Les Yeux de l'Ombre

Disclaimer: rien ne m'appartient à part le personnage d'Eléana et quelques autres que vous reconnaîtrez aisément.

Un grand merci à Islanor, Aelwing, Vistesreves et aux autres pour leurs reviews. Les recevoir me fait très plaisir et me motive pour écrire la suite. Plus sieurs chapitres d'avance sont écrits et l'écriture avance assez vite… L'inspiration est au rendez-vous alors j'en profite. J'ai déjà tout le reste de la fic en tête, jusqu'à la fin alors j'espère que ma muse ne me quittera pas brusquement. Sachez que pas mal de péripéties vous attendent encore.

Je vous laisse avec le récit… Et n'oubliez pas le petit bouton à la fin

Bonne lecture !


Le retour pour Poudlard était prévu pour le surlendemain et Eléana voulait faire une surprise à Harry mais pour cela, elle devait quitter le Square pendant quelques heures. Elle frappa de bonne heure à la porte de Jake. Elle insista plusieurs minutes et il lui ouvrit la porte en caleçon, les cheveux dans les yeux et en baillant. Il la regarda hébété :

- Eléa ? Qu'est-ce qui s'passe ?

- Habille toi ! Je t'attends dans la cuisine dans cinq minutes ?

Il regarda sa montre et découvrit qu'il était à peine sept heures du matin. Il grogna mais son amie était déjà partie. Quand il descendit dans la cuisine, elle lui mit une tasse de café entre les mains.

- Allez ! Avale ! Vite ! Si on n'est pas parti avant qu'ils se réveillent, on restera coincé ici.

- Mais tu veux aller où ?

- J'ai besoin de faire une course. On va aller dans le Londres moldu.

- Seule ? Mais t'es folle ? T'as oublié les mangemorts ?

- Non ! A ton avis, pourquoi je t'emmène ?

Devant l'air déterminé et excité d'Eléa, il comprit qu'il ne servait à rien de discuter.

- Tu leur as laissé un mot ?

- Oui. Je ne veux pas qu'ils paniquent quand ils se réveilleront. Mais allez, plus vite !

Il avala d'une traite le café bouillant qui lui brûla tout le système digestif et il toussa.

- Mais sois plus discret ! le réprimanda Eléa .

Sur la pointe des pieds, ils gagnèrent le hall d'entrée, défirent les verrous et sortirent dans la fraîcheur du matin. Jake resserra le col de sa veste en grognant.

- Bon, et si tu me mettais dans le secret ? C'est quoi cette escapade ?

- Tu verras bien !

Sur ce, elle le prit par la main et l'entraîna à travers Londres. Il la suivit dans le métro. Ses yeux brillaient d'excitation et le froid colorait ses joues et son nez mais elle semblait tellement fixer sur son but que rien autour n'avait d'importance. Ils se revit des années plus tôt alors qu'ils n'étaient que des adolescents. Ils leur arrivaient de partir tôt le matin, ne laissant qu'une note à leurs parents avant de passer la journée à aller où bon leur semblait, parcourant parfois des dizaines et des dizaines de kilomètres. Le soir, inévitablement, ils se retrouvaient face à la mine furibonde de leurs parents et avaient le droit à un sermon. Ce jour-là, Jake sentait aussi venir le sermon, mais ce ne serait pas son père qui lui ferait.

- Devant lui, Eléana s'arrêta brusquement et Jake lui fonça dedans.

- Tu pourrais prévenir ! lâcha-t-il.

- On est arrivé ! annonça-t-elle avec entrain.

Il leva les yeux et pâlit. Il recula, secouant la tête de droit à gauche :

- Ha non, non, non ! Il est hors de question que je rentre là-dedans !

Devant lui, une vendeuse ouvrait sa boutique animalière. Une boutique où elle ne semblait vendre que des animaux domestiques « exotiques » telles que des araignées, des lézards et des serpents. Le visage d'Eléana rayonnait comme celui d'une enfant devant une boutique de bonbons. Elle fit un pas vers l'entrée :

- Tu m'accompagnes ?

- Non, je t'attends là, répondit Jake sans hésiter.

Elle lui lança un sourire moqueur et entra. L'atmosphère chaude du magasin l'étouffa de prime abord. Sur le seuil, elle ferma les yeux et se laissa bercer par les paroles des serpents. Pour les autres, ce ne devait être qu'un long sifflement sans fin, mais pour elle, c'était de vraies conversations qu'elle entendait, susurrées à voix basse entre ses reptiles. Une vendeuse s'approcha d'elle :

- Est-ce que je peux vous aider ?

- Oui, je cherche à acquérir un serpent.

- Très bien. En avez-vous déjà eu ?

- Oui. Mais je viens d'emménager en Angleterre donc je vais devoir racheter l'équipement. Est-ce que je peux me balader un peu, voir si je trouve celui que je veux ?

- Bien sûr ! Appelez moi dès que votre choix sera fait.

Eléana commença à passer devant les vivariums, observant les reptiles autour d'elle. Ils étaient tous jeunes pour la plupart. Elle les observa sans trouver son bonheur, jusqu'à ce qu'elle ne croise le regard rouge d'un serpent albinos. Elle s'arrêta devant le terrarium. Lampropeltis Getulus Californae, lut-elle sur l'étiquette. Plus connu sous le nom de serpent roi de Californie. C'était une femelle qui mesurait une trentaine de centimètre. C'était une albinos, c'est-à-dire que son corps blanc était parcouru de motifs jaune. Le serpent était enroulé au fond de son abri. La sorcière jeta un coup d'œil par dessus son épaule pour vérifier que la vendeuse n'était pas à proximité. Puis elle reporta son attention sur le reptile :

- Salut toi, chuchota-t-elle en fourchelangue.

Le serpent leva la tête vers elle et se rapprocha lentement de la vitre. Elle se redressa, s'avança, et recula puis avança de nouveau.

- Je ne te veux aucun mal, murmura Eléana.

- Qui êtes-vous ?

- Je m'appelle Eléana. Je suis une sorcière, une fourchelangue, c'est pour ça qu'on se comprend.

- Que voulez-vous ?

- Te faire une proposition : celui de venir avec moi. Tu auras une semi-liberté car je vis dans une école, tu ne devras pas sortir de mes appartements. Mais tu auras de la compagnie : moi. C'est mieux que de passer sa vie enfermer dans un terrarium sans compagnie. Qu'en dis-tu ?

- Je ne veux plus rester prisonnière de cette prison de verre. J'accepte votre proposition.

Eléana, ravie, retourna voir la vendeuse et lui montra son choix. Elle lui expliqua que cette race de serpent était cannibale, donc elle devait vivre seule. Et aussi qu'adulte, elle atteindrait le mètre cinquante. Elle lui donna plusieurs informations et la sorcière acheta un terrarium qu'elle agrandirait grâce à la magie plus tard, et tout ce qui était nécessaire. L'américaine regarda tous ses achats posés sur le sol en constatant qu'elle ne pourrait pas tout porter toute seule. Elle fit un signe à la vendeuse et rejoignit Jake sur le trottoir.

Dès qu'il la vit arriver, un sourire digne d'une pub de dentifrice placardé sur le visage, il sut ce qu'elle allait lui demander. Décidé à rester camper sur ses positions, il croisa les bras sur les poitrine et s'exclama :

- Non ! Il est hors de question que je rentre là dedans.

- S'il te plait ! Juste le temps de prendre le terrarium. Pitié !

Elle leva vers lui deux grands yeux suppliants. Il fit de son mieux pour camper sur ses positions. Mais il vit sa lèvre inférieure commencer à trembler et il sut qu'il avait perdu d'avance.

- Très bien, souffla-t-il défait.

- Merci !

Elle lui sauta dans les bras, déposa un baiser sur sa joue et le traîna à l'intérieur. Il resta sur le seuil, évitant de regarder ce que la petite boutique londonienne renfermait, prit ce qu'on lui tendit et retourna dehors. Sur ses talons, Eléana portait un petit panier et une boite trouée en plastique contenant quelques souris. Ils allèrent dans une petite ruelle à l'abri des regards où Jake réduisit tous leurs achats d'un coup de baguette magique. Enfin, ils décidèrent d'un commun accord de rentrer.

Quand ils arrivèrent à Square Grimmaurd, il était dix heures du matin passées. Ce fut un Sirius inquiet qui leur ouvrit. Eléana lui adressa son plus beau sourire avant de se tourner vers Jake et de lui demander de tout monter dans sa chambre. Ravi de se débarrasser de son fardeau, il obéit sans discuter et prit aussi les souris d'un air dégoûté. L'américaine attrapa Sirius par le bras et l'entraîna vers la cuisine. A peine entrée, une Molly furibonde se jeta sur elle :

- Mais qu'est-ce qui vous est passée par la tête ? Vous sortez à peine de l'hôpital ! Et vous êtes recherchée ! C'est de la folie, surtout venant d'un professeur !

Un long sifflement sortit du panier en osier qu'elle tenait et la matriarche s'arrêta net de parler.

- Qu'est-ce que c'est ? bredouilla-t-elle.

- Elle est un peu nerveuse, répondit Eléana, alors si vous pouviez éviter de crier.

Elle se mit un peu à l'écart de la foule, déposa le panier sur la table et l'ouvrit. Elle tendit la main vers l'ouverture et siffla :

- Allez, viens. Ils ne te feront aucun mal. Fais-moi confiance. Allez ma toute belle, viens.

Arthur étouffa un petit cri en reculant au fond de la salle en voyant le serpent – petit certes, mais trop serpent pour lui – s'enrouler autour de la main fine de l'américaine. Hermione et Ginny se rapprochèrent l'une de l'autre avec un air mi-apeuré mi-dégoûté. Molly se laissa tomber sur une chaise, pâle comme la mort.

- Cool, lâchèrent Fred et George de concert.

Harry, fasciné, s'approcha. A trois mètres environ, il hésita. Il fixait le serpenteau d'une trentaine de centimètres. Le reptile tourna ses yeux rouges vers le Survivant. Eléana se pencha et susurra des mots apaisants à l'attention de son compagnon qui émit un long sifflement en retour. Harry s'approcha plus près et tendit la main. Le serpent passa sur son bras.

- Heu…Harry…appela Ron. Tu es sûre de ce que tu fais ?

- Non, répondit l'intéressé sans quitter le serpent du regard.

Il prit la tête de l'animal dans sa main libre et le reptile sortit la langue de sa gueule une fraction de secondes.

- Yeurk ! C'est dégoûtant ! s'exclama Ginny, parcourue d'un frisson.

Ragaillardis par l'attitude d'Harry, les jumeaux s'approchèrent :

- Pourquoi il a les yeux rouges ? demanda Fred.

- C'est une albinos, d'où la couleur de ses yeux et de ses motifs, expliqua la propriétaire en reprenant son serpent tendrement.

- Vous n'avez pas peur qu'il…heu elle…vous morde ? demanda Georges.

Eléana rit un peu avant de répondre :

- Bien sûr que non. Elle n'a pas de crochet. C'est un serpent constrictor.

- Constri-quoi ?

Hermione leva les yeux au ciel :

- Cons-tric-tor. C'est à dire qu'il s'enroule autour de sa victime et serre jusqu'à l'étouffer.

- C'est dégoûtant ! réitéra Ginny. Vraiment dégoûtant.

- S'enrouler ? demanda Fred, sceptique. Il est riquiqui !

- Riquiqui ?! Il est déjà trop grand pour moi ! lança sa sœur.

- Pourtant elle va grandir encore, annonça Eléana.

Hermione et Ginny lancèrent un regard horrifié à leur professeur qui expliqua qu'adulte, elle atteindra les un mètre cinquante. Cette révélation fit pâlir Arthur un peu plus et fit reculer les adolescentes.

- Vous croyez que Dumbledore sera d'accord ? s'enquit Molly.

- Pourquoi ne le serait-il pas ? Il accepte bien que chaque élève ait un animal. Shirine restera dans ma chambre.

- Oui. C'est joli, non ?

Personne n'osa la contredire et elle ne se formalisa pas du manque de réaction enthousiaste. Elle savait que sa passion pour les serpents n'étaient pas partager par tout le monde. Elle lui venait de Voldemort et de Nagini qui l'avait toujours fasciné. Contrairement à tout ce qu'on lui avait inculqué pendant qu'elle était enfant, elle n'avait jamais rejeté cela. Elle avait toujours eu des serpents. Ses parents, malgré leur révulsion, lui avaient offert le premier à douze ans. Ses camarades de dortoir avaient été loin de sauter de joie mais elle n'avait pas fait attention. Cette passion, conjuguée à ces accès de colère, ne l'avait pas vraiment aider à s'intégrer. Jake avait été le seul à dépasser sa répugnance et cela n'avait fait que renforcer leur amitié.

- J'aimerai bien voir la tête de Rogue quand tu lui présenteras ta nouvelle amie, disait justement celui-ci.

Sirius, qui n'avait pas pensé à cette idée, sembla réjouit par cette idée. Eléana s'était levée et laissait Shirine glisser dans son panier. Elle sourit malicieusement et lança :

- Cela ne devrait pas poser de problèmes. Je suis sûre qu'ils s'entendront très bien. Après tout, ce sont tous les deux des créatures à sang froid. C'est déjà une bonne base, non ?

Sur ces mots, elle sortit et monta dans sa chambre afin d'installer sa nouvelle amie dans son nouvel habitat.

Dans la cuisine, les adolescents se regroupèrent et se lancèrent dans un débat sur l'utilité des serpents. Jake se joignit aux adultes. Molly se tourna vers lui :

- Vous semblez proche de Miss McBaine. Est-ce que vous sortez ensemble ?

Le jeune homme sourit :

- Non. Pas qu'on est pas essayé. Mais on s'est rendu compte qu'on se supportait mieux en tant qu'amis que conjoints. C'est bizarre, je sais. Nos parents respectifs nous voyaient déjà mariés avec une douzaine de gosses. Mais je suis trop gentil garçon pour elle je crois.

- Trop gentil garçon ? demande Arthur

- Oui. Je ne sais pas, elle a tendance à être attirée par des hommes plus âgés qu'elle, souvent mystérieux. Je veux dire que la plupart des hommes qui l'attirent sont assez renfermés, presque hautain, sûrs d'eux mais torturés. Je vous dis pas les relations compliquées qu'il en ressort.

- Du type Severus Rogue ? demanda Sirius en souriant.

Jake se sentit soudain mal à l'aise en comprenant qu'il en avait trop dit. Molly comprit cela, et Sirius aussi. Son sourire disparut et fut remplacé par de l'incrédulité :

- Elle est attirée par Rogue ? Severus Rogue ? Notre Severus Rogue ?

- Tu en connais beaucoup ? lança Arthur.

- Elle n'est pas attirée par lui en particulier, tenta de se rattraper Jake. Mais c'est le type d'hommes qui l'attire.

- Qui attire qui ? demanda Eléana en réapparaissant.

Elle vit trois paires d'yeux interrogateurs et surpris se poser sur elle. Son attention se porta sur Jake qui évita son regard et sembla soudain très intéressé par le bout de ses chaussures. Elle comprit qu'il avait fait gaffe :

- Qu'est-ce que tu as dit ?

- Moi ? Rien !

- Jake…gronda l'américaine.

Sirius voulut venir en aide au sorcier :

- Il nous expliquait que Servi…Severus Rogue vous attirait.

Eléana resta muette de stupeur. Elle voulut parler mais l'évadé d'Azkaban ne lui en laissa pas l'occasion :

- Ce qui, quand on y pense, paraît évident quand on se rappelle la manière dont vous le défendez.

L'assistante ferma les yeux et inspira profondément. Jake, qui savait que cela était mauvais signe, s'éloigna d'elle, comprenant qu'il avait vraiment fait une erreur.

- Je – ne – suis – pas – attirée – par – Severus – Rogue, annonça-t-elle lentement en insistant sur chacun des mots. Quant à toi Jake, tu devrais apprendre à la fermer si tu ne veux pas avoir d'ennuis.

Le coupable se contenta de baisser la tête, penaud. Eléana les laissa, se sentant mal à l'aise sous leur regard inquisiteur, et rejoignit les adolescents, toujours plongés dans leur débat sur les animaux domestiques. Rapidement, elle se lança avec passion dans l'explication des raisons qui font des serpents des créatures attachantes. Les jumeaux posèrent des questions pointilleuses aussi bien sur les habitudes de vie des reptiles en milieu sauvage que les conditions nécessaires pour les faire vivre en captivité. Molly, en voyant cela, fit une brève apparition où elle interdit à Fred et Georges de faire entrer au Terrier toutes créatures de type reptilien, arachnoïde, insectoïde et autres bestioles de ce genre. Les rouquins, loin d'être impressionnées, se mirent à la recherche d'un animal singulier n'entrant dans aucunes de catégories interdites.

Le reste de l'après-midi se passa sans incidents. Eléana accompagna Jake à l'aéroport avec Arthur qui avait insisté pour y aller. En effet, il rêvait de voir un avion de prêt. Les deux américains avaient l'impression d'amener un enfant au cirque pour la première fois tant le rouquin était excité. A l'aéroport, les deux amis s'enlacèrent étroitement. Jake lui prodigua mille conseils sur ce qu'elle devait faire dans des situations plus abracadabrantes les unes que les autres. Elle se retint pour ne pas exploser de rire devant le ridicule de ce qu'il disait et afficha sa mine le plus sérieuse. Il finit par se taire et la fixer :

- Je sais même pas pourquoi je te dis ça. Je sais très bien que tu n'en feras pas la moitié.

Elle lui offrit un sourire jusqu'aux oreilles et le poussa vers l'embarquement :

- J'irais bien. Je suis bien entourée.

Jake coula un regard peu convaincu vers Arthur Weasley qui était collé à la vitre donnant sur la piste de décollage. Son amie suivit son regard et sourit de plus belle :

- On dirait un gamin.

- Je me demande bien qui protège qui. Bon, allez, j'y vais sinon je vais rater mon avion.

Mais il ne bougea pas d'un centimètre. Elle finit par le prendre par le bras et le conduit jusqu'à l'hôtesse. Cette dernière lui adressa un sourire commercial figé. Eléana embrassa une dernière fois Jake et le poussa en avant. Dans le couloir d'embarquement, il se tourna vers elle :

- Je te préviens dès que j'arrive !

Elle acquiesça et attendit qu'il disparaisse. Puis elle rejoignit Arthur. Avec lui, ils regardèrent l'avion de Jake décoller puis Eléana dut convaincre le sorcier qu'il était temps de rentrer. A regret, il la suivit et ils rejoignirent Square Grimmaurd. Là, elle réunit ses affaires, dit au revoir aux Weasley, à Harry, à Hermione et à Sirius puis prit de la poudre de cheminette et annonça clairement :

- Les Trois Balais !

Puis, elle disparut dans une gerbe d'étincelles vertes.

Elle sortit de la cheminée les bras chargés de ses affaires. Severus l'attendait, aussi impassible que d'habitude. Sans un mot, il attrapa la valise que lui avait remis Jake, lui laissant le serpent, les souris et le reste miniaturisé. Puis, toujours sans un mot, il se dirigea vers Poudlard.

Elle s'élança sur ses traces. A la traîne, elle l'observa. Il marchait d'un pas énergique, ne lui accordant aucune attention. Il se tenait la tête haute, regardant droit devant lui. Ses robes flottaient derrière lui. Il la semait et elle dut allonger le pas. Il ne lui avait pas parler, ce qui lui avait donné l'impression d'être de retour au premier jour de la rentrée où il n'avait pas daigné lui adresser un regard. Remarque, elle le comprenait. Elle eut soudain envie de courir se réfugier dans sa chambre.

Elle se retrouva devant la porte de ses quartiers en un rien de temps. Severus posa la valise à terre et dit d'une voix monocorde :

- Le professeur Dumbledore voudrait que vous le rejoigniez dans son bureau quand vous aurez fini de vous installer.

- Bien.

Il tourna alors les talons et s'éloigna. Elle soupira et s'apprêtait à ouvrir la porte quand elle entendit la voix du professeur de potions résonner dans son dos :

- Bon retour à Poudlard.

Elle regarda son dos jusqu'à ce qu'il disparaisse au détour d'un couloir avant de rentrer dans ses appartements. Elle posa ses affaires juste à l'entrée. Elle installa son nouveau vivarium et sortit Shirine de son panier. Elle lui expliqua qu'étant dans une école, elle n'avait pas le droit de sortir. Le serpent le comprit et l'accepta. Elle était beaucoup mieux ici que dans l'animalerie. Eléana lui expliqua qu'elle la laisserait en liberté tant qu'elle ne recevrait personne. Elle regarda le reste des affaires qu'il lui restait à ranger et décida d'aller voir le directeur et de se débarrasser de cette tâche en premier lieu.

Elle ne connaissait pas le mot de passe mais la gargouille la laissa passer quand elle la vit. La sorcière tenta de respirer profondément pendant que l'escalier la menait au bureau du vieux sorcier. Elle appréhendait un peu cet entretien. Que lui voulait-il de plus ? Il l'accueillit avec toute la bienveillance qu'elle lui connaissait. Il l'invita à s'asseoir et lui offrit thés et pâtisseries. Elle n'accepta que par pure politesse.

- Miss Jedusor, commença-t-il, vous êtes un cas épineux.

Elle sourit. Il ne savait combien de fois le directeur lui avait dit cela au cours de ses sept ans de scolarité à l'école de Salem.

- En ces temps troublés, il faudrait que j'aille prévenir le Ministère de votre identité. Néanmoins, je ne fais pas toujours ce qu'il faudrait. J'ai eu une petite conversation avec mon vieil ami Aristide Claymore. Nous avons éclairci les choses et je lui ai bien sûr reproché le tour qu'il m'a joué. Il m'a également précisé, pour votre défense, que vous étiez la plus gênée par la situation.

Elle hocha la tête en signe d'acquiescement.

- Je ne vais pas vous renvoyer en cours d'année. Vous êtes une bonne enseignante. Et de toute manière, Tom est maintenant au courant de votre présence ici. Il sera facile pour lui de vous retrouver. Poudlard vous offrira une protection plus qu'enviable dans votre cas.

- Il paraîtrait, ironisa Eléana.

Albus sirota une gorgée de thé en l'observant derrière ses demi-lunes. Cette jeune femme était étonnante. Il reposa sa tasse.

- Et puis, vous allez pouvoir m'aider.

Cette fois-ci, la sorcière se redressa et se fit plus attentive.

- Nous sommes en guerre, je ne vous l'apprends pas. Et je doute que vous ignoriez l'importance qu'a Harry Potter.

- Non, effectivement, je ne l'ignore pas.

- Ce que j'aimerai Miss Jedusor, c'est que vous assistiez Harry. Je pense, d'une part, que cela serait intéressant qu'il devienne un animagus. Sirius Black a montré l'efficacité que cela pouvait avoir. Et le jeune homme a le chic pour se fourrer dans des situations impossibles. Le professeur Rogue se chargera de lui donner des cours d'occlumencie. Qu'en dîtes-vous ?

- Je n'ai rien contre. Il y a juste un problème.

- Lequel ?

- Pensez-vous que Ron et Hermione regarderont Harry prendre des cours pour devenir Animagus sans y prendre part ? Ces trois-là me semblent inséparables dans tout ce qu'ils font. Et il faut plus qu'une demi-année pour devenir Animagus. Qui se chargera de prendre la relève l'année prochaine quand je rentrerai en Amérique ?

- Le professeur McGonagall.

- Pourquoi ne s'en chargerait-elle pas dès maintenant ?

Il s'adossa plus confortablement, observant la sorcière en face de lui. Elle ne le laissera aucune zone d'ombre passée.

- Je crois que cela ferait du bien à Harry de se retrouver avec quelqu'un d'extérieur.

- Quelqu'un qui puisse le comprendre par l'importance que Voldemort a dans sa vie ?

- C'est ça. Quant à Hermione et Ron, s'ils posent problème, je leur parlerai. Harry doit apprendre à ne compter que sur lui-même en cas de danger. Il ne sera pas toujours accompagné de ses amis.

- Tant que c'est vous qui leur expliquez cela, je n'y vois aucun problème.

- Je crois que notre entretien s'achève là, Miss Jedusor. A moins que vous ayez quelque chose à rajouter ?

- Je voudrais juste m'excuser encore une fois de ne rien vous avoir dit dès le départ.

- Ne vous inquiétez pas pour cela. Après réflexion, je comprends tout à fait cette démarche. Je préviendrai Harry de ses nouvelles activités. Je vous laisse vous charger du reste.

Elle le remercia et prit congé. Finalement, elle ne s'en sortirait pas si mal. Elle regagna ses quartiers, décidée à passer la journée à ne rien faire. Elle dut néanmoins prendre une potion anti-douleur pour calmer les tiraillements de sa blessure à l'abdomen. Munie d'un livre, elle se mit à l'aise dans un fauteuil. Aujourd'hui, elle était en congé.


A suivre…