Les Yeux de l'Ombre

Disclaimer: rien ne m'appartient à part le personnage d'Eléana et quelques autres que vous reconnaîtrez aisément.

Et merci à Bunny qui corrige patiemment mes fics

Bonne lecture!


Chapitre 4

La routine s'installa peu à peu. Le professeur Ombrage avait donné une nouvelle retenue à Harry mais elle ne réutilisa pas sa manière peu pédagogique et lançait des regards noirs à Eléana. Les premiers entraînements de Quidditch démarrèrent et Eléana essayait d'y assister quand elle le pouvait. Elle adorait voler et ce sport la passionnait. Elle avait commencé à donner ses propres cours aux Première et Deuxième années. Le plus difficile avait été de se sentir à l'aise malgré le regard de Severus. Les cours qu'elle donnait étaient différents de ceux que faisaient Severus. Elle mélangeait théorie et pratique, ne demandant pas aux élèves d'attaquer directement les potions mais elle distribuait les ingrédients, expliquant leur fonction dans la potion. Malgré sa douceur, elle avait rapidement su se faire respecter. Après avoir remis à leur place quelques Serpentard, les autres avaient suivi. Lors de leurs réunions, Severus lui faisait part de son opinion avec sa froideur habituelle et lui donnait quelques conseils ou l'interrogeait sur son futur cours. Elle pouvait aussi aider les autres élèves et certains avaient vu leurs notes augmenter, comme Neville Longdubat de Gryffondor. La Grande Inquisitrice de Poudlard s'était lancée dans une inspection en règle des professeurs et avait personnellement averti Eléana du jour de la sienne quand elle avait appris qu'elle avait à sa charge plusieurs classes. Cette dernière ne lui avait pas encore fait remarquer que cette inspection n'avait aucune raison d'avoir lieu puisqu'elle n'était pas professeur, mais assistante. Elle attendait de lui faire savoir cela en cours si quelque chose ne se passait pas comme elle le souhaitait.

Le matin de la sortie à Pré-Au-Lard, toutes les tensions semblaient s'être évaporées et la seule préoccupation des élèves était ce qu'ils allaient faire de leur après-midi de leur liberté. Ils se pressaient tous devant un Rusard grognon qui cochait le nom des élèves qui sortaient.

Arrivés au village, les élèves s'éparpillèrent rapidement en petits groupes de deux ou trois. Pompom prit le bras de la jeune américaine et l'entraîna à travers les rues du village sorcier.

- Allons surveiller ces petits diables ! dit-elle avec cet entrain qu'Eléana appréciait tant chez elle

Les deux jeunes femmes se baladèrent en papotant. Chacune de leur expiration créait un petit nuage de vapeur blanc. Leur nez, leurs oreilles et leurs joues devinrent rouges et l'infirmière finit par dire :

- Nous ferions mieux d'aller au chaud ou nous serons bonnes pour une dose de pimentine !

- Je m'en passerai bien !

En effet, l'idée d'avoir de la fumée sortant de ses oreilles ne la tentait guère. Elle allait lui proposer d'aller au Trois Balais quand une silhouette familière attira son attention. Eléana se tourna vers son amie :

- Je dois encore faire une petite course. Je vous rejoindrai un peu plus tard.

L'infirmière ne sembla pas dupe et jeta un petit coup d'œil circulaire. Elle remarqua un jeune homme, qui passait d'un pied sur l'autre, les mains dans les poches d'un pantalon trop grand pour lui. Pompom sourit :

- Qui est-ce ?

Eléana soupira.

- Un ami. Il s'appelle Jake. Ça ne vous dérange pas que j'aille le voir ?

- Bien sûr que non. Il est américain ?

- Oui. Si vous pouviez éviter de parler de lui. Je ne crois pas qu'il ait l'autorisation d'être sur le territoire britannique.

- Je serai muette. Allez, filez le rejoindre.

- Merci ! A tout à l'heure !

Pompom partit après avoir lancer un sourire espiègle à sa collègue. Eléana se dirigea prestement vers Jake :

- Qu'est-ce que tu fais là ? demanda-t-elle

- Je viens voir comment tu vas. Je n'ai pas le droit ?

Elle répondit en souriant :

- On croirait presque que tu t'inquiètes pour moi. C'est touchant.

- Il faut bien que quelqu'un veille sur toi.

- Qui te dit que j'ai besoin d'un ange gardien ?

- Tout le monde a besoin d'un ange gardien, Eléa ! s'exclama Jake comme si c'était une évidence.

La sorcière soupira d'agacement et le sourire de son meilleur ami s'élargit. Il frissonna, se frotta les mains l'une contre l'autre et souffla dessus.

- Et si on allait dans un endroit un peu plus chaud ? proposa-t-il. J'ai vu un petit établissement qui paraissait bien sympathique, les Trois Balais…

- Non ! Les professeurs y seront. Allons à la Tête de Sanglier plutôt.

- Tant qu'il fait plus chaud qu'ici, ça me va !

Elle l'attrapa par le bras et le guida à travers les rues gelées du village jusqu'à un petit bar miteux. Elle poussa la porte et entra, Jake sur les talons. Qu'elle ne fut pas sa surprise quand, en promenant son regard à travers la salle, elle vit une partie des élèves de Poudlard attablés dans un coin sombre et reculé du bouge. C'était bien le dernier endroit où elle s'attendait à les retrouver. Elle reconnut les jumeaux Weasley, Ginny et Ron dont la chevelure rousse ne trompait pas, Harry et Hermione ainsi que Néville Longdubat avec plusieurs autres élèves. Ils semblaient tous plongés dans une discussion sérieuse. Elle se tourna vers son compagnon :

- Va au bar et commande nous deux Bièraubeurres. J'en ai pour une minute.

- Ok. Ils sont à Poudlard ? demanda-t-il en désignant du menton les adolescents

Eléana acquiesça d'un signe de tête avant de se diriger vers la petite troupe.

- Je me demande bien ce que le professeur Ombrage penserait de cette petite réunion.

Les bonds qu'ils firent et la soudaine pâleur de leur visage lui apprirent que son apparition avait fait son petit effet. Hermione, pâle et visiblement mal à l'aise, commença précipitamment :

- Je vais tout vous expliquer, professeur McBaine !

- Il n'y a besoin d'aucune explication miss Granger. Quel professeur êtes-vous en train de fustiger ?

Les étudiants se lancèrent des regards indécis et hésitants. Finalement, l'un des jumeaux Weasley se tourna vers elle :

- Ce crapaud de Ombrage !

- Fred ! s'exclama Ron en montrant Eléana comme pour rappeler à son frère qu'il parlait à un professeur

- Hé bah quoi ? se renfrogna ce dernier en haussant les épaules. Elle ressemble vraiment à un crapaud ! Même si c'est pas sympa pour ces pauvres bêtes.

Le professeur eut du mal à se retenir de rire. Georges vint au secours de son jumeau :

- Ce que mon imbécile de frère essaye de dire c'est que Ombrage n'est pas ce qu'on pourrait appeler un professeur compétent. C'est pas avec ses cours qu'on obtiendra nos Aspics ! Ou les Buses pour ceux qui vont les passer. Quand aux ravages qu'elle fait en première année, je n'ose même pas imaginer.

- Sa méthode ne nous apporte rien de concret. Continua Hermione. On se contente de lire le livre. On n'a pas besoin de professeur pour faire cela. Et ce n'est pas en lisant que l'on sera capable de réaliser les sortilèges. On a besoin de pratique.

Eléana les comprenait complètement. Elle aussi se serait révoltée face à un professeur tel qu'Ombrage. Néanmoins, elle sentait que ce n'était pas la seule raison de cet empressement à apprendre des sortilèges défensifs. Elle demanda :

- Et comment comptez-vous remédier à ce problème ?

- On pensait que Harry pourrait nous donner des cours, répondit simplement Ginny

L'américaine souleva un sourcil perplexe :

- Harry ?

- Qui d'autre ? s'exclama Néville. Il a vaincu Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom en première année. Puis en deuxième, il a tué le Basilic et refermé la Chambre des Secrets. En troisième année, il a affronté les Détraqueurs et en quatrième année il a…

Le jeune Longdubat se tut soudainement et se mit à ouvrir et fermer la bouche sans qu'aucun son ne sortit. On aurait dit un poisson hors de l'eau. Eléana prit un visage sérieux et se rapprocha un peu d'eux avant de continuer à voix basse :

- Et en quatrième année, il a participé à la Coupe des Trois Sorciers, assisté au meurtre de Cédric Diggory et vu le plus grand mage noir de tous les temps reprendre ses pouvoirs. Et il a survécu. Encore.

Les étudiants la regardèrent, hébétés. Ils ne savaient pas comment prendre tout cela. Essayait-elle de les piéger ? De piéger Harry ? Ou au contraire, était-elle vraiment sérieuse ? Elle leur sourit gentiment :

- Organisez votre club avec discrétion. Trouvez un endroit sûr pour pratiquer. Si l'un de vous se fait prendre dans les couloirs, dites que vous étiez avec moi. Je vous couvrirai. Le mieux bien sûr serait que vous soyez assez prudents pour que cela n'arrive pas. Je vous laisse préparer tout cela. Bonne journée.

Sur ce, elle s'éloigna et rejoignit Jake au bar. Derrière elle, les adolescents se regardaient en silence. Eléana s'assit à côté de son ami et s'empara de sa Bièraubeurre.

- Comment se passe tes cours ? finit par demander le jeune sorcier

- Assez bien. Je suis enfin arrivée à établir une paix relative avec Severus.

- Il est si terrible que ça ?

- Je ne sais pas comment je pourrais te le décrire. C'est l'homme le plus froid, le plus distant, le plus imperturbable que j'aie rencontré. Rien ne semble l'atteindre ou l'intéresser. Je ne l'ai encore jamais vu sourire. Il terrorise ses élèves par sa seule présence ! En cours, il semble bien se ficher que ses élèves réussissent ou échouent. Il est très partial. Il favorise les Serpentard et méprise ouvertement les Gryffondor.

- Un homme très sympathique, railla Jake

Eléana sourit.

- Compliqué plutôt.

Son ami se tourna vers elle et la fixa avec des yeux comme des soucoupes.

- Compliqué ! Je n'aime pas quand tu dis qu'un homme est « compliqué ».

- Pourquoi ?

- Parce qu'avec toi, quand tu dis qu'un homme est compliqué, cela veut dire qu'il t'intéresse.

Le visage de la sorcière se figea dans une grimace de surprise puis elle éclata de rire.

- Severus Rogue et moi ? Moi et Rogue ? Non mais t'es pas bien ! Tu m'en as sorti des idioties mais alors celle là, elle vaut une palme !

Le jeune américain sembla vexé. Il avala une gorgée de Bièraubeurre avant de repartir à l'attaque.

- Pourquoi est-ce que ça te paraît si impossible que ça ?

- Parce que…parce que…parce que c'est Severus Rogue !

- Effectivement, c'est un argument de poids !

- Oh et puis fiche-moi la paix !

Un grand sourire de victoire se dessina sur le visage de Jake.

- Il ne faut pas t'énerver comme ça.

- Je ne m'énerve pas.

- Si tu le dis.

- Et puis si t'arrêtais d'être aussi bête, je ne m'énerverai pas !

- Je croyais que tu n'étais pas énervée…Il faudrait savoir !

Eléana donna une claque derrière la tête de son ami en riant. Puis elle dévia la conversation et la recentra sur Jake. La manœuvre n'échappa pas au jeune homme qui fit néanmoins semblant de ne pas l'avoir remarqué. Ils se mirent à parler de tout et de rien. Le temps fila sans qu'ils s'en aperçoivent. Ils sortirent près d'une heure plus tard.

- Fais gaffe à toi Eléa, conseilla Jake

- Comme toujours.

Elle ne lui avait pas parlé de son cauchemar car elle savait très bien qu'il aurait paniqué si elle l'avait fait. Elle était tentée de tout lui dire maintenant mais elle se retint. Il l'embrassa tendrement sur la joue et s'éloigna, cherchant un coin isolé pour transplaner. Eléana décida de rejoindre Pompom qui s'empressa de lui demander plein de détails sur Jake. La jeune sorcière répondit aux questions du mieux qu'elle put sur le chemin du retour.

µµ

Le week-end à Pré-Au-Lard fut suivit de près par le premier match de Quidditch qui opposait l'équipe de Serpentard à celle de Gryffondor. Elle s'y rendit avec allégresse mais fut choquée par le match auquel elle assista. Les Serpentard scandaient une chanson humiliante concernant le nouveau gardien : Ron Weasley. Elle vit que leur technique marchait. Ron, dont le visage était rouge de colère, laissait passer tous les souaffles. C'était une parodie de match qui la rendait hors d'elle. Pourquoi personne n'arrêtait-il cette mascarade ? Le match se clôtura par une victoire de justesse des Gryffondor. Harry, qui était un virtuose sur un balai, avait réussi à s'emparer du Vif d'Or et l'un des Serpentard l'avait lâchement frappé, le faisant tomber. Alors que les spectateurs huaient cette faute, Madame Bibine se ruait sur le Serpentard, furieuse. Les élèves de la maison Serpentard chantaient à pleins poumons leur chanson offensante et Eléana vit Ron quitter le terrain. Elle se leva et tenta de le rattraper. Il courait plus qu'il ne marchait et elle allongea le pas. Elle le vit s'arrêter devant le lac. Il s'était penché pour attraper une pierre et la lança de toutes ses forces dans le lac.

- Hurle, ça fait du bien, lui dit-elle

Il se tourna vers elle. Son visage était rouge de fureur, une fureur tournée contre lui-même mais qui attendait la moindre occasion pour exploser.

- J'ai été idiot ! Croire que je pourrais être à la hauteur était une erreur !

- Tu as tort. L'erreur, c'était de laisser le manque de confiance en toi et la colère s'emparer de toi. Tu peux faire mieux que ça, tu as juste besoin d'apprendre à maîtriser tes émotions.

- Faut dire, que faire pire, ça serait difficile, dit-il avec un rire sans joie

Elle s'était avancée et se tenait à présent à ses côtés.

- N'écoute pas les Serpentard. Ils sont prétentieux et lâches. Ce sont le genre de personnes qui font les fiers mais qui fuient au moindre signe de danger. Ils lancent des coups bas juste par plaisir, pour se sentir supérieur. Un jour, ils paieront pour leur attitude.

Ron la regardait étrangement. Il vit que ses yeux brillaient d'une rage étrange. Son visage s'adoucit :

- Ron, tu as une bonne technique sur un balai mais tu te laisses trop influencer. Tu voles assez bien et avec de l'entraînement tu peux t'améliorer. Comme tu es gardien, tu dois savoir faire preuve de sang froid. Lorsque tu occupes les autres postes, tu es constamment dans l'action, tu ne dois jamais arrêter de bouger et être perpétuellement vigilant. Le gardien, au contraire, a une zone bien précise à protéger. Tant que les souaffles sont à une certaine distance, tu ne dois pas bouger. Tu dois voir quand tes buts sont en danger et anticiper la trajectoire du souaffle. Tu dois apprendre à deviner cela en fonction du mouvement des adversaires. Tout n'est qu'une question d'entraînement et d'expérience. Mais lors d'un match, tu dois faire abstraction de tout ce qu'il y a autour et ne penser qu'à tes buts, au souaffle et aux cognards.

- On dirait que vous vous y connaissez, soupira Ron

- J'étais gardienne donc je sais un peu de quoi je parle, en effet.

- Vous avez fait partie d'une équipe de Quidditch ? s'étonna l'adolescent

Eléana laissa échapper un rire.

- Oui. Au collège. D'ailleurs, mon arrivée dans l'équipe n'a pas été très appréciée.

- Pourquoi ? Demanda le rouquin avec curiosité

- Disons que j'étais assez solitaire et que j'avais des problèmes pour gérer ma colère. Ça en effrayait certains et j'étais souvent la proie de moqueries, même si elles étaient faites en cachette. D'ailleurs, quand je voie que Harry doit subir aussi ces murmures, ça me met dans une rage folle. Je sais à quel point c'est désagréable.

Un silence suivit ses paroles et elle décida de se lever.

- Je vais rentrer et te laisser un peu seul. Ça te fera du bien.

- Merci Professeur McBaine.

Elle lui sourit encore une fois avant de prendre le chemin du château. Elle apprit que Harry et les jumeaux Weasley avaient été interdits à vie de Quidditch par nul autre que Dolores Ombrage pour avoir frappé Drago Malefoy. Une interdiction à vie était exagérée selon elle. D'ailleurs, c'était ce petit prétentieux de Malefoy qu'elle aurait puni si on lui avait demandé son avis. La soirée se passa dans une atmosphère tendue. Seule Dolores Ombrage semblait jubiler.

µµ

Deux jours après, l'homme le plus grand qu'elle n'ait jamais vu, prenait son petit déjeuner à la table des professeurs. Vu l'état de son visage, il semblait avoir eu des ennuis récemment, de gros ennuis. Dumbledore les présenta et elle apprit qu'il s'agissait de Hagrid, le garde-chasse mais aussi le professeur de soins aux créatures magiques. Cependant, malgré l'apparence rustre du demi-géant, elle était sûre qu'il était aussi doux qu'un agneau. Le soir même, elle apprit que ses élèves avaient étudié des sombrals. Dans la description qu'en faisaient les trois seuls élèves qui les avaient vus, elle devina que c'était ce qu'elle avait vu le premier jour de son arrivée.

Avec un sourire bienveillant, Eléana ouvrit la porte de la classe et invita les Seconde année de Serpentard et Gryffondor à entrer. Son sourire se crispa légèrement quand elle vit le visage amphibien de Dolores Ombrage qui s'avançait vers elle. S'arrêtant à hauteur de la jeune sorcière, celle que l'on appelait la Grande Inquisitrice de Poudlard annonça d'une voix mielleuse :

- J'espère que vous avez bien reçu mon message, vous prévenant que votre inspection aurait lieu aujourd'hui.

- Bien sûr. Entrez donc.

Eléana s'effaça pour la laisser entrer en lui adressant le plus beau sourire hypocrite de sa vie. Puis, elle entra à son tour et ferma la porte. Les élèves s'étaient installés et murmuraient, impressionnés par la seule présence de Rogue, assis à côté du bureau. Dolores s'était assise au fond de la salle et avait sorti calepin et plume.

- Bonjour ! lança Eléana. Comme vous avez déjà dû le deviner, le professeur Ombrage assistera à ce cours. La dernière fois, nous avons étudié les caractéristiques de plusieurs ingrédients spécifiques. Aujourd'hui, vous devrez les réutiliser pour réaliser la potion suivante.

D'un geste de baguette, elle fit apparaître le nom de la potion au tableau et la marche à suivre.

- J'espère que vous n'avez pas oublié les recommandations que je vous ai donné à propos de la manipulation de certains de ces composants. A la fin du cours, vous m'apporterez un échantillon de votre travail qui sera noté. La note comptera dans votre moyenne, avec un parchemin de trente centimètres que vous me remettrez la semaine prochaine sur les diverses utilisations de cette potion et les effets secondaires qui peuvent survenir. Vous avez une heure.

Les élèves ne se le firent pas répéter deux fois et plongèrent dans le travail. Eléana laissa une dizaine de minutes passer, le temps que les adolescents réunissent la plupart des éléments nécessaires et commencent la préparation. Puis, elle commença à faire le tour de la salle. Dans le fond, Dolores s'était levée et posait des questions à un Serpentard, le distrayant de sa potion. Severus gardait son regard acéré sur son assistante. Il était étonné de la facilité avec laquelle elle enseignait et se demandait bien pourquoi elle n'était pas devenue titulaire et ne cherchait pas à devenir professeur à part entière. Elle savait se montrer douce et ferme à la fois et les quelques élèves qui avaient décidé de la défier avaient vite compris leur erreur quand ils s'étaient retrouvés avec plus de devoirs qu'ils ne pourraient en faire dans l'année. Eléana continuait à surveiller les élèves tout en gardant un œil sur la Grande Inquisitrice. Elle vit cette dernière se diriger vers Serena Caldwell, une élève de Gryffondor qui avait des problèmes de concentration. Cette élève avait des difficultés en potion car elle semblait incapable de rester concentrée sur quelque chose plus de quinze minutes. La première question de Dolores la déstabilisa et Serena perdit rapidement le fil de ce qu'elle faisait. A coté d'elle, Eléana voyait la femme-crapaud insister et reposer sa question. La jeune Gryffondor hésitait, apeurée, entre deux ingrédients, incapable de se souvenir de celui qu'elle venait de mettre. Ses mains se mirent à trembler alors qu'elle fronçait son nez légèrement en trompette et soufflait sur une de ses longues mèches blondes qui lui tombaient devant le visage. La jeune enseignante soupira d'exaspération, respira profondément et se dirigea d'une démarche rapide de sa collègue.

- Professeur Ombrage ?

Aussitôt, les élèves de la classe détournèrent le regard de leur potion pour le porter vers leur professeur. Severus leur lança un de ses regards meurtriers et ils se remirent au travail, en jetant néanmoins des coups d'œil discrets vers le fond de la salle. Serena avait levé de grands yeux verts implorants vers son professeur. Eléana la rassura d'un sourire tendre.

- Tu as déjà mis l'armoise Serena, dit-elle calmement.

- Merci, Professeur McBaine.

Eléana se tourna alors vers Dolores.

- Mes élèves ont un travail important à faire, Professeur. Je vous prierai de ne pas les déranger. Si vous avez des questions à leur poser, posez-les sur vos heures de cours.

Les têtes de certains des élèves se levèrent et ils virent les deux femmes face à face. De son poste, Severus observait attentivement la scène.

- Depuis quand enseignez-vous ? demanda soudain Ombrage.

La surprise passée, Eléana répondit :

- Depuis trois ans. Mais je ne suis pas encore enseignante à proprement parler car je n'ai pas passé l'examen pour la titularisation. Je suis encore assistante. C'est ma dernière année d'apprentissage et je deviendrai professeur à la fin de cette année scolaire.

- Je vois, murmura la Grande Inquisitrice en se mettant à écrire sur son calepin.

Normalement, la jeune sorcière aurait pu passer son examen final deux ans auparavant car seulement un an d'assistanat était obligatoire. Cette année là serait sa quatrième en tant qu'assistante de professeur.

- Quatre ans d'apprentissage, c'est une longue période. Pourquoi ne pas avoir obtenu votre titularisation plus tôt ?

- C'était un choix personnel. En devenant professeur, j'aurais dû me consacrer à l'enseignement. Etre assistante me permettait d'avoir plus de temps libre. J'en ai profité pour renforcer mes acquis et depuis deux ans, je travaille aussi à l'hôpital, dans le secteur de la recherche.

A nouveau, Ombrage se remit à écrire en fronçant les sourcils.

- Des recherches dîtes-vous ? demanda-t-elle avec un scepticisme évident.

- Oui. Des recherches, insista Eléana en serrant les dents.

- Dans quel hôpital ?

- Celui de Salem.

- Vous vous destinez au professorat ou à la recherche ?

Autour des deux femmes, les élèves semblaient tous avoir arrêté de travailler, suivant l'échange. Severus ne prenait même pas la peine de les reprendre, trop occupé à observer les deux professeurs lui aussi. L'agacement de son assistante était visible et la tension augmentait dans la salle. La jeune sorcière sentait la colère monter en elle. Comment cette sale bonne femme osait-elle perturber son cours ? Croyait-elle que sous le prétexte qu'elle était la « Grande Inquisitrice », elle avait tous les droits ? Et elle osait en plus juger les choix qu'elle avait faits ! Son regard avait lentement pris la teinte du ciel, une nuit d'orage et des éclairs de colère et de mépris l'illuminait. Son visage se ferma et l'expression de ses traits dégageait à présent une froideur dérangeante. Si cette Ombrage croyait qu'elle pouvait la traiter ainsi, elle se trompait. Si dix années passées avec Voldemort lui avait appris quelque chose qu'elle n'avait pas rejeté c'était bien de ne jamais accepter qu'on la traite ainsi et de ne pas se laisser faire. D'un ton cassant et sifflant, elle cracha :

- Professeur Ombrage, vous êtes dans ma classe et êtes en train de perturber mon cours.

Rogue s'était levé, prêt à intervenir mais le brusque changement d'attitude de son assistante et sa réplique cinglante l'arrêta. Il étudia étroitement l'attitude d'Eléana qui le surprenait. Cela correspondait peu au comportement auquel elle les avait tous habitué.

- Je fais juste mon inspection, Miss McBaine, répliqua sévèrement Dolores

- Cela ne sert à rien. Dois-je vous rappeler que je suis une citoyenne américaine et qu'ainsi, je dépends du Ministère de la Magie Américain et qu'ici, je suis sous la tutelle du Professeur Rogue et de personne d'autre ? Même si vous en mourez d'envie, vous n'avez pas le pouvoir de me renvoyez. Vous n'avez aucune autorité sur moi.

La voix d'Eléana ne s'était pas élevée. Son ton était froid, méprisant et hautain. Les élèves restaient stupéfiés devant cette attitude qui rappelait bien trop celle de Rogue. Le visage de crapaud du Professeur de DCFM prit une teinte violacée alors qu'elle s'étranglait de colère.

- Vous n'avez pas à me parler ainsi ! Je travaille sous les ordres directs du Ministre !

- D'un Ministre qui vous a blâmé pour vos méthodes de punition lors de votre première tentative pour me faire renvoyer, dois-je vous rappeler cela aussi? Il semblerait que Cornelius Fudge ne s'intéresse pas plus que cela à vos dires. Surtout quand un homme avec l'influence de Lucius Malefoy intervient en ma faveur. Je suis sûr qu'il serait prêt à recommencer. Maintenant votre inspection est terminée. Je ne vous raccompagne pas jusqu'à la porte car j'ai un cours à terminer et vous m'avez déjà fait perdre assez de temps comme ça.

Sur ces mots, elle tourna le dos à Ombrage, lui faisant clairement comprendre de partir. Voyant ses élèves la fixer, elle s'écria :

- Est-ce que vous n'avez pas une potion à me rendre à la fin de l'heure ? Elle ne va pas se faire toute seule !

Les étudiants replongèrent immédiatement le nez dans leur potion, conscients que ce n'était pas vraiment le moment de l'énerver encore plus. Dans le fond de la classe, la porte claqua derrière une Dolores Ombrage fumante de rage et d'indignation. Eléana alla s'asseoir à son bureau et posa ses mains à plat dessus. Elle était hors d'elle mais son visage était complètement impassible. Seuls ses yeux, presque noirs, laissaient apercevoir la tempête qui couvait en elle. Elle n'eut conscience de la présence de Severus à ses côtés que lorsqu'il lui demanda si elle allait bien.

- Vous vous inquiétez pour moi, maintenant ? railla-t-elle.

- Je m'assure juste que vous êtes en état d'assurer la suite du cours, répliqua sèchement le professeur.

- Suis je bête ! Un instant, j'ai cru que vous pouviez avoir des sentiments.

Aussitôt elle regretta ses paroles alors que le visage du sorcier se faisait plus sombre et qu'il allait reprendre sa place d'observation. « Tu es une pauvre idiote ! » s'invectiva Eléana

Petit à petit, la colère laissa place au regret. Pas celui d'avoir envoyé balader la « Grande Inquisitrice » mais celui d'avoir briser la paix fragile qui s'était installée entre Rogue et elle. A la fin de ce cours catastrophique, les élèves remirent leur échantillon en silence et quittèrent la salle rapidement. Dès le seuil passé, les voix éclataient dans le couloir, revenant sans aucun doute sur l'altercation. Au déjeuner, toute l'école serait au courant.

Bientôt, il ne resta plus que Severus et elle. Alors qu'elle rassemblait les fioles de potions, elle dit :

- Je suis désolée pour ce que je vous ai dit. Je ne le pensais pas. J'étais hors de moi.

- Cela n'a pas d'importance.

- Mais si ça en a ! Si je vous ai dit ça, c'est aussi parce que vous paraissez toujours si froid, si distant…

- Je vous ai dit que vous n'avez pas besoin de vous justifier. Allez plutôt dire aux élèves suivants d'entrer.

Eléana savait qu'il ne servait à rien d'insister et elle remonta la salle. Dans son dos, la voix de Severus résonna :

- Vous étiez très imposante tout à l'heure. Vous avez bien agi. Si vous n'étiez pas intervenue, c'est moi qui l'aurais fait.

La sorcière ne se retourna pas mais ses lèvres s'étirèrent pour former un sourire satisfait. Elle ouvrit la porte et le brouhaha des conversations se tut instantanément dans le couloir. Quelques secondes plus tard, les élèves du cours suivant s'engouffraient dans la salle.