Les Yeux de l'Ombre
Disclaimer: rien ne m'appartient à part le personnage d'Eléana et quelques autres que vous reconnaîtrez aisément.
Un grand merci à Julie Winchester, Helleni, morganeS et loveitachi d'avoir pris le temps de reviewer !
Donc voilà la suite... Comme j'ai avancé dans l'écriture, je poste ce chapitre un peu plus tôt que prévu. Même si ça fait déjà vingt jours depuis la dernière update. Si le temps entre deux publications est si lente, c'est simplement parce que j'aime avoir des chapitres d'avance en cas de panne d'inspiration. Et puis je ne travaille pas que sur cette fic - ce qui aide à ne pas se triturer trop les méninges et juste à suivre votre envie d'écrire. Si vous voulez en savoir plus sur mes projets, vous trouverez le détail dans mon profil.
Assez de blabla. Voici un petit chapitre sans vraiment beaucoup d'action mais un chapitre important tout de même. Je vous laisse lire et vous en rendre compte par vous même.
! J'ai commencé à écrire cette fic avant la publication du tome 6. J'ai donc dû imaginer le passé de Rogue et prendre quelques libertés. Après la lecture du tome, j'ai décidé de ne rien modifier. Après tout, c'est de cette manière que j'ai imaginé ma fic, je n'allais pas tout changer. J'espère que cela ne vous dérangera pas.
(Cette fois-ci le blabla est vraiment terminé )
N'oubliez pas le petit bouton à la fin :p
Bonne lecture !
Sur le sol froid de la cellule, une petite fille était accroupie. Ses longs cheveux bruns emmêlés encadraient son visage souillée par les larmes et la poussière. Dressé devant elle, un homme encapuchonné pointait sa baguette sur elle. Le corps frêle de la fillette était encore secoué de spasmes. Une porte s'ouvrit brusquement et le mangemort s'écart, baissant la tête aussi bien par respect que par peur.
- Dehors ! tonna la voix de Voldemort.
Sans demander son reste, l'interpellé sortit.
- Debout, ordonna le Mage Noir.
Tant bien que mal, la fillette obéit et se releva. Elle tremblait de la tête aux pieds. Un filet de sang coulait de sa lèvre inférieure qu'elle mordait. Ses grands yeux bleu nuit fixait le sol crasseux avec terreur. Elle savait que refuser d'obéir lui causerait des ennuis. Et ces ennuis étaient devant elle.
- Regarde moi, siffla le fourchelangue.
L'enfant leva timidement les yeux vers son père. Dans un coin sombre de la pièce, un jappement se fit entendre.
- Pourquoi refuses-tu de le tuer ?
- C'est…il est mignon…répondit la voix fluette et chevrotante de la fillette.
La vérité, c'était qu'elle aimait ce chien. Mais elle savait que si elle disait cela à haute voix, la punition n'en serait que plus douloureuse. Voldemort émit un rire aigu et dédaigneux qui n'augurait rien de bon. D'un accio, il fit venir le chiot. L'animal se mit à hurler à la mort dès qu'il se retrouva dans les mains du sorcier. Ce dernier se tourna vers l'enfant :
- Préfères-tu le tuer ou souffrir à sa place ?
Les yeux bleu nuit le fixèrent avec effroi.
- Ce n'est qu'un animal, un être inférieur.
- C'est un être vivant ! cria-t-elle.
Aussitôt, elle se mordit la lèvre alors que ses yeux s'arrondissaient de stupeur et de terreur devant l'énormité de l'erreur qu'elle venait de commettre.
- Tue-le ou c'est toi qui souffriras.
Cette fois ci, la voix était grave et sérieuse. C'était une promesse, la promesse d'une souffrance certaine. Rassemblant le peu de courage qu'il lui restait, elle rejeta les épaules en arrière et dit avec le plus de fermeté possible :
- Non.
Elle ferma les yeux, se préparant à ce qui allait venir. Elle entendit à peine le craquement sec de la nuque de son chien avant que la douleur n'explose dans tout son corps et lui fasse perdre contact avec la réalité.
Eléana se redressa en sursaut dans son lit. Elle était empêtrée dans ses draps trempés de sueur. Avec des gestes rendus incertains par les tremblements, elle se dégagea de sa prison de tissu puis posa les deux pieds sur le sol. Elle s'assura que ses jambes la porteraient avant de se lever et de se rendre tant bien que mal dans la salle de bain. Elle avait l'impression qu'elle avait réellement reçu le doloris et qu'elle ne l'avait pas simplement rêvé. C'était tout l'effet désastreux du passé. Quand elle les revoyait, quand les rêvait, c'était comme si elle les vivait une seconde fois. Dans la salle de bain, elle se passa de l'eau froide sur le visage. Ses tremblements s'accentuèrent et elle s'accrocha au lavabo. Elle le serra jusqu'à ce que les jointures de ses mains deviennent blanches.
Quand elle se trouva assez calme pour bouger, elle retourna dans sa chambre et jeta un coup d'œil à l'horloge. Il était minuit moins vingt. Il était hors de question qu'elle retourne se coucher maintenant. Elle troqua sa chemise de nuit contre un pantalon de toile rose et un pull en laine noir moulant. Puis quinze minutes plus tard, assis dans la salle de classe, elle sortait les devoirs de ses élèves se mettait à travailler à la seule lueur de la lampe posée sur le bureau. S'occuper pour oublier. Elle retournerait se coucher plus tard, quand ses souvenirs ne seraient plus aussi vivaces.
Les heures filèrent et ce fut le bruit de pas s'approchant qui lui fit lever la tête. La porte s'ouvrit sur Severus plongé dans un livre épais et poussiéreux. Il ne la vit pas et elle en profita pour le détailler. Il ne portait pas de robe, seulement un simple pantalon noir surmonté d'une chemise de la même couleur. Son visage était plus détendu, le masque de sévérité et d'intransigeance n'ayant pas raison d'être au milieu de la nuit. Il était à quelques mètres à peine du bureau quand il se rendit compte qu'une source lumineuse autre que celle de sa baguette l'éclairait à présent. Il leva alors les yeux et croisa le regard bleu nuit de son assistante. La fatigue fut la première chose qu'il y vit.
- Que faîtes-vous là ? demanda-t-il avec une voix moins froide que d'habitude.
- Je pourrai vous poser la même question, répondit-elle du tac au tac.
Un instant, elle crut voir passer une lueur d'amusement dans les yeux du sorcier. Il referma son livre et le posa sur un coin du bureau. Il saisit la pile de devoirs corrigés et haussa un sourcil perplexe.
- Vous corrigez des devoirs à deux heures du matin ?
- Pourquoi pas ?
Il émit un bref claquement de langue agacé qui la fit sourire.
- Et vous, que faîtes-vous là ?
- Il fallait que je vérifie quelque chose.
- A deux heures du matin ? répliqua-t-elle sur le même ton que lui quelques secondes auparavant.
Il ne prit même pas la peine de répondre et alla s'enfermer dans son laboratoire. Eléana replongea dans ses correction.
Alors qu'elle inscrivait la note, Severus émergea de son laboratoire. Elle bailla en prenant une autre copie mais la large main du sorcier retint son geste. Il prit le parchemin et le replaça sur la pile :
- Il est tard. Vous devriez aller vous coucher.
Elle se contenta de hocher la tête. Il récupéra son livre et allait sortir quand il la vit commencer à trier l'armoire à ingrédients. Il reposa son ouvrage et s'approcha d'elle. Il stoppa sa main qui s'apprêtait à saisir une autre série de composants.
- Je n'ai pas le droit de faire du rangement non plus ? s'énerva-t-elle.
Il la fixa et elle se sentit transpercer par son regard.
- Qu'est-ce qu'il se passe ?
Elle dégagea sa main qu'il tenait toujours et cala une mèche brune derrière son oreille.
- Depuis quand ça vous intéresse ? Ne vous inquiétez pas, je serais tout à fait apte à faire cours demain.
Elle s'apprêtait à remonter l'allée néanmoins la voix exaspérée de Severus l'arrêta :
- Comment voulez-vous que je vous fasse confiance si vous refusez de vous ouvrir et de me faire confiance ?
Elle se figea, passa une main sur son visage fatigué.
- J'ai fait un cauchemar. Un simple cauchemar.
- Ça ne devait pas être un simple cauchemar si je vous retrouve là à deux heures du matin.
Lentement, elle se retourna :
- Qu'est-ce que vous voulez ?
- De la vérité, de la sincérité.
Elle ferma les yeux. Etait-ce un piège ? Etait-il sincère ? Voulait-il vraiment qu'elle lui dise la vérité ? La voix du sorcier résonna à nouveau dans le silence de la salle vide :
- Encore aujourd'hui, je fais des cauchemars. Je revoie ce que j'ai fait au service du Mage Noir. Se souvenir, c'est ce qui fait le plus mal. Parce que contrairement aux rêves, on sait que c'est la réalité, que cela s'est vraiment passé.
Elle rouvrit les paupières, incrédule et la première chose qu'elle vit fut son regard acier posé sur elle et l'émotion qu'elle y lut, la douleur, la honte mais aussi la compréhension firent tomber toutes ses barricades et elle se remit à trembler. Elle s'assit sur la première chaise qu'elle trouva. Elle posa les mains à plat sur le bureau devant elle, espérant qu'ainsi, elles cesseraient de trembler. Severus vint s'asseoir en face d'elle et recouvra ses mains des siennes. Elle hoqueta de surprise à ce comportement si peu commun venant du professeur de potion. Malgré sa surprise, elle ne retira pas ses mains. Les yeux dans le vague, elle se mit à parler :
- Il voulait que je me sente supérieure aux autres. Il voulait que j'apprenne à agir en écartant toute émotion.
Severus devina immédiatement qui « il » était.
- Lorsque j'étais jeune, il m'a offert un chiot. C'était un épagneul breton magnifique, un peu foufou. Je l'ai aimé tout de suite. Pendant six mois, on ne m'a jamais vu sans lui. Un jour, lors d'une « leçon », un mangemort m'a ordonné de le tuer.
Severus sentit les mains de la jeune femme trembler un peu plus sous les siennes alors que sa voix douce tremblotait.
- Je ne sais pas combien de temps je suis restée dans cette cellule. Quelques fois, il me laissait seule avec mon chien. J'avais faim, j'avais froid, j'étais fatiguée et j'avais mal. Finalement, Il est venu. Il m'a laissé le choix : tuer le chien ou souffrir. Je ne pouvais pas le tuer. C'était mon chien. Mon seul ami. La seule chaleur que j'avais. Bien sûr, Voldemort n'a pas vraiment apprécié quand je lui ai dit que je ne le tuerai pas parce qu'il était mignon. Il lui a brisé la nuque et il…il…
Le reste se perdit dans un sanglot étranglé et Severus paniqua quand il comprit qu'elle allait pleurer. Il ne savait quoi faire dans ces cas-là. Elle luttait contre les larmes et il la vit prendre une profonde respiration pour tenter de se calmer. Et d'une voix rauque et brisée, elle finit sa phrase :
- Et il a utilisé le doloris pour me punir.
Le sorcier sentit une vague de rage s'emparer de lui alors que la vision d'Eléana enfant, seule, triste, soumise au doloris s'imposait à lui. Il pressa les mains longues et fines qu'il tenait et son regard croisa le sien. Ils restèrent plusieurs minutes comme cela, en silence, yeux dans les yeux et c'était comme si tout ce qui les entourait avait disparu. Elle n'avait conscience que de ces yeux gris qui la fixaient et lui ne voyait que le bleu nuit de son regard.
Quelque part dans les donjons, le Baron Sanglant poussa un cri sinistre qui firent revenir les deux sorciers à la réalité. Ils détournèrent le regard avec gêne alors que Severus lâchait lentement les mains d'Eléana. Cette dernière se leva :
- Je…je ferais mieux de retourner dans mes appartements et essayer de dormir.
Sa voix paraissait affreusement rauque et incertaine. Le professeur hocha la tête et la regarda s'éloigner. Sur le pas de la porte, elle se retourna et lui souhaita bonne nuit.
- Dormez bien, lui répondit-il.
Et il lui sourit. Pas un de ces faux sourires où seuls les coins de sa bouche se relèvent légèrement. Un vrai sourire qui éclaire tout son visage et le fait paraître plus chaleureux, plus bienveillant et plus séduisant. Elle souffla un bref « merci » avant de sortir. Elle marcha d'un pas d'automate jusqu'à sa chambre où elle se laissa tomber sur le lit. Shirine la rejoignit sans un bruit et frôla la peau du bras de sa maîtresse d'un rapide coup de langue. Eléana tourna vers sa compagne un visage épanoui. Comme une adolescente, elle rit et lui lança :
- Il m'a souri !
µ µ µ
L'enseignante regarda agacée son armoire à ingrédients pour constater qu'elle ne pouvait pas continuer à analyser les potions de ses élèves. Elle devait aller chercher ce dont elle avait besoin dans la salle de classe de Severus. Seul problème : depuis leur rencontre après son cauchemar, elle l'évitait. Elle savait aussi qu'à cette heure, il donnait un cours d'occlumencie à Harry, ce qui le rendait d'une humeur massacrante. Car si le maître de potions était effrayant en temps normal, après l'une de ces séances, même le plus stupide des trolls serait terrifié devant lui. La sorcière se mordit la lèvre inférieure en hésitant sur ce qu'elle devait faire. Au bout d'un moment, elle prit sa décision et se dirigea hâtivement vers la classe de Rogue. Le but était de parcourir le chemin le plus rapidement possible en se laissant un minimum de temps pour réfléchir sur le caractère suicidaire de son action.
Devant la porte, elle hésita encore avant de trouver le courage de frapper timidement et de forcer ses jambes à rester immobiles alors que son instinct de survie lui disait de s'enfuir. La porte s'ouvrit violemment et son cœur rata un battement à la vue d'un Severus plus furieux que jamais.
- Qu'est-ce que vous voulez ? grogna-t-il.
Ce qu'elle voulait ? Bonne question. Qu'est-ce qu'elle voulait déjà ? Elle avait oublié et les yeux rageurs du sorcier posés sur elle ne l'aidait pas à se concentrer. Soudain, cela lui revint.
- J'aurais besoin de certains ingrédients.
Il ne bougea pas d'un pouce. Avait-il entendu ce qu'elle venait de dire ? se demanda-t-elle. Elle tenta une autre approche :
- Je sais que vous êtes avec Harry et que…
- Potter est parti ! l'interrompit-il en retournant dans la salle.
Hébétée, elle resta sur le seuil une seconde avant d'entrer. Elle se dirigea le plus silencieusement possible vers l'armoire. Ne pas se faire remarquer, se répétait-elle. Elle voulut ouvrir l'armoire mais reçut une décharge telle qu'elle lâcha son juron le plus corsé, en fourchelangue. Une chose qu'elle avait gardé de son enfance : jurer était grossier mais le faire dans une langue étrangère pouvait passer. Elle sentit Severus la pousser sans ménagement afin d'enlever le sort de protection :
- Vous pouvez y aller, lui dit-il sèchement.
Elle lui lança une œillade meurtrière et ne put s'empêcher de lâcher :
- Je vais attendre de sentir à nouveau mon bras avant de manipuler quoique ce soit.
Elle s'attendait à une remarque cinglante qui ne vint pas. Elle leva les yeux. Il était debout devant une bassine de pierre. Une pensine reconnut-elle. Son regard se posa sur les mains crispées de Severus avant de remonter sur son visage qui était déformé par la colère mais aussi une certaine tristesse.
- Est-ce que vous allez bien ? demanda-t-elle.
Elle ne reçut aucune réponse. « Idiote, pensa-t-elle. Tu n'es qu'une idiote suicidaire ! ». Elle rassembla ce dont elle avait besoin et se dirigea prestement vers la sortie, les bras chargés.
- Attendez ! entendit-elle dans son dos.
Le bruit des semelles claquant sur le sol derrière elle lui apprit que Severus s'approchait. Autoritairement, il lui prit les ingrédients en expliquant :
- Je vais vous aider. Vous ne pourrez pas ouvrir les portes avec deux bras pris.
Elle hocha simplement la tête en ouvrant la porte pour lui. Ils rejoignirent ses appartements en silence. Arrivés dans ce qui lui servait de pièce principale, elle lui montra l'armoire derrière son bureau surchargé. Il y rangea méticuleusement les ingrédients. Une fois sa tâche achevée, il entreprit de s'en aller sans même lui accorder le moindre regard. Elle lui lança :
- Vous n'avez jamais remarqué que c'est toujours lorsque l'un de nous s'apprête à partir que l'autre le retient ? Comme si on ne voulait pas se retrouver seul. Alors, on dit la première chose qui nous passe par la tête pour retenir l'autre.
- Un peu comme maintenant ? demanda-t-il sans se retourner.
- Oui, un peu comme maintenant, répondit-elle en souriant. Vous voulez du thé ?
Il se retourna enfin et hocha imperceptiblement la tête avant de se diriger vers les deux fauteuils près de la cheminée. Il s'arrêta en voyant le long serpent roulé en boule sur l'un deux. Eléana lui siffla quelque chose et Shirine s'éloigna en rampant. Severus grimaça en s'asseyant sur l'autre fauteuil. Il prit la tasse que lui tendait son assistante et demanda :
- Vous corrigiez des devoirs ?
- Oui. J'analysais les potions faites par les Seconde Année.
- Quelle maison ?
- Poufsouffle et Serdaigle.
Le silence tomba entre eux alors qu'ils ne savaient plus quoi dire. Ils sirotèrent pendant un temps leur thé, évitant de se regarder. Eléana aurait sûrement ri de la situation si elle avait été un simple spectateur. Elle fixa sa tasse à moitié vide, s'échinant à trouver un sujet de conversation qui ne mettrait pas le professeur de potions en colère. Plus elle cherchait, plus elle trouvait la situation désespérée. Elle reposa sa tasse sur la table et fixa l'homme assis à côté d'elle. Ce dernier tenta de l'ignorer mais finit par lever les yeux quand le poids du regard de la jeune femme devint trop lourd pour lui.
- Que voulez-vous ? demanda-t-il avec plus de douceur qu'il n'aurait voulu.
- Qu'est-ce qu'il y avait dans la pensine ?
Elle vit un tic nerveux agité le coin de sa bouche mais ne s'en formalisa pas et continua :
- Est-ce que cela à un rapport avec votre colère à l'égard d'Harry ?
Nouveau silence. Le visage de Severus s'était fermé et ses yeux anthracites se posèrent sur un point devant lui. Eléana ne s'attendait pas vraiment à avoir de réponses. Néanmoins, elle ne s'était pas attendue à ressentir ce sentiment de déception qui lui nouait la gorge. Cet homme était seul et semblait vouloir le rester. Elle devait arrêter d'essayer de voir au delà de sa carapace sinon elle savait que c'était elle qui finirait par souffrir. Elle l'avait déjà laissé s'approcher trop près. Elle avala le reste de sa tasse de thé et grimaça quand le liquide lui brûla la gorge. Elle ferma les yeux comme pour se donner du courage et dit d'une voix ferme :
- Je crois que vous devriez partir.
Severus leva la tête vers elle, surpris. Il vit son visage calme, ses yeux fermés. Les muscles de son cou semblaient crispés. Sa poitrine se soulevait au rythme de sa profonde respiration. Avait-il bien compris ? Lui avait-elle vraiment demandé de partir ? Elle ne bougeait pas. Elle était juste là, assise, immobile, la tête haute, les mains sagement posées sur ses genoux. Voulait-elle vraiment qu'il parte ? Et lui ? Voulait-il vraiment partir ? Si oui, pourquoi est-ce que le simple fait d'entendre cette requête l'avait-il plongé dans cet état d'hébètement ? Pourquoi aucune remarque cinglante ne lui venait à l'esprit ? Pourquoi ne trouvait-il pas la force de se lever et de quitter ces appartements ? La voix d'Eléana vint le narguer jusque dans son esprit : « Je me demande bien ce que la vie a pu vous faire pour que vous deveniez cet homme distant, froid et plein de haine que l'on connaît. Et je voudrais bien savoir à quoi ressemble le véritable Severus Rogue, quand il laisse tomber son masque. » Depuis qu'elle les avait prononcés, ces mots n'avaient jamais vraiment quitté ses pensées. Ils tournaient en boucle dès qu'il était seul, dès qu'il ne faisait rien. Ils résonnaient dans sa tête à chaque fois qu'il la voyait. Et pour la première fois, il se demandait s'il avait bien fait d'agir comme il l'avait fait au cours de toutes ces années. Pour la première fois, il était las de ce qu'il était, de l'image qu'il s'était créé, du rôle dans lequel il s'était enfermé. Seize ans, seize longues années de solitude, de rancœur, de colère, de haine. Cette femme avait ébranlé ses fondations. Il la regarda. Elle n'avait pas bougé d'un pouce.
- Pourquoi faîtes-vous cela ? demanda-t-il presque pour lui-même.
Elle ouvrit les yeux et le regarda. Dans son regard, il lut une tristesse et une douceur émouvantes. Elle posa une main sur la sienne :
- Parce que passer sa vie à rejeter les autres n'est pas une solution. Cela ne vous aidera pas à expier vos fautes, cela ne vous aidera pas à vous faire pardonner et à vous pardonner, cela n'effacera pas votre passé. Bien au contraire. Vous avez décidé de vous détourner de Voldemort et de participer à sa chute. Pour l'instant, la seule chose que vous faites, c'est vous cacher. Vous laissez son souvenir gâcher votre vie. Peu importe ce que vous avez fait, peu importe ce qu'on vous a fait, vous avez le droit de vivre. Je suis sûre que vous êtes quelqu'un d'exceptionnel alors arrêtez de vous cacher.
Il la regardait, hébété, perdu, les yeux arrondis de surprise. Sa main était si douce sur la sienne. Les mots qu'elle venait de prononcer étaient si doux mais en même temps faisaient si mal. Il retira doucement sa main en murmurant :
- Vous ne savez rien de moi.
Elle se leva et s'accroupit en face de lui. Elle prit ses deux mains entre les siennes et plongea son regard aux profondeurs de la nuit dans ses yeux :
- Alors dîtes-moi.
Ça n'avait été qu'une chuchotement, une caresse. Il aurait pu faire comme si il n'avait rien entendu. Mais c'étaient plus que trois mots prononcés. Cela lui avait fait l'effet d'une prière, une formule qui aurait tout fait disparaître autour d'eux.
- Je ne serais même pas par où commencer, dit-il défait.
- Vous n'avez qu'à me dire ce qu'il s'est passé avec Harry.
Elle vit un éclair de colère passer dans ses yeux et crut qu'il allait se rétracter mais il parla :
- Je ne voulais pas qu'il ait accès à certains souvenirs. Je les ai placés dans la pensine. Malefoy est venu me chercher à cause d'un problème et j'ai laissé Potter seul dans la salle. Ce petit idiot a été voir ce qu'il y avait dans la pensine.
Eléana comprit tout de suite la colère de Rogue. Harry n'avait pas été malin sur ce coup. Mais qu'y avait-il donc dans cette pensine ? Severus sembla entendre cette question et il continua :
- Pendant ma scolarité à Poudlard, je n'étais pas très apprécié. J'étais la tête de turc de ceux que l'on appelait les Maraudeurs : Peter Pettigrew, Rémus Lupin, Sirius Black et…James Potter.
- Le père d'Harry ?
- Oui. Je ne les aimais pas, ils ne m'aimaient pas. Quand on se croisait, les sorts fusaient. Mais à quatre contre un, j'étais souvent le perdant. Cette après-midi là, je révisais mes B.U.S.E au bord du lac. Ils me sont tombés dessus, j'ai perdu. Ils m'ont humiliés, devant tout le monde. Ce n'était qu'une fois parmi d'autres. Les pires étaient Black et Potter. Ils étaient tellement arrogants, surs d'eux. Ils m'appelaient sans cesse Servilus, et m'humiliaient, encore et encore. C'étaient leur plaisir, leur jeu favori. Je les détestais comme je n'avais jamais détesté. Jusqu'alors je ne savais même pas qu'il était possible d'haïr à ce point. Ils faisaient de ma vie un véritable enfer.
- C'est pour ça que vous êtes entré au service de Voldemort ?
- En partie. Ma famille était une famille de sang-pur aristocrates qui soutenait l'idéologie de Voldemort. Moi, je ne voyais qu'en lui une manière de me venger. En entrant à son service, je pensais que je deviendrai un grand sorcier, puissant. Je voyais déjà le jour où je les aurais eus à ma merci. Ils m'auraient supplié et je m'en serai délecté. Je leur aurais fait payer des années de tourmente. Je leur aurais montré qu'on ne se moquerait plus de Servilus. J'aurais pris ma revanche.
Eléana sentait la colère émanée de tout l'être de Severus et son cœur se serrait au récit qu'elle entendait. Elle serra un peu plus les mains du professeur.
- Mais vous n'avez rien fait, dit-elle avec évidence. Vous avez changé de camp et êtes passé dans le leur.
Il sourit amèrement.
- Je me suis rendu compte que je ne pouvais pas laisser mes sentiments interférer. La situation est devenue sérieuse, on était en guerre. Je ne pouvais pas ne penser qu'à moi, même si je le voulais. Cela ne se résumait pas à ma petite personne et mis à part ma haine à l'égard des Maraudeurs, je ne voulais pas d'une vie de servitude. Je voulais être un homme libre et non l'un des nombreux esclaves du Mage Noir.
- Mais vous n'avez jamais cessé de haïr les Maraudeurs. Seulement ce Pettigrew a disparu, Black s'est retrouvé en prison, Lupin a une vie misérable à cause de sa lycanthropie et Potter…James Potter est mort.
- Oui. Je n'avais plus rien à faire. Ironiquement, ils avaient déjà été punis.
- Mais Harry est arrivé avec toute sa vie, sa célébrité.
- Sa célébrité ne me dérange pas. C'est juste que…quand je l'ai vu arriver en Première année…il est le portrait craché de James. Son sosie parfait, excepté ses yeux.
- Et à chaque fois que vous le regardez, c'est votre passé qu'il vous renvoie.
Severus leva les yeux vers elle, étonné. Il ne s'était pas attendu à dévoiler autant de choses. Mais c'était comme si elle lisait dans ses pensées, mettant des mots sur ce qu'il avait tant de mal à exprimer. Il se sentit soudain stupide. Il était là, à raconter son passé à une jeune femme qui avait ses propres problèmes, donnant sûrement l'image d'un homme pitoyable. Il s'agita nerveusement sur sa chaise.
- Je devrais y aller, dit-il.
Elle sourit malicieusement :
- Vous prenez la fuite Professeur Rogue ?
Il ne put s'empêcher de sourire :
- Je n'ai jamais rencontré quelqu'un comme vous auparavant.
Elle se redressa fièrement :
- Je sais, je suis exceptionnelle.
Cette fois-ci, il rit, surprenant Eléana. Quand elle reprit contenance, elle haussa un sourcil perplexe :
- Ce n'est pas très « roguien », tout cela. Mais promis, je ne dirais rien à personne. Je ne voudrais pas ruiner votre réputation.
Severus grimaça :
- Trop aimable de votre part.
Le silence tomba entre eux et le sorcier finit par se lever. Il la regarda, gêné.
- Le dîner sera bientôt servi et il faut que je range la salle avant.
- Je comprends, se contenta-t-elle de dire.
Il se dirigea vers la porte, posa la main sur la poignée mais la voix d'Eléana l'interrompit :
- Attendez !
Elle sautilla jusqu'à lui, posa une main sur son bras et dit :
- J'aime bien le vrai Severus Rogue.
Puis elle ouvrit la porte, le poussa dehors. Rapidement, elle déposa un baiser sur sa joue, lui lança un sourire éclatant et referma la porte sur un Severus complètement bouche-bée. Il se demanda un instant s'il venait de rêver mais l'étrange picotement sur sa joue lui disait que non. Un sourire flotta sur ses lèvres qu'il chassa dès qu'il entendit des bruits de pas. Mais dès qu'il se retrouva à l'abris de tous regards, ses lèvres s'étirèrent à nouveau.
à suivre...
