Aaaaaargh désolée pour cet affreux retard, cette traduction m'était complètement sortie de l'esprit!! Je ne m'y suis remise qu'il y a quelques jours en recevant une notification d'ajout à la liste d'alerte de quelqu'un qui m'a rafraîchie la mémoire!

Voici sans plus attendre la suite!


Dernière Impasse, 5ème partie
Version originale : Wholly to be a fool, par Bluestocking79

Quelque chose avait changé chez Eileen.

Quelque chose longtemps gelé à l'intérieur d'elle-même était en train de fondre sans sa permission ; le procédé était aussi ennuyant que fabuleux. C'était comme le mélange fulgurant de douleur et de plaisir que vous ressentiez au contact de la chaleur après avoir passé trop de temps dans le froid.

C'était douloureux, de revenir à la vie, mais elle ne le regrettait pas.

Elle réalisait seulement maintenant combien elle s'était laissée engourdir par le-dit froid au fil des années. C'était à peine si elle pensait au cottage, et son silence ne lui manquait plus maintenant.

Elle passait de plus en plus de temps avec Toby, elle n'avait plus peur des souvenirs que sa présence réveillait. Elle se rendit compte avec surprise du grand nombre de bons souvenirs qu'elle avait en fait, et qu'elle avait refoulés par amertume et culpabilité. Elle se souvenait maintenant des fois où ils avaient ri ensemble, avant que les choses tournent mal, le temps où ils buvaient de la bière et jouaient aux fléchettes et rêvaient de la vie qu'ils pourraient avoir ensemble. Elle se souvenait presque parfaitement d'une nuit dans une ruelle, où ni l'un ni l'autre n'aurait pu supporter une seconde de plus de se tenir à distance de l'autre, et ils l'avaient fait contre le mur en brique, dans cette ruelle où n'importe qui aurait pu tomber sur eux et tout voir. Cela avait été un acte des plus idiots, Eileen le savait, mais elle se souvenait encore de la sensation du moment, le vertige de savoir qu'elle pouvait faire tant d'effet à Toby, qu'elle pouvait le rendre aussi dingue que lui le faisait.

Il la rendait toujours dingue en fait, mais d'une autre façon. Il était toujours aussi borné, taciturne et enclin à se lamenter. Pourtant, il lui donnait le frisson, comme il l'avait toujours fait, et elle s'en rendait un peu plus compte à chaque entrevue. Sa proximité faisait battre son coeur un peu plus vite, et la chaleur de ses doigts sur sa peau perdurait bien longtemps après que sa main se soit dérobée. Elle le soupçonnait de savoir tout ça, et d'être ravi de sa réaction. Même les gestes les plus banals prenait une autre ampleur, et les coups d'oeil furtifs avaient une signification nouvelle.

Le mois de Juillet laissa la place à Août et ses longs jours humides de fin d'été ; il était maintenant des plus désuet de prétendre qu'il ne se passait rien entre Eileen et Toby... et pourtant Eileen elle-même n'arrivait pas tout à fait à s'en convaincre.

Elle était trop vieille pour retomber amoureuse. Elle n'était pas censée se rabibocher avec Toby alors qu'ils avaient déjà eu leur chance et l'avait spectaculairement balayée. Tout ceci était mal, pensait-elle, complètement absurde. Elle s'était satisfaite de sa vie de solitaire dans son petit cottage : pourquoi la perspective de retourner à cette vie lui semblait si désagréable maintenant?

Le sujet fut mis sur la table un jour où Eileen et Toby buvaient un thé et parlaient de leurs vieux fous de voisins de l'époque, partageant des anecdotes amusantes issues de leur passé commun. Les rires fusaient tous seuls, et Eileen aimait cette sensation. Cela faisait trop longtemps qu'elle n'avait pas vraiment ri : elle rit donc jusqu'à ce que son estomac lui fasse mal et que des larmes coulent le long de ses joues. C'était fabuleux, elle se sentait vivante.

Toby aussi riait aux larmes et son visage était barré d'un sourire de grande satisfaction. Son regard rencontra le sien et il la fixa avec une intensité qui la fit rougir.

« On est bien ensemble, hein? » demanda-t-il « Maintenant qu'on a changé, je veux dire. On est mieux qu'avant, tous les deux. »

C'était vrai. Elle acquiesça d'un signe de tête.

« ça me manque » poursuivit-il « Toutes ces années, ça m'a manqué... tu m'as manqué. J'aimerais... je veux... » Il s'interrompit, fronça les sourcils, frustré. « Je veux qu'on soit heureux ensemble, comme au début. Pas toi? »

Eileen s'immobilisa et regarda sa tasse à thé comme si son contenu pouvait lui révéler les réponses qu'elle voulait. Mais elle n'avait jamais été douée en Divination, et de toute façon, elle avait toujours donné plus de valeur à la raison qu'aux présages.

Du moins était-ce le cas dans le passé. Aujourd'hui, elle n'était plus tout à fait sûre de quoi penser quant au destin.

Elle leva les yeux vers Toby, de l'autre côté de la table, qui attendait patiemment sa réponse, son anxiété trahie seulement par l'intensité de son regard. Il était toujours aussi fougueux que lors de cette première nuit toutes ces années auparavant, où ils avaient été ivres d'alcool, de sexe, d'amour et de l'un l'autre... mais il était solide et sage également, ce qu'elle n'avait jamais remarqué du temps où ils étaient plus jeunes et plus agressifs. L'insécurité dévorante de la jeunesse était partie, remplacée par une assurance inébranlable qui témoignait du travail qu'il avait fait sur lui-même et des leçons qu'il avait apprises. Est-ce que cela avait toujours sommeillé en lui?

Cela n'avait cependant pas vraiment d'importance. Les personnes qu'ils avaient été n'avaient pas d'importance : tout ce qui comptait, c'était ce qu'ils étaient maintenant et ce qu'ils pouvaient être l'un pour l'autre. Il fut un temps où en regardant son mari, elle n'avait rien vu d'autre que l'échec : celui de chacun d'eux. Aujourd'hui, elle ne voyait plus que du potentiel.

« Tu mérites d'être heureuse. » dis soudain Toby, la voix vibrante d'émotion, « Je veux juste que tu sois heureuse. Quand tu me souriais, j'avais toujours l'impression de mesurer trois mètres tout d'un coup, comme si je pouvais faire n'importe quoi que j'aurais eu en tête, tu croyais que je pouvais le faire. Je veux te voir sourire comme ça à nouveau... pas forcément à mon égard, mais ce qu'il faut c'est que ça vienne du coeur. »

Un élan de tendresse s'épanouit en Eileen alors qu'elle parcourait des yeux le visage de Toby et n'y trouvait que de la sincérité. Elle voulait lui dire qu'elle savait ce qui la rendait heureuse maintenant, que c'était lui. Mais les mots gentils n'avaient jamais été son fort, contrairement à ceux qui faisaient mal, alors elle sourit à la place, laissant son visage s'éclairer de sa pleine satisfaction. L'expression lui semblait étrange à porter, mais elle se dit qu'elle s'y ferait sans doute.

Toby répondit par un sourire également, un air appréciateur très gratifiant sur le visage, proche de l'adoration. « Comme ça – s'émerveilla-t-il – exactement comme ça. » Il se pencha sur la table, les yeux à moitié fermés, les lèvres tendres et douces. Durant un instant grisant, Eileen fut sûre qu'il allait l'embrasser, et qu'elle allait le laisser faire.

L'instant magique fut brisé par des cris de triomphe et de joie venant de l'étage : la voix du jeune Malfoy se répercuta à travers toute la maison. Il était si excité que ses mots étaient en désordre et que des jurons s'y mêlaient, mais le message principal était clair au moins.

Severus était réveillé.

oOo§oOo

A suivre...


La prochaine partie sera la dernière, et je vous promets qu'elle arrivera plus vite!!

Biz