Les Yeux de l'Ombre
Disclaimer: rien ne m'appartient à part le personnage d'Eléana et quelques autres que vous reconnaîtrez aisément.
Vraiment désolée pour le temps que j'ai mis pour la mettre à jour. Presqu'un an… Shame on me.
Je vais essayer d'attendre moins longtemps la prochaine fois, c'est promis.
Bonne lecture!
La porte du bureau du directeur se referma sur le loup-garou et le silence s'abattit sur la pièce. Les tableaux furent les premiers à le rompre. Se rassemblant en petits groupes ici et là, les anciens directeurs de Poudlard se mirent à murmurer frénétiquement à propos de ce qu'ils venaient d'entendre. Dumbledore fit émettre par sa baguette un bruit sourd qui ramena instantanément le silence. Ses yeux acérés se posèrent sur Minerva puis sur Severus. La directrice de la maison au lion était partagée entre la surprise, la méfiance et la colère. Le visage de Severus, quant à lui, restait impassible, comme à son habitude. Pourtant, les yeux bleus du directeur remarquèrent la veine sur son cou qui battait furieusement, le tic nerveux au coin de la bouche que le sorcier tentait de cacher et l'éclat de dureté et de colère qui illuminait dans ses yeux sombres et peut-être même…de l'inquiétude ? Albus lui-même ne savait pas quoi penser. Comment cette jeune femme avait-elle réussi à le berner ? Il n'aimait pas se vanter mais, par Merlin !, il était quand même un legilimens exceptionnel ! Comment n'avait-il rien vu ? Bien sûr, il avait sentit que tout n'était pas clair chez elle. Il avait d'ailleurs demandé à Severus de garder un œil sur elle. Mais il ne s'était pas attendu à cela, à découvrir que non seulement elle savait pour l'Ordre sans rien avoir de concret mais en plus que les Mangemorts étaient après elle. La grande question était : pourquoi ? Qu'est-ce que Voldemort recherchait chez cette jeune américaine ? Albus ne savait pas quoi penser et il détestait cela. Il s'était fait berner, avait fait entrer cette inconnue dans son école, l'avait laissée s'approcher de Harry. Il n'avait pas l'habitude de se faire avoir ainsi et il n'aimait pas cela. Albus Dumbledore n'était pas homme à laisser des émotions négatives s'emparer de lui mais en cet instant précis, il n'arrivait pas à faire taire la colère qu'il ressentait. Il sentait cette même colère émaner de ses deux collègues.
- Tout cela est assez…imprévu, finit-il par dire, se trouvant à cours de mots.
- C'est un euphémisme ! s'exclama Minerva. Quatre mois ! Quatre mois qu'elle partage notre quotidien et nous espionne ! Qui sait ce qu'elle a appris et rapporté à ses supérieurs ? On sait fait berner comme des enfants !
- Je crois qu'il n'y a pas de raisons de s'inquiéter, dit Severus calmement.
Les yeux de Dumbledore s'étrécirent alors qu'ils se posaient sur le sorcier. Severus prenait la défense de son assistante ? Cette journée n'allait décidément vraiment pas.
- Comment ça ? demanda Minerva, plus énervée que jamais. Je crois, au contraire, que nous avons toutes les raisons possibles de nous inquiéter ! Nous avons accueilli une personne qui ne nous a raconté que des mensonges. Et Merlin seul sait ce qu'elle a raconté !
- Elle ne travaille pas pour le Seigneur des Ténèbres, annonça Severus, toujours impassible.
- Mais qu'est-ce que vous en savez ?
- Elle nous a clairement fait comprendre plusieurs fois qu'elle n'adhérait pas aux idées de Vol…Vous-Savez-Qui, ni même celles du Ministère. Et elle ne serait pas à Sainte Mangouste si c'était une mangemorte. Pourquoi irait-Il supprimer son espionne ?
- Peut-être que tout cela fait partie d'un plan bien établi, renchérit l'Animagus.
- Voyons Minerva ! Ne croyez-vous pas que vous en faites un peu trop ?
La sorcière sembla s'étouffer de stupeur. Ses yeux lançaient des éclairs et ses joues arboraient une belle couleur rouge. Dans leurs tableaux, les anciens directeurs suivaient silencieusement cet échange. Minerva sembla recouvrer la parole et s'écria :
- Elle nous a bernés !
Sans se départir de son calme, Severus répondit :
- Je le sais bien. Mais est-ce une raison pour sauter aux conclusions ? Entendons d'abord ce qu'elle a à dire pour sa défense, n'est-ce pas Albus ?
Le directeur regardait bouche bée les deux professeurs en face de lui. Minerva, normalement assez calme, peu encline à s'énerver ainsi ou à porter tout de suite un jugement, et Severus, qui était abonné aux colères froides et aux décisions drastiques hâtives agissaient de manière complètement opposées. Tout comme lui, prit-il conscience. Il comprit qu'on s'adressait à lui et hocha bêtement la tête :
- Oui, il ne sert à rien de tirer des conclusions hâtives.
- Mais enfin, Albus ! tenta de protester Minerva.
Severus leva les yeux au ciel en se levant :
- Je vous prie de m'excuser mais j'ai encore du travail qui m'attend.
Puis il sortit. La sorcière s'apprêtait à parler mais Albus l'en empêcha :
- Cela suffit Minerva. Je comprends parfaitement votre inquiétude mais je pense que nous devrions nous calmer et prendre un peu de recul avant de tenter de trouver des explications.
La sorcière serra les dents face à ce renvoi.
- Bien, siffla-t-elle. Si c'est ce que vous voulez.
Elle se leva et partit, se retenant de peu de claquer la porte. Albus resta immobile plusieurs minutes avant de saisir énergiquement parchemin, encrier et plume. Il allait envoyer de suite un hibou à Aristide Claymore qui lui avait tant parlé d'Eléana McBaine pour lui demander des explications avant de tirer toute cette affaire au clair avec la principale intéressée. Et Eléana, qui qu'elle soit, avait plutôt intérêt à lui fournir des explications convaincantes.
µµµ
Severus regagna sa salle de classe comme un automate. Pendant le trajet, il força son esprit à se concentrer sur les copies qu'il y trouverait, attendant d'être corrigées. Les parchemins appartenaient aux Troisième année de toutes les maisons. Il se préparait aux idioties qu'il ne manquerait pas de trouver, surtout chez ces stupides Gryffondor.
Arrivé dans sa classe, il referma calmement la porte derrière lui et gagna son bureau. Rapidement, il ouvrit le tiroir contenant les parchemins. Il allait les saisir quand son regard se posa sur les cours d'Eléana, posés en vrac au centre du bureau. Puis, il vit son encrier et sa plume, oubliés aussi. Un éclat métallique attira son regard. Il tendit la main et saisit l'objet. C'était un collier qu'elle avait dû laisser là, comme tout le reste de ses affaires. Il examina le bijou attentivement et haussa un sourcil en voyant le pendentif. Deux serpents étaient étroitement enlacés, encerclant une émeraude dont l'éclat brillait ici et là, à travers les corps argentés des reptiles.
Soudain, son esprit s'emballa. Ses yeux d'aciers se posèrent sur leurs affaires respectives mélangées dans cet espace commun. Il revit toutes les fois où elle était venue le voir en essayant de gagner sa confiance. Son rire cristallin emplit la pièce. Il la revit fière et droite lui faire face le premier jour de cours. Il se rappela du jour où elle s'était élevée contre Ombrage, le port de reine qu'elle avait, la tête levée avec mépris, la voix froide et cinglante. A cette vision, se substitua la vision de cette même sorcière, pâle, recroquevillée sur elle-même, les yeux plein de terreur qu'ils avaient trouvée dans la Grande Salle, un soir. Elle avait alors semblé si fragile, si vulnérable. Elle avait essayé de le cacher mais ses yeux ne les avaient pas trompés.
Ses yeux. Il n'avait jamais vu des yeux si profonds, capable de se poser avec tendresse et douceur sur une personne un instant et de lancer des éclairs de haine et de colère sur une autre la seconde d'après. Des yeux oscillants entre le bleu profond d'une nuit d'été ou celui presque noir d'un ciel d'orage en pleine nuit. Des yeux hypnotisants, incapables à oublier. Des yeux qui ne cessaient de le hanter.
Des mensonges. Cela n'avait été que des mensonges. Elle leur avait mentis. Elle lui avait menti et il n'avait rien vu. Il avait fait l'erreur de la croire sincère, de lui faire confiance. Il l'avait crue. Comment faire autrement ? Comment ne pas croire une femme dont les yeux semblent si sincères ? Dont chaque regard vous transperce et semble mettre votre âme à nu ? Il était stupide.
Son regard se reporta sur le collier qu'il serrait toujours dans sa main. Des serpents. Il laissa échapper un rire nerveux. Elle aurait été parfaite chez les Serpentard, cela était sûr. Il reposa le collier et se laissa tomber sur sa chaise. Les deux coudes sur le bureau, il enfouit sa tête dans ses mains. Il était stupide et cela le mettait en colère. Il avait passé ces seize dernières années à se méfier de tout le monde et il avait accordé sa confiance à une jeune femme qu'il ne connaissait ni d'Eve ni d'Adam quatre mois auparavant et qu'il ne connaissait pas plus aujourd'hui.
Une paire d'yeux bleu nuit apparut derrière ses paupières closes. Il laissa échapper un grognement de frustration en rouvrant les yeux. Il se leva et ferma le tiroir qui était resté ouvert. Son regard balaya une dernière fois son bureau et les affaires de son assistante.
Il sortit de la pièce et se dirigea vers les jardins.
Il avait besoin d'air.
Oui, une promenade lui ferait du bien.
Une longue promenade.
µµµ
La douleur. C'est ce qu'elle sentit en premier alors qu'elle revenait à elle. La douleur lui brûlait les entrailles. Puis ce fut l'engourdissement de ses membres qui se manifesta, comme si elle avait fait un trop grand effort physique, puisant dans ses toutes dernières forces. Pourquoi se sentait-elle si mal ? Elle ne comprenait pas, ne se souvenait pas. Et puis pourquoi ressentait-elle cette peur panique nichée au creux de son estomac ? Elle devait ouvrir les yeux, voir où elle était, savoir ce qu'il se passait. Elle se concentra sur cette idée. Bientôt, elle sentit le contact des draps contre sa peau alors que des murmures parvenaient à ses oreilles. Elle n'arrivait pas à distinguer ce que les voix disaient mais sentait que cela la concernait. Elle fit encore un effort pour ouvrir les yeux. La lumière l'agressa et elle poussa un gémissement de douleur. Sa bouche était pâteuse et sa respiration douloureuse. Elle eut soudain l'impression qu'on appuyait une pointe chauffée à blanc dans son cou. Elle avait envie de pleurer et se mit à trembler violemment.
- Calmez-vous. Vous êtes en sécurité.
La voix était douce mais ferme, un peu inquiète aussi. Elle regarda l'homme penché sur elle. Des cheveux blonds et ternes encadraient un visage pâle et fatigué. Où avait-elle déjà vu ce visage ? Elle n'arrivait pas à s'en souvenir.
- Où suis-je ?
Elle avait posé sa question dans un murmure et sa voix lui apparut éraillée.
- A l'hôpital Sainte Mangouste.
L'hôpital ? Que faisait-elle à l'hôpital ? Que lui était-il arrivé ? Un autre élancement douloureux dans son cou lui fit l'effet d'un coup de poing. Les images affluèrent sans qu'elle ne puisse les contrôler. Lucius Malefoy, la Cabane Hurlante, les mangemorts, le doloris, son bouclier puis cet homme étrange à la main d'argent…et enfin la douleur, le froid et les ténèbres. Elle ferma les yeux en tentant de retenir la vague de panique qui la submergeait. Il savait qu'elle était vivante, Il savait qu'elle était avec ses ennemis. Elle avait mis son cauchemar sur le compte de la peur mais cette fois-ci c'était bien réel. Des souvenirs qu'elle avait enfouis il y a longtemps remontaient à la surface et la petite fille au fond d'elle frémit de terreur. Elle se rendait compte qu'elle n'avait jamais vraiment réalisé que Voldemort était de retour. Et soudain, la réalité la frappait de plein fouet, lui faisait bien plus mal que ce à quoi elle s'était préparée.
- Miss McBaine ?
Elle rouvrit les yeux, rencontrant le regard inquiet du sorcier fatigué.
- Est-ce que vous allez bien ?
Elle eut envie de lui crier la stupidité de sa question et de lui hurler son mal être et sa douleur. Au lieu de cela, elle soupira :
- Demandez moi ça demain, d'accord ?
Les lèvres de l'homme esquissèrent un sourire à cette note d'humour. Il voyait dans les yeux de la sorcière toute la frayeur qu'elle ressentait mais elle trouvait encore assez de courage pour faire de l'esprit.
- Je suis Rémus Lupin. Votre ami vous a confiée à nous.
- Ami ? demanda Eléana
- Jake O'Donnel, c'est lui qui vous a amenée ici, vous ne vous souvenez pas ?
Elle réfléchit, tentant de se rappeler avec précision. La voix inquiète de Jake appelant son nom lui revint à la mémoire.
- C'est si flou ! marmonna-t-elle avec frustration.
- Ça vous reviendra. Quand on est ici, on a le temps de ressasser ce qui vous a coincée dans ce lit.
La voix venait de sa droite. Elle tourna la tête. A côté d'elle, un homme aux quelques cheveux roux recouvrant son crâne reposait, le teint pâle et terne faisant ressortir quelques tâches de rousseur. Elle n'avait pas besoin de présentation pour savoir qui c'était.
- Vous êtes Monsieur Weasley.
Arthur acquiesça.
- Qu'est-ce qui vous a amené ici ? l'interrogea-t-elle.
- Indirectement, la même personne qui vous a clouée dans ce lit.
Elle rit malgré elle, ravivant la douleur dans son ventre :
- Alors on doit être deux fous car officiellement, cette personne est morte.
- Certaines personnes refusent de voir l'évidence, se contenta de dire Rémus.
Eléana le regarda et se souvint :
- Je vous ai vu à la gare, le jour de la rentrée ! Je savais bien que votre tête ne m'était pas inconnue.
- C'est exact. Mais nous n'avons pas été présentés.
Elle gémit de douleur pendant qu'elle se redressait.
- Les médicomages ont eu le plus grand mal à soigner votre blessure. Ils n'ont pas pu la refermer complètement.
A cet instant, un médicomage entra.
- Miss McBaine ! Justement, je venais voir comment vous alliez. Comment vous sentez-vous ?
- En pleine forme ! Pourquoi ? C'est pas l'impression que je donne ?
Des sourires apparurent sur les visages.
- Je dois vous demander ce qu'il s'est passé, Miss, reprit le guérisseur.
Eléana s'attendait à cette question. Elle ne pouvait pas leur donner la véritable version de ce qui s'était passée. Elle le regarda dans les yeux, et se mit à broder :
- Tout s'est passé très vite, vous savez. Et c'est encore assez flou. Je rentrais à Poudlard, où je travaille. Et j'ai vu cette maison abandonnée. La Cabane Hurlante. D'après les rumeurs, c'est la plus hantée du pays. Et je suis très curieuse alors…Je n'ai pas réfléchi. Après je ne sais plus. C'étaient peut-être des vagabonds ou des sorciers qui traînaient dans le coin. Quoi qu'il en soit, ils me sont tombés dessus. Je me suis défendue mais ils étaient trop nombreux et me voilà ! Je suis désolée mais je ne peux pas vous en dire plus, c'est tout ce dont je me souviens.
Le médicomage sembla la croire. Dans son dos, Arthur et Rémus se regardèrent rapidement, ébahis par la facilité dont faisait preuve la jeune femme à mentir et inventer une histoire crédible en si peu de temps. Le guérisseur lui fit avaler une potion et quitta la chambre.
- Vous mentez très bien, lui dit Rémus.
- Je sais. J'ai une certaine expérience dans le mensonge.
Les deux hommes sentirent l'amertume et la tristesse dans les paroles de la sorcière. Le silence qui était sur le point de s'installer fut rapidement chassé par la porte de la chambre qui s'ouvrit. Hermione, Harry et les Weasley entrèrent, suivit par Molly.
- Professeur McBaine ! s'exclama Ginny. Vous êtes réveillée ! Vous vous sentez bien ? Qu'est-ce qu'il vous est arrivé ? On était si inquiets quand on vous a vue !
- Ginny, ça suffit ! la réprimanda Molly. Veuillez l'excuser mais elle se faisait beaucoup de soucis.
- On se faisait tous du soucis ! intervint Fred. Et bravo pour votre entrée.
- Fred !
La mine furibonde de Mme Weasley devant une remarque comme celle de Fred paraissait tellement déplacée dans cette situation si stressante pour elle qu'Eléana éclata de rire.. Elle n'arrivait plus à s'arrêter. Tout son stress s'évacuait par son fou rire. Même la douleur n'arrivait pas à la calmer. Les larmes roulaient sur ses joues.
- Je…suis…vraiment…désolée ! hoqueta-t-elle.
Les autres ne savaient pas comment réagir face à cette scène pour le moins incongrue. Elle pressait une main sur son ventre blessé et tentait de respirer profondément mais les hoquets n'aidaient pas vraiment.
- Qu'est ce que ça fait mal ! Mais qu'est-ce que ça soulage aussi !
Elle essuyait ses yeux pour se débarrasser des dernières larmes. Elle croisa le regard de Harry. Ce dernier poussa un petit cri en portant une main à sa cicatrice. Tout le monde se tourna vers lui. Rémus voulait lui prendre le bras mais le garçon le repoussait. Puis, l'adolescent se détendit.
- Il est furieux, dit-il simplement.
- Pas étonnant ! s'exclama Ron. Entre mon père et le Professeur McBaine, ça fait deux fois que ses sbires échouent. Ils auraient dû être morts et au lieu de ça, ils sont juste blessés.
- Tu te trompes Ron.
L'attention se porta sur Eléana et ils furent frappés par la différence qui s'était opérée sur son visage en quelques secondes. Le temps du fou rire semblait loin alors que ses traits renfermaient une colère froide et que ses yeux lançaient des éclairs.
- Il n'est pas furieux parce que je ne suis pas morte mais parce que ses acolytes ne m'ont pas ramenée à lui et m'ont blessée. Si j'étais morte, il aurait été bien plus que furieux.
Elle se tourna vers Rémus :
- Il faut que je parle au professeur Dumbledore.
- Ne vous inquiétez pas, vous en aurez l'occasion, lui répondit le loup-garou. Mais il ne viendra pas ici. Il faut se méfier des oreilles indiscrètes.
Eléana vit les jumeaux échanger un regard amusé. Harry, à leurs côtés, semblait en pleine réflexion, le visage fermé et sérieux. Elle avait une petite idée des questions qui tourbillonnaient dans sa tête. Il se mordait la lèvre inférieure.
- Vas-y, pose ta question Harry.
L'adolescent releva brusquement la tête et rougit violemment. Il la fixa, à la fois surpris et interrogateur. Il sembla hésiter quelques secondes mais finit par prendre la parole d'une voix ferme :
- Voldemort n'épargne personne et ne se soucie pas d'enlever des gens pour les rallier à sa cause. S'ils ne veulent pas, ils les tuent mais ils ne cherchent pas à les faire changer d'avis. Alors pourquoi voulait-il que les mangemorts vous ramène ? Saine et sauve ?
Rémus allait le reprendre mais la sorcière alitée lui fit signe de laisser. Elle regarda Harry avant de répondre :
- McBaine était le nom de mes parents biologiques.
- Quel rapport avec V…Vol…Vous-Savez-Qui ? interrompit Ron, excédé.
Hermione émit un claquement de langue agacé dont elle avait le secret alors qu'elle lui lançait une œillade noire. Elle allait lui faire une remarque mais Ginny la devança :
- Laisse la finir !
- Merci Ginny, remercia Eléana. Donc, mes parents étaient les McBaine mais je ne les ai jamais connu. Ils ont été tués peu après ma naissance. D'un point de vue légal, je m'appelle Eléana Jedusor.
Harry ouvrit de grands yeux et Ginny devint blanche comme un linge.
- Jedusor ? balbutia-t-elle. Comme dans Tom Jedusor ?
- C'est qui ça, Tom Jedusor ? demandèrent Fred et George de concert.
- Thomas Elvis Jedusor est le vrai nom de V…Voldemort, leur apprit Hermione sur un ton académique.
- Hein ? Mais ça voudrait dire que…commença Ron. Que vous…enfin que vous êtes…
- La fille adoptive de Voldemort ? l'aida à terminer Eléana. C'est exact. C'est une très longue histoire et l'endroit est loin d'être idéal pour vous raconter mon passé. Vous saurez tout en temps voulu. La seule chose à savoir pour l'instant, c'est que j'ai déjà choisi mon camp et que ce n'est pas celui de…de mon père adoptif.
Les deux derniers mots lui avaient arrachée une grimace de dégoût. A cet instant, un médicomage entra et annonça la fin de la visite. Il eut du mal à faire sortir tout le monde. Eléana se rendit compte qu'elle était fatiguée et se rallongea. Ses paupières lui paraissaient à présent très lourdes. Elle sombra rapidement dans un sommeil peuplé de rêves où elle revivait sans cesse les souvenirs douloureux de son enfance qu'elle s'était évertuée à enfouir au fond d'elle-même.
Ses cauchemars ne quittèrent plus ses nuits. Le sommeil, au lieu de lui apporter le repos dont elle avait besoin, la fatiguait. Arthur Weasley le remarquait mais ne disait rien. Souvent, il la regardait s'agiter dans son sommeil, quelques fois supplier, souvent pleurer. Réveillée, elle agissait comme si ses nuits étaient paisibles, plaquant un sourire sur son visage fatigué. Jake n'était pas venu lui rendre visite. En fait, elle n'avait de nouvelles de personne et cela la minait. Arthur et elle parlaient de tout et de rien, évitant tout les sujets traitant de son enfance avec Voldemort, de son attaque, de la vraie raison qui l'avait amenée ici ou encore du Ministère ou de l'Ordre.
Les médicomages acceptèrent qu'elle sorte en même temps qu'Arthur. Ils étaient accompagnés de Maugrey Fol Œil, Rémus Lupin et une auror du nom de Tonks. Ils voyagèrent dans Londres et Eléana les suivait sans poser de questions. Finalement, ils s'arrêtèrent dans une rue assez sombre et miteuse. Rémus lui tendit un papier :
- Très peu sont dans le secret et vous y inclure à provoquer de grands désaccords. Mais Dumbledore juge que vous avez le droit de vous expliquer et d'avoir une seconde chance. Ne le décevez pas. J'espère que vous mesurez la chance que vous avez.
Elle hocha la tête en prenant le papier. Elle comprenait les réprimandes qu'on lui faisait, elle s'y était attendue. Elle déroula le parchemin, lut l'adresse inscrite avec une écriture fine et penchée, la mémorisa et rendit le parchemin à Rémus. D'un coup de baguette magique, il fit disparaître le bout de papier. Elle fixa les bâtiments en face d'elle et le 12 square Grimaud apparut. Le groupe s'y avança et Maugrey frappa à la porte. Après le tintement caractéristique des verrous qu'on ouvrait, Molly ouvrit la porte et s'effaça afin de les laisser entrer. Elle adressa un petit sourire à Eléana alors qu'elle fermait la porte :
- Ils attendent dans la cuisine, murmura-t-elle
Fol Œil hocha la tête et partit de son pas claudiquant, suivit par les autres.
- Venez ! lui ordonna-t-il
Elle ravala la remarque acerbe qui lui venait sur son manque de politesse.
- Pourquoi ai-je l'impression qu'on me conduit à la potence ? murmura-t-elle pour elle
Elle entra dans une vaste cuisine très sombre. Comme pour le reste, elle n'eut pas le temps de s'attarder sur le décors. Assis autour d'une grande table, elle voyait discuter Albus Dumbledore, Minerva McGonagall, Severus Rogue et un autre sorcier dont le visage pâle et émacié était encadré de longs cheveux noir jais. Il y avait également les adolescents qu'elle avait en cours ainsi que deux adultes roux, indiscutablement des Weasley. Albus se leva pour l'accueillir, un sourire bienveillant aux lèvres mais ses yeux bleus se posaient sur elle avec une lueur de déception.
- Vous nous avez fait une grosse frayeur, Miss Jedusor.
Elle tiqua à l'emploi de son nom mais garda un visage impassible.
- Ce n'était pas mon intention, Monsieur.
- Là est tout le problème Miss. Nous ignorons qu'elles sont vos intentions.
Elle sentait une certaine froideur émaner du directeur qui la déstabilisa. Elle l'avait toujours vu bienveillant et chaleureux, quelles que soient les circonstances. Elle respectait le vieil homme et se sentait soudain mal à l'aise. Elle redressa la tête. Ne pas montrer ses faiblesses, paraître toujours sûr de soi, ne jamais laisser voir ses sentiments. Voilà ce qu'on lui avait appris durant les dix premières années de sa vie. Elle devait ramener la situation sous un ciel qui lui serait plus favorable.
- Monsieur, je ne faisais qu'obéir à mon Ministère. Nous savions que Voldemort était de retour. Votre ministère le niait farouchement et refusait toutes les demandes d'entretien fait par le mien. Nous étions certains cependant que vous créeriez une résistance. Venir vous voir directement aurait été une erreur. Cela aurait attiré l'attention de votre Ministre et vous aurait sûrement causé des problèmes.
Elle espérait qu'en donnant des explications sans attendre qu'on lui demande, elle montrait ainsi qu'elle n'était par leur ennemi. Ils la regardaient avec circonscription.
- Pourquoi vous avoir envoyée vous plutôt qu'un autre ? demanda la voix cinglante de Rogue.
Son regard d'acier se posait avec sévérité sur elle. Il serait sûrement le plus difficile à convaincre. Lui qui se montrait déjà froid avec elle, qu'est-ce que cela allait devenir ? Un tic nerveux agitait légèrement le coin de sa bouche. Albus l'empêcha de répondre :
- Severus, s'il vous plait. Mettons-nous à l'aise avant de continuer cette conversation. Oh, et puis je vous présente Sirius Black et Bill et Charlie Weasley.
Molly semblait mal à l'aise et tenta d'une petite voix :
- Les enfants devraient peut-être monter, non ?
Aussitôt, les six adolescents se mirent à exprimer leur mécontentement en même temps. Le malaise de Molly semblait se changer en colère. Albus sourit avec bienveillance :
- Molly, ces enfants sont concernés par cette histoire, ne croyez-vous pas ? Ils ont le droit d'entendre la vérité.
Tout en parlant, il avait agité sa baguette, faisant apparaître des verres et amenant des Bièraubeurres. Il invita tout le monde à s'asseoir autour de la table. Quand tout le monde fut installé, il fit un petit geste à Eléana, l'invitant à répondre. Aussitôt, elle se tourna vers Severus qui était assis en face d'elle :
- Pourquoi moi, demandiez vous ?
Elle parlait d'une voix froide et ferme. Et ses yeux lançaient des regards noirs au professeur.
- Tout d'abord parce que je suis une jeune enseignante et que j'ai encore beaucoup à apprendre. Puis parce que Poudlard, en plus d'être la plus grande école de magie du monde, est aussi capable de m'offrir une protection que je ne trouverai nulle part ailleurs.
- Pourquoi auriez-vous besoin de protection ? demanda Bill
Le sourire de la sorcière prit un air triste et son regard se voila un instant.
- J'ai choisi d'être dans le camp adverse.
Bill ne semblait pas comprendre. Le regard de Harry s'illumina de compréhension et il murmura :
- Quand on voit ce qu'il fait à ses ennemis ou à ceux qui l'ont trahi, il est difficile d'imaginer ce qu'il ferait s'il mettait la main sur celle qui l'a trahit alors qu'elle était sa fille adoptive.
Un éclair de compréhension passa sur le visage de Bill alors qu'il se rappelait qu'Eléana avait été adoptée par le Mage Noir. Puis en comprenant ce que cela voulait dire, il se tassa sur sa siège.
- Pourquoi vous avoir choisi, parmi tous les enfants ? demanda Minerva
- Je ne sais pas. J'étais le premier enfant de mes parents et je n'ai pas eu l'occasion de leur poser trop de questions…D'après l'enquête menée, ma famille n'était pas riche et elle n'était pas de sang pur non plus. Il y avait eu plusieurs mariages avec des moldus ou avec des sorciers issus de famille moldue. Il n'y avait pas de sorciers célèbres ou très puissants non plus. La seule particularité vient de la famille du côté de ma mère où les sorciers parlent le fourchelangue.
- Le fourchelangue ? demanda Dumbledore sans pouvoir caché sa surprise.
- Oui. La langue des serpents, répondit Eléana. Ça paraissait important d'ailleurs car quand Voldemort était là, il voulait qu'on ne parle que dans cette langue.
Les professeurs semblaient réfléchir à ce que pouvait signifier cette nouvelle. La sorcière attendait les questions désormais. La suivante, ce fut Harry qui la posa. Il la fixait de ses grands yeux verts et elle y lisait une maturité incroyable, de la compréhension et de la tristesse.
- Comment c'était ? Je veux dire votre enfance…Comment s'est-elle déroulée ?
La sorcière fit de son mieux pour paraître impassible mais son soupir de tristesse n'échappa à personne. Son regard se voilà et elle semblait ailleurs.
- Je crois qu'on peut dire que j'ai eu deux enfances complètement opposées. Une dans les ténèbres où la magie menait au pouvoir et à la puissance, où elle inspirait la terreur. Puis il y a eu celle où la magie était…extraordinaire. Où c'était une façon d'être, une façon de vivre. Elle provoquait l'émerveillement et non la peur. Dans la première, les sorciers étaient dominants ou dominés, sang purs ou sang de bourbes alors que dans la seconde, tous les sorciers étaient égaux et peu importait d'où ils venaient. La transition entre les deux mondes a été difficile et je dois beaucoup à mes tuteurs.
- Vos tuteurs ? demanda Harry
- Oui. J'avais dix ans quand tes parents sont morts et que Voldemort a disparu. Les aurors américains m'ont trouvée et recueillie. Un couple m'a accueillie et élevée. Ils n'ont pas pu m'adopter légalement, d'après les lois du monde magique. J'étais une enfant très difficile qui avait une vision très confuse du Bien et du Mal et qui lançait des sorts à tout va.
- Lancer des sorts ? s'exclama Hermione. Mais vous n'aviez que dix ans !
- J'ai appris à lancer des sorts très jeune. En fait, dès que j'ai été capable de tenir une baguette et de balbutier quelques mots.
- Il paraît que vous avez eu les notes maximales aux ASPIC mais c'est normal, marmonna Ron.
Eléana porta son attention sur le jeune homme.
- Je n'ai pas eu la note Optimale à tous les ASPIC. Tu sais, j'étais en avance dans certains domaines mais en retard sur d'autres. Et je dois mes notes au travail. C'est vrai que le fait de maîtriser certains sorts et d'avoir déjà certaines connaissances m'a aidée mais il m'a fallu beaucoup de travail dans certaines matières. J'ai obtenu ma BUSE en soins aux créatures magiques de justesse. Je n'étais vraiment pas douée et je me demande toujours comment j'ai fait pour ne pas avoir été recalée. Je me suis frottée à la divination et ai abandonné au bout de trois mois je crois. Enfin, tout ça pour dire que je n'étais pas plus douée que les autres mais j'ai travaillé dans les matières lacunaires. L'avance que j'ai eu m'a aidée c'est vrai mais ce qui m'a permis d'arriver là où je suis est le travail.
Et vous arriviez à conjuguer travail et Quidditch ?
- Tu y arrives bien toi ! Et je suis sûr que si tu voulais tu pourrais travailler un peu plus. Et puis je ne suis entrée dans l'équipe de Quidditch qu'en quatrième année. L'un des professeurs m'a beaucoup aidée. Grâce à lui, je suis devenue une animagus peu de temps après ma sortie du collège. J'y ai passé une bonne partie de mon temps libre. Tu sais Ron, tout n'est question que de volonté et de détermination.
On la regardait avec ébahissement et Ron la dévisageait avec la bouche légèrement entrouverte et les yeux arrondis de surprise. Albus cacha vite son étonnement et repris l'air mystérieux et bienveillant qui lui était caractéristique.
- Nous nous rendons compte à quel point on ne vous connaît pas. Je voudrais pouvoir continuer à en apprendre d'avantage sur vous mais hélas, je crois que je dois ramener la conversation sur un terrain beaucoup plus sombre. Comment avez-vous appris le retour de Lord Voldemort ?
Elle hésita sur la manière dont elle devait répondre. Comment leur parler de ses rêves ? Pouvait-elle leur dire qu'elle le savait et que c'était tout ? Elle n'arrivait pas à mettre de mots sur cette sensation étrange qui avait naquit au fond d'elle depuis le retour de celui qui l'avait adoptée. Elle tenta de sourire mais le rictus qui apparut sur son visage ne trompait personne. Elle rassembla ses cheveux en queue de cheval et dégagea sa nuque. A la base de ses cheveux, la marque noire ressortait étrangement sur sa peau ivoire. Elle n'avait pas prit la peine de lancer un sortilège de Désillusion depuis son entrée à l'hôpital. Le visage d'Albus resta impassible. Son regard se posa sur Severus. Il était très raide, tendu sur sa chaise. Son visage semblait plus pâle que d'habitude, ce qui lui arrivait de plus en plus souvent. Ses yeux gris étaient bien plus sombres. Il semblait ailleurs et elle ne savait pas comment prendre cela. Elle était habituée à le voir maître de la situation, son regard acier toujours à l'affût. Là, il n'avait aucune réaction.
- Depuis quand l'avez-vous ?
Eléana revint à la réalité et répondit à la question du directeur de Poudlard :
- J'avais sept ou huit ans je crois quand on me l'a tatouée.
- Comment avez-vous réussi à nous la dissimuler ? demanda Minerva.
- Sortilège de Désillusion, grommela Rogue comme si cela était une évidence.
Eléana se contenta de hocher la tête en signe d'acquiescement. L'atmosphère de la cuisine était devenue oppressante et la sorcière avait envie de prendre ses jambes à son cou. Elle n'aimait pas être le moins de mire de l'attention et la raison pour laquelle elle l'était la mettait vraiment mal à l'aise. Elle avait soudain conscience de chaque regard posé sur elle, de chaque respiration. Elle entendit vaguement Dumbledore lui demandé ce qui l'avait amenée à Sainte Mangouste.
- Pour faire vite, Malefoy m'a tendue un piège et ses amis mangemorts me sont tombés dessus. J'aurais pu les retenir plus longtemps si ce sorcier ne m'avait pas…poignardé. Je ne l'ai pas vu mais je me rappelle très bien son bras.
- Il était en argent, finit Harry pour elle.
- Vous le connaissez ? demanda Eléana.
- Bien sûr. C'est mon rat. Enfin c'était mon rat, répondit Ron avec une rage qu'elle ne lui avait jamais vu. En fait, c'est un animagus. Il s'appelle Peter Pettigrew.
Sirius lui expliqua qui était exactement ce Pettigrew et la manière dont il l'avait envoyé à Azkaban. Puis, Harry prit le relais en lui racontant le Tournoi des Trois Sorciers et le retour de Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom. Le temps filait sans qu'ils ne s'en rendent compte et lorsque Albus se leva pour clore leur petite réunion, l'après-midi avait filée. Il restait une heure avant le dîner et Molly pria tout le monde de « dégager de sa cuisine ». Eléana se retrouva dans le couloir sombre qui la fit frissonner. Cette maison était effrayante. Elle lui donnait l'impression d'être dans un de ses films d'horreur que regardent les moldus. Bien qu'on voyait que le ménage avait été fait, l'aspect restait miteux. Les marches grinçaient et n'invitaient pas vraiment à les gravir. Le long de l'escalier trônaient des têtes d'elfes de maison hideuses. Près de la porte, un lourd rideau masquait un pan de mur. L'air semblait emplie de poussière et faisait suffoquer. Elle crut entendre du bruit et tendit l'oreille. Lentement et silencieusement, elle s'approcha de la pièce d'où s'élevaient les marmonnements. Devant elle, un vieil elfe surgit en baragouinant. Elle tenta de comprendre ce qu'il disait mais seuls quelques bribes lui parvinrent :
- Honte ! … Tous des vauriens ! … Traîtres à leur sang ! … Sang-de-bourbe ! … Incapables… Dégradent la maison de ma maîtresse !
Soudain, la petite créature leva ses yeux démesurés sur elle et la regarda quelques secondes avec attention.
- Encore une traître ! Encore une ! Vous n'avez pas honte de souiller ainsi cette maison de sang-pur ?
Eléana n'avait encore jamais vu un elfe agir de cette manière. Normalement, ils étaient entièrement dévoués à leur maître et elle trouvait la présence de celui-ci déplacée. Ses propos ne correspondaient à l'idéologie d'aucun sorcier présent. A qui pouvait-il bien appartenir ?
- Tu es au service de qui ? demanda-t-elle
- La traîtresse me parle ! Kreatur va faire comme s'il n'avait rien entendu et continuer son chemin.
Ce comportement agaçait prodigieusement Eléana et elle vit le vieil elfe commencer à s'éloigner. D'un geste vif, elle retint la créature par son bras menu tout en se mettant à sa hauteur.
- Tu n'es pas très poli, Kreatur. Ton maître ne t'a-t-il pas appris la politesse et l'hospitalité ?
Le visage de l'elfe se tordit en une grimace outragée :
- Kreatur sait être poli ! La maîtresse l'a bien éduqué ! La maîtresse de Kreatur était bonne pas comme tous ces…ces…
- Ces quoi ? rugit une voix grave et sérieuse.
Eléana sursauta et se retourna pour voir Sirius s'approcher à grand pas. Kreatur baissa la tête en recommençant ses baragouinages.
- Va marmonner en faisant le ménage ! ordonna le sorcier. Au moins, tu te rendras utile !
L'elfe obéit et disparut, non sans avoir lancé quelques paroles irrespectueuses au préalable.
- Curieux personnage, sourit Eléana. Il est à vous ?
- Hélas ! Tout comme cette maison. Un héritage de ma famille dont les rares vivants sont au service de Vous-Vous-Doutez-Qui. Venez, je vais vous montrer votre chambre.
La sorcière obéit et suivit Sirius, mémorisant au passage la disposition des lieux. Les couloirs étaient tous aussi identiques que celui qu'elle avait largement détaillé. Cette demeure était lugubre et lui donnait la chair de poule. Elle aurait dû mal à vivre ici sans devenir dépressive. L'atmosphère y était si glauque, si oppressante ! La chambre qu'elle découvrit derrière la porte que lui ouvrit Sirius était à l'image du reste de la demeure, les peintures et têtes d'elfe en moins. La pièce était petite et contenait le minimum : un lit, une petite armoire un bureau et une table de chevet.
- Je suis désolé de ne pas pouvoir vous offrir mieux mais votre venue n'était pas vraiment prévue.
- J'ai connu pire, ne vous inquiétez pas.
Elle se tenait au centre de la pièce alors Sirius était resté sur le sol et l'observait.
- Je vais me reposer un peu avant le dîner. Et cela vous permettra de parler de moi librement.
Le sorcier esquissa un sourire. Il s'apprêtait à fermer la porte mais dit avant de partir :
- Je viendrais vous chercher pour le dîner si vous n'êtes pas descendue d'ici là.
Eléana était seule et elle se laissa tomber sur le lit. Elle se mit à fixer le plafond. Elle n'avait pas pensé que raconter ainsi son histoire lui aurait fait si mal. Elle pensait pouvoir en parler sans que cette chape de plomb ne vienne se poser sur sa poitrine ou que cette boule ne se forme dans sa gorge. Maintenant, elle appréhendait le moment où elle devrait descendre et leur faire face. Elle revit le regard aiguisé de Dumbledore, la mine sévère de McGonagall et de Rogue. Que dire de lui d'ailleurs ? Elle n'était pas particulièrement proche du professeur mais sa froideur l'avait mise plus mal à l'aise que celle des autres. Quand elle avait commencé à parler de son passé, il avait semblé se renfermer. Il était resté assis là, sans rien dire, sans même lui lancé un de ces regards dont il avait le secret. mêmes ses tics nerveux semblaient avoir disparus. Jusque là, une paix relative s'était instaurée entre elle et Severus et elle craignait que toute cette histoire ne la fasse disparaître. Il faudrait qu'elle lui parle mais pour lui dire quoi ?
Elle regarda les ombres s'allonger au plafond à mesure que la nuit tombait sur Londres. Cette après-midi l'avait épuisée. Elle ferma les yeux en baillant. Après tout, quelques minutes de repos ne lui feraient pas de mal. Lentement, elle sombra dans un sommeil profond.
Elle se sentait si bien, en sécurité. Pourtant quelque chose la dérangeait. Elle ne voulait pas savoir ce que c'était. Elle voulait rester comme elle était. Cela faisait longtemps qu'elle n'avait pas dormi aussi bien. Elle avait l'impression de se retrouver dans un cocon protecteur et elle ne voulait pas en sortir. Non, elle décida qu'elle n'en sortirait pas.
Sirius tentait de la réveiller, sans succès. Il l'entendit marmonner alors qu'elle se retournait. Puis, elle ne bougea plus. Le sorcier sourit légèrement en voyant cela et sortit de la chambre sur la pointe des pieds. Dans la cuisine, il expliqua aux autres qu'il était impossible de la réveiller alors qu'il l'avait laissée dormir.
Eléana finit par ouvrir les yeux plusieurs heures après. Elle se leva lentement en s'étirant. Dehors, la nuit était froide et le croissant de lune était à peine visible derrière les lourds nuages. Son estomac émit un grognement plaintif en se tordant. Elle se rendit compte que le dîner devait déjà avoir eu lieu. Elle pensa un instant à appeler l'elfe de maison mais l'image de la petite créature hideuse lançant des injures l'en dissuada. Elle sortit de la chambre.
Les couloirs étaient plongées dans la pénombre. Elle chercha sa baguette et murmura « Lumos ». Aussitôt, une faible lueur apparut au bout de sa baguette. Elle se rendit à la cuisine en se dirigeant à la faible lumière qu'elle venait de créer et qui, en plus d'éclairer, donnait à la demeure des allures plus effrayantes qu'en plein jour. Elle s'aperçut que de la lumière filtrait de sous la porte de la cuisine. Elle se demanda qui pouvait bien être debout si tard. Elle entra silencieusement. Près de la cheminée, Severus était assis sur une chaise, les yeux clos. Les lueurs rougeoyantes des flammes jouaient dans ses cheveux noirs et sur son visage pâle. Il semblait paisible et détendu, ce qui le faisait apparaître plus jeune mais aussi moins…torturé ? Le professeur de potions lui était toujours apparu plus complexe que l'être froid et cynique qu'il s'évertuait à montrer devant les autres. Elle ferma la porte, faisant intentionnellement du bruit pour signaler sa présence. Le sorcier ouvrit lentement les yeux et darda sur elle son regard gris sombre. Pendant un instant ils se fixèrent, le bleu nuit rencontrant le gris.
- Vous êtes réveillée, constata simplement Severus.
- Fine observation, répliqua Eléana d'un ton égal.
Le silence se fit de nouveau et la sorcière baissa les yeux. Pourquoi n'arrivait-elle pas soutenir son regard ? Elle le savait pourtant pourquoi. Son regard était bien trop troublant, bien trop perçant. Son estomac choisit ce moment pour lui rappeler qu'il attendait qu'on le remplisse. Elle rougit quand elle vit Severus esquisser un faible sourire. Il le cacha bien vite, et d'un coup de baguette, il fit apparaître une assiette pleine, une part de gâteau et une bouteille de Bièraubeurre.
- Il est près de minuit, annonça-t-il. Il y a longtemps que nous avons dîné mais Molly a tenu à vous en garder une part. Sirius a tenté de vous réveiller en vain.
Elle l'écoutait tout en s'installant à table. Elle le remercia et commença à manger. Elle sentait son regard posé sur elle et cela la dérangeait. Elle avait l'impression qu'il la transperçait, qu'il lisait en elle. Elle leva les yeux vers lui, agacée :
- Vous n'arrivez pas à dormir ?
- Est-ce une question ou un reproche ? demanda-t-il.
- Une question.
- Pourtant cela sonnait comme un reproche.
- Mais cela n'en est pas un. Si vous ne voulez pas me répondre, dîtes le moi clairement.
- Et si vous avez un reproche à me faire, faites le clairement.
Ils se fixaient à nouveau, les yeux d'Eléana lançant des éclairs furieux tandis que ceux de Severus laissaient transparaître une lueur d'amusement. Il désigna du menton son assiette :
- Vous devriez manger avant que cela ne devienne froid.
Elle reporta son attention sur le plat, sentant toujours le regard de son collègue pesé sur elle. Elle posa ses couverts avec un soupir excédé.
- Qu'espérez-vous découvrir en me fixant ainsi ?
- Peut-être des secrets que vous nous cacher encore. Vous êtes adroite pour manipuler les autres. Vous vous êtes bien jouée de nous.
Une lueur de compréhension s'alluma dans le regard bleu nuit de la sorcière.
- Alors c'est ça ! Qu'est-ce qui vous dérange, professeur Rogue ? Que je me sois jouée de tout le monde ou que je me sois jouée de vous ?
L'homme se renfrogna et elle sut qu'elle avait vu juste. Elle soupira :
- Cela ne me plaisait pas de vous cacher tant de choses mais je me suis conduite comme je le fais normalement. Je suis restée fidèle à moi même, malgré mes secrets.
- Je n'ai aucune preuve de cela. Je me rends compte que je ne sais rien de vous et que vous n'avez été qu'une illusion créée sur la base de mensonges. Pourtant, le Professeur Dumbledore est décidé à vous croire et à vous offrir une seconde chance ainsi que la protection de Poudlard. Je ne suis pas comme lui et je n'ai accepté qu'à contre cœur votre présence.
- Cela ne change pas trop. Vous n'étiez pas vraiment ravi de me voir arriver au début de l'année. Quand à ma façon d'agir, j'aurais bien aimé vous y voir. Je conçois que ma conduite vous ai blessé mais avant de me condamner, réfléchissez. Je n'ai pas demandé à être là aujourd'hui, je n'ai pas demandé à Voldemort de m'adopter et je n'ai pas demandé à arborer cette marque sur ma nuque. Mais tout cela est arrivé et je dois faire avec. On a fait certains choix pour moi qui ont fait que ma vie est ce qu'elle est. Mais je ne suis pas de celles qui laissent la vie les porter, se disant tout simplement qu'elles sont victimes du destin. Je veux pouvoir faire de ma vie ce dont j'ai envie et qu'on ne me juge pas pour les choix qu'on a fait pour moi lorsque j'étais enfant mais pour ceux que je fais aujourd'hui. Je ne cherche pas à renier mon passé, il a fait ce que je suis aujourd'hui. Mais je voudrais qu'on ne s'arrête pas à lui. Je ne suis pas sûr d'être très claire. Est-ce que vous comprenez ce que je veux dire ?
- Bien plus que vous ne le croyez, chuchota Severus
Il la regarda, n'arrivant pas à masquer le trouble de son visage. Il se leva brusquement et Eléana se demanda ce qu'elle avait dit pour le troubler ainsi.
- Je vais vous laisser et aller me coucher. Bonne nuit.
- Bonne nuit, répondit-elle machinalement.
Il était sur le seuil de la porte, le dos tourné vers elle et semblait hésiter. Il se retourna lentement et croisa son regard.
- Vous n'êtes pas la seule à vouloir que les gens arrêtent de vous juger pour vos fautes passées et voient ce que vous faites aujourd'hui.
Tout en parlant, il avait porté sa main droite à son bras gauche. Ce geste n'échappa pas à Eléana qui ouvrit de grands yeux. Severus fit un signe de tête à son attention avant de disparaître dans le couloir, laissant la sorcière seule. Elle fixa encre la porte de longues secondes avant de reporter son attention sur son repas. Son regard fixait le gâteau dans vraiment le voir, rejouant devant ses yeux la scène qui avait eu lieu dans cette pièce quelques instants auparavant. Elle revoyait le trouble sur le visage du professeur qui savait si bien cacher ses sentiments d'habitude, son geste machinal quand il avait frotté son bras gauche. A cette image se substituèrent d'autres instants à Poudlard où elle avait vu son collègue faire ce geste sans jamais y prêter la moindre attention. Se pouvait-il qu'il soit un mangemort ? « Vous n'êtes pas la seule à vouloir que les gens arrêtent de vous juger pour vos fautes passées et voient ce que vous faites aujourd'hui. » Ou plutôt qu'il en ait été un ? Elle repoussa la pâtisserie et la boisson et se prit la tête entre les mains, le visage de Severus flottant toujours dans son esprit. Elle soupira, nettoya son assiette d'un coup de baguette magique et retourna dans sa chambre. Elle s'allongea sur le dos et se remit à fixer le plafond. Elle n'arrivait pas à se sortir Rogue de la tête. Quel passé cachait-il lui aussi ? Qu'est-ce qui avait bien pu le rendre tel qu'il était aujourd'hui ? Et surtout, qui se cachait derrière le masque de froideur cynique que portait le maître de potions ?
