Les Yeux de l'Ombre
Disclaimer: rien ne m'appartient à part le personnage d'Eléana et quelques autres que vous reconnaîtrez aisément. La chanson du Choixpeau est extraite du tome 5 de Harry Potter.
Chapitre 2
Les deux mois qui passèrent furent baignés d'incertitude. Les sorciers américains voyaient une scission se former au sein du monde européen. La plus grande majorité, dont les plus puissants, niait en bloc le retour de Voldemort. Au départ, quelques uns avaient crié haut et fort le retour du Mage Noir. Face à l'hostilité qu'ils avaient déclenchée, ils s'étaient fait plus discrets. Arisitide avait attendu début août avant de contacter Dumbledore et alors qu'elle n'y croyait pas, elle avait été engagée à Poudlard.
Ce matin là, elle quitta rapidement l'hôtel et suivit le plan qu'elle avait dans la main. Elle cherchait la station King's Cross et le quai 9 ¾. On était le 1er septembre et le train pour Poudlard partait aujourd'hui. Personne ne pouvait transplaner dans l'école alors elle devait prendre le Poudlard Express comme les autres. Mais pour cela, elle ne devait pas le rater. Elle s'engouffra dans un taxi et donna l'adresse au chauffeur. Durant le trajet, elle avait décidé de regarder le décors de la capitale anglaise mais ses pensées dérivèrent rapidement vers l'année à venir. Elle avait été engagée comme assistante du professeur de potions, un certain Severus Rogue. Elle devrait aussi aider l'infirmière, Madame Pomfresh si cela était nécessaire et elle remplacerait les professeurs absents, si ils y en avaient. Elle tentait de faire taire la petite voix au fond de son esprit qui lui disait que leur cacher son identité et les « infiltrer » était une mauvaise idée. Mais avaient-ils vraiment le choix ? Pas vraiment. La Grande Bretagne s'était renfermée sur elle-même et les tensions, déjà existantes entre elle et les Etats-Unis, n'avaient fait que se renforcer. Néanmoins, elle n'était déjà pas arrivé à Poudlard et déjà, elle se sentait mal à l'aise.
- Madame, vous êtes arrivée. Lui apprit le chauffeur
Elle reprit ses esprits et remercia le chauffeur avant de sortir. Elle portait une jupe beige qui s'arrêtait au dessus du genoux et une paire de bottes en cuir noir. Un pull noir avec un col roulé était caché par un long manteau en cuir de la même noir. Elle avait fait disparaître sa Marque dans son cou à l'aide d'un sortilège de désillusion qu'elle devra répéter souvent. Elle attrapa sa valise que lui tendait le chauffeur de taxi, paya la course et partit à la recherche du quai 9 ¾. Il y avait peu de moldus dans la gare. Elle trouva facilement le pan de mur à travers lequel on lui avait dit de passer. Mine de rien, elle s'y appuya et se sentit basculer. Elle apparut sur un quai en pleine effervescence. Des parents embrassaient une dernière fois leurs enfants, leurs prodiguant mille conseils. Quelques mères pleuraient. Les plus jeunes élèves, qui partaient pour la première fois, cherchaient du courage auprès de leur famille. Au milieu de la foule, un homme claudiquait en direction d'un groupe dont la chevelure rousse de certains membres attiraient l'attention. Elle s'approcha d'un grand chien noir qui trottinait joyeusement et le caressa. Un adolescent d'une quinzaine d'années s'approcha immédiatement.
- C'est ton chien ? Demanda-t-elle avec un sourire
- Oui. Répondit le jeune homme
- Comment il s'appelle ?
- Harry ! Reviens là ! Appela une petite femme assez ronde d'une voix autoritaire
Une fille à la chevelure brune indisciplinée et un garçon à la crinière flamboyante entourant un visage pâle parsemé de tâches de rousseur s'approchèrent, suivis de près par des adultes. L'un d'eux était un homme au visage couvert de cicatrices. Il était accompagné par un sorcier à l'air fatigué, aux cheveux blonds ternes et à la robe de sorcier usée et par un autre homme, grand et émincé, qui devait sans nul doute être le père du rouquin. Ce dernier demanda :
- Qu'est-ce qu'il se passe ?
- Ho rien ! Répondit celui qui s'appelait Harry. Elle me parlait de Sniffle.
Elle sentit des regards inquisiteurs pesés sur elle. Elle avait remarqué la cicatrice sur le front de celui qui était sans aucun doute Harry Potter. Ils la détaillaient, la jaugeaient. Sous la capuche de l'homme balafré, elle voyait deux yeux asymétriques dont l'un s'agitait constamment.
- Je sens comme une certaine tension. Dit-elle en riant. Je suis Eléana McBaine. Je viens des Etats-Unis.
Ils l'évaluaient, cherchant à savoir si ils devaient ou non la croire. La femme tendit la main :
- Je suis Molly Weasley, le rouquin là est mon plus jeune fils Ron. Que venez-vous faire ici ?
Eléana fit mine d'ignorer le ton brusque et inquisiteur sur lequel la question avait été posée :
- Enseigner. Je suis la nouvelle assistante d'un certain Severus Rogue, le professeur de potions.
Elle vit les adolescents se figer avant d'étouffer leur rire. Elle fit une moue :
- Ne me dîtes pas que je suis tombée sur le prof asocial de Poudlard ?
- Si seulement il n'était qu'asocial. Murmura le sorcier fatigué
Elle éclata d'un rire cristallin en levant les bras devant elle en signe de défense :
- D'accord, stop ! J'en ai entendu assez. Si vous m'en dîtes plus, je vais angoisser et je risque de prendre mes jambes à mon cou. Alors on va arrêter maintenant.
A ses pieds, le chien jappait joyeusement et elle lui gratta derrière les oreilles. Molly se rendit soudain compte que le train allait bientôt partir.
- C'était un plaisir de faire votre connaissance. Lui dit-elle. Vous voyez les deux lascars là-bas ? Demanda-t-elle en montrant deux jeunes aux chevelures aussi flamboyantes que celle de Ron. Ce sont mes jumeaux : Fred et George. Ils sont infernaux, surveillez-les et n'hésitez pas à les punir. A côté d'eux, c'est ma fille : Ginny. Quand à ces trois-là : Harry, Ron et Hermione, ils vous réserveront leur lot de surprises. Maintenant, il est temps de monter dans le train. Allez…dépêchez-vous !
Eléana les salua et grimpa dans un wagon alors que Molly embrassait ses enfants à les étouffer avant de les pousser dans un wagon. Elle entra dans la première cabine de libre et s'installa contre la fenêtre. Lorsque le train s'ébranla, sa tête reposait contre la vitre. Elle avait les yeux fermés et respirait profondément. Elle n'arrêtait pas de se demander ce qu'elle faisait là. Elle repensa à son arrivée et à sa rencontre Harry. Elle aurait mis sa main à couper que les adultes qui accompagnaient le jeune Potter étaient ceux qui croyaient au retour de Voldemort. Donc certains avaient l'intelligence de croire que le Mage Noir avait retrouvé ses pouvoirs. Sinon, Harry n'aurait pas été si entouré.
La porte s'ouvrit mais elle ne bougea pas pour voir qui entrait. D'après les voix, c'étaient des filles, trois. Les adolescentes hésitèrent avant de s'installer, ce qu'elles firent seulement après que l'une d'elles ai dit :
- Elle dort, vous voyez bien ? Je me demande qui sait.
- Elle est trop âgée pour être une élève.
Finalement, elles prirent place et commencèrent à discuter. Eléana les écoutait. Si elle avait appris une chose, c'était qu'écouter les conversations des adolescentes permettait d'en savoir beaucoup sur les dernières rumeurs, un état d'esprit général et toute une foule d'autres informations. Pendant une heure environ, elles parlèrent de leurs vacances. Eléana avait appris que les trois jeunes filles se nommaient Lavande Brown, Parvati et Padma Patil, deux sœurs. Elles devaient être en cinquième année car elles parlèrent des B.U.S.E qu'elles avaient à passer à la fin de l'année. Son attention redoubla quand elles commencèrent à parler de la finale du Tournoi des Trois Sorciers et de la mort de Cédric Diggory. Leur voix étaient plus basses, comme si elles craignaient qu'on ne les entendent.
- J'ai parlé à mes parents du discours de Dumbledore. Disait Lavande. Ils n'en croyaient pas leurs oreilles. Ils ont dit qu'il perdait la tête.
- Tout ça, c'est la faute de Harry. S'exclama Padma. Nos parents ont vraiment hésité à nous envoyer à Poudlard cette année. Depuis qu'il est arrivé, il se passe tout un tas de trucs étranges.
- Ma sœur a raison. Continua Parvati. Avant, rien de tout ça n'arrivait. Et puis, à part Hermione et Ron, personne n'a rien vu. Et encore, la plupart du temps, ils rataient les choses importantes. Potter est loin d'être un héros, c'est un menteur. Il est dérangé.
Ses deux amies acquiescèrent et Eléana serra les dents pour s'empêcher de leur rabattre le caquet et de leur faire ainsi savoir qu'elle ne dormait pas. Elle décida de faire croire qu'elle était toujours endormie encore pendant près d'une demi-heure puis elle fit mine de se réveiller. Elle les salua brièvement puis elle se plongea dans la lecture d'un livre moldu afin de les dissuader d'engager la conversation avec elle. Tout au long du trajet qui suivit, elle sentait les regards curieux des trois élèves.
µµ
Lorsque le train s'arrêta à la gare de Pré-Au-Lard, Eléana prit tout son temps. Elle sortit une robe de sorcier qu'elle passa sans prendre la peine de la refermer, laissant voir ses vêtements moldus, rassembla ses affaires et sortit du compartiment. Lorsqu'elle sortit du train, elle inspira une grande goulée d'air. L'odeur de pins mêlé à la terre mouillée la revigora et elle se dirigea vers les centaines de diligences qui amenaient les élèves au château. Ses yeux s'écarquillèrent à la vue des hybrides de chevaux et de reptiles qui les tiraient. Autour d'elle, personne ne semblait les remarquer alors elle reprit contenance et fit comme si rien n'était. Quand elle arriva dans la cours château, elle resta quelques minutes à regarder l'immense bâtisse qui s'élevait devant elle avec émerveillement. Un élève la bouscula et elle s'excusa rapidement avant de prendre le chemin du manoir d'un pas énergétique. Dans le hall immense, elle tournoya sur elle-même afin de faire un tour d'horizon. Elle suivit le flot d'élèves vers la Grande Salle et leva des yeux surpris sur le faux plafond qui reproduisait le ciel à l'extérieur. Elle remarqua Harry Potter et les nombreux chuchotements que son passage provoquait. Elle se dirigea vers la table des professeurs avec une nervosité qu'elle cacha derrière un sourire éclatant. Ses talons claquaient sur le sol et sa robe flottait derrière elle. Elle regardait droit devant elle, le menton légèrement levé dans une attitude imperceptiblement hautaine. Elle vit des regards se tourner vers elle. Le vieux sorcier lui lança un sourire :
- Voici notre nouveau collègue.
Les différents professeurs se tournèrent vers elle. Les réactions provoquées par son arrivée étaient mitigées. Certains l'accueillirent avec de grands sourires, d'autres lui adressèrent à peine un regard. Ses yeux s'attardèrent sur un homme dont le visage franchement antipathique était encadré de long cheveux noirs lisses qui paraissaient bien trop gras. « Ne me dîtes pas que c'est lui Severus Rogue. » supplia-t-elle. Supplique qui se révéla vaine quand Dumbledore la présenta aux différents professeurs. Les présentations furent interrompues alors que les grandes portes s'ouvraient sur une file de nouveaux élèves, menées par une sorcière âgée à l'air très stricte. Les jeunes enfants semblaient éprouver un savant mélange entre peur et excitation. Eléana remarqua alors que la sorcière portait un tabouret sur lequel reposait un chapeau qui semblait aussi ancien que l'école. Les conversations avaient cessé et bientôt, même les respirations cessèrent de se faire entendre. Elle perçut alors un mouvement venant de l'antique chapeau. Une voix s'éleva de l'objet magique et se mit à chanter.
Aux temps anciens lorsque j'étais tout neuf
Et que Poudlard sortait à pein' de l'œuf
Les fondateurs de notre noble école
De l'unité avaient fait leur symbole
Rassemblés par la même passion
Ils avaient tous les quatre l'ambition
De répandre leur savoir à la ronde
Dans l'école la plus belle du monde
« Ensemble bâtissons et instruisons ! »
Décidèrent les quatre compagnons
Sans jamais se douter qu'un jour viendrait
Où la destinée les séparerait.
Toujours amis à la vie à la mort
Tels étaient les Serpentard et Gryffondor
Toujours amies jusqu'à leur dernier souffle
Tell's étaient aussi Serdaigle et Poufsouffle.
Comment peut-on imaginer
Que pareil amitié vienne à sombrer ?
J'en fut témoin et je peux de mémoire
Vous raconter la très pénible histoire.
Serpentard disait : « Il faut enseigner
Aux descendants des plus nobles lignées »,
Serdaigle disait : « Tout apprentissage
Ira d'abord aux enfants du courage »,
Poufsouffle disait : « Je veux l'équité
Tous mes élèv's sont à égalité. »
Lorsqu'apparur'nt ces quelques divergences
Elles n'eur'nt d'abord aucune conséquence
Car chacun ayant sa propre maison
Pouvait enseigner selon sa façon
Et choisir les disciples à sa mesure.
Ainsi Serpentard voulait un sang pur
Chez les sorciers de son académie
Et qu'ils aient comme lui ruse et rouerie.
Seuls les esprits parmi les plus sagaces
Pouvaient de Serdaigle entrer dans la classe
Tandis que les plus brav's des tromp'-la-mort
Allaient tous chez le hardi Gryffondor.
La bonn' Poufsouffl' prenait ceux qui restaient
Pour leur enseigner tout ce qu'ell' savait.
Ainsi les maisons et leurs fondateurs
Connurent de l'amitié la valeur.
Poudlard vécut alors en harmonie
De longues années libres de soucis.
Mais parmi nous la discorde grandit
Nourrie de nos peurs et de nos folies.
Les maisons qui comme quatre piliers
Soutenaient notre école et ses alliés
S'opposèrent bientôt à grand fracas
Chacune voulant imposer sa loi.
Il fut un temps où l'école parut
Tout près de sa fin, à jamais perdue.
Ce n'étaient partout que duels et conflits
Les amis dressés contre les amis
Si bien qu'un matin le vieux Serpentard
Estima venue l'heur' de son départ.
Et bien que l'on vit cesser les combats
Il laissait nos cœurs en grand désarroi.
Et depuis que les quatre fondateurs
Furent réduits à trois pour leur malheur
Jamais plus les maisons fur'nt unies
Comme ell's l'étaient au début de leur vie.
Maintenant le Choixpeau magique est là
Et vous connaissez tous le résultat :
Je vous répartis dans les quatr' maisons
Puisque l'on m'a confié cette mission.
Mais cette année je vais en dir' long
Ouvrez bien vos oreilles à ma chanson :
Bien que condamné à vous séparer
Je ne peux m'empêcher de douter
Il me faut accomplir ma destinée
Qui est de vous répartir chaque année
Mais je crains que ce devoir aujourd'hui
N'entraîne cette fin qui m'horrifie
Voyez les dangers, lisez les présages
Que nous montrent l'histoire et ses ravages
Car notre Poudlard est en grand péril
Devant des forces puissantes et hostiles
Et nous devons tous nous unir en elle
Pour échapper à la chute mortelle
Soyez avertis et prenez conscience
La répartition maintenant commence.
« Ce Choixpeau est plus intelligent que leur Ministre de la Magie. » pensa Eléana. Puis, l'étrange objet répartit les nouveaux élèves entre les quatre maisons qui composaient Poudlard : Serdaigle, Poufsouffle, Serpentard et Gryffondor. Après que les nouveaux élèves aient rejoint la table de leur Maison, des mets succulents apparurent. Elle mangea en silence, écoutant les différentes conversations, répondant brièvement aux rares questions qu'on lui posait. Sa voisine qui semblait elle aussi nouvelle lui parlait du Ministère et de sa volonté de réformer l'école de magie. Enfin, elle croyait car Eléana ne l'écoutait pas vraiment. Après que les tables soient débarrassées, Dumbledore se leva et prononça un discours. Il parla entre autre de l'interdiction de se promener dans la Forêt Interdite et d'utiliser des sortilèges dans les couloirs. Il présenta le Professeur Gobe-Planche, le professeur de soins aux créatures magiques puis le Professeur Dolores Ombrage, chargée des cours de Défenses Contre les Forces du Mal, qui n'était autre que sa voisine bavarde. Il allait se tourner vers Eléana quand sa voisine bavarde se leva et l'interrompit pour débuter un discours ennuyeux que la nouvelle assistante de potions ne suivit pas plus que le monologue sur le Ministère quelques minutes auparavant. Une fois rassise, Dumbledore la remercia et continua son discours :
- Nous avons également le plaisir d'accueillir la jeune Eléana McBaine. Elle assistera le Professeur Rogue lors des cours de potions et aidera Madame Pomfresh à l'infirmerie si besoin. Enfin, elle remplacera ponctuellement les professeurs en cas d'absences imprévues. J'espère que vous l'accueillerez bien et l'aiderez à se sentir à l'aise parmi nous.
Un vague murmure s'était répandu dans la salle alors que le directeur leur annonçait qu'elle serait l'assistante de Rogue, et elle vit les mâchoires de celui-ci se crisper et soupira. Cela n'allait pas être une partie de plaisir. Néanmoins, sans se départir de son sourire, elle hocha la tête respectueusement devant le directeur. Une dizaine de minutes plus tard, la salle était à moitié vide. Eléana, qui s'était levée et avait rejoint le Grand Hall, ne savait pas trop quoi faire. Dumbledore, accompagné du Professeur McGonagall la rejoignirent.
- J'espère que votre voyage s'est bien passé. S'inquiéta le vieux sorcier
- Oui, il était assez…intéressant. Répondit-elle en pensant à ce qu'elle avait entendu dans le Poudlard Express. C'est vraiment magnifique ici. Ça change de l'Amérique et c'est assez déstabilisant.
- Vous vous y ferez vite. Lui dit la directrice de Gryffondor. Les cours débutent demain et j'espère que votre collaboration avec le Professeur Rogue se passera bien.
- Moi aussi. Je suis assez nerveuse. Il n'a pas l'air d'être très ravi de ma présence ici.
- Ne vous laissez pas impressionner par la froideur de Severus. Lui conseilla Dumbledore. D'ailleurs le voilà.
Le professeur des potions s'approcha d'eux et jeta à peine un coup d'œil à Eléana qui s'efforça de ne pas laisser voir l'agacement que cette attitude provoquait. « Créer une scène après seulement quelques heures de présence serait malvenu, Eléa. Calme-toi » se dit-elle.
- Vous savez, Severus, les appréciations de Miss McBaine sont excellentes. Elle est ressortie première de sa promotion avec la note maximale en potions. Disait Dumbledore. Je suis certaine que cette année ici lui sera très instructif.
Rogue la toisa et elle prit grand soin de ne pas baisser le regard. Sans même sans rendre compte, elle se raidit, rejeta les épaules en arrière et releva le menton.
- J'espère qu'elle le sera. Dit-elle d'une voix calme. Je suis là pour apprendre et j'espère que tout se passera bien.
Le professeur de potions ne dit rien et Dumbledore se racla la gorge, son regard aiguisé passant de l'un à l'autre.
- Bien sûr ! Finit par répondre à contrecœur Rogue. Retrouvez moi demain matin après le petit déjeuner. Vous observerez au cours de cette semaine, pour vous familiariser. Maintenant, veuillez m'excuser, j'ai des choses à faire.
Il partit sans attendre de réponse et Eléana serra les poings. Le directeur du collège l'accompagna jusqu'au hall où le concierge Rusard l'escorta à ses appartements. Elle se concentra sur le chemin à suivre même si son attention était plus attirée par les tableaux aux personnages vivants, les escaliers qui bougeaient et l'agitation apportée par les étudiants que par l'itinéraire. Le concierge, suivit par un chat à l'air aussi plaisant que son maître, grommelait à propos des étudiants, d'irrespect, de punitions corporelles. Il la laissa devant une porte en bois, dans les cachots.
- C'est vos appartements. Dit-il en reniflant avant de tourner les talons
- Cet endroit est vraiment étrange. Murmura-t-elle
- Vous vous y habituerez.
Elle sursauta et se tourna vers l'origine de la voix grave et caverneuse qui venait de retentir. Elle se trouva face au fantôme le plus sinistre qu'elle n'avait jamais vu.
- Excusez-moi de vous avoir fait peur. Ce n'était pas mon but. S'excusa le fantôme en voyant la réaction de la jeune sorcière
- Ho ! Heu…Ce n'est pas grave. Si vous pouviez juste éviter d'apparaître comme ça la prochaine fois, je vous en serais reconnaissante.
- Bien sûr. J'en ai oublié de me présenter. Je suis le Baron Sanglant. Serpentard est ma maison.
-Je suis Eléana McBaine, la nouvelle assistante du…
-Professeur Rogue. Je sais. Il est le directeur de la maison Serpentard, qui se situe non loin de là. J'espère que votre séjour parmi nous vous satisfera.
Eléana ne savait pas quoi répondre. Comment un fantôme pouvait-il se montrer plus chaleureux qu'un professeur ? Que le professeur Rogue en l'occurrence. Elle regarda le Baron Sanglant. Chaleureux était un terme un peu trop exagéré. Beaucoup trop. Disons plutôt…accueillant. Quoique…C'était un accueil plutôt sinistre. Mais positif ! Elle secoua la tête. C'était un accueil, un point c'est tout. Elle pourrait chercher des heures pour qualifier cette étrange rencontre qu'elle ne trouverait pas le terme adéquat.
- Et bien…Merci. Finit-elle par dire
- Votre voyage a dû vous épuisez. Je vais vous laisser vous retirer dans vos appartements. Bienvenue à Poudlard !
Le fantôme flotta loin d'elle et disparut au détour d'un couloir, se mettant à pousser des cris lugubres. Elle frissonna et poussa la porte de ses « appartements ». Elle découvrit alors une chambre splendide et immense. Un lit démesuré à baldaquins semblait l'appeler au repos. Une petite table ronde entourée de trois fauteuils occupait un coin de la chambre. Une immense armoire, bien trop grande pour le peu d'affaires qu'elle avait apporté, était accolée contre un mur. Sur ce même mur, une porte menait à une salle de bain privée. Elle y entra et découvrit avec stupeur une baignoire entourée de multitudes de petits robinets dorés qui aurait fait pâlir sa petite cabine de douche habituelle. Une grande glace située entre un lavabo et une étagère croulant sous les accessoires de bain ou les bibelots lui renvoyait son reflet. Un sourire enfantin étira ses lèvres alors qu'elle tournait plusieurs robinets et découvraient les différentes senteurs des eaux qui en coulaient. Elle choisit un parfum framboisé et laissa l'eau emplir la baignoire. Elle se déshabilla et plongea avec délectation dans l'eau. Une demi-heure plus tard, elle se sécha rapidement, revêtit une chemise de nuit de soie bleu nuit, identique à la couleur de ses yeux et se jeta sur le lit en riant. Finalement, il y avait des avantages à être là. Elle se glissa sous les couvertures et s'endormit rapidement.
µµ
Sa bonne humeur ne dura pas longtemps. En fait, elle dura jusqu'à son premier cours qui avait lieu avec les premières années. Elle remarqua vite que le but principal de Rogue semblait être de terroriser les élèves. Quant à elle, il ne lui accordait que des coups d'œil froids et hautains. Elle fit de son mieux pour garder les remarques désagréables qui lui venaient à l'esprit à l'égard du Professeur et s'efforçait de donner des sourires bienveillants aux enfants. Elle espérait que cela adoucirait la mine sévère, glaciale et extrêmement antipathique de Severus. Au bout d'une heure, ce furent des élèves tremblants qui déguerpissaient de la salle avec sur les visages, une expression de profonde gratitude, comme s'ils remerciaient le ciel de les avoir enfin laissés sortir. Elle regarda rapidement son emploi du temps. Le deuxième cours était dispensé aux cinquièmes années des maisons Serpentard et Gryffondor. Quand les élèves entrèrent, elle remarqua aussitôt la crinière rousse de Ron et ne tarda pas à apercevoir Harry et Hermione. Un adolescent aux cheveux blonds, presque blanc et à l'attitude hautaine et dédaigneuse attira également son attention. Les élèves s'étaient séparés en deux groupes bien distincts et il semblait évident que Gryffondor et Serpentard étaient en rivalité. Si Eléana avait encore des doutes, les regards méprisants que les élèves au blason vert lancèrent à leurs camarades les firent s'envoler.
- Taisez-vous, dit Rogue d'une voix glaciale en refermant la porte derrière lui.
« Et c'est parti ! » pensa Eléana en faisant de gros efforts pour s'empêcher de lever les yeux au ciel. Elle avait hâte que cette semaine d'observation prenne fin. Au bout de seulement une heure, elle en avait déjà marre. Elle suivit le discours de Rogue concernant les B.U.S.E. et dû s'empêcher de l'interrompre pour lui faire remarquer qu'il n'était pas nécessaire de les démoraliser dès le début de l'année. Certains élèves lui lançaient des regards intrigués alors que sa présence semblait faire rire les Serpentard et elle n'était pas certaine que cela soit en sa faveur. Elle reporta son attention sur Rogue qui annonçait la potion du jour, inscrivait la démarche à suivre au tableau et l'emplacement des ingrédients. Puis, le professeur alla s'asseoir à son bureau, laissant toute liberté aux étudiants. Il ne prêtait plus la moindre attention à ce que faisait les élèves et, alors qu'elle n'était qu'à peine remise du précédent cours, cette attitude la mit hors d'elle, malgré toute sa bonne volonté à rester calme. Elle passa le reste du temps à observer les étudiants et remarqua les nombreuses erreurs qu'ils faisaient dans la préparation du philtre. Elle regarda encore une fois le nom de la potion inscrite au tableau et sentit une autre bouffée de colère. C'était une potion à la préparation subtile et difficile qu'il était complètement stupide de donner à faire à des élèves sans même les aider. C'était les mener directement vers l'échec. Ils apprenaient et n'étaient pas tous doués en potion, comme semblait le croire Rogue. A la fin de l'heure, rares étaient les élèves dont le chaudron produisait la fine fumée argentée caractérisant la réussite. Le Professeur Rogue se leva et passa entre les rangs. Il lui fit penser à un prédateur cherchant une proie.
- Potter, qu'est-ce que c'est que ça, exactement ?
Et il venait de trouver sa victime. Il se trouvait en face du chaudron de Harry d'où une épaisse vapeur gris foncé s'échappait. Eléana vit Rogue s'en prendre le plus possible à Harry, le rabaissant au maximum avant de faire disparaître le contenu du chaudron. Il se tourna ensuite vers la classe et demanda qu'on lui apporte un échantillon de la potion créée et leur donna les devoirs à faire pour le prochain cours. Harry semblait bouillonner de rage et Eléana le comprenait complètement. Elle se leva et les élèves se figèrent. Elle sentit le regard de Rogue peser sur elle. Devant le chaudron de Harry, elle sortit sa baguette et d'une courte formule fit réapparaître son contenu qui avait disparu quelques secondes plus tôt puis, avec un sourire, elle tendit un flacon à Harry. Derrière elle, la voix froide de Rogue s'éleva :
- Miss McBaine, que faîtes-vous ?
Elle se retourna et se força à sourire :
- Pour être noté, Monsieur Potter doit vous remettre un échantillon de sa potion. J'ai juste fait réapparaître ce que vous avez fait disparaître.
Elle vit une veine sur le cou de Rogue se mettre à pulser furieusement.
- La potion de Potter est ratée. Elle ne mérite rien d'autre qu'un zéro. Dit-il d'une voix cinglante
Cette fois, c'en était trop. Le sourire forcé d'Eléana s'évanouit, ses traits se durcirent et ses yeux lancèrent des éclairs. Les étudiants semblaient avoir arrêté de respirer, attendant la suite avec un mélange de curiosité et d'appréhension.
- Professeur Rogue, si pour vous, enseigner se résume à aboyer sur vos élèves et à écrire les ingrédients d'une potion extrêmement subtile au tableau puis vous asseoir à votre bureau pendant le cours avant d'humilier vos élèves alors nous allons avoir un gros problème. Il n'y a rien de pédagogique là-dedans. Si vous collez un zéro à Potter, alors les trois quarts de cette classe en mérite un. Contrairement à vous, j'ai suivi les préparations et Harry a fait exactement ce qu'il fallait à part un petit oubli. Goyle, lui, a tout raté. Nous sommes là pour les guider, leur faire apprécier la matière. Vous ressemblez plus à un gardien de prison qu'à un professeur.
Une tension palpable s'était installée dans la pièce. Neville Londubat tremblait de tous ses membres. Severus se tenait droit et la toisait avec mépris. Elle le vit respirer profondément avant de prendre la parole d'une voix plus forte que d'habitude :
- Miss McBaine, vous n'êtes que mon assistante, dois-je vous le rappeler ? Je n'ai que faire des idéaux d'une gamine telle que vous. Personne ne me fera croire que vous êtes compétente. Si ça n'avait tenu qu'à moi, vous n'auriez jamais été engagée à Poudlard.
Elle resta figer un instant. Ainsi, il ne voyait en elle qu'une gamine incompétente qui le gênait vraisemblablement. Elle était consciente de l'attention particulière que lui portaient les étudiants, surtout les Serpentard qui soutenaient Rogue. Si elle se taisait, toute son autorité serait fusillée et il en était hors de question. Soudain, elle eu une idée. Ses yeux bleu nuit étincelaient de colère mais une lueur de fierté y éclata quelques secondes :
- Et si ça n'avait tenu qu'à moi, je n'aurais jamais accepté d'être l'assistante d'un être aussi suffisant que vous. Je crois que trois heures à vous supporter me suffisent amplement pour une première journée. Quant à mes compétences, je vais vous montrer qu'elles sont à la hauteur et que l'on ne m'a pas engagée pour rien.
En disant cela, d'un coup sec de sa baguette, elle avait rassemblé les flacons sur lesquels les noms des propriétaires étaient visibles. Le visage de Rogue laissa transparaître la surprise :
- Que…que faîtes-vous ?
- Ce pourquoi on m'a engagée. Je vous décharge d'une partie de votre travail. Je vais faire des analyses poussées de chaque échantillon et attribuer des notes. Ne vous inquiétez pas, je fais ça depuis trois ans et je le ferai avec une totale impartialité.
Elle insista sur ce dernier mot. Tout en parlant, elle avait réuni ses affaires, la caisse d'échantillons et se retrouvait devant la porte du cachot :
- Sur ce, je vous souhaite une bonne journée. Oh et ne vous inquiétez pas, je trouverai une salle de libre et utiliserai mes propres instruments pour effectuer les analyses.
Puis elle sortit la tête haute et un sourire d'une oreille à l'autre en laissant derrière elle un Rogue fumant de rage. Dans la salle, les Serpentard parlaient avec véhémence tandis que les Gryffondor pouffaient de rire.
L'altercation entre Eléana et Severus se répandit dans l'établissement avec une rapidité étonnante. Bientôt tout le monde ne parla que de cela et ils en oublièrent de chuchoter sur le passage de Harry. Les élèves allèrent rapidement déjeuner, attendant impatiemment l'arrivée de Rogue et d'Eléana. Severus fut le premier à prendre place à la table des professeurs. Eléana arriva quelques minutes plus tard. Sa robe de sorcier était grande ouverte, dévoilant un pantalon noir moulant et un pull en laine beige. Les talons de ses bottes martelaient le sol et son visage arborait un sourire confiant. Dumbledore la salua :
- Vous paraissez rayonnante. Fit-il remarquer alors qu'elle se servait. L'on m'a dit que vous vous étiez enfermée dans une salle vide avec une tonne de travail ?
Elle laissa échapper un petit rire cristallin.
- Travail ? Je m'amuse comme une folle. Les cinquièmes années ont dû préparer un Philtre de Paix. La plupart ont échoué mais c'est une potion extrêmement subtile alors ce n'est pas étonnant. Surtout quand on voit les conditions dans lesquelles ils ont dû la préparer. Quelques élèves comme Hermione Granger l'ont réussi avec brio. Le résultat de certain est, hélas, innommable. Mais les potions qui en résultent ont quelques fois des effets…tout aussi innommables mais dont l'étude est très intéressante. C'est ça qui me passionne dans les potions : certaines, même ratées, ont des effets inattendus. Les étudier est passionnant.
D'une voix plus froide, elle se tourna vers le Professeur de potions :
- Professeur Rogue, vous aurez le résultat détaillé de mes analyses sur votre bureau demain en fin de matinée. J'en garderai une copie et j'espère que l'idée de changer les notes ne vous viendra pas à l'esprit. Ou alors, j'espère en avoir des explications.
La mâchoire du Professeur se crispa mais il ne dit rien. Eléana déjeuna tout en racontant à Madame Pomfresh, Dumbledore et Minerva les effets divers des potions ratées. Elle quitta la table la première et rejoignit la salle dans laquelle elle s'était isolée. Elle y passa le reste de la journée à s'occuper des échantillons de potion. Le temps filait sans qu'elle s'en aperçoive. A vingt heures, elle inscrivait la dernière note sur son relevé. Satisfaite, elle bailla, s'étira et jeta un coup d'œil à l'heure. Elle se rendit compte que le dîner était passé. Elle rangea rapidement ses affaires et les monta dans sa chambre. Son estomac gronda et elle décida qu'il était impératif qu'elle trouve la cuisine. Elle descendit dans le hall désert et regarda autour d'elle. Où pouvait bien se trouver la cuisine ? Des voix se rapprochaient et bientôt, Harry, Ron et Hermione sortirent de la Grande Salle. Elle sourit et héla Harry qui se retourna.
- Oui, Professeur McBaine ? Demanda-t-il
- Je corrigeais vos philtres et je n'ai pas vu le temps passé. Vous ne sauriez pas où est la cuisine par hasard ? Cette école est immense ! Dit-elle
- On peut vous y conduire si vous voulez. Proposa Harry
- On en profitera pour demander aux elfes de maison de nous préparer des biscuits. Compléta Ron
Hermione lui lança un regard outré avant de se tourner vers son professeur.
- Vous savez, les elfes sont exploités. Ils ne sont rien d'autres que des esclaves et tout le monde trouve ça normal ! Ils ont le droit d'être payés et d'avoir des vacances.
Harry et Ron s'échangèrent un regard exaspéré sous l'œil amusé de Eléana. Elle écoutait Hermione lui parler de son association, la S.A.L.E. Cette fille était vraiment intelligente, et déterminée. Ils arrivèrent bientôt aux cuisines où les elfes s'affairèrent pour préparer un repas à Eléana. Ron, Hermione et Harry restèrent avec elle. L'adolescente tentait de convaincre des elfes qu'ils avaient des droits. Ron essayait tant bien que mal de calmer son ardeur mais rien n'y faisait. Finalement, Eléana interrompit son élève :
- Tu sais Hermione, chaque espèce a ses propres modes de vie. Ce que toi tu trouves normal, d'autres ne le supporteraient pas. Je suis américaine et les sorciers trouve tout à fait normal de vivre à la manière des moldus, ce qui n'est pas le cas ici. Les elfes n'ont pas de salaires, ni de congés mais regarde-les : ils sont souriants, ils sont logés, nourris, blanchis. Ils ne payent pas de taxes. En échange de leur travail, on leur offre un endroit où vivre et de quoi se nourrir. Pour eux, c'est normal. En voulant les libérer malgré eux, tu les offenses. Tu vas à l'encontre de ce qu'ils sont. Je sais que tu n'as que des bonnes intentions mais ce que toi tu juges bien ne l'est pas forcément pour quelqu'un d'autre.
Pour la première fois depuis longtemps, Ron et Harry virent Hermione à court de mots. Elle ne se fâcha pas comme elle le faisait après eux, au lieu de ça, elle sembla réfléchir.
- Vous allez recommencer à travailler avec le professeur Rogue ? Demanda soudain Harry
- Oui. Répondit Eléana avec détermination. Je ne vais pas me laisser impressionner par un professeur. Je suis là et je compte bien rester.
Harry porta une main à sa cicatrice sans en avoir conscience. L'américaine l'avait souvent vu esquisser ce geste. Ron et Hermione ne semblait pas l'avoir remarqué, peut-être trop habitués depuis le temps.
- Elle te fait mal ? Demanda Eléana
- Quoi ? Demanda Harry sans comprendre
- Tu portes ta main à ta cicatrice souvent, comme si elle te faisait mal. Expliqua le professeur
Ron et Hermione lancèrent un regard paniqué à Harry. Elle fit comme si elle ne voyait rien et l'adolescent dit rapidement :
- Non. C'est juste une habitude, un tic.
Eléana arrêta de manger et le regarda avec sérieux. Elle posa sa fourchette et dit d'une voix calme :
- Je ne lis pas vos journaux et accorde peu d'importance aux rumeurs. Je me fais mes propres opinions et si elles ne correspondent pas à ce que pensent les autres, je m'en fiche. Et je vois quand quelqu'un a mal et me ment. Je ne te jugerai pas, tu sais.
Le silence qui suivit ses paroles durait depuis plusieurs minutes quand Harry demanda d'une petite voix :
- Vous me croyez ?
Puis il sembla regretter sa question et reprit rapidement :
- Ca n'a pas d'importance, je ne sais même pas si vous savez de quoi je parle.
- Du retour de Voldemort ? Demanda Eléana mine de rien. Ecoute Harry, j'ai entendu beaucoup de choses. Je ne sais pas ce qui s'est passé cette nuit-là, je n'étais pas là. Ce que je sais, c'est que je n'ai aucune preuve de sa résurrection. (Elle vit la déception se peindre sur le visage des trois adolescents). Mais rien ne me dit non plus qu'il n'est pas de retour. Même si je n'ai pas le droit d'exprimer mon opinion devant vous, je crois que votre Ministère fait une grosse erreur en niant en bloc cette possibilité. Enfin, j'en ai déjà trop dit. Vous devriez allez vous coucher et moi aussi.
Elle se leva et remercia chaudement les elfes. Ils étaient dans le hall et elle leur souhaita bonne nuit. Harry la rappela et elle se tourna vers lui.
- Merci. De me laisser le bénéfice du doute plutôt que de me traiter de cinglé ou de menteur. Lui dit-il
Elle fut touchée et la situation dans laquelle cet adolescent se trouvait lui apparut soudain. Il avait vu un de ses camarades se faire tuer et il avait faillit y rester. Il avait vu le meurtrier de ses parents reprendre des forces et lui avait échappé en ramenant le corps de son ami. Depuis, tout le monde le montrait du doigt en le traitant de menteur ou de fou. Elle lui sourit tristement :
- Ce n'est rien. Si tu as besoin de parler, tu sais où me trouver. Et je serai une tombe. Allez, montez vous coucher tous les trois. Bonne nuit.
- Bonne nuit Professeur McBaine ! Lui lancèrent-ils en chœur.
Elle monta dans sa chambre, se changea et se coucha. Elle avait le cœur bien plus lourd que la veille et ce n'était que le premier jour. Elle finit par s'endormir.
µµ
Elle était dans une vieille demeure et portait une ancienne robe en lin toute simple. Elle était tendue et terrifiée. Autour d'elle, les ombres se mouvaient dangereusement. Un bruit retentit derrière elle et elle se mit à courir. Elle courait le plus vite possible, fuyant quelque chose derrière elle sans savoir quoi. Elle se trouva soudain dans un hall vieux et délabré. Devant elle, trois silhouettes masquées par de longues robes noires capuchonnées lui bloquaient le passage. Elle voulut repartir en sens inverse mais quatre mangemorts l'en empêchèrent. Ses jambes tremblaient et un poids s'était posé sur sa poitrine, l'empêchant de respirer. Sur le sol, un long serpent s'approchait d'elle en rampant. Elle recula d'un pas et une voix froide et aigue, ressemblant à un long sifflement, retentit dans l'ombre :
- Nagini, ne lui fais pas peur.
Les quatre mangemorts s'écartèrent et Voldemort s'approcha d'elle. Il tendit vers elle une main squelettique et elle se raidit.
- Ma très chère enfant, tu crois pouvoir te cacher de moi ? Reviens vers moi et je te pardonnerai.
- N…non ! Bredouilla Eléana. Ce que vous faîtes est mal ! Et je ne suis pas votre enfant !
- Après tout ce que j'ai fait, tout ce que j'étais prêt à t'offrir, tu oses me parler ainsi ! Ce sont eux qui t'ont montée contre moi, n'est-ce pas ? Tu étais encore jeune quand tu es tombée entre leur main. Jeune et si talentueuse. Ils t'ont enlevée à moi et t'ont corrompue mais ils paieront et tu seras à nouveau loyale.
Sa gorge était tellement crispée qu'elle arrivait à peine à respirer. Elle était tétanisée.
- Tu aurais dû me rester fidèle ! Te souvenir que je t'ai élevée comme ma propre fille ! Mais tu as oublié et pour cela, tu dois être punie.
- Non, non, s'il vous plait. Murmura-t-elle d'une voix rauque
Avant qu'elle est pu faire le moindre geste, il lui lançait le sortilège doloris. Elle se mit à hurler alors que la douleur éclatait brusquement tout son corps. Elle se réveilla en sursaut, sa Marque irradiant dans sa nuque. Elle y porta une main tremblante et sentit ses yeux s'emplirent de larmes. « Respire, vas-y respire ! Ce n'est qu'un rêve, un mauvais rêve. » murmura-t-elle. Elle resta prostrée pendant cinq minutes et s'apercevant qu'elle ne pourrait pas se rendormir, elle se leva. Elle s'habilla prestement, revêtit sa cape puis sortit. Il était une heure du matin et les couloirs étaient sombres et déserts. Sans savoir comment elle était arrivée là, elle se retrouva dans la Grande Salle. Le faux plafond était d'un noir d'encre piqueté d'étoiles. Elle s'assit à une chaise au bout de la table des Gryffondor et replia ses jambes contre sa poitrine avant de les entourer de ses bras. Sur son cou, la douleur de la Marque des Ténèbres était lancinante. Elle ne savait pas depuis combien de temps elle était là quand une porte qu'elle n'avait pas encore remarquée s'ouvrit à côté de la table des enseignants. Les professeurs Dumbledore, McGonagall et Rogue en sortirent. Ils se figèrent en la voyant. Le directeur s'approcha d'elle et vit son teint pâle et ses yeux rouges et terrifiés.
- Est-ce que vous allez bien Eléana ? S'inquiéta-t-il
Aussitôt, les trois professeurs virent son visage se fermer et un sourire apparaître alors qu'elle se redressait.
- Oui. Juste une insomnie. Je ne savais pas que quelqu'un était encore debout. Dit-elle précipitamment
Mais sa voix légèrement tremblante ne trahit personne.
- D'ailleurs, je ferais mieux de retourner me coucher et essayer de dormir un peu si je veux être en forme demain. Bonne nuit.
Sans attendre de réponse, elle sortit et remonta dans sa chambre. Dans la salle, les trois professeurs se regardèrent.
- Elle nous cache quelque chose. Dit Rogue d'une voix froide
- Severus, je voudrais que vous fassiez des efforts avec elle. Lui annonça Dumbledore sur un ton de reproche. J'ai eu de très bons échos et même si elle arrive dans une période troublée, elle ne mérite pas de subir votre caractère exécrable.
- Croyez vous à l'insomnie ? Elle était vraiment pâle et la peur était lisible dans son regard. Murmura McGonagall.
- Gardons là à l'œil. Ordonna le vieux sorcier. Severus, je compte sur vous.
Le professeur de potions tiqua, ne semblant pas très ravi de cette nouvelle tâche. Ils se séparèrent ensuite, regagnant chacun leurs quartiers.
