Pardonnez-moi pour l'attente, Bluestocking a mis un peu de temps à me donner les précisions dont j'avais besoin sur cette partie, mais elle était très occupée, je la comprends!
Merci pour vos reviews! :)
Dernière Impasse, 4ème partie
VO : Wholly to be a fool, par Bluestocking79, traduit de l'anglais par Siryanne
Pour la première fois depuis plus de vingt ans, toute la famille Rogue était réunie sous le même toit. Enfin, cela aurait était bien s'avancer de dire qu'ils étaient dans un quelconque sens « ensemble » : Severus était dans le coma, et même si Tobias se trouvait dans la maison, Eileen occupait rarement la même pièce que lui. Même les adolescents semblait se rendre compte de la tension latente, mais ils faisaient (étonnamment, pour un groupe majoritairement composé de Gryffondors) preuve d'assez de tact pour éviter d'en parler. D'un accord commun, sans qu'un mot n'eut à être échangé, il fut décidé qu'Eileen continuerait de coucher dans l'ancienne chambre de Severus, et Toby dormirait sur le canapé le temps de son séjour.
Eileen s'était fait bataille pour s'empêcher de lancer que le canapé devait être un territoire terriblement familier pour lui, étant donné le nombre de nuits qu'il avait passé dessus, trop bourré pour monter les escaliers.
Il n'était pas saoul, aujourd'hui, cependant, et c'était ce qui la perturbait le plus. Elle ne savait vraiment pas quoi faire de ce Toby sobre, stable, qui avait visiblement fait un effort pour changer ses habitudes. Le souvenir qu'elle avait de lui était celui d'un homme pathétique, profondément ancré dans son dégoût de la vie, bouillonnant de colère, de rancune et de jalousie. Elle ne se rappelait pas ce qui était apparu en premier : son alcoolisme et sa mauvaise humeur à lui, ou son harcèlement constant à elle, mais elle se souvenait très bien que la combinaison des deux avait été toxique, surtout après l'arrivée de Severus. Ils ne s'étaient jamais fait de mal avec les poings, mais ça n'avait pas été nécessaire : ils étaient parvenus à se blesser bien assez avec les mots.
Mais mis à part son nez, ce Toby n'avait que très peu de ressemblance avec celui qu'Eileen se souvenait avoir quitté. Il était toujours grand, les yeux bleus, oui, mais des yeux qui n'étaient plus voilés, injectés de sang et cerclés de cernes grises, témoignages d'une gueule de bois toute fraîche. Ses épaules n'étaient plus rentrées défensivement, elles étaient larges et fières, signes tous nouveaux d'aisance et de confiance en soi. Ses lèvres n'étaient plus retroussées en un rictus méprisant adressé au monde, et bien qu'il fut toujours assez timide et peu loquace, son caractère était assez enjoué pour qu'il fut vite accepté par Potter, Granger et compagnie, qui au début avaient semblé prédisposés à ne pas l'aimer.
Il avait l'air d'un homme qui était enfin satisfait de lui et de sa vie, et ça lui allait bien. Malgré elle, Eileen trouvait le nouveau Tobias très attirant. En fait, il lui rappelait le Tobias qu'elle avait autrefois aimé et épousé.
C'était précisément pourquoi Eileen se donnait tant de mal à éviter la présence de son mari. Elle ne voulait pas se rappeler à quel point ils pouvaient tous deux être mauvais. Elle n'était pas fière de la personne qu'elle était à cette époque, et à chaque fois qu'elle regardait Toby, elle se le remémorait.
Elle ne devrait pas vouloir de nouveau être avec lui. Elle ne voulait pas redevenir vulnérable, impuissante face à ses désirs insensés. Cette page de sa vie était tournée, et elle se refusait de rouvrir le livre.
A la place, elle se jeta dans une activité inutile, uniquement destinée à la distraire : essayer de planter des fleurs et des herbes dans le petit bout de terre au fond du jardin, derrière la maison. C'était une tâche vouée à l'échec (durant toutes ces années dans cette maison, elle n'était jamais arrivée à faire pousser quoi que ce soit) mais il y avait quelque chose de défoulant dans le fait de bêcher violemment cette terre dure et rocailleuse. Rien n'en ressortirait, mais ce n'était pas le but.
Tobias ne se plaignait pas ouvertement de la distance qu'elle mettait entre eux, mais la tension atteignait tout de même des proportions telles que la maison même semblait bougonne, irritable ; si elle n'avait pas su la chose impossible, Eileen aurait presque pensé que la maison était en train de se retourner contre eux. Les repas se retrouvaient inexplicablement brûlés car la chaleur surgissait d'un coup des fourneaux, les robinets passaient du chaud bouillonnant au froid glacial sans prévenir, et Potter et Weasley se plaignaient tous deux des marches inégales des escaliers, qui les faisaient trébucher, tomber et jurer. L'air ambiant était suffoquant, il résistait farouchement à l'influence des sorts râfraichissants les plus puissants, et parfois les portes claquaient, enfermant les gens dehors, alors qu'elles n'étaient même pas censées être fermées à clé.
« C'est comme si elle le faisait exprès! » se plaignit Ron Weasley alors que Granger s'occupait des blessures infligées par sa dernière bataille avec les escaliers. « Cette maison est aussi mauvaise que la vieille chauve-souris l'a toujours été! »
« Ro-on! » s'insurgèrent deux voix féminines en même temps. Granger fronça les sourcils et compressa son bras douloureux, alors que la soeur du rouquin lui tirait violemment l'oreille, d'une manière qu'Eileen ne put qu'admirer.
« Tu ne devrais pas parler du Professeur Rogue de cette façon! » admonesta Granger.
« Surtout devant sa mère, espèce de con! Maman t'aurais coupé la tête pour ça... » ajouta Ginny Weasley.
« Ok, c'est vrai – marmonna-t-il, irascible – Désolé, Mme Prince. Mais je persiste à dire que c'est vraiment bizarre, tous ces trucs qui arrivent tout d'un coup. Peut-être qu'on a tous reçu un sort. »
« Ne sois pas stupide, Ron, c'est juste une coïncidence. On est tous sur les nerfs depuis quelques jours, alors on remarque plus facilement toutes les choses frustrantes. » rationalisa Granger.
« Ce n'est pas du tout ça. » intervint Lovegood depuis son perchoir dans le coin de la cuisine, le plan de travail où elle fabriquait une nouvelle paire de boucles d'oreille avec des morceaux de carotte. « La maison est énervée parce que ses habitants sont énervés. C'est un cas classique de Communion Compréhensive Structurelle. »
« Luna – dit Granger sur le ton réservé aux idiots et aux malades mentaux – une telle chose n'existe pas. »
« Bien sûr que si ; Papa a tout écrit dessus il y a deux ans, l'histoire d'une maison qui est tombée amoureuse de son propriétaire et qui a essayé de retenir son fiancé prisonnier. Ce genre de chose arrive tout le temps dans les maisons où la magie est présente. »
« Je n'ai jamais rien vu là-dessus dans aucun livre. » insista Granger, le visage empourpré.
« C'est logique, non? - contra calmement Lovegood – La presse ordinaire tait les faits, comme pour la Conspiration de Rancecroc. Mais c'est tout à fait réel. Les maisons absorbent la magie émanant de leurs propriétaires et répondent à leurs sentiments. Une maison où est présente la CCS fera tout pour protéger ses habitants et les rendre heureux. Mais quand quelque chose déraille, personne ne peut dire comment réagira la pauvre maison. »
C'était ridicule bien sûr, comme toutes les autres théories idiotes de la jeune fille, et les autres ne perdirent pas de temps à le lui dire. Mais cela sonnait assez réaliste aux oreilles d'Eileen pour qu'elle offre un peu de répit à la Serdaigle.
« Juste par curiosité – demanda-t-elle – comment votre père recommande-t-il de faire face à une telle maison? »
Lovegood sourit. « Eh bien, vous devez trouver ce qui ne va pas, puis vous arrangez la chose. » Son regard se posa sur Eileen, direct et troublant. « Une fois que les gens dans la maison seront heureux ensemble, la maison sera heureuse aussi. Elle veut juste ce qui est de mieux pour ses habitants. »
Une autre idée ridicule, évidemment. Eileen ne la croyait pas un instant. Enfin, il était probablement vrai que sa guerre froide avec Toby n'aidait pas les choses, et après s'être répété sévèrement qu'elle avait pris la décision de ne plus être une lâche, elle décida de monter à l'étage et de faire une tentative de réconciliation avant de pouvoir se convaincre du contraire.
Elle trouva Toby où il se trouvait souvent, assis au chevet de Severus. Pour une fois, le jeune Malfoy était absent, ainsi le père et le fils étaient-ils seuls dans la chambre merveilleusement fraîche, les rayons de soleil qui venaient de la fenêtre dorant leurs visages pâles. Severus était endormi, comme toujours, mais la tête de Tobias était baissée, et elle fut touchée de voir sa main tapoter le bras de Severus en un geste de réconfort. Au moment où elle allait ouvrir la bouche, elle se rendit compte qu'il était déjà en train de parler, et elle resta cachée derrière la porte.
« ... maman veut pas me parler. – disait Tobias à Severus – Je me doute que tu ne me parlerais pas non plus, si tu avais le choix. Je peux pas vous blâmer... Je vous ai fait du mal, je le sais. C'est vrai. J'étais colérique, c'est vrai, mais je n'avais aucun droit de passer ma colère sur toi... sur vous deux. Ta mère était colérique aussi, tu sais, et je suis sûr qu'elle ne se rendait pas compte quand elle faisait ce qu'elle faisait. J'aurais pas dû te blâmer pour ça, non plus. Ça... n'aurait pas dû arriver. »
Eileen était aussi immobile qu'une statue, à la fois choquée et émue par ce qu'elle entendait. Elle n'aurait pas voulu l'empêcher de continuer à parler même si sa vie en avait dépendu.
« Je me suis juste dit que tu voulais peut-être savoir que ton vieux père était toujours en vie, et qu'il avait fait quelque chose de lui finalement. Après que je sois parti, je suis allé vivre chez ton oncle Fred... tu te rappelles de lui, hein? Il m'a donné un boulot dans son atelier de réparations. J'étais misérable au début... j'voulais pas changer mes vieilles habitudes, j'voulais juste oublier. Je me suis presque zigouillé comme ça, mais je me suis réveillé ce matin-là en pensant que je devrais être mort... et j'ai réfléchi à ce que tu m'avais dit, j'y ai vraiment réfléchi. T'avais raison : j'étais pathétique. J'ai réalisé que je devais changé, ou je mourrais. Alors... j'ai changé. Et me voilà, aussi sobre qu'un prêtre et propriétaire de mon propre atelier et tout ça. »
« J'ai pensé que tu méritais de m'entendre dire que t'avais raison. » poursuivit Toby, ses lèvres se retroussant en un petit sourire. « T'aimes bien qu'on te dise ça, hein? J'espère que tu vas bientôt te réveiller, pour que tu puisses m'entendre te le dire. » Le sourire s'élargit. « J'espère que ta mère va me donner une deuxième chance aussi ; j'ai beaucoup à me faire pardonner auprès d'elle. J'espère aussi qu'elle se rend compte qu'elle ne berne personne en restant plantée là dans le couloir en pensant que personne ne sait qu'elle est là, à écouter tout ce que je dis. »
Eileen s'avança et lui jeta un regard noir, mais elle pouvait sentir ses joues rougir. « Tu savais que j'étais là depuis le début, c'est ça? »
Toby sourit d'une manière qui lui donna à la fois envie de la gifler et de l'embrasser. « Bien sûr. Ne te vexe pas, chérie, mais tu as toujours monté ces escaliers avec la discrétion d'un troupeau d'éléphants. »
Eileen plissa les yeux.
« Mais je pensais chaque mot, je te le jure. » ajouta-t-il. « J'aimerais qu'on se parle à nouveau, si tu le permets. »
Elle ne voulait pas le croire. Elle voulait se raccrocher fermement à son bon vieux refuge qu'était la colère, le maintenir en dehors de sa vie et de son coeur.
Elle ne voulait pas le croire, mais elle le fit.
« D'accord. » dit-elle.
oOo§oOo
A suivre...
Je n'ai pas pris d'avance sur la traduction mais ça devrait aller vite, prochaine partie dans la semaine qui vient.
