Les Yeux de l'Ombre
Disclaimer: rien ne m'appartient à part le personnage d'Eléana et quelques autres que vous reconnaîtrez aisément.
Un grand merci pour les reviews. Et voici la suite de l'histoire. J'espère qu'elle vous plaira !
Bonne lecture!
Eléana se retourna pour la énième fois dans son lit. Dehors, la nuit s'effaçait doucement pour laisser place à une journée brumeuse. Le ciel était bas et lourd, très blanc. Il avait gelé pendant la nuit et de la glace était visible çà et là. La sorcière repoussa violemment les couvertures en grognant. Elle ne réussirait pas à se rendormir alors autant se lever maintenant.
Elle posa les deux pieds sur le sol et s'étira en baillant. Un regard à la petite pendule qui trônait sur la table de chevet lui indiqua qu'il était un peu plus de huit heures. Elle se leva et se dirigea vers l'armoire. On avait apporté quelques uns de ses vêtements et elle hésitait entre plusieurs. Elle n'avait pas vraiment envie de revêtir une robe de sorcier et ne savait pas si en dehors de Poudlard, elle pouvait s'habiller de manière moldue. Finalement, elle opta pour un jean bleu pâle et un lourd pull en laine couleur vieux rose. Un passage par la petite salle de bain chassa les dernières traces de sommeil. Elle attrapa un chouchou bordeaux et attacha sa lourde chevelure en un chignon approximatif d'où s'échappaient plusieurs mèches. Puis elle décida de descendre et de voir si quelqu'un était levé. Dans la cuisine, elle trouva Molly et Sirius qui discutaient sérieusement. Afin de leur faire part de sa présence, elle frappa de petits coups à la porte. La mère de Ron se tourna vers Eléana et lui adressa un sourire chaleureux :
- Vous êtes bien matinale !
Je n'arrivais plus à dormir alors j'ai décidé de me lever plutôt que de traîner au lit.
- Voulez-vous un chocolat chaud et des tartines ? Ou peut-être préfériez-vous des céréales ou une tasse de thé ?
- Chocolat chaud et tartines me semblent être une merveilleuse idée ! Et aussi merci pour le repas hier soir.
La jeune assistante s'assit alors que Molly déposait une tasse de breuvage fumante et des tartines beurrées alléchantes.
- Ce n'est rien. Sirius n'a pas réussi à vous réveiller alors je vous ai gardé une part de côté.
Le sorcier se contenta de hocher la tête.
- J'espère que manger seule ne vous a pas dérangée ? s'enquit Mme Weasley.
- Je n'étais pas seule. Le professeur Rogue était là.
- Peut-être auriez-vous préféré être seule, alors, railla Sirius
Molly le fusilla du regard avant de se tourner vers la jeune femme :
- J'espère qu'il ne vous a pas trop dérangé.
-Dérangée ? Non. Cela nous a permis de mettre certaines choses à plat. Il n'a pas vraiment apprécié le fait d'être dupé.
- Ce bon vieux Servilus a horreur de ne pas contrôler une situation, dit l'évadé d'Azkaban.
Eléana tiqua à la mention « Servilus ». Elle vit la matriarche du clan Weasley lancer un nouveau regard incendiaire au sorcier avant de s'excuser :
- Sirius et Severus ne sont pas vraiment en bons termes.
- La Marque des Ténèbres qu'il porte vous incommode ? demanda Eléana à Sirius.
La tête que firent les deux membres de l'Ordre à ce moment-là confirmèrent ses soupçons. Ce fut leur hôte qui répondit le premier :
- Comment savez-vous ? Ce n'est certainement pas Severus qui vous en a parlé !
- Non, effectivement il ne m'a rien dit. Je n'avais que des soupçons jusqu'à maintenant. Vous les avez confirmés.
- Alors que Molly semblait gêner, Sirius rit et posa des yeux lumineux sur elle :
- Piéger les autres est un de vos passe-temps favoris, non ?
- Non. Mais cela peut-être bien utile dans certains cas.
- Etes-vous toujours aussi sûre de vous ?
- Qui vous a dit que je le suis ?
- Je trouve très agaçantes les personnes qui répondent à une question par une autre.
- Voilà donc un point commun entre vous et le professeur Rogue.
Le sourire de Sirius se figea quelques secondes alors que le regard de Molly pétillait d'amusement.
- Vous avez de la répartie ! s'exclama-t-elle.
- Elle est surtout bien trop sûre d'elle, intervint Sirius.
Le sourire d'Eléana s'élargit :
- Vous trouvez ?
- Oui.
- Alors je viens de vous trouver un deuxième point commun avec Severus Rogue.
Cette fois, Molly ne put retenir son rire devant la mine agacée du sorcier.
- Allons Sirius, tu t'en remettras.
- Je ne sais pas. Le fait qu'on me trouve deux points communs avec Severus Rogue en quelques minutes à peine est assez perturbent.
- Qu'est-ce qui vous déplait tant chez cet homme ?
- Il est suffisant, arrogant, sarcastique et froid. Sans parler du fait qu'il a prêté serment à Voldemort avant de le trahir. Qui nous dit que ce n'est pas nous qu'il trahira la prochaine fois ?
- C'est une vision bien négative. C'est un homme très intelligent, cultivé. Il est exigent, c'est sûr. Je crois qu'il serait moins froid et distant si on l'acceptait et qu'on arrêtait de lui en vouloir pour une bêtise de jeunesse.
- J'ai rarement vu quelqu'un prendre la défense de Severus avec autant de ferveur, s'étonna Molly.
- Je ne le défends pas avec ferveur ! C'est un homme entêté, intransigeant et cynique. Mais je le respecte pour le chercheur et l'homme qu'il est. Le début de notre partenariat a été houleux mais il a fait nombres de concessions. Il faut arrêter de lui rappeler constamment ses erreurs ou son passé. Si quelqu'un peut comprendre cela, c'est vous Mr l'évadé d'Azkaban.
Le visage d'Eléana était sérieux et ses yeux bleu-nuit fixait avec intensité le sorcier. Sirius s'était renfrogné. Il n'avait pas l'habitude qu'on lui fasse ainsi la morale. Depuis qu'il s'était installé ici, on prenait des pincettes avec lui et on évitait de lui parler de son incarcération. Cela le changeait de voir quelqu'un lui parler normalement, sans faire attention à chacune de ses paroles. Ce qui l'avait intrigué aussi, c'était le flash de colère qu'il avait vu passer dans ses grands yeux bleu-nuit quand il avait appelé Severus « Servilus ». normalement, toutes les personnes qu'il rencontrait n'éprouvaient que très peu de sympathie pour le professeur de potions. Jusqu'à présent, il n'avait jamais vu quelqu'un le défendre ainsi, à part peut être le professeur Dumbledore bien sûr. Mais le vieux sorcier avait bien trop tendance à défendre les gens.
Des bruits de pas dans l'escalier se firent entendre et les trois adultes stoppèrent leur conversation. Quelques minutes plus tard, les six adolescents qui séjournaient Square Grimaud entrèrent dans la pièce, encore à moitié endormis. Ils se traînèrent vers des chaises libres et s'y laissèrent tomber lourdement. Molly alla les embrasser avec sa fougue maternelle très particulière. Sirius leur demanda s'ils avaient bien dormi et un concert de grognements lui répondit. Quelques minutes plus tard, ils étaient plongés dans leur petit déjeuner. Très vite, le reste de la maisonnée se réveilla et la cuisine fut vite envahie. Eléana se sentit soudain mal à l'aise au milieu de tout ce monde. Ils formaient une famille très soudée, ils suffisaient de les voir interagir entre eux pour en être persuadé. Une dizaine de minutes plus tard, elle opta pour une retraite inaperçue quand on frappa à la porte d'entrée. Sirius se leva rapidement pour aller ouvrir. Quelques minutes plus tard, Sirius revint avec Dumbledore :
- Vous avez de la visite, Miss McBaine, annonça le vieux sorcier.
Elle fut intriguée à l'utilisation de son nom. Plus de Miss Jedusor ? Elle leva les yeux et tout son visage s'illumina quand elle vit Jake. Elle se jeta littéralement dans ses bras et il la fit tournoyer. Dans le couloir, Severus Rogue venait d'apparaître et les fixait de ses yeux froids. Il s'éclaircit la gorge dans une parfaite imitation de Dolores Ombrage pour faire remarquer sa présence au couple qui l'empêchait d'entrer. Les yeux de Jake le détaillèrent de pied en cape et son sourire s'élargit :
- Laissez-moi deviner. Vous, vous êtes Severus Rogue !
Les yeux de l'interpellé se rétrécirent et se posèrent une fraction de seconde sur Eléana qui se sentit rougir. Plus par politesse qu'autre chose, le professeur acquiesça. Jake se tourna alors vers sa meilleure amie, lui murmura quelque chose à l'oreille qui lui fit prendre la teinte d'une tomate bien mure alors que ses yeux s'agrandissaient de surprise. Elle donna un grand coup de coude dans ses côtes et l'américain cria de douleur. Puis, fièrement, elle retourna s'asseoir sous le regard amusé et curieux de l'assemblée, sauf celui de Rogue qui était dur et glacial. Jake, une main sur ses côtes, s'approcha d'elle :
- Hé ! Je t'ai sauvé la vie, je te signale ! Tu pourrais au moins montrer un minimum de gratitude.
Eléana prit un air outrée :
- Mais je t'en ai montré ! J'ai remplacé le doloris qui me démangeait par un simple coup de coude.
- Oh ! Quelle gentille attention ! Je vous en suis vraiment reconnaissant, Miss Jedusor.
Il fit une révérence stupide et se laissa tomber sur la première chaise qu'il trouva, ignorant le coup d'œil meurtrier qu'il reçut.
- C'est bon ! Tu vas pas me faire la tête…dit Jake après quelques secondes.
Pour toute réponse, elle releva le menton avec dédain. Il rapprocha son siège du sien :
- Tu sais que tu es très mignonne quand tu boudes ?
Nouveau regard rageur.
- Allez ! Je sais bien que tu ne peux pas résister bien longtemps à mon corps musclé, à mon sourire dévastateur, à mes yeux magnifiques. Sans oublier mon incroyable intelligence et ma très haute modestie. Tu craques littéralement pour moi, pas la peine de le nier.
- Fais attention, ta tête ne passe plus les portes.
Jake passa un bras autour de ses épaules.
- Mais je compte sur toi pour me la dégonfler.
Eléana leva les yeux au ciel. Son ami s'adossa à sa chaise et son visage devint sérieux.
- Bon, sérieusement, Wallace et Aristide veulent que tu reviennes à Salem.
Autour d'eux, les membres de l'Ordre écoutaient avec attention les deux jeunes gens qui semblaient complètement avoir oublié qu'ils n'étaient pas seuls.
- C'est hors de question, répondait Eléana.
- Je savais que tu allais dire ça. Ecoute Eléa, c'est sérieux ce coup-ci. Il s'agit pas de cauchemars ou d'hypothèses, de oui dires. Voldemort est vraiment de retour, il sait où tu es et a déjà pris les mesures nécessaires pour te ramener auprès de lui.
- Parce qu'avant, ce n'était pas sérieux ? Quand on savait qu'il était là, quelque part, dehors en liberté ce n'était pas une menace ça aussi ? Ca n'était pas sérieux ? Je vais rester à Poudlard, Jake. Je vais finir mon année et l'année prochaine, je deviendrai professeur à part entière. Et ce n'est pas matière à discussion.
- Eléa ! Tu as besoin de protection !
- Et qu'est-ce que tu me proposes ? De rentrer en Amérique où l'on me cloîtrera dans une maison isolée au fin fond de la campagne avec je-ne-sais-combien d'aurors pour assurer ma protection ? Je deviendrai complètement folle ! Je ne vais pas mettre en parenthèses ma vie à cause de lui.
- Eléa…
- Non, Jake ! Tu ne m'amadoueras pas. Et puis d'abord, ce n'était pas mon idée de venir ici ! J'y étais même contre ! Mais vous avez insisté et maintenant je suis là et je compte bien y rester !
- Je ne te ferais pas changer d'avis, n'est-ce pas ? demanda Jake, sachant très bien qu'il avait perdu.
- Non.
- Très bien. J'en parlerai à Wallace et à Aristide. Mais ils ne vont pas être contents.
Eléana regarda son ami. Elle ne l'avait jamais vu aussi inquiet et sérieux. Elle posa une main sur son épaule.
- J'ai une question à te poser.
- Vas-y.
- Comment as-tu fait pour être là quand je me suis fait piéger ?
- Tu crois vraiment qu'on t'aurait laissée seule, sans protection, même à Poudlard ? Il y a toujours eu quelqu'un qui surveillait les portes de l'école et te suivait quand tu sortais. On se relayaient.
- Merci, murmura Eléa.
Ils se regardèrent un long moment. Certains membres de l'Ordre chuchotaient entre eux.
- Avez-vous déjà déjeuné Monsieur O'Donnel ? demanda Molly
- Oui, merci. Mais appelez-moi Jake. Je suis confus, on vous a complètement oubliés. Au fait, comment va votre mari ?
Arthur Weasley, que Jake n'avait encore vu, se tourna vers l'américain qui le salua d'un hochement de tête.
- Je m'en remets. Mais je crois qu'il ne va pas falloir me parler de serpents pendant un certain temps.
- Tous ne sont pas comme Nagini, intervint Eléana.
- Toi et ta fascination pour les serpents, se plaignit Jake en soupirant.
- Ce sont des animaux très intelligents et très intéressants.
- Pour moi, ce ne sont que des sales reptiles. Rien que les imaginer glissant sur le sol me donnent des frissons. Quand à la façon dont ils communiquent…brrr
Eléana sourit et un long sifflement sortit de sa bouche entrouverte. Harry avala de travers sa cuillère de céréales et Ron dut lui taper plusieurs fois dans le dos pour l'aider. Jake fixa son amie :
- Qu'est-ce que tu as dit ?
Elle lui lança un sourire innocent. Il se tourna vers le Survivant :
- Qu'est-ce qu'elle a dit ?
Harry regarda son professeur qui se mit à lui parler en fourchelangue. L'adolescent sourit et lui répondit dans la même langue, à la surprise générale. Eléana gloussa.
- Hé ! C'est pas sympa pour ceux qui parlent pas le serpent ! grogna Ron.
- De toute façon, t'es jamais content, soupira Ginny avant de se pencher vers Harry en chuchotant : tu me diras ce que vous vous êtes dit, pas vrai ?
- Il ne vous ai jamais venu à l'idée de retracer la généalogie de votre famille ? demanda soudainement Fred à Eléana.
- Non, pourquoi ?
- Si vous parlez fourchelangue et que c'est héréditaire, peut-être que vous êtes une héritière de Salazar Serpentard ? émit Georges qui avait suivi le même raisonnement que son jumeau.
Aussitôt, le visage de l'américaine se ferma et se fit plus sombre.
- Je crois que je n'ai jamais vraiment voulu savoir. Car si c'est les cas, cela voudrait dire qu'il existe un lien entre Voldemort et moi, plus important que ces maudits papiers d'adoption.
- Tom est toujours votre tuteur légal ? demanda McGonagall, surprise.
- Oui, répondit l'intéressée. Les aurors n'ont jamais réussi à mettre la main sur les papiers d'adoption. Ils ont voulu essayer de faire sans et de supprimer l'adoption sur les registres du Ministère, mais ils n'ont pas pu. Apparemment, Voldemort aurait utilisé je-ne-sais-quelle-magie pour faire en sorte que seule la destruction des papiers originaux annule l'adoption. Mais on n'a jamais réussi à mettre la main dessus.
Les sourcils de Dumbledore se froncèrent :
- Je trouve quand même étrange que Tom agisse de cette manière. Cela lui ressemble si peu. Je me demande bien ce qui peut l'intéresser chez vous.
- J'en sais rien. Peut-être une envie d'être père ? supposa Eléana
- Voldemort ? Envie d'être père ? s'étrangla Ron. Faut avoir un cœur pour avoir une envie pareille.
- Vous savez, c'est lui qui m'a élevée lors de mes premières années, avoua-t-elle. Bon d'accord, c'était loin d'être parfait. Il était effrayant, sa méthode d'éducation laissait à désirer mais…Je ne sais pas. Il était souvent là, à me faire des leçons de morale –même si elles étaient un peu spéciales-, il m'offrait des cadeaux, je crois même qu'un jour, il m'a emmenée au zoo. J'étais petite à l'époque, c'est un peu floue.
- Au zoo ? demanda Ginny pour être sure qu'elle avait bien entendu.
Eléana acquiesça. Fred et George se regardèrent.
- Il a dû faire une sacrée impression, dit Ron.
La sorcière américaine les regarda avec étonnement :
- Pourquoi est-ce qu'il aurait fait une sacrée impression ?
Ils la regardèrent comme s'il lui avait poussé des antennes sur la tête et Harry répondit :
- Bah en cape et tout. Et même physiquement, il est plutôt…surprenant.
Les yeux d'Eléana s'illuminèrent en comprenant ce qui les troublait :
- Mais non ! A l'époque, il était comme n'importe quel sorcier d'une cinquantaine d'années, et plutôt élégant. Sa voix était aigue mais moins qu'aujourd'hui. Quelques unes des servantes du château lui tournaient autour. Elles se battaient presque pour être celle qui partagerait le lit de Père. C'était certes un sorcier avec une idéologie monstrueuse mais c'était un sorcier avant tout.
Ils la regardaient presque avec horreur à présent. Les adolescents grimaçaient à la perspective d'un Voldemort humain, séduisant et prenant du bon temps avec une compagne. Quand aux adultes, ils étaient étonnés par le fait que leur plus grand ennemi puisse encore se conduire de manière…humaine. La mention du lit « de Père » n'avait pas échappé aux adultes. Eléana avait dit cela avec tellement de naturel. Cela leur faisait étrange d'entendre quelqu'un parler de Voldemort en utilisant la mention « Père ». Et cela intriguait les membres de l'Ordre. Pourquoi Voldemort, un tyran inhumain à la recherche d'immortalité et qui croyait en la pureté du sang, avait-il adopté une petite fille d'à peine quelques mois ? Une petite fille dont il ignorait si elle recevrait ou non des pouvoirs et si elle serait douée. Une petite fille issue d'une lignée dont le sang avait été tâché par plusieurs unions avec des moldus. L'élément fourchelangue revenait sans cesses à l'esprit de Dumbledore. Il sentait que c'était une donnée importante. Georges avait posé une question primordiale. Et si la jeune femme assise à ses côtés était une héritière, de non pas Voldemort, mais de Salazar Serpentard ? Alors Eléana, au même titre que Tom, serait l'héritière de Serpentard, l'un des fondateurs de Poudlard. Beaucoup de questions fusaient dans l'esprit du directeur. Il brûlait de les poser mais un seul regard au visage fatigué de la sorcière l'en dissuadait. Il balaya la petite assemblée du regard, attendit d'avoir l'attention de tout le monde et dit d'une voix calme :
- Je crois que nous allons en rester là pour l'instant. Miss Jedusor, il me reste encore beaucoup de questions à poser et si cela ne vous dérange pas, j'aimerai vous voir seul à seule avant la rentrée. J'attends toujours une réponse d'Aristide à qui j'ai envoyé un hibou. Pour l'instant, je crois que la priorité est que vous vous reposiez.
La fin de leur petite réunion n'enchanta pas certains qui avaient encore des questions. Eléana hocha la tête en signe d'acquiescement à la requête du vieux sorcier. L'interrogatoire était terminée, ce qui la soulageait. Molly prit le contrôle de le cuisine et fit sortir à grands mouvements de bras tous les occupants pour préparer le repas. Ils se retrouvèrent tous dans un salon sombre, aussi lugubre que le reste de la maison. Au fond de la pièce, une tapisserie avec des portraits attira son attention mais elle se retint d'aller satisfaire sa curiosité. Elle écouta les conversations qui traitaient de sujets légers tels que le Quidditch. Elle participa peu, contrairement à son habitude. Elle se sentait mal à l'aise parmi tous ces gens. Maintenant qu'ils savaient qui elle était, leur regard lui faisait peur. Alors, elle se contentait de les écouter, de les observer, cherchant à savoir ce qu'ils pensaient d'elle. Lui en voulaient-ils ? Que pensaient-ils d'elle à présent ? Elle s'était présentée à eux sous une fausse identité et pour des prétextes fallacieux. Normalement elle avait l'habitude de faire cela, d'inventer les dix premières années de sa vie. Depuis le temps, elle se prêtait même à croire en cette vie. Oui, elle aimait croire que ces souvenirs plus légers, plus joyeux étaient vraiment les siens. Elle savait très bien qu'elle ne pouvait se présenter comme Eléana Jedusor, fille adoptive du plus redoutée des Mages Noirs. Dans le meilleur des cas, on l'aurait regardée avec pitié et crainte. Dans le pire, on l'aurait fuit comme une pestiférée. Pour ajouter à son malaise, les personnes présentes dans la pièce n'étaient pas de simples sorciers. Voldemort avait eu un effet néfaste sur la vie de chacun d'eux.
Machinalement, elle porta une main à son abdomen encore douloureux. Elle étouffait, avait besoin d'air. Jake remarque son malaise, interrompit sa conversation avec Sirius et s'approcha d'elle. Il posa une main sur son bras, lui faisant relever la tête. Elle posa sur lui des yeux tristes et sourit faiblement. Aussitôt, il l'enveloppa de ses bras et elle enfouit son visage contre sa poitrine. Il l'entendit renifler deux ou trois fois et commença à tracer de petits cercles dans son dos.
- Hey, il faut pas te mettre dans des états pareils, lui murmura-t-il.
Elle ne répondit pas tout de suite, renifla encore :
- Je sais. Je suis bête hein ? J'ai vingt-quatre ans et je me mets à pleurnicher au moindre souvenir.
Il ne parla et se contenta de raffermir son étreinte. Contre son torse, elle se mit à sangloter :
- J'ai si peur, Jake ! Me cacher ne servira à rien. J'ai l'impression que quoi que je fasse, où que j'aille, il me retrouvera toujours. Et je ne veux pas passer ma vie à fuir.
Jake sentit son corps se tendre. Il eut presque envie de sourire en comprenant ce qu'elle faisait. Elle transformait sa tristesse en colère. C'était machinal chez elle. Depuis qu'il la connaissait, elle faisait cela. Plutôt que de pleurer et de montrer ainsi une certaine faiblesse, elle s'énervait et se mettait en colère. Ses sanglots cessèrent et sa voix se fit plus forte, plus ferme et vibrante, attirant l'attention des autres.
- C'est vrai, quoi ! commençait-elle. Qu'est-ce que je lui ai fait ? Pourquoi moi ? J'ai rien demandé ! Et je me retrouve dans cette galère !
Elle s'écarta de lui. Ses yeux étaient durs, son nez avait rosi et ses joues étaient rouges. Jake savait qu'il ne pourrait rien faire pour la calmer et qu'elle avait juste besoin d'évacuer sa colère. Elle continuait sur sa lancée, parlant à Jake sans vraiment s'adresser à lui :
- Qu'est-ce que je suis censée faire ? Me planquer ? Il me retrouvera ! L'affronter ? Rien que rêver de lui me fait perdre tous mes moyens ! Penser à lui et aux souvenirs que j'ai de lui me fait un mal de chien ! Alors me retrouver en face de lui ? Quelle blague ! Quand est-ce que cette histoire va se terminer ? Il pourrait pas m'oublier ou crever une bonne fois pour toutes et foutre la paix à tout le monde ?
L'air était devenu tendu et électrique. Des vagues d'énergie s'échappaient de la sorcière. Severus Rogue se tenait dans un coin et la regardait. Il lui en voulait. Mais sa colère envers elle s'effaçait en cet instant précis. Elle était vraiment belle en colère. Ses yeux avaient la teinte d'une nuit d'orage. Ses cheveux tombaient en boucles folles autour d'elle et de la magie pure, ancienne, puissante s'échappait d'elle. Il connaissait cette magie. La magie ancienne, liée intimement aux émotions. Elle était plus ou moins présente chez les sorciers. Les explosions de magie étaient rares. Les enfants apprenaient très tôt à la maîtriser et à empêcher les pertes de contrôle. Pourtant, Eléana ne semblait pas la contrôler. Ou peut-être ne voulait-elle pas ? Severus savait qu'une fois la magie évacuée, la crise finie, le sorcier ou la sorcière se sentait vidée, sans énergie et se trouvait dans l'incapacité de faire de la magie pendant quelques heures. Peut-être était-ce le but ?
Soudain, dans un rayon de deux mètres autour d'Eléana, tous les vases ou objets de verre explosèrent. De petits cris se firent entendre alors que les adultes se protégeaient comme ils pouvaient. Severus ne bougea pas et continuait de fixer son assistante. Elle était pâle et haletante. Jake se débarrassait des morceaux de verre pris dans ses vêtements et lâcha :
- Ca y est ? T'as fini ?
- Oui, souffla-t-elle
- Ça va mieux ?
- Un peu.
Elle vacilla et il la rattrapa prestement. Elle s'accrocha à lui pendant que Molly et sa fille Ginny tentaient de minimiser les dégâts. Appuyée contre Jake, la sorcière américaine s'excusa. Sirius la rassura :
- De toutes façons, je ne les aimais pas.
Cela la fit sourire et Fred regarda son jumeau et lâcha assez haut pour que tout le monde l'entende :
- Il faudra éviter de la prendre pour cible pour nos blagues.
- Tout à fait d'accord avec toi, s'empressa d'acquiescer Georges.
Arthur lança un sourire d'excuse aux professeurs présents. Il ne pouvait pas faire grand chose d'autre quand il s'agissait de ses jumeaux. Au bout de dix-sept ans, c'était devenu machinal. Dumbledore lui renvoya un sourire compatissant et espiègle. Le directeur reporta son attention sur Eléana que Jake faisait asseoir. Elle avait les traits tirés. D'un geste las, elle coinça ses cheveux derrière ses oreilles et la Marque des Ténèbres ressortit sur sa peau blanche, hideuse. Ses lèvres étaient presque aussi pâles que sa peau et le directeur s'inquiéta. Il s'approcha de la sorcière qui recroquevillait ses jambes sous elle. Accroupi en face d'elle, Jake lui parlait à voix basse. De temps en temps, elle hochait la tête. Tendrement, il lui caressa les cheveux alors qu'Albus arrivait et demandait :
- Est-ce que ça va aller ?
- Il faudrait qu'elle dorme, répondit le sorcier.
Le directeur hocha la tête et appela Sirius. Il lui demanda de guider Jake jusqu'à la chambre d'Eléana. L'évadé accepta bien sûr et l'américain aida son amie à se lever. Dès qu'elle fut sur pied, ses jambes cédèrent. Le bras de Jake enlaça sa taille pour l'aider à tenir debout. Elle se débattit mollement :
- Je suis assez grande pour marcher toute seule.
- Pas en ce moment, princesse, répondit-il.
Sans lui laisser le temps de répondre, il la prit dans ses bras. Elle se plaignit pour la forme tout en casant sa tête au creux de son épaule. Le temps d'arriver en haut, elle dormait déjà. Il la déposa sur le lit, replia les couvertures sur elle après lui avoir retirer ses chaussures. Puis il redescendit.
En entrant dans le salon, il apprit aux autres qu'elle s'était endormie et qu'elle ne se réveillerait sans doute pas avant le soir. Minerva fut la première à demander comment la jeune sorcière avait pu perdre le contrôle de cette façon. Jake leur expliqua qu'Eléana ne le perdait pas vraiment car elle arrivait à créer ses crises. Quand la colère était vraiment très forte, elle ne faisait rien pour calmer sa magie. Au contraire, elle faisait tout pour la nourrir et la concentrait jusqu'à ce que cela explose. Bien sûr, après elle était épuisée et dormait longtemps afin de récupérer.
- Elle fait ça depuis longtemps ? demanda Hermione qui était intéressée par ce phénomène
- Depuis qu'elle sait se contrôler, répondit Jake. Au départ, elle perdait vraiment le contrôle. Puis, quand elle a appris à se maîtriser, elle a aussi appris à créer ses crises. Elle a vite vu un moyen d'évacuer quand la pression était trop forte. Depuis, elle utilise cela dès qu'elle sent que certaines émotions vont l'étouffer.
- Est-ce qu'elle l'utilise souvent ? demanda Severus.
- Dès qu'elle en sent le besoin.
Il refusa de s'étendre d'avantage. Ce n'était pas à lui d'expliquer la manière de fonctionner de son amie. il préféra raconter des anecdotes sur leur amitié et leurs frasques à l'Ecole de Sorcellerie de Salem, comme le jour où ils avaient ramolli la chaise d'un professeur remplaçant. Les jumeaux furent rapidement épatés du palmarès de l'assistante de potions. Jake se montra bavard, plus qu'il ne l'était d'habitude, mais ses sorciers ne pouvaient pas le savoir. Il voulait leur faire comprendre qu'ils pouvaient avoir confiance en Eléana, qu'ils aient une vision globale de la vraie jeune femme qu'il connaissait, derrière le masque du nom.
A suivre...
