Les Yeux de l'Ombre
Disclaimer: rien ne m'appartient à part le personnage d'Eléana et quelques autres que vous reconnaîtrez aisément. La chanson du Choixpeau est extraite du tome 5 de Harry Potter.
Désolée d'avoir mis du temps depuis la dernière mise à jour, mais je suis en plein partiels, ce qui me laissent pas beaucoup de temps pour écrire.
Bonne lecture!
Chapitre 3
Le lendemain, Eléana avait beaucoup de mal à se concentrer mais elle fit de son mieux pour ne rien laisser paraître. Elle fut surprise quand elle vit que le professeur Rogue essayait d'être, si ce n'est agréable, en tout cas supportable. En cours, il fit des efforts pour ne pas trop aboyer sur ses élèves et la laissa se promener dans la classe. Il restait cependant toujours froid et distant et multipliait les regards assassins. Elle n'aidait pas les élèves. Severus lui avait dit que c'était une semaine d'observation et elle avait décidé de lui montrer qu'elle était prête à faire des concessions.
Alors que les sixièmes années de Poufsouffle et de Serdaigle quittaient la salle de classe après le dernier cours de la matinée, Eléana alla vers l'armoire que lui avait attribuée Severus, l'ouvrit et en sortit les Philtres de Paix et un paquet de parchemins. Rogue était assis à son bureau, y mettant de l'ordre avec des gestes précis et machinaux. Elle s'approcha de lui et déposa devant lui ce qu'elle venait de sortir de son armoire. Il resta parfaitement immobile pendant plusieurs secondes avant de lever vers elle son regard impénétrable.
- Vous les avez toutes analysées ? Demanda-t-il froidement
- Oui. J'ai aussi pris la peine de rédiger une correction personnalisée pour chaque élève, où j'ai fait part de leurs erreurs et où je leur ai donné quelques conseils pour la suite. Ajouta-t-elle en montrant la pile de parchemins
Si Severus était surpris, il n'en montra rien. Il se contenta de hocher la tête puis de se replonger dans son rangement. Eléana, voyant qu'elle n'avait plus rien à faire ici, remonta la salle et s'apprêtait à sortir quand elle entendit dans son dos :
- Ne vous avisez plus jamais de me défier comme vous l'avez fait la veille.
Elle se figea totalement et entreprit de compter lentement jusqu'à cinq avant de se retourner. Rogue n'avait même pas lever la tête. Elle revint sur ses pas.
- Alors ne me traitez plus jamais comme vous l'avez fait la veille. Répondit-elle d'un ton égal
Cette fois-ci, il abandonna son travail et la fixa, toujours aussi froid. « Par Merlin, est-ce que cet homme sait sourire ? » se demanda brusquement la sorcière. Elle ne le laissa pas ouvrir la bouche :
- Ecoutez, j'ai parfaitement compris que vous n'aviez que faire d'une assistante. Je suis peut-être jeune, mais pas idiote. Néanmoins, je suis là. Notre collaboration peut continuer comme elle a commencé et dans ce cas, nous allons passer cette année scolaire à nous disputer et l'atmosphère sera loin d'être plaisante, ni pour nous, ni pour nos élèves. Car il est hors de question que je parte, et encore moins que je me rabaisse devant vous. J'ai ma fierté et je refuse que vous m'humiliez. Ou alors, on peut mettre de côtés nos différents. Si vous enseignez dans cette école, c'est que vous devez être un excellent professeur et moi je suis là pour apprendre à en devenir un. J'ai beau être fière, je ne prétends pas tout savoir. Je suis prête à faire des efforts, mais il faut que vous aussi vous en fassiez. Cette semaine, comme vous me l'avez demandé, je ne ferai qu'observer. Mais la semaine prochaine, je compte bien participer à ce cours, et je voudrais autant que cela soit avec votre accord. Je me cantonnerai à ce que vous me demanderez à condition que vous preniez en compte mes compétences. Vous avez la semaine pour réfléchir. A cet après-midi, Professeur Rogue.
Elle tourna rapidement les talons et s'engagea vers la sortie. Dans son dos, le professeur de Potions ne dit pas un mot, il se contenta de la regarder s'en aller en se demandant pourquoi Merlin lui jouait un tel tour. N'aurait-il pas pu la mettre dans une autre matière ? Tout le monde savait qu'il était solitaire, alors pourquoi lui avoir collé une assistante ! Qui plus est, une jeune sorcière bien trop sûr d'elle qui remettait en cause toute sa méthode d'enseignement ! Comment osait-elle lui parler ainsi ? Lui qui savait tenir en respect tout son entourage ! Même Dumbledore ne se permettait pas de le remettre ainsi à sa place. Et elle l'avait fait devant toute une classe ! Et pas n'importe laquelle, non seulement il y avait une partie de sa maison, mais Harry Potter et ses amis avaient également assisté à la scène. Il savait bien qu'on parlait de cette incartade dans toute l'école. La crainte que sa présence provoquait s'était atténuée et il avait même pu lire un certain amusement dans l'œil de ces stupides Gryffondor ! Il avait une semaine pour décider de ce qu'il allait faire de cette jeune femme. Cela faisait à peine deux jours que les cours avaient repris et rien n'allait. Lui si calme d'ordinaire se sentait bouillir de rage.
- Maudite sorcière ! Aboya-t-il
Sa voix se répercuta sur les murs de la salle de classe. Il se leva brusquement, et dans un froissement de robes, il quitta la pièce, faisant claquer la porte derrière lui.
µ
Il restait une heure avant le déjeuner et Eléana décida d'aller visiter l'infirmerie. Elle était située au premier étage. C'était une pièce claire toute en longueur contenant une dizaine de lits aux draps blancs qui s'alignaient le long des murs, à gauche et à droite. Des paravents les séparaient, conférant une intimité relative aux malades. Il n'y avait pas âme qui vive.
- Il y a quelqu'un ? Appela-t-elle. Madame Pomfresh ?
Une porte au fond de l'infirmerie s'ouvrit et l'infirmière en sortit, un air sévère sur le visage. Elle sourit quand elle vit que ce n'était pas un élève qui l'appelait mais un professeur.
- Professeur McBaine ! Un instant, j'ai eu peur de voir débarquer les premiers malades.
- Ce n'est que moi. Je voulais profiter d'un instant de répit pour visiter l'infirmerie. Comme je suis censée vous aider en cas de surmenage, il est préférable que je connaisse l'endroit.
- C'est tout à fait compréhensible. Pour l'instant, je ne suis pas surchargée comme vous pouvez le voir. Mais venez, je vais vous faire faire le tour de mon antre.
Eléana fut ravie de l'accueil que lui fournit l'infirmière. Cette dernière lui montra son bureau, la réserve de potions et lui expliqua comment l'ouvrir. Puis, les deux femmes se mirent à discuter joyeusement. Pompom raconta plusieurs anecdotes à Eléana, dont la plupart concernaient les jumeaux Weasley. Puis elle soupira :
- Pour l'instant, cela devrait être assez tranquille. Quand la saison de Quidditch reprendra, il y aura plus de fréquentations. Surtout avec Potter. Il semble mettre un point d'honneur à finir à l'infirmerie après les matchs.
- Casse-cou ?
- Et s'il n'y avait qu'au Quidditch ! Enfin, Potter, c'est un cas un peu particulier.
- Ça n'a pas l'air d'être un mauvais garçon. Et la situation semble assez difficile pour lui.
- Oui. La Coupe de Feu, la mort de Cédric, puis le procès cet été.
Eléana se figea. Un procès ?
- Quel procès ? Demanda-t-elle innocemment
Le visage de l'infirmière se referma aussitôt. Elle sembla hésiter, consciente qu'elle en avait dit trop ou pas assez. Puis, elle soupira.
- Cet été, il a lancé un Patronus devant un moldu. Il dit que des Détraqueurs les attaquaient mais le Ministère n'a rien voulu savoir et comme c'était la deuxième fois qu'il utilisait la magie hors de l'enceinte de l'école et devant des moldus, on lui a confisqué sa baguette et on l'a renvoyé de Poudlard. Albus a bien sûr tout réglé mais Harry est passé en audience disciplinaire, et devant tout le Mangenmagot qui plus est ! Ils ont même tenté de lui faire rater l'audience en avançant l'heure de la convocation au dernier moment. Dumbledore est allé soutenir Harry et ce dernier a été innocenté mais quand même !
Eléana enregistrait ce que lui disait Pompom et ne savait pas quoi dire. Que le Ministère ne croit pas Harry était une chose, qu'il le fasse passer en audience disciplinaire sous un prétexte fallacieux était une autre. Elle sortit de ses pensées pour s'apercevoir que l'infirmière la regardait attentivement et elle dit :
- Je ne connais pas beaucoup Harry mais j'ai eu l'occasion de lui parler. Il semble être un garçon sincère. Je me demande pourquoi les gens jugent bon de s'acharner autant sur lui. Ce n'est qu'un adolescent.
Pompom acquiesçait et dit tristement :
- Mais un adolescent à la vie bien compliquée et au passé douloureux. Il est jeune, soit, mais en a vu plus que beaucoup d'adultes. Enfin, il est temps d'aller déjeuner. J'ai été ravie de discuter avec vous Professeur McBaine.
- S'il vous plait, oubliez le « Professeur McBaine ». Appelez-moi Eléana.
Les deux femmes partirent toutes les deux en direction de la Grande Salle.
Le reste de l'après-midi passa calmement. En classe, elle se contentait de regarder, comme le lui avait demandé Rogue. Ce dernier ne lui accordait aucune attention, mais au moins, elle ne recevait plus de coups d'œil méprisant, se disait-elle pour se calmer. Des bribes de son cauchemar lui revenaient souvent et elle s'évertuait à les repousser et à calmer les sueurs froides qui l'envahissaient à chaque fois.
Le soir, elle prit un parchemin et détailla les trois derniers jours qu'elle venait de passer. Elle y écrivit les impressions que chacun lui avait faites et d'autres remarques. Elle expliqua qu'elle était presque sûr que Dolores Ombrage était une espionne pour le compte du Ministère et aussi que Dumbledore devait avoir monté une résistance dans l'ombre, composée au moins des professeurs McGonagall et Rogue et sûrement de la famille Weasley. Sa théorie s'appuyait sur sa rencontre avec Harry à la gare et de son « escorte » et celle des trois professeurs la veille au soir dans la Grande Salle. Elle parla aussi de ce que lui avait appris Madame Pomfresh. Elle enchanta son parchemin et aussitôt, les mots qu'elle avait écrits se changèrent pour ne narrer que des éléments futiles et toutes informations importantes comme la Résistance ou le Ministère disparurent. Elle passa rapidement à la volière, prit un hibou de l'école et l'envoya. Puis, elle remonta dans sa chambre, prit un bain et alla se coucher.
µµµ
Le reste de la semaine se passa aussi bien. Peu à peu, elle arrivait à ne plus penser à son cauchemar. Elle parlait avec tous les professeurs, tentant de créer des liens. Elle avait bien sûr plus d'affinités avec certains qu'avec d'autres. Elle n'avait pas reparlé avec Harry et ses amis depuis le premier soir. Lorsque Rogue avait rendu l'évaluation du Philtre de Paix, Harry avait ouvert de grands yeux en découvrant qu'il avait la moyenne. Hermione avait eu un large sourire en recevant la note maximale. Ron s'était contenté d'une note un peu moins mauvaise qu'il espérait. En découvrant la sienne, Goyle s'était rué vers Rogue pour se plaindre, accompagné de Drago et Crabbe. Eléana avait regardé avec intérêt le professeur lui expliquer que sa note valait tout simplement son philtre et qu'elle était expliquée dans la suite du parchemin qu'il ferait bien de lire. Eléana avait jubilé, et avait sourit largement à Severus lorsque celui-ci lui avait lancé une œillade meurtrière, mécontent de n'avoir pu exercer de favoritisme à l'égard des Serpentard.
Le vendredi soir, elle se promenait dans les couloirs quand elle vit Harry sortir de la classe de Dolores Ombrage avec qui il avait une retenue tous les soirs de la semaine.
- Comment vas-tu Harry ? Demanda-t-elle joyeusement
- Bien, merci. Répondit-il rapidement avant de passer devant elle
Elle l'attrapa par le bras, l'arrêtant, peu convaincue par le ton de son élève.
- Qu'est-ce que c'est que ça ? S'enquit-elle en voyant la main du jeune homme.
Gravée dans la chair, elle vit la phrase « Je ne dois pas dire de mensonges ». Elle sentit une bouffée de colère s'emparer d'elle à la vue de la main blessée de Harry.
- Ce n'est rien. Dit-il en retirant prestement son bras
- Bien sûr que si, c'est quelque chose ! S'exclama-t-elle. Il faut soigner ça, va à l'infirmerie.
Il hocha la tête et s'éloigna. Elle ne fut pas convaincue qu'il se rendrait à l'infirmerie. Elle entra dans la salle du professeur de Défense Contre les Forces du Mal. Alors que la porte claquait derrière elle, Dolores leva les yeux vers elle :
- Que voulez-vous, Miss McBaine ?
- Ça vous plait de torturer vos élèves ? Demanda sèchement la jeune sorcière.
- De quoi parlez-vous ?
- De la main de Potter ! Etes-vous au courant que ce genre de punition est interdit ? C'est un motif de renvoi.
Son interlocutrice éclata d'un grand rire aigu qui fit frissonner Eléana.
- Alors allez en parler à Dumbledore. Vous êtes la dernière personne qu'il a engagée et qu'il pourra engager avant longtemps. De grandes transformations attendent cette école.
- La remise en pratique d'une punition barbare fait-elle partie de ces transformations ? Demanda Eléana d'un air dégoûté
- Vous n'êtes pas d'ici, mademoiselle. Nous sommes à l'aube d'une nouvelle ère si l'on peut dire. Deux camps se dessinent et vous feriez bien de choisir rapidement le bon.
- Est-ce une menace ?
- Un conseil d'amie.
- Comme vous l'avez fait remarquer, je ne suis pas d'ici alors je n'ai aucun camp à prendre. Et vous n'êtes pas mon amie. Et si vous ne voulez pas devenir mon ennemie, vous feriez bien de considérer avec plus de respect vos élèves et de ne plus jamais prendre le ton suffisant et menaçant que vous avez en ce moment. Et ça, ce n'est pas un conseil, mais une menace.
D'un pas énergique, elle sortit de la salle sans laisser le temps à Dolores de répondre. Elle avait toujours eu des problèmes à contrôler sa colère mais elle y arrivait plutôt bien. Enfin jusque là. Elle sentait que si elle ne prenait pas une journée pour calmer ses nerfs, elle allait commettre un meurtre.
µµµ
Eléana décida de réserver son week-end à la découverte du voisinage. Elle passa son samedi à flâner dans les rues de Londres, s'émerveillant de tout. Jake lui disait souvent que ce qui était remarquable chez elle, c'était que malgré ce qu'elle avait vécu, elle avait réussi à garder un côté enfantin. Elle avait passé les premières années de sa vie dans un univers sombre où les valeurs étaient la puissance, la pureté du sang, la supériorité de certains sorciers. On ne lui avait jamais vraiment appris la différence entre le bien et le mal. On lui avait enseigné que les êtres humains n'étaient pas égaux et qu'elle avait un sang pur qui lui donnait le droit de vie ou de mort sur les êtres inférieurs. Ce qui était faux, car elle avait appris plus tard qu'au sein de sa famille, il y avait eu plusieurs unions avec des moldus. On lui avait inculqué l'idée que la peur, les pleurs et les émotions étaient des signes de faiblesse qu'elle ne devait absolument pas montrer. Quand elle avait le malheur de les montrer, elle subissait le sortilège doloris. Très jeune, elle avait découvert qu'elle parlait le fourchelangue et Voldemort avait tenu à ce qu'elle ne s'adresse à lui que dans cette langue. Dès qu'elle avait été capable de tenir une baguette et de parler, on lui avait appris à jeter des sorts. Lorsqu'elle refusait d'utiliser la magie, les mangemorts lui lançaient le sortilège doloris pour la punir, puis, ils avaient découverts que la colère lui faisait perdre ses moyens et qu'instinctivement, elle utilisait la magie comme une arme offensive. A l'âge de dix ans, Voldemort était tombé et des Aurors du Ministère de la Magie américain avaient appris son existence et l'avaient libérée. Elle était alors une enfant méfiante, mystérieuse, hautaine et coléreuse pour qui l'usage de la magie aussi bien blanche que noire était normal. C'est toute son éducation qui avait été refaite et elle qui n'avait jamais rien vu d'autre qu'un château lugubre, avait découvert un monde totalement inconnu. Après avoir réappris la confiance, elle s'était ouverte sur le monde et avait développé une curiosité enfantine qui ne l'avait jamais vraiment quittée en grandissant. A onze ans, elle était entrée au collège et avait beaucoup d'avance sur les autres. Mais elle n'avait jamais sauté de classe. Lorsqu'en troisième année, elle avait étudié les animagi, elle avait été fascinée. Avec acharnement, elle avait poussé cette étude plus loin jusqu'à devenir elle-même un animagus, quelques mois seulement après avoir obtenu ses ASPICs. Aristide Claymore l'avait beaucoup aidée. Il dirigeait l'Ecole de Sorcellerie de Salem et l'avait prise sous son aile dès son entrée. Elle respectait énormément le vieil homme qu'elle considérait un peu comme son grand père.
Quand elle repensait à tout ce qu'elle avait vécu, elle avait souvent l'impression d'avoir deux vies. Le fait que ces deux vies menaçaient aujourd'hui de se rencontrer l'effrayait. Elle repoussa bien vite ses sombres pensées et elle décida de ne pas se soucier de cela aujourd'hui. Le samedi soir, elle rentra à Poudlard l'esprit léger.
Le dimanche, elle alla à Pré-Au-Lard et s'y promena. Elle parla avec une grande partie des marchands et sirota des Bièraubeurres au Trois Balais. Elle observa longtemps la Cabane Hurlante avant de se décider à y entrer et à l'explorer, encore une fois avec une curiosité enfantine. Puis, elle décida d'aller parcourir la Forêt Interdite. A la lisière, elle se métamorphosa et pénétra dans la masse sombre des arbres sous la forme d'une puissante et gracieuse panthère noire. Le temps fila sans qu'elle s'en aperçoive. Elle était trop occupée à découvrir l'univers étrange de la forêt peuplée de créatures mythiques. Elle croisa des centaures et des licornes, se fit pourchasser par quelques Acromentules et observa attentivement les étranges chevaux ailés et reptiliens qui avaient tiré les diligences une semaine plus tôt.
Elle rentra bien après le coucher du soleil. Après un passage à la cuisine, elle monta se coucher et s'endormit rapidement.
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Son allégresse disparut le lendemain matin au petit déjeuner. Deux choses en furent la cause. Tout d'abord, la une de La Gazette du Sorcier qui annonçait la nomination de Dolores Ombrage au poste de Grande Inquisitrice et le souvenir de leur confrontation vendredi dernier fit naître un mauvais pressentiment. Ensuite, ce fut une lettre formelle qui la convoquait en fin de matinée au Ministère de la Magie. Elle jeta un regard noir à sa collègue, devenue officiellement l'espionne du Ministère. Dolores lui répondit par un grand sourire hypocrite et mielleux qui fit renaître les envies meurtrières d'Eléana.
Elle assista à la première heure de cours. Quand les élèves commencèrent à sortir, elle se dirigea vers Rogue. Elle allait parler mais il fut plus rapide :
- A midi, je voudrais que nous parlions de vos responsabilités dans ce cours.
Eléana soupira intérieurement. Il choisissait bien son moment.
- Professeur Rogue, je suis désolée mais cela va être impossible.
- Pourquoi cela ? Demanda-t-il froidement
- Ce matin, j'ai reçu une convocation au Ministère. Elle a lieu à midi. En fait, je venais vous dire que je devais partir.
- Pourquoi êtes-vous convoquée ?
- Demandez à Dolores Ombrage. Il semblerait que, tout comme vous, elle n'apprécie pas vraiment ma présence ici.
- Evitez de me trouver des points communs avec cette… femme. Dit Severus avec… un semblant de sourire ?
Eléana le regarda stupéfaite. Les élèves suivants attendaient devant la salle.
- Très bien. Continua Rogue. Alors venez me voir ce soir, un peu avant le couvre-feu et nous parlerons de votre participation. Quand vous sortirez, dîtes aux élèves de rentrer.
- D'accord. Bonne journée, Professeur.
Puis elle sortit. Sur le seuil, elle fit entrer les élèves. Elle se rendit ensuite à Pré-au-Lard où elle transplana au Chemin de Traverse, à Londres. Elle demanda le chemin du Ministère à Ollivander, un marchant de baguettes. Elle arriva avec une heure d'avance et apprit avec étonnement qu'elle avait rendez-vous avec le Ministre de la Magie lui-même. Elle alla attendre dans la salle d'attente devant le bureau de Cornelius Fudge. Un jeune homme à l'air hautain et à la crinière rousse remplissait des documents administratifs. Au bout de dix minutes, elle se leva et s'approcha de lui
- Excusez-moi. Appela-t-elle doucement.
Il leva les yeux vers elle, visiblement mécontent d'être ainsi dérangé. Elle demanda :
- Est-ce que vous un lien de parenté avec les Weasley de l'école Poudlard ?
Il émit un claquement de langue agacé :
- Je suis leur frère.
- Je ne savais pas qu'ils avaient un frère qui travaillait au Ministère.
- Ecoutez Mademoiselle, j'ai beaucoup de travail.
Eléana eut l'impression de recevoir une douche froide. Elle serra les poings en le voyant se replonger dans ses dossiers, l'ignorant superbement. Quelle grossièreté ! Elle retourna s'asseoir, respirant profondément et tentant de ravaler les remarques acerbes qui lui venaient à l'esprit. Elle somnolait lorsque la porte du bureau s'ouvrit.
- Eléana McBaine. Appela Fudge
Elle sursauta légèrement et se leva. Elle plaqua sur son visage un masque innocent. Elle devait faire en sorte de mener la conversation sans que le Ministre sans rende compte. Elle devait le convaincre de son innocence. Il ne devait voir en elle qu'une jeune enseignante dont le zèle serait le seul défaut. Il ne devait surtout pas commencer à la surveiller et lui laisser le champ libre. Quelques secondes plus tard, elle était assise dans un fauteuil en face du Ministre de la Magie.
- Je pense que vous vous doutez de la raison de votre présence ici, Miss McBaine.
- Hélas, non. Répondit-elle innocemment
Comme elle l'espérait, elle vit la surprise se peindre sur le visage de l'homme mais il se reprit très vite.
- Le Professeur Ombrage est venue me voir et m'a rapporté votre petite conversation de vendredi dernier. Est-ce que vous voyez de quoi je veux parler à présent ?
- Oui, Monsieur le Ministre.
- Est-ce vrai que vous l'avez menacée ?
- Oui, Monsieur le Ministre.
Sa réponse parut le surprendre. Il ne s'attendait apparemment pas à ce qu'elle avoue aussi facilement. Eléana profita de cette confusion pour retourner la situation à son avantage :
- Puis-je être franche, Monsieur le Ministre ?
Les yeux de Cornelius s'agrandirent à cette requête inattendue.
- Heu…oui. Allez-y.
« A toi de jouer, ma grande ! » S'encouragea-t-elle
- Je suis là pour apprendre mais comme toutes personnes, j'ai mes idéaux. J'ai très vite remarqué qu'il y avait des tensions dont je ne connais pas vraiment les causes. Je ne me permettrai pas de critiquer vos manières de diriger votre Ministère. Mais je ne peux pas rester sans rien faire quand je vois un élève sortir d'une retenue avec une main blessée. Je n'ai rien contre les retenues mais la méthode utilisée par Madame Ombrage me révolte. Je me suis emportée et mes mots ont dépassé mes pensées. Mais je recommencerai si je vois un élève, et n'importe lequel, sortir d'une retenue avec une main gonflée et sanglante, des mots gravés à vif dans la chair. J'espère que vous me comprenez, Monsieur le Ministre ?
Cornelius semblait réfléchir à ce qu'elle venait de dire. « Faîtes qu'il y croit ! » Pria-t-elle
- Je suis tout à fait d'accord avec cette demoiselle, Cornelius. Retentit une voix derrière elle
Elle se retourna sur sa chaise et se figea en se trouvant face à une version adulte de Drago Malefoy. Il dégageait un charisme certain mais dérangeant. Le Ministre se leva brusquement et vint serrer la main de ce visiteur impromptu. Les yeux glaciaux de ce dernier ne quittaient pas Eléana.
- Qu'attendez-vous pour faire les présentations, Cornelius ? Demanda le père de Drago
- Ho…heu…oui, bien sûr ! Voici Eléana McBaine. Cette jeune demoiselle travaille à Poudlard en tant qu'assistante du professeur Rogue. Miss McBaine, je vous présente Lucius Malefoy.
Ce dernier tendit la main vers la jeune femme qui fit de même. Au lieu d'une poignée de main classique, Lucius déposa un baiser sur la paume de sa main en se penchant légèrement.
- Je sens que je vais me rendre plus souvent à Poudlard. Dit-il en souriant. Cornelius, est-ce vrai qu'un élève est sorti blessé d'une retenue ?
Le Ministre sembla fortement embarrassé et se mit à danser d'un pied sur l'autre.
- Heu…oui. Murmura-t-il, gêné
- J'espère que le professeur responsable de cela sera blâmé.
- Bien sûr ! S'empressa de répondre Cornelius
Eléana réprima un sourire en pensant que Lucius ne devait pas savoir que le professeur en question était Ombrage et surtout que l'élève était Harry Potter.
- Vous vouliez me parler de quelque chose ? Demanda Cornelius à Malefoy
- Cela peut attendre. Avez-vous déjeuner, Miss McBaine ?
- Non, pas encore.
- Excellent ! Je vous invite. Je connais un très bon restaurant où la cuisine est divine et où les elfes de maisons effectuent un service impeccable.
Elle fut plus que surprise par cette invitation et Fudge le semblait encore plus qu'elle. Voyant son hésitation, Lucius lui fit un sourire éclatant en lançant :
- Un déjeuner ne peut faire de mal à personne. Et je vous raccompagnerai à Poudlard. J'en profiterai peut-être pour voir mon fils. Acceptez, s'il vous plait.
Elle réfléchit à toute vitesse. Avoir un allié qui puisse agir sur le Ministère aiderait. Mais elle n'aimait pas Lucius. Quelque chose chez lui la dérangeait profondément. Que pouvait-il arriver de mal en une journée ?
- Très bien. Répondit-elle. Vous avez gagné.
- Magnifique ! S'exclama Lucius. Cornelius, votre entretien est fini ?
Le Ministre acquiesça et proposa de les accompagner dans le hall. Lucius parla avec Fudge le long du chemin et Eléana écoutait, retenant le plus possible. Dans le hall, Cornelius les salua chaleureusement. Posant une main au creux des reins d'Eléana que l'intimité du geste dérangea, Malefoy la conduisit vers l'extérieur. Dans le hall, elle ne remarqua pas l'attention toute particulière que lui portait Arthur Weasley avec un visage sombre.
Le déjeuner se déroula dans un restaurant luxueux qui mit mal à l'aise la sorcière. Ce malaise était augmenté par la présence imposante et dérangeante de Lucius. Le père de Drago lui faisait légèrement penser à Severus. Il avait le même dédain, la même hauteur que le professeur de potions mais avec la sournoiserie en plus. Il souriait quand il le fallait, riait de temps en temps et se montrait même doux parfois. Cela aurait pu être un compagnon agréable si toutes ses manières ne sonnaient pas si faux. Il devait être un bon manipulateur. Il était conscient du charisme qu'il dégageait et surtout il semblait aimer le pouvoir qu'il avait sur autrui. Il n'avait pas fallu longtemps à Eléana pour remarquer que l'on s'adressait à Lucius avec un mélange de respect et de terreur. On baissait les yeux devant lui et ceux qui ne le faisaient pas étaient la cible de remarques cassantes savamment cachées sous un ton doucereux. Il était mystérieux aussi, mais pas dans le bon sens du terme. Il y avait quelque chose de sombre en lui, quelque chose qui dérangeait. Peut-être était-ce la manière dont son regard semblait juger tout le monde avec sévérité ? Ou cette impression de se sentir supérieur au reste des sorciers qu'il dégageait ? A la fin du déjeuner, Lucius lui donnait froid dans le dos et elle n'avait qu'une hâte : retourner à Poudlard le plus vite possible.
Quand il lui proposa de lui faire faire le tour du Londres moldu, elle refusa d'abord poliment, lui disant qu'elle ferait mieux de retourner au collège pour au moins finir la journée. Elle comprit vite que ce n'était pas un homme auquel on disait non et elle se retrouva entraînée à travers les rues de Londres. Il lui posa plein de questions sur sa profession, sa vie, son enfance. Elle lui sortit l'enfance qu'elle s'était inventée et qu'elle disait à tous ceux qui ignoraient qui elle était. Cela sembla le satisfaire. Il lui parla peu de lui. Quand elle apprit que c'était un ami de Severus, elle l'interrogea et il parla de Poudlard quand il y était et du jeune homme plein d'aspirations qu'il était à l'époque et de son amitié avec Rogue. Malgré son ton enjoué, ses yeux d'acier restaient froids et sévères.
A la fin de la journée, quand il la ramena à Poudlard peu de temps avant le dîner, elle le vit se masser le bras gauche au moment où la Marque sur son cou commençait à la démanger et un frisson lui parcourut la colonne vertébrale. Pour elle, il ne faisait désormais aucun doute que Lucius Malefoy était un mangemort.
Les élèves commençaient à se rendre dans la Grande Salle pour le dîner qui allait commencer. Le hall était bondé quand il la déposa. Elle vit la surprise se peindre sur les visages de Harry et ses amis, qui ne semblaient pas apprécier de les voir ensemble. Ils continuèrent leur chemin en chuchotant. Une bande de Serpentard, dirigé par Drago, venait d'apparaître.
- Drago ! Appela Lucius
L'adolescent, portrait craché de son père, se figea en le voyant en compagnie d'Eléana. L'incompréhension se lisait sur son visage. Se reprenant, il s'approcha de sa démarche hautaine.
- Qu'est-ce que tu fais là ? Demanda-t-il
- C'est comme ça que tu salues ton père ? Rétorqua Lucius
- Heu non. C'est juste que je suis surpris. Se rattrapa aussitôt Drago
- Lucius ?
Eléana vit Dumbledore, Rogue et McGonagall venir vers eux.
- Je ne savais pas que vous deviez passer. Dit le directeur d'une voix froide qui surprit Eléana
- Comment auriez-vous pu alors que je ne le savais pas moi-même ? Demanda Lucius en riant. En fait, je ne reste pas. Il faut que je rentre.
- Tout de suite ! S'exclama Drago avec une certaine déception
- Oui, fils. Je venais juste déposer Eléana. Répondit le père du jeune homme. J'ai été ravie de faire votre connaissance. J'espère que vous avez passé une bonne journée ?
- Magnifique. Répondit elle en souriant. Je vous remercie encore pour votre aide auprès du Ministre, ce matin.
- Ce n'est rien. Au fait, je n'ai même pas pensé à vous demander de quel élève vous parliez ? Finit-il par demander
- Un élève de Gryffondor, Harry Potter. Et votre intervention m'a été très précieuse. Le professeur Ombrage et moi étions en désaccord à propos de la punition qu'elle lui avait infligée et grâce à vous, j'ai obtenu gain de cause.
Elle vit les yeux de Lucius s'arrondirent de stupéfaction et entendit Minerva hoqueter de surprise. Quant à Drago, une expression de dégoût et de colère déformait ses traits. Contrairement à son père, qui avait très vite caché sa surprise, son fils ne semblait pas être aussi doué pour cacher ses émotions.
- En tout cas, je vous remercie pour cette journée, Lucius.
- Mais ce fut un plaisir partagé. J'espère que nous nous reverrons. Souhaita Malefoy
- Moi aussi. Sourit Eléana tout en souhaitant le contraire
- Il est temps pour moi de partir. Bonsoir. Je t'écrirai dans la semaine Drago.
- Bien, père.
Lucius disparut et Drago rejoignit rapidement la Grande Salle, l'air furieux. Elle se tourna vers ses collègues et Dumbledore lui demanda des explications. Elle leur expliqua sa rencontre inattendue avec Harry sortant de sa retenue, sa main blessée, sa confrontation avec Dolores, sa convocation au Ministère et l'aide inattendue de Lucius. Elle finit par demander :
- Est-ce que ce n'était que moi ou l'expression de surprise sur le visage de Lucius lorsqu'il a appris qu'il avait aidé Harry était purement jubilatoire ?
Même si Rogue ne sembla pas apprécier, Dumbledore et McGonagall ne purent s'empêcher de sourire.
- Pourquoi avoir passé la journée avec lui alors que vous ne semblez pas l'apprécier ? Demanda le Directeur
- Disons que je n'ai pas trouvé juste de l'envoyer paître alors qu'il venait de m'aider. Expliqua-t-elle
- Puis-je vous demander ce que vous n'aimez pas chez lui ? Interrogea Rogue
Elle le regarda et remarqua que lui et ses collègues semblaient attendre sa réponse avec un intérêt un peu trop important. Elle décida qu'il était temps pour elle de commencer à leur montrer qu'elle était dans leur camp.
- C'est un tout. Je pense que si Vous-Savez-Qui était vraiment de retour, Lucius aurait le profil type d'un de ses partisans.
Leurs visages se figèrent brusquement. Dumbledore finit par dire :
- Le Ministère ne croit pas au retour du Seigneur des Ténèbres.
- Avec tout le respect que je vous dois, le Ministère est dirigé par des hommes. Et il est bien connu que les hommes commettent tous des erreurs. Mais bon, j'ai eu ma dose de convocations pour un bout de temps, alors n'allez pas répéter cela. On ferait bien d'aller dîner, vous ne croyez pas ?
L'air de rien, elle se dirigea vers la Grande Salle. Derrière elle, Dumbledore, Rogue et McGonagall la regardaient avec une expression étrange. Ils lui emboîtèrent le pas quelques secondes après.
Elle frappa à la porte du bureau de Severus une demi-heure avant le couvre-feu. La porte s'ouvrit rapidement et Rogue la fit entrer. Ses robes tournoyaient alors qu'il faisait demi-tour et remontait vers son bureau d'un pas pressé.
- J'ai peu de temps à vous consacrer, Miss McBaine. Alors je vais être bref. Vous voulez enseigner ? Bien. Je vous lègue les Première et Deuxième années. A partir de la semaine prochaine, c'est vous qui assurerez les cours. Je serais présent, bien sûr mais je ferais mon possible pour ne pas intervenir. Le soir, nous ferons un bilan. Je vous dirais ce que j'ai pensé de vos cours et ce qu'il vous faudra améliorer. Pour le reste des classes, je vous autorise à aider les élèves comme c'est ce que vous semblez tant apprécier. Cette situation pourra évoluer en fonction de la manière dont cela se passera. Est-ce que cet arrangement vous convient ?
Les Première et les Deuxième années rien que pour elle ?
- Je serais autonome pour mes classes ?
- Vous parlez déjà de vos classes. Dois-je comprendre que cela vous convient ?
- Oui, bien sûr. Seulement si je suis autonome pour faire mes cours.
- Vous le serez. Tant que cela restera fidèle au programme du Ministère. Railla Severus. Maintenant si vous ne voulez rien savoir d'autre, j'ai encore du travail.
- Très bien. Bonsoir, Professeur Rogue.
- Bonsoir Miss McBaine.
Eléana sortit le sourire aux lèvres. La journée se finissait plutôt bien. Et à partir de la semaine prochaine, elle pourrait enseigner. Elle alla se coucher tôt et dormit d'un sommeil de plomb.
