Merci à Ideka Snape pour la seule review du premier chapitre! lol! Enfin c'est sûr qu'en attendant un seul jour... ;)
En fait je vous ai parlé du livejournal de Bluestocking mais j'ai remarqué qu'elle n'acceptait pas les commentaires anonymes, donc seules les personnes ayant un lj pourront lui laisser un commentaire directement, désolée...

Voici la 2ème des 6 parties de cette histoire. Je viens de finir de traduire la 4ème partie, j'attends juste quelques précisions de la part de l'auteur, et après je devrais finir vite il ne reste que 3 ou 4 pages.


La rue avait terriblement peu changé durant la longue absence d'Eileen.

Elle était toujours constituée d'une rangée de petites maisons sinistres, toutes aussi mornes et négligées que les gens qui les habitaient. La vieille filature se dressait un peu plus loin, ombre menaçante sur les maisons qui se tapissaient à ses pieds, auxquelles elle cachait le soleil. Le trottoir était usé, craquelé et même troué par endroits ; il était jonché d'un pot pourri de mégots de cigarette et de bris étincelants d'une bouteille de bière cassée qui crissèrent sous les pieds d'Eileen.

Ah, ce bon vieux petit quartier…

Le gris dominait le paysage. Déjà à l'époque, Eileen s'était fait la réflexion que l'Impasse du Tisseur semblait absorber toutes les couleurs du monde et ne rien laisser d'autre derrière elle que les coques vides d'espoirs déçus.

Le chemin de long de la rue pavée fut pour Eileen semblable à une procession vers sa potence : chaque pas devenait plus difficile à faire que le précédent, chaque seconde était rendue plus lourde par la peur de ce qui l'attendait au bout. Elle sentit ses épaules s'affaisser, sur la défensive, et son expression se changer en un masque amer et désapprobateur alors que les souvenirs la remettaient dans la peau abjecte de la femme qu'elle avait été et espérait bien ne plus jamais être.

Mais ce fut la perplexité qui envahit Eileen lorsqu'elle atteint le bout de l'impasse. Un instant plus tôt, elle aurait juré ne jamais pouvoir oublier l'apparence de la maison tant honnie sans l'aide d'un puissant Oubliator, mais elle sentait maintenant les détails glisser de sa mémoire avec autant de fluidité que le ferait de l'eau entre ses doigts. Elle parcourut les habitations d'un regard suspicieux en se demandant pourquoi aucune d'entre elle ne lui semblait familière.

Puis elle se rendit compte qu'il s'agissait d'un Sortilège de Fidélitas. Elle pouvait sentir la puissance magique du sort vibrer sourdement sur sa peau. Elle aurait dû s'y attendre.

Une fille se tenait au bout de la rangée de maisons, une créature svelte, aux yeux étincelants, qui portait un jean Moldu et dont les cheveux frisottaient sous l'effet de l'air humide du matin. Elle rayonnait presque d'enthousiasme : Eileen se dit que ce ne pouvait être qu'Hermione Granger et qu'elle était sans doute d'ascendance Moldue.

Elle inclina sèchement la tête. « Mlle Granger. »

La fille rayonna littéralement cette fois. Poufsouffle, pensa Eileen.

«- Oui, c'est moi. Merci beaucoup d'être venue, Mme Snape, c'est un honneur de vous rencontrer...

- J'en doute. Et mon nom est Prince, pas Snape.

- Je... oh, bien sûr. Je suis navrée. Je ne savais pas que vous étiez divorcée... ce fut déjà assez difficile de réunir les informations pour vous retrouver, et de toute façon, ça ne me regardait vraiment pas, que vous soyez mariée ou divorcée ou...

- Je n'ai pas divorcé. Je préfère simplement qu'on ne m'appelle plus ainsi. »

Eileen ne donna aucune autre information : ce n'étaient pas les affaires de cette fille. De plus, comment Eileen aurait-elle pu expliquer ses choix alors qu'elle avait du mal à les comprendre elle-même?

« Je vois – répondit Granger sur un ton qui laissait penser qu'elle ne voyait pas du tout – En tout cas, bienvenue. Lisez juste ceci s'il-vous-plaît, et nous pourrons y aller. »

Granger lui tendit un morceau de parchemin plié minutieusement. Eileen le déplia avec autant de précaution, remarquant la qualité exceptionnelle du vélin épais. Elle haussa un sourcil en notant la présence d'armoiries familiales, imprimées en haut de la page. Elle ne pouvait s'empêcher de trouver que mettre de l'argent dans un tel papier était un véritable gaspillage de Gallions, mais étant donné la famille dont il s'agissait, elle ne se serait pas attendue à moins.

Une seule phrase s'étirait sur l'étendue crémeuse de la page. L'écriture était féminine et élégante.

La demeure de Severus Snape se trouve au 27, Impasse du Tisseur.

A l'instant même où elle finit de lire ceci, quelque chose se remit en place à l'intérieur d'elle-même, et lorsqu'elle releva les yeux du parchemin, elle put finalement froncer les sourcils devant la maison qui avait hanté ses cauchemars comme ses rêves, pendant si longtemps.

Elle lui sembla toutefois différente de son souvenir : plus petite, plus triste. Elle avait longtemps considéré cette maisons comme une menace sous-jacente, une sorte de Détraqueur qui se nourrissait des êtres qui y vivaient et ne laissaient d'eux que le pire de ce qu'ils pouvaient être. Alors que ce qu'elle avait aujourd'hui devant les yeux était juste une maison mitoyenne parmi un océan d'autres. Encore plus laide en apparence que dans le passé, mais pas vraiment malveillante.

La porte ne bougea pas quand la jeune Granger essaya de l'ouvrir. Elle résista à tous ses efforts ; la jeune fille, le visage rougi, jura dans ses dents.

« Désolée, – s'excusa-t-elle – parfois la porte claque et ne veut plus se rouvrir, même à l'aide de la magie. Luna pense que c'est la maison qui fait ça, mais c'est complètement idiot, vous ne trouvez pas... Je suis sûre que c'est juste le vent... Aaaaargh! Ha, ha, je l'ai eue! »

D'un coup de poignet triomphant, la jeune fille décoinça la porte, qui laissa alors échapper de la maison les flots torrentiels d'une dispute animée.

« ... comme si tu étais bien placé pour juger, toi! Tu ne reconnaîtrais pas une maison décente si on te la mettait sous le nez, Weasel, après avoir grandi dans cette porcherie que tes parents appellent foyer! (1)

- Elle est maléfique! Enfin c'est sûr que ça te serait difficile de le remarquer, vu comme tu transpires le mal par tous les pores. Avec des parents comme les tiens... »

Les cris de colère des deux jeunes hommes, qui se trouvaient à l'étage, résonnaient à travers le plafond : Granger grimaça. Eileen ignora la dispute, préférant inspecter l'intérieur de la maison, à la fois familier et étranger. Elle sentait exactement comme dans son souvenir : l'air chaud et humide avait l'odeur âcre de la fumée, du chou bouilli et du désespoir mélangés.

Mais Severus semblait avoir posé son empreinte ici : il avait recouvert chaque centimètre carré du papier peint à fleurs effrité du salon à l'aide de bibliothèques s'élevant du sol au plafond. C'était un changement drastique, mais Eileen l'approuvait.

Elle avait toujours détesté ce papier peint.

Les chamailleries se poursuivaient au-dessus, sans répit.

« Laisse mes parents hors de ça! Ton précieux Potter n'aurait rien pu faire pour Monsieur le Directeur sans l'aide de ma mère, espèce d'abruti de...

- L'aide?! Alors ça c'est un peu fort! C'est sa foutue faute si Snape s'est retrouvé dans le pétrin en premier lieu, non? Sa faute et la tienne, à lui demander de faire ce serment stupide parce que tu es tellement trouillard... »

« Je suis vraiment désolée pour tout ça. » déclara Hermione Granger à voix basse. Elle invita Eileen à avancer dans la chaleur étouffante du salon et fit léviter sa valise derrière elles. « C'est juste que c'est au tour de Draco de veiller le Professeur Snape, et il peut se montrer un peu... eh bien...

- TU NE SAIS ABSOLUMENT RIEN DE LUI OU DE CE QU'IL A FAIT! TU NE PEUX PAS IMAGINER CE QU'IL A FAIT POUR MOI, POUR MA FAMILLE... POUR TOUT LE MONDE...

- ... sensible. » conclut Granger, avec le sourire gêné et l'euphémisme plein de tact d'une diplomate. « J'ai demandé à Ron d'essayer, mais Draco a tendance à porter sur les nerfs de tout le monde... Nous lui sommes reconnaissants, bien évidemment, – poursuivit-elle, mais son air donnait l'impression que ces mots avaient un goût infect dans sa bouche – Bien évidemment... Sans sa famille, nous n'aurions jamais pu sortir le Professeur Snape de la Cabane Hurlante, encore moins l'installer ici en toute sécurité, et Mme Malfoy s'est montrée très généreuse d'accepter d'être Gardienne du Secret, mais c'est juste que Draco est très...

- C'est juste qu'il s'inquiète pour Monsieur le Directeur et qu'il ne sait pas comment le montrer. Mais il n'est tout de même pas très gentil. » interrompit une voix traînante. Une fille a la démarche toute aussi traînante émergea de la cuisine en faisant léviter un plateau à thé devant elle. Ses cheveux étaient blonds, et elle avait cette apparence de somnambule propre aux personnes éternellement sages et régulièrement défoncées. Aussi étrange que cela puisse paraître, elle semblait porter des radis en guise de boucles d'oreille.

« Non, vraiment pas, approuva Granger. Mme Prince, voici Luna Lovegood, une autre élève de votre fils, Luna, voici...

- La mère de Monsieur le Directeur, de toute évidence. » acheva Luna avec un sourire rêveur, tout en posant le plateau de thé sur la table.

Granger demanda à cette Lovegood de servir le thé, puis proposa à Eileen de s'assoir. Pendant une seconde, Eileen s'offusqua de sa présomption : pour qui se prenait cette sale petite collégienne, à jouer aux maîtresses de maison de quelqu'un d'autre et à lui proposer de s'assoir sur son propre canapé, afin qu'on puisse lui servir du thé dans son propre service en porcelaine?

Mais la colère s'effaça aussi vite qu'elle était apparue, car Eileen se rendit compte avec amertume que le service à thé et les meubles ne lui appartenaient pas plus qu'à Mlle Granger. Elle en avait perdu la propriété il y avait longtemps de cela. La maison et tout ce qui se trouvait à l'intérieur étaient à Severus maintenant. Granger et elle étaient toutes deux des intrues ici.

Elle s'assit donc et accepta le thé que Lovegood lui offrait.

Granger lui raconta des choses qu'elle avait omis dans sa lettre, les détails qu'Eileen n'avait pas pu glaner dans les éditions récentes de la Gazette du Sorcier. L'ensemble de l'histoire parut incroyable à Eileen, un récit compliqué et contradictoire basé sur des coïncidences improbables. Certaines parties étaient presque trop dures à avaler (l'idée d'un Severus décharné et renfermé sur lui-même à la tête de Poudlard par exemple) mais d'autres étaient tristement plausibles.

« ... son pronostic est bon, mais il y a tellement d'autres patients dont il faut s'occuper... et jusqu'à ce que le Ministère reconnaisse au Professeur Snape le statut de héros, nous avons tous pensé qu'il était préférable de l'installer chez lui, où il peut se reposer dans une certaine intimité. Harry et moi essayons de presser Kingsley et le Ministère pour que tout soit résolu le plus vite possible, et les autres nous ont prêté main-forte, en s'occupant du Professeur Snape, en lui tenant compagnie... Madame Pomfresh dit qu'il sortira du coma quand il sera prêt... » Granger se mordit la lèvre, les yeux brillant de compassion. « Nous rétablirons la vérité sur votre fils, Mme Prince. Il le mérite. Nous le lui devons. »

Granger resplendissait de bonnes intentions et de nobles idéaux ; la forme de sa mâchoire suggérait une volonté dure comme le fer, ce à quoi Eileen ne se serait pas attendue. C'était le genre de sorcière à aimer faire les choses à sa façon, sans qu'on la contredise. Eileen se rendit compte que sa première impression avait été fausse : Granger n'était pas une Poufsouffle, mais bien une Gryffondor en croisade. Bien qu'Eileen n'ait toujours considéré les Gryffondor que selon leurs défauts, elle se surprit à admirer l'optimisme et la détermination de Granger. Elle se souvint avoir possédé ce même état d'esprit, il y avait bien longtemps de cela.

Elle se demanda si la vie et l'inconscience juvénile briseraient ces traits de caractère chez Granger comme elle n'avait pas manqué de le faire pour elle.

Elle sentit qu'elle se devait de réagir à ces paroles, qu'un soupçon de gratitude était mérité, mais rien d'approprié ne lui vint aux lèvres, alors elle se contenta de manifester son approbation par un signe de tête.

Les cris à l'étage s'arrêtèrent enfin, mais furent suivis de deux sons claquants caractéristiques d'un Transplanage soudain.

« Imbéciles – marmonna Granger en fronçant les sourcils – c'est bien leur genre de partir sans prévenir. » Elle posa son thé sur la table avec plus de force que nécessaire. « Mais on va se débrouiller toutes seules, comme d'habitude. De toute façon, je suis sûre que vous devez vouloir voir le Professeur Snape seule à seul! »

Elle fronça les sourcils à son tour, l'inconfort qu'elle avait ressenti plus tôt refaisant surface. Elle ne comprenait pas vraiment pourquoi la perspective de se retrouver face à son fils l'emplissait d'une telle crainte, tout ce qu'elle savait c'était que la peur était bien là. Son appréhension fut pendant un instant si forte qu'elle envisagea de transplaner sans explication, comme les deux adolescents venaient de le faire.

Mais elle avait parcouru trop de chemin pour faire demi-tour maintenant, et elle était de toute façon fatiguée de fuir.

« Oui – mentit-elle – je suis impatiente de voir Severus. »

La jeune Lovegood l'escorta à l'étage en emprûntant un passage secret que Severus avait crée, mélange de bibliothèques et de magie, comme quelque chose sorti des romans policiers qu'elle se rappelait vaguement qu'il lisait, enfant. L'escalier en lui-même n'avait pas changé cependant, et chaque marche étroite et craquante faisait resurgir un souvenir de l'époque où elle vivait ici : elle en train de gravir furieusement l'escalier après une énième violente dispute ; en train de le descendre sur la pointe des pieds, sa valise à la main, avec l'intention de ne jamais revenir ; en train de monter précipitamment, mais avec un arrêt sur chaque marche, Toby et elle occupés à se déshabiller l'un l'autre dans leur course vers la chambre...

Eileen mit rapidement ce souvenir de côté, sans aucun remord. Mieux valait ne pas y penser : ce temps était depuis bien longtemps révolu.

A l'étage, Severus avait encore opéré d'autres changements : la couleur de la peinture sur les murs était différente et une nouvelle salle de bains avait été ajoutée grâce à un enchantement. Severus occupait la chambre qu'Eileen avait autrefois partagé avec Tobias, mais elle supposa que cette pièce lui était plus appropriée maintenant : en tant que maître des lieux, il était normale qu'il occupe la chambre principale.

« Il est juste là. » chuchota Lovegood. Eileen prit une grande inspiration, redressa les épaules et franchit le seuil de la porte.

La chambre était propre, bien rangée et plaisante ; différente de son souvenir, en mieux bien sûr. L'air était très rafraîchissant ici, créant un contraste marqué avec le chaleur étouffante des autres pièces. Le silence était lourd, uniquement troublé par la respiration lente et régulière de Severus.

« Il fait toujours frais ici. – observa Lovegood – Il fait chaud dans le reste de la maison, malgré les Sortilèges Climatiques, mais dans cette chambre il fait toujours bon. Je pense que la maison veut faire en sorte que le Professeur Snape se sente toujours au mieux. »

Eileen émit un petit reniflement méprisant devant cette remarque ridicule avant de se forcer enfin à baisser les yeux sur le lit.

Sur son fils.

Dans son esprit, elle n'était jamais arrivée à se le représenter autrement que comme un garçon empoté de quatorze ans, mais elle pouvait maintenant constater qu'il était indéniablement devenu un homme : sa mâchoire était obscurcie par une barbe de plusieurs jours et des rides étaient apparues prématurément sur son visage, des rides creusées par la colère, le stress et le chagrin. Il y en avait une particulièrement profonde entre ses sourcils, signe qu'il les avait froncés bien plus qu'il n'avait ri dans sa vie. Sans même y réfléchir, elle tendit une main hésitante vers le sillon dans une tentative de le faire disparaître, comme si elle pouvait effacer son mécontentement de ce seul et simple geste.

Elle remarqua qu'il n'avait atteint ni la taille ni la carrure de Toby, et il semblait étrangement fragile, emmitouflé dans une chemise de nuit blanche et des draps blancs également, ses cheveux formant comme une flaque d'encre sur l'oreiller, de part et d'autre de sa tête. La peau de son cou était rose vif au niveau des contours boursouflés d'une cicatrice : un souvenir à vie de l'attaque du serpent. Mais malgré tous les changements opérés sur Severus par le temps, Eileen pouvait encore distinguer le visage du garçon dans celui de l'homme : la peau pâle, l'apparence quelconque, le bec acéré qui lui servait de nez (hérité de son père) surplombant la bouche trop fine et manquant de générosité léguée par sa mère.

Mais par dessus tout, Eileen trouva qu'il avait l'air triste.

« Bon, je vais vous laisser. » lui dit Lovegood en flottant vers la porte, de sa démarche incongrument gracieuse. « Je suis sûre que vous avez plein de belles choses à vous dire. » Elle se retourna et partit, laissant Eileen s'effondrer sur la chaise à côté du lit en se demandant ce qu'elle était censée faire. Elle se contenta de fixer Severus.

Elle ne comprenait pratiquement rien à son sujet ou aux épreuves qu'il avait endurées... certaines, sans aucun doute, en rapport avec le manquement d'Eileen à son devoir de mère. Elle n'avait pas été une bonne mère, elle pouvait admettre cela sans problème, mais il lui fallait être encore plus honnête avec elle-même pour oser s'avouer qu'elle avait acheté sa liberté aux dépens de Severus ; elle l'avait laissé derrière elle en fuyant le désespoir oppressant d'une vie trop peu enrichissante dans une maison trop petite, où chaque mot échangé était enduit de poison. Le pire dans tout cela était qu'elle savait qu'elle l'avait abandonné parce qu'il faisait tout simplement partie du problème.

Elle n'avait jamais vraiment voulu être mère. Elle n'avait jamais vraiment voulu devoir s'occuper d'une maison et d'un enfant, changer des couches et préparer des repas. Elle avait présumé qu'elle aimerait automatiquement son enfant à l'instant où on le mettrait dans ses bras. N'était-ce pas ce que ressentait toutes les mères? N'était-ce pas ce que tout le monde disait? Et pourtant, quand on lui avait présenté la forme trop maigre et boudeuse de Severus, Eileen n'avait rien ressenti du tout, si ce n'était un vague dégoût vis-à-vis de ses traits écrasés et une impression aussi soudaine que profonde d'être totalement piégée. Chaque fois qu'elle avait regardé son fils depuis ce jour-là, elle avait espéré que cette fois-là, elle ressentirait autre chose que de la rancune à son égard... que cette fois-là, elle serait heureuse d'avoir un fils, qu'elle le chérirait et qu'elle l'aimerait.

Cette fois-là n'était jamais arrivée.

Jusqu'à aujourd'hui, presque quarante ans trop tard.

Un grand élan inattendu de tendresse se propagea en elle, sentiment qu'elle n'aurait jamais crû posséder. Celui lui donna très envie de faire des choses qui n'étaient absolument pas naturelles pour elle : par exemple lisser ses cheveux, caresser sa joue, ou prendre le temps de chercher à comprendre pourquoi son visage avait l'air si triste, même dans son sommeil. Pour la première fois, elle sentit cet instinct maternel qui lui donna envie de prendre soin de son fils parce que c'était le sien, et qu'il avait besoin d'aide.

Elle n'avait toujours été bonne qu'à s'occuper de plantes et à nourrir des regrets, mais peut-être n'était-il pas trop tard pour apprendre.

« Je suis désolée – murmura-t-elle, la honte lui nouant la gorge – Je suis tellement désolée. »

Elle était incapable de se souvenir de la dernière fois où elle avait présenté des excuses à quiconque pour quoi que ce soit, mais elle se sentit étrangement plus légère du simple fait d'avoir prononcé ces mots. Elle n'était pas désolée que pour les années où elle était partie, mais aussi pour celles qui avaient précédé. Tout ce qu'elle voulait maintenant, c'était se racheter... Pour son propre bien, à défaut de celui de quelqu'un d'autre.

Elle prit les mains de son fils dans les siennes, en sentit ainsi les os longs et fins sous la peau pâle et délicate, et resta assise avec lui dans la pénombre.

Plus jamais il ne serait seul.

oOo§oOo

A suivre...

(1) Weasel est bien sûr une déformation de Weasley, ça veut dire « belette », mais je ne sais plus comment ça avait été traduit dans le livre, je me souviens pourtant l'y avoir vu.