qu'un doigt, lentement, une ligne droite ou presque si l'on omet ce léger détour par ses tétons, Seigneur ils sont durs ! Me pardonneras-tu dans ta sainte maison ? Je les trace du bout de l'ongle, puis juste un petit cercle de la tendre chair de mon doigt, je le sens frémir mais j'aurais voulu plus, j'aurais voulu l'entendre gémir alors je presse plus fort son autre téton du tranchant de l'ongle et il grogne, j'ai presque souri lorsque le rouge lui est monté aux joues. Je jette rapidement un coup d'œil alentour mais les villageois restant sont absorbés dans leur livre de prières ou contemplent la statue de la Sainte Vierge.

Je trace alors la dernière branche de la croix qui t'a tué Seigneur, je saisis son menton entre le pouce et l'index et mon doigt débute sa lente expédition, depuis sa gorge – je sens sa pomme d'Adam bondir au tendre contact, il déglutit péniblement puis expire bruyamment, son souffle hérissant le duvet sous ma nuque. Je récolte en chemin une perle liquide que j'étale voluptueusement, de petits cercles concentriques sous ses chairs impatientes, dans l'ouverture de sa chemise que je force presque avant de me rappeler que quelque regards nous observent peut-être et ça ne m'en excite que plus, ma main repasse alors à contre cœur sur le vêtement et descend lentement jusqu'à sa taille où je devrais m'arrêter, je le sais, pourtant elle ne s'arrête pas et mon index curieux passe la barrière de son pantalon et je vois ses yeux s'arrondir en priant pour qu'ils deviennent sa bouche. Mais ma main n'arrête pourtant pas sa course et descend plus bas sur son ventre, beaucoup plus bas, et ma main se pose sur son organe de vie, elle ne bouge pas et pourtant elle le voudrait tant. Et je lui en veux de ne pas bouger, je lui en veux de ne pas repousser ma main ou s'y abandonner, il est comme indifférent et j'enrage ! J'enrage de ne pas être indifférent moi aussi alors je fais ce que je ne devrais pas dans la maison de mon Dieu, je cherche de mes doigts l'extrémité sensible de son sexe que je pince fermement, et je la sens, juste là sous ma paume, une rigidité aussi légère que jouissive, son sexe semi rigide entre mes doigts alors que tous sont là autour de nous, il gémit presque et mon corps ne t'appartient plus Seigneur ! Il faut que je mette fin à ce avant qu'il ne me dévore tout entier…

« Au nom du Père, du Fils, et du Saint Esprit… »

Et sa bouche s'entrouvre Seigneur…

« Amen. »

POV HARRY

Il m'a touché.

Encore.

A la messe, ce matin.

J'étais face à lui pour la communion, bon dernier comme d'habitude, yeux baissés, bouche entrouverte, en bon chrétien quand soudain il a saisi mon front.

Lui, qui ne me parle jamais, qui ne me regarde qu'avec mépris ou pitié, a saisi mon front et ça m'a coupé le souffle. Sa main était fraîche mais ferme, décidée.

Je crois que j'ai fermé les yeux, sous le coup de la surprise et de l'émotion. Je crois que je n'aurais pas pu le regarder à ce moment-là, de peur de voir des enfers brûler dans ses yeux. Ou qu'il voit l'enfer dans les miens.

Je crois que j'ai un peu rougi, inquiet et soumis à la fois.

S'il me traite de cette manière, c'est sûrement que je le mérite. Il connaît tous mes péchés.

Il les a lus dans mes yeux, forcément.

Il sait.

Pourtant sa main est douce sur moi, il trace le signe de croix d'une épaule à l'autre, et frôle ma poitrine, qui réagit malgré moi. Sans que je puisse rien contrôler la pointe de mon téton se dresse sous son ongle inquisiteur. Puis il passe sur l'autre et je ressens une légère griffure, qui envoie des milliers d'ondes dans ma poitrine, et je gémis.

Oh Mon Dieu je gémis dans ton Eglise, involontairement, j'expose mon corps impur aux mains du Curé.

Est-ce pour m'éprouver ? Pour vérifier ma capacité à rester stoïque ? Ou est-ce un geste normal, banal, pour un homme d'Eglise ?

Je sens l'onde chaude se répandre en moi, dans mes entrailles, comme certains soirs quand il est trop proche de mon lit. Certains soirs où il soulève ma chemise de nuit, posant sa Bible sur mon ventre, juste au dessus de mon sexe qui enfle doucement, troublé par l'air frais et par sa présence. Quand, ému, affolé, je sens ses doigts se poser délicatement sur mon organe érigé, et qu'il commence ce lent va et vient qui me fait m'accrocher aux draps pour ne pas gémir, ne pas supplier.

Quand il accélère enfin, murmurant des mots en latin de sa voix chaude, rauque, des mots qui m'enflamment au rythme de sa main habile, et qu'il fait enfin jaillir entre ses doigts ce jet qui souille son Livre Saint tandis que je me mords les lèvres, sombrant dans l'extase.

Après il retourne dans son lit, rapidement, et je me demande si je n'ai pas rêvé. Si ce ne sont pas que des images diaboliques, insufflées par le Malin pour me pervertir.

Comment un homme d'Eglise pourrait-il se comporter de la sorte avec un garçon ? C'est forcément un effet de mon imagination. Mais ces soirs-là mon ventre est poisseux, et je me souviens avec une telle acuité de la sensation de sa main enserrant ma chair intime que la confusion m'envahit, juste avant que le sommeil ne s'empare de moi, à son tour.

Je sens que je brûle d'un feu coupable ce matin, ce même feu coupable qui fait rougir mes joues le soir, et accélère ma respiration. J'ai horriblement honte de ce corps qui me trahit, encore plus que d'habitude, parce que je suis dans une Eglise.

Heureusement la foule est dans mon dos, et il n'y a que lui qui perçoit mon émoi.

Sa main qui communie sur ma peau frémissante me torture lentement mais mon corps n'a pas vraiment envie que ça s'arrête.

Mon esprit voudrait s'échapper, voler plus haut, vers des cieux célestes, et j'essaie de me concentrer sur l'odeur âcre de l'encens, sur la vision de cet homme transpercé sur la croix, mais il est presque nu et son air extatique me replonge dans la réalité de mon corps.

Tout se passe très vite mais j'ai l'impression que ça n'en finit pas. Que cette main va dénicher tous mes endroits sensibles, impitoyablement.

Pour les purifier ? Pour me stigmatiser ?

Il quitte enfin mon buste et je pense pouvoir respirer quand il attrape mon menton entre ses doigts, me faisant frémir une nouvelle fois.

Ce chemin de croix sur mon corps n'aura-t-il donc pas de fin ?

Jusqu'où ira-t-il vérifier de ses mains l'intégrité de ma foi ?

Je pense soudain comprendre ce qu'ont ressenti les martyrs sur le bûcher. Je sens les flammes de l'enfer me dévorer tandis que sa main passe dans mon cou, et descend dans l'échancrure de ma chemise, pour tracer de petits cercles sur ma peau humide. Je sursaute à nouveau, et j'ouvre enfin les yeux.

Quelle sorte de communion est-il en train de réaliser ?

Je reste là, immobile devant lui, soumis à sa liturgie infernale, soumis à son bon désir, même si je ne suis plus très sûr que son désir soit bon ou pur.

Cette flamme que je lis dans ses yeux est-elle celle de la rédemption, comme l'affirme son catéchisme ?

Ce souffle que je sens sur moi est-il celui de la bénédiction divine ?

Sans me quitter du regard, ce regard sombre et perçant, son doigt se glisse soudain dans mon pantalon et je retiens de justesse une exclamation de surprise.

Il ne va quand même pas me toucher ?

Pas dans une Eglise ?

Pas devant tous les fidèles ?

Sa bouche s'est entrouverte et je devine qu'il partage mon émoi. Je devine qu'on partage tous les deux cette communion infernale, honteuse.

Ardente.

Je ne sais plus si j'en ai simplement envie, ou si c'est le Malin qui a pris possession de moi mais quand ses doigts effleurent mon sexe je suis au bord de l'extase, une extase charnelle et pas mystique, hélas.

Tétanisé, je ne bouge plus, craignant de me répandre dans sa main quasi divine, qui ne cherche peut-être que mon salut.

Sans doute veut-il vérifier l'ampleur de mon ignominie, pour mieux me punir et me sauver, après.

Je suis au supplice entre ses doigts trop habiles, et pour finir il me pince délicatement, à l'endroit le plus sensible, le plus honteux, et je vendrais mon âme au Diable pour qu'il me soulage, enfin, de mes pensées sacrilèges.

Enfin satisfait il murmure :

« Au nom du Père, du Fils, et du Saint Esprit… »

et je lui réponds, vaincu : « Amen » en regrettant qu'il n'ait pas achevé ma rédemption, ce matin-là.

Il m'a touché.

Partout.

Et j'ai aimé ça.

Une fois de plus.

Cette fois il m'a volé mon âme, j'en suis sûr.

Il faut à tout prix que je quitte rapidement sa maison, même si mon corps pense le contraire.

Demain il y aura l'ouverture du testament.

Demain je pourrai peut-être m'échapper.

Le lendemain

Il tombe une fine pluie dehors, et je m'habille avec hâte. Il est 6 heures du matin, l'heure où il se lève, tous les jours. Je le fixe dans la pénombre, tentant de découvrir ce qu'il cache sous ses vêtements. Une ombre noire à la place de son cœur. Parfois j'ai l'impression de voir perler une goutte de sang.

Ce n'est pas une croix classique, non, sûrement pas.

Il m'observe me déshabiller chaque soir, je le guette chaque matin quand il s'habille. Un jour je percerai le mystère de cette ombre, j'en suis sûr. A moins que je ne parte rapidement….

Je souris dans l'obscurité, en trempant mon visage dans l'eau glacée du lavabo. Aujourd'hui un avocat va venir, aujourd'hui on va lire le testament de mes parents.

Je rejoins le prêtre à la cuisine, où il boit son café d'un air morose. Il me lance un regard de vipère en découvrant que j'ai mis mes habits du dimanche, alors que nous sommes lundi. Mrs Smith me découpe de larges tranches de pain et passe sa main dans mes cheveux, pour dompter mes épis. Elle ouvre un nouveau pot de confiture de framboises, sous l'œil acéré du curé, qui trouve que j'en consomme beaucoup.

Comme tous les matins, tous les soirs, il trouve que je mange trop, mais il ne dit rien. Pourtant je vois bien qu'il compte.

Il compte chaque cuillerée de soupe, chaque tranche de pain, chaque fruit que je mange. Est-ce qu'il va me présenter l'addition, à la fin, quand je percevrai -enfin- mon héritage ?

Je marmonne quelques mots du benedicite sans réellement les penser, je sais que c'est le sésame qui me permettra de manger.

Il faudrait que je prépare une addition moi aussi, pour les mois pendant lesquels il m'a volontairement privé de mon bien, où il m'a infligé sa présence, ses sermons, son caractère acariâtre. Pour ses regards sur moi, lourds, haineux, brûlants, qui me poursuivent la nuit. Pour ses longues mains qui passent trop près de mon corps, pour ses insupportables soupirs quand il se tient devant mon lit, immobile. Pour le plaisir honteux qu'il me donne, parfois, dans l'obscurité.

Et toutes ces heures à genoux, devant mon lit, le soir, à prier alors que je sens sa présence dans mon dos, son regard sur ma nuque, sa main près de mes cheveux.

Patience, heure viendra qui tout paiera.

Il y a une semaine, il m'a tendu un courrier du banquier, le père de mon ami Ron, requérant notre présence ce jour à la banque pour l'ouverture du testament de mes parents. Mon cœur a tressailli de joie et je n'ai pas pu m'empêcher de sourire et de redresser le menton, enfin fier. Enfin heureux.

Je ne sais pas quelle était la signification exacte de l'ombre que j'ai vue passer dans ses yeux, mais une fois de plus j'ai lu dans le pli amer de sa bouche la déception, voire la peur de perdre un bien précieux.

Je n'ai pas baissé les yeux, je l'ai affronté pendant plusieurs minutes, jusqu'à ce qu'il détourne le regard et se retourne, dans un mouvement brusque. J'y ai vu un bon présage.

Il ne m'a pas parlé de ce courrier, et je ne l'ai pas interrogé. Je n'ai pas peur, je sais que le médecin sera là, et Mr Weasley, et qu'ils me protègeront.

En pliant mon pyjama, tout à l'heure, je me suis demandé si c'était la dernière fois que je dormais dans ce lit, si ce soir je pourrais enfin retrouver mon lit d'enfant, chez moi. A cette idée j'avais envie de rire, sauter de joie, mais j'ai dissimulé mes sentiments, comme je le fais depuis deux mois.

A dix heures nous sommes sortis sous la pluie, moi dans mon vieux manteau, sous mon capuchon, lui sous un grand parapluie noir.

Il a tendu le parapluie vers moi, pour que je m'abrite, mais je suis resté à deux pas, sous la pluie. Sa fausse compassion ne m'émeut pas. Je ne veux pas participer à son simulacre de miséricorde et d'humanité, qu'il réserve à nos rares sorties. Aux regards des passants et de ses ouailles.

Je connais la vérité sur lui, moi, et je sais qu'il rien de bon et rien de spontané. Et il n'aura pas le plaisir d'apparaître comme un tuteur attentif devant l'avocat.

Nous remontons les rues du village, côte à côte mais sans se parler, sans se regarder. Les rideaux bougent à notre passage. Bien sûr tout le village est averti de l'ouverture imminente du testament, et épie notre passage.

Nous devons former un bien étrange équipage, lui, grande silhouette noire sous son immense parapluie, moi petite ombre trempée, les épaules basses, mais il faut bien contribuer au spectacle…

Enfin nous arrivons au seuil de la banque, petit bâtiment en briques, symbole de prospérité et d'avenir radieux. M. Weasley nous ouvre la porte et je précède le curé, occupé à secouer son parapluie.

Le banquier, affable, jette un œil surpris à mes habits trempés. Il me tend une main hésitante, et s'incline devant le curé, qui le salue d'un mouvement sec de la tête.

Nous entrons dans son bureau, qui me parait magnifiquement meublé et décoré, où nous attendent trois personnes : le bon docteur Lupin, qui passe sa main dans mes cheveux ruisselants avec bonhomie, l'homme que j'ai aperçu devant l'Église, Lucius Malfoy je crois, et un inconnu, qui doit être l'avocat.

Ils me regardent avec commisération, au grand agacement de Snape, qui les salue avec grandiloquence, et je m'assois sur le bord d'une chaise recouverte de velours, près de la fenêtre. Les présentations sont rapidement faites, et le banquier m'explique la raison de la présence de l'avocat : n'étant pas majeur, je dois être représenté par un homme de loi. J'acquiesce pour montrer que j'ai compris, puis je fixe les arabesques du tapis, gêné d'être l'objet de l'attention générale.

Je sens vaguement qu'il se cache un secret entre Malfoy et le prêtre, à la manière dont ils évitent de se fixer directement. Je ne comprends pas exactement la raison de la présence de Malfoy, mais je n'ose poser la question.

M. Weasley me sourit gentiment, ainsi que l'avocat, qui écoute avec attention ses paroles. L'avocat a belle allure, il est bien habillé, le visage intelligent. Il hoche la tête d'une manière rassurante en me regardant, à chaque phrase du banquier, qui précise qu'en l'occurrence c'est lui qui est le dépositaire du testament, et non l'Eglise, ce qui provoque un froncement de sourcils chez le Curé.

Enfin une enveloppe apparaît, et le banquier la décachète, et entreprend la lecture. Je suis ému à l'idée que ce sont les dernières paroles de mes parents.

« Je, soussigné, James Potter, sain de corps et d'esprit, déclare, en présence de M. Weasley, Directeur de la Banque Weasley, que mes dernières volontés sont les suivantes : Je lègue l'intégralité de mes biens à ma chère épouse Lily, ou à défaut à mon bien aimé fils Harry, si celle-ci vient à décéder, à savoir :

Notre demeure en usufruit au profit de mon épouse, ou en pleine propriété au profit de mon fils Harry si mon épouse n'est plus de ce monde.

Notre coffre à la banque et tout ce qu'il contiendra, en particulier les lingots d'or provenant de mon père, au profit de mon fils, destinés à assurer son avenir, moins 5 % destinés à la Banque Weasley.

Tous les titres boursiers gérés par cette banque, au profit de mon fils Harry, dont il pourra jouir selon son bon vouloir, sauf 5 % de ces titres qui reviendront à la Banque Weasley, au profit de mon ami, en remerciement de son aide.

Cependant, cet héritage sera divisé en parts égales entre la Banque et l'Eglise si mon héritier demeurait introuvable ou ne remplissait pas les conditions lui permettant l'accession à cet héritage. »

Un grand silence suit cette lecture, et je sens bien que les interlocuteurs du banquier sont perplexes. Malfoy émet un léger sifflement et murmure :

- Hé bien, ils cachaient bien leur jeu, les bougres !

Snape se tourne brusquement et le fusille du regard pendant que l'avocat demande, la voix blanche :

- Vous pouvez répéter la fin du testament, s'il vous plaît ?

- Bien sûr…

Et M. Weasley répète la fin du testament de mon père, en détachant bien chaque mot et chaque syllabe. Le docteur Lupin s'agite sur sa chaise, et interpelle l'avocat :

- Je ne suis pas juriste, et je n'ai pas bien compris de quelles conditions parle ce testament. Pouvez-vous m'éclairer ?

Le Curé se redresse et se racle la gorge, visiblement prêt à intervenir. La tension est palpable dans la pièce, et je les dévisage les uns après les autres, un peu perplexe. L'avocat se redresse à son tour, et répond :

- Hé bien, sauf clause additive contraire, les conditions pour entrer en jouissance d'un testament sont la pleine capacité de l'héritier, ç.à.d. qu'il soit majeur, ne soit pas privé de ses droits civiques ou sous le coup d'une incapacité patrimoniale quelconque.

- Majeur ? bredouille Lupin qui pâlit.

- Cet enfant est loin d'être majeur, Messieurs, souligne le Curé avec grandiloquence. Il n'a que 17 ans, et est tout à fait incapable de gérer correctement une telle fortune. Je vous rappelle que la majorité est à 21 ans. Je pense donc que le dernier alinéa du testament s'applique, et que l'héritage des Potter doit être partagé, pour partie pour la banque, grimace-t-il en regardant M. Weasley, et pour partie pour l'Eglise.

- Quoi ? sursaute Lupin.

Je n'en crois pas mes oreilles et j'ai l'impression que le plancher vient de s'ouvrir sous mes pieds. Ai-je mal compris ou tout l'argent de mes parents va être partagé entre la banque et le Curé, parce que je suis trop jeune ? Une telle injustice me paraît tellement improbable que je me tourne vers Lupin et l'avocat, espérant leur soutien. C'est un malentendu qui va être levé rapidement…je n'ose envisager une autre possibilité.

Mais la mine sombre du médecin et la gêne de l'avocat me font peur. L'avocat se tortille sur sa chaise et lance :

- On ne peut sans doute pas considérer la seule jeunesse de mon client comme un obstacle insurmontable à la jouissance du testament. Disons que ce pourrait être une condition suspensive, mais certes pas définitive…

Le Curé se retourne brusquement vers lui et rétorque :

- Pour un avocat, votre raisonnement me paraît bien fallacieux. Soit une condition est remplie, soit elle ne l'est pas. Le testament ne fait pas référence à une clause suspensive, Maître, il est parfaitement clair. Cet enfant – que j'héberge depuis plusieurs semaines dans la maison de Dieu- ne peut entrer en possession de telles sommes ! Il ne pourrait en aucun cas en jouir, puisqu'il n'est pas majeur. Un mineur ne peut ni contracter ni vendre ses biens…vous n'êtes pas sans le savoir, Maître ?

- Bien entendu, Mon Père, bien entendu…seulement je doute que cela ait été la volonté de son père. Ce dernier n'imaginait sans doute pas que son fils serait encore mineur à sa mort. Qu'en pensez-vous, M. Weasley, vous qui avez reçu le testament ?

- Je …hem…je suis assez d'accord avec vous, Maître. Ce n'était certes pas la volonté de James de priver son fils bien aimé de son bien. Je pense que la rédaction est plutôt…malheureuse.

- Comme vous dites, Monsieur le Directeur ! s'exclame le Curé qui triomphe. Il est fort dommage que ces bons chrétiens ne m'aient pas consulté pour la rédaction de leur testament…une erreur fâcheuse, sans doute.

M. Malfoy glousse et M Weasley devient blanc comme un linge. Le docteur Lupin se lève et tend un doigt tremblant vers le testament :

- Ce n'est pas possible, n'est-ce–pas ? Vous n'allez quand même pas dépouiller Harry ?

- Asseyez vous, Lupin ! tonne le Curé. De quoi vous mêlez vous ?

- J'ai mis cet enfant au monde, et je ne le laisserai pas dépouiller…ça ne se passera pas ainsi, Snape…

- Je pense que votre raisonnement n'est pas parfaitement éclairé, Docteur, malgré l'heure matinale. N'auriez-vous pas abusé de quelque substance … ?

- Je ne vous permets pas, M. le Curé ! éructe Lupin en se levant tandis que Malfoy éclate de rire.

- Messieurs ! Je vous prie de bien vouloir retrouver votre calme…je vous rappelle que nous parlons de la volonté d'une personne défunte, intervient M. Weasley.

- Absolument…et la volonté du client était de tout léguer à son fils. Cela n'est pas contestable, répond l'avocat, impavide. Nommons un tuteur légal pour la période transitoire…

- Ce n'est pas ce qui est prévu dans le testament…siffle le Curé entre ses dents.

- Je pense que nous n'arriverons pas à un compromis aujourd'hui, Messieurs, constate le Directeur de la Banque. Puisque le testament pose problème, je vous propose d'en référer à la Justice, et au Juge de Paix. En attendant, la situation demeurera telle qu'elle est, provisoirement, et Harry demeurera au presbytère. Sommes-nous d'accord ?

Le docteur Lupin hausse les épaules, révolté, l'avocat lève les mains dans un geste d'impuissance, et le Curé finit par hocher la tête, sceptique mais résigné.

Je n'ose comprendre que je vais retourner chez lui, pour un temps indéterminé, et que je risque de tout perdre, au final.

A suivre...

Merci d'avance pour vos réactions à ce chapitre !

(1) Mammon est le démon rattaché au péché capital de l'avarice.