Les Yeux de l'Ombre
Disclaimer: rien ne m'appartient à part le personnage d'Eléana et quelques autres que vous reconnaîtrez aisément.
Je sais que ça fait longtemps depuis la dernière update et je suis vraiment vraiment désolée. La vie a été plutôt chaotique, entre la fin d'un semestre chargé en devoir, les grèves à affronter et une crève pas possible qui m'a clouée au lit pendant pas mal de temps.
Je ne serais trop vous remercier pour vos super reviews !
Que dire sinon? Au départ, quand j'ai commencé à écrire cette fic, j'avais dans l'idée de rester très proche de l'oeuvre de JK Rowling. C'était ma première fic HP et j'avais un peu peur, il faut l'avouer. Mais à ce stade de ma fic, j'ai décidé de prendre des libertés et de changer quelques trucs. J'espère que vous ne m'en voudrez pas. Je vais rester fidèle aux personnages comme je les imagine en tout cas. Rogue va notamment montrer un autre visage. J'espère sincèrement que ça vous plaira.
Quant à la suite de ma fic, je ne peux dire qu'une chose : profitez de la légèreté de ces chapitres. Vous savez ce qu'on dit à propos du calme avant la tempête...
Je vous laisse à votre lecture. Lisez, appréciez, reviewez !
Au plaisir de lire vos critiques...
Il était huit heures moins dix, un samedi matin. Serpentard et Gryffondor de Seconde année attendaient devant la classe de potions pour leur retenue. Normalement, ils auraient dû être sous la surveillance du professeur McBaine. Mais voilà, elle était malade. Conséquence : ce serait le professeur Rogue qui les surveillerait. Et ce n'était pas bon. Pas bon du tout. Surtout quand on avait entendu la rumeur qui circulait. La veille, Leïla Garfield, une Serdaigle de Sixième année, tenait de Padma Patil – qui elle même le tenait de sa jumelle Parvati – que Neville Longbottom avait été chassé de sa retenue avec Rogue par le professeur qui venait d'embrasser son assistante. Bien sûr, Leïla s'était empressée de le raconter à Emma McField, sa meilleure amie, qui l'avait raconté à Charles, son frère un Pouffsouffle de Troisième année et ainsi de suite. Au dîner, la veille, toute la salle avait cherché le moindre indice qui vérifierait la rumeur. Ils avaient presque abandonné quand cela c'était produit. Suite à une remarque du professeur Ombrage, Eléana avait murmuré quelque chose à l'oreille de Severus qui avait souri ! Bon d'accord, cela n'avait été qu'un frémissement du bord des lèvres très vite contrôlé mais venant du professeur Rogue, c'était bien un sourire ! Et la rumeur était repartie de plus belle.
C'est pourquoi, en ce samedi matin, les élèves en retenue avait l'impression d'attendre leur bourreau et non un professeur. Ils étaient tous arrivés plus tôt, instinct de préservation oblige. Et alors qu'ils patientaient, l'estomac noué, ils étaient sûrs que le passage des BUSE ou des ASPIC serait bien moins stressant que cette punition.
En parlant de bourreau, Severus Rogue venait d'apparaître avec, sur son visage, un air qui ne présageait rien de bon. Il passa devant eux en leur lançant des regards meurtriers, à tous sans exception. Malgré leur appréhension, les Gryffondor se réjouirent de voir qu'il n'y aurait pas de favoritisme aujourd'hui. Pour les Serpentard, cela n'avait rien de rassurant.
Les élèves s'assirent rapidement et en silence. Quand ils levèrent la tête, le nom et la formule de la potion à préparer étaient inscrits au tableau. Seul problème ; ils étaient censés refaire la potion de lundi dernier, mais ce n'était pas celle inscrite. La potion qu'ils devaient préparer ce matin n'était même pas au programme de Seconde année mais à celui de Troisième. Le professeur s'était déjà installé à son bureau et était plongé dans le travail. Personne n'osait bouger. Que devaient-ils faire ? Aucun d'entre eux n'était capable de réaliser la potion demandée.
Courageusement, une Serpentarde leva la main. La salle retint son souffle. Plongé dans ses copies, Severus ne la voyait pas, ou ne voulait pas la voir. Seulement, Marina Rosenberg était une adolescente courageuse, voire même insolente.
- Professeur Rogue ? appela-t-elle.
Il souffla et daigna lever la tête :
- Un problème, Miss Rosenberg ?
A présent, tous les yeux étaient rivés sur eux et on aurait pu entendre une mouche voler.
- Nous étions censés refaire la potion du dernier cours avec le professeur McBaine. Et ce n'est pas celle-là.
- Le professeur McBaine est malade. C'est donc moi qui assure cette retenue et qui choisit le travail à faire. C'est cette potion que vous allez faire.
Il replongea dans ses copies. Aucun des élèves ne bougeait. Severus sentait l'agacement poindre. Il releva la tête :
- Un autre problème, Miss Rosenberg ?
- Cette potion est trop avancée pour nous, professeur.
- Trop avancée ?
Certains élèves regardèrent Marina avec des regards désolés. Elle déglutit difficilement. Peut-être était-elle aller trop loin ? En tout cas, il était trop tard pour reculer :
- C'est une potion que l'on fait en fin de Troisième année. Nous ne sommes qu'en Deuxième, professeur.
Rogue la fixait. Peut-être hésitait-il sur la manière de se débarrasser rapidement de cette élève ? Le silence tendu jouait sur les nerfs à vif des étudiants, Gryffondor et Serpentard confondus. Un muscle tiqua près de la bouche du professeur, du côté droit :
- C'est votre problème Miss Rosenberg et non le mien.
C'était clair. Ils auraient tous zéro, comme le souhaitait leur professeur. Car c'était cela son but : les couler. Et il allait y arriver malheureusement. Mais voilà, la petite Rosenberg avait plus de cran qu'il n'y paraissait car elle lâcha :
- Avec tout le respect que je vous dois professeur, votre attitude n'est pas très professionnelle.
Il y eut d'abord quelques secondes de pur choc durant lesquelles les élèves échangèrent des regards ahuris, cherchant à savoir si ils avaient bien entendu ou si ils avaient tous été victimes de la même hallucination auditive. Puis il y eut un moment de battement. Et enfin, le professeur Rogue réagit et les élèves se ratatinèrent sur leur siège :
- Pas très professionnelle ?
Il n'arrivait pas y croire. Une gamine de douze ans lui tenait tête en lui reprochant un manque de professionnalisme. Jamais, en seize ans de carrière, un élève n'avait osé l'affronter ainsi.
- Et que devrait être une « attitude professionnelle » ?
Pour sa plus grande horreur, il vit la jeune fille ouvrir la bouche.
- Non, ne dîtes rien ! l'interrompit-il. Certes, mon attitude n'est pas un exemple, mais cela n'a d'égal que la vôtre, non ? Car que dire de votre comportement ? Etait-ce celui d'élèves modèles ? Dites-moi Miss Rosenberg, vous qui êtes si prompte à critiquer mon attitude, que pensez-vous de la vôtre ?
Cette fois-ci, Marina ne répondit pas. Le regard que lui lançait son professeur était bien trop sombre et bien trop acéré. L'air de la pièce semblait s'être raréfié. Et elle se sentait beaucoup moins sûre d'elle tout à coup.
- Avez-vous perdu votre langue ?
Qu'elle lui réponde ou non, elle se savait perdue. Elle baissa les yeux. En face d'elle, son professeur ricana.
- C'est ce que je pensais. Quelqu'un d'autre a-t-il une remarque à formuler ?
Personne n'osa bouger.
- Bien. Maintenant que cette interruption est terminée, il vous reste votre potion à me concocter.
Il s'apprêtait à s'asseoir mais se redressa en ajoutant avec un petit rictus :
- Oh, j'oubliais. Vingt points en moins pour les Serpentard.
Autre choc de la journée : Severus Rogue, directeur des Serpentard dont la partialité n'était plus à prouver, venait d'enlever des points à sa propre maison.
µ
Il fallut près de deux heures et demi aux élèves pour réaliser la potion. Le travail s'effectua en silence et studieusement. A la fin, ils remplirent leur fiole de potion, inscrivirent leur nom sur le flacon et le déposèrent sur le bureau du professeur avant de retourner s'asseoir à leur place. Puis ils attendirent. Quand le professeur de potions daigna les laisser partir en leur rappelant leur retenue le lendemain, les adolescents déguerpirent très vite – et toujours en silence. Marina avait presque franchi le seuil quand la voix froide de Rogue la stoppa :
- Miss Rosenberg, j'espère que vous n'avez rien prévu cette après-midi ?
« Comme si il en avait quelque chose à faire ! » pensa la jeune fille.
- Non professeur, répondit-elle quand même.
- Parfait. Je vous attends à quinze heure.
- Est-ce une retenue ?
- Vous connaissez parfaitement la réponse Miss Rosenberg.
Elle ne dit rien, hocha la tête et tourna les talons. La porte de la classe se referma violemment devant elle. « Ca, c'est pas bon » pensa-t-elle. Elle se retourna et sursauta en découvrant son professeur à deux mètres à peine d'elle. Elle ne l'avait pas entendu bouger.
- Vous ai-je dit de partir ?
- Non, professeur.
- Ne remettez plus jamais en cause ma méthode de travail. Je suis votre professeur. Je dis quelque chose, vous le faîtes. C'est ainsi. Votre comportement aujourd'hui et lors du cours du professeur McBaine était parfaitement inadmissible.
- Nous n'étions pas seuls, osa Marina pour défendre sa maison.
- Je me fiche de ce que les autres font ! Mais jamais je n'accepterai un tel comportement de la part des élèves de ma maison ! Non seulement vous nous avez fait perdre un nombre considérable de points mais vous avez aussi donné une image honteuse des Serpentard.
- Je suis désolée professeur.
- Faites en sorte que vos camarades le soient aussi. Vous pouvez partir.
- Merci professeur.
Elle lui offrit un sourire tremblotant avant de sortir. Severus alla chercher les fioles en repensant à Marina Rosenberg. Son courage avait été digne d'un Gryffondor aujourd'hui, ce qui était étrange. Il la surveillait depuis un certain temps déjà. Dès son arrivée au sein de sa Maison, elle s'était fait remarquer par son caractère bien trempé et sa langue bien pendue. Ses camarades avaient pris l'habitude de se tourner vers elle lorsqu'ils avaient des soucis avant d'aller voir ceux des années supérieures. Il n'avait pas vu d'élèves avoir une telle influence sur les autres depuis l'arrivée de Draco Malefoy. La présence de ce dernier éclipsait son autorité. Mais ce n'était qu'une question de temps. Dans moins de deux ans, il sera parti et Marina serait sans doute la personnalité la plus forte de la maison Serpentard. Il frissonna à cette pensée. Si à douze ans, elle osait le contredire, qu'est-ce que cela donnera à quatorze ? Il décida d'éviter de penser au pire et se mit à corriger les fioles de potions qu'il savait être désastreuses.
µ
Une heure plus tard, un coup fut frappé à la porte. Il leva les yeux de la potion qu'il était en train d'étudier –désastreuse comme les précédentes – et vit Eléana entrer. Elle était encore un peu pâle. Les veinules bleues apparaissaient sous sa peau transparente. Elle sourit nerveusement.
- Comment ça s'est passé ? risqua-t-elle.
Il soupira en s'éloignant de son plan de travail. Il fit rouler les muscles de son dos endolori, faisant la sorcière patienter. Il désigna les fioles :
- Ils ont des notes catastrophiques. Et j'ai retiré vingt points à ma propre maison.
Elle écarquilla les yeux.
- Tu as quoi ?
Même si ils ne savaient pas exactement où ils allaient tous les deux, ils étaient passés au tutoiement naturellement. Ils n'avaient pas encore abordé le sujet du baiser et aucun des deux ne semblaient prêt à le faire. Il s'empara de la carafe d'eau et se versa un verre.
- J'ai retiré des points à une Serpentard.
- Retiré des points ? Toi ? A un Serpentard ?
Il lui lança un regard en biais.
- Tu comptes répéter bêtement tout ce que je dis longtemps ?
Le visage de la sorcière se durcit et elle croisa les bras sur sa poitrine.
- Non, répondit-elle avec hauteur. Pourquoi as-tu retiré des points ? Et à qui ?
- Marina Rosenberg. Insolence.
Les lèvres de l'assistante s'étirèrent tandis qu'elle inspectait ce qui reposait sur le bureau du professeur.
- Elle est culottée, c'est vrai. Une forte tête. Qu'a-t-elle fait ?
- Elle m'a reproché mon manque de professionnalisme.
Eléana éclata de rire.
- Cette petite est excellente. Je ne la savais pas suicidaire par contre.
- Excellente ? Jamais personne ne m'avait fait un tel affront !
- Personne ?
Il vit la sorcière le regarder amusée. Il se renfrogna :
- A part toi, concéda-t-il.
Dès le premier jour, elle lui avait dit qu'il aurait fait un excellent gardien de prison mais certainement pas un bon professeur. Autant dire qu'il lui avait fallu un certain temps pour digérer l'outrage. Elle déplaçait les différents éléments du bureau et s'amusait en voyant Severus les remettre en place derrière elle. Finalement, il en eut marre et grogna en lui attrapant les poignets :
- Vas-tu arrêter cela ?
Elle leva les yeux vers lui. Son visage était sérieux.
- Il faut qu'on parle Severus.
Il lâcha ses poignets en soupirant. Il n'aimait pas cette phrase. Peu importe le contexte dans lequel elle était dite, elle était annonciatrice d'ennuis.
- De quoi veux-tu parler ?
Elle rapprocha une chaise et s'assit. Puis, elle attendit que Severus fit de même, légèrement exaspéré.
- Il y a plusieurs points que j'aimerai aborder.
Il haussa un sourcil devant cette formulation. On aurait dit le début d'un cours. Il l'observa. Elle évitait son regard, nerveuse. Il la connaissait sûre d'elle et ce changement de comportement n'augurait rien de bon. Est-ce qu'elle voulait parler du baiser ? Ou plutôt des baisers. De la rumeur qui circulait à leur sujet ? Laisser partir Longdubat sans menace avait été une grossière erreur. Maintenant, même les professeurs les surveillaient. Dumbledore ne cessait de lui lancer de petits coups d'œil malicieux qui lui donnaient envie de hurler. Et puis, il ne voulait discuter de cela. Il n'aimait pas les conversations. Encore moins quand elles traitaient de sentiments. Il se renfrogna. Eléana inspira :
- J'ai besoin de ton aide pour convaincre Pomfrey que je suis apte à reprendre les cours. Si je reste enfermée une journée de plus, je ne réponds plus de rien. Ce n'était qu'une grippe ! Deux semaines de congés pour une simple grippe, c'est beaucoup trop !
Il faillit soupirer de soulagement. C'était juste cela ?
- Pomfrey est têtue. J'irai lui parler si tu veux mais je ne te garantis rien.
Si cela pouvait l'empêcher de venir se plaindre tous les soirs de son manque total d'activités dans la journée…
- Puis il y a cette histoire de baisers et de rumeur.
Et voilà. Il se sentait mal à l'aise. Que devait-il lui dire ? Qu'attendait-elle de lui ?
- Ecoute Eléana, je…
- Si tu me dis que tu regrettes, je te frappe !
Il la regarda abasourdi. Ce n'était pas cela qu'elle voulait ? Tenait-elle vraiment à ce baiser ? La vérité, c'est qu'il avait été obsédé par elle depuis qu'il avait pu l'embrasser. Il y a bien longtemps qu'une femme ne lui avait pas paru aussi attirante tout en l'énervant prodigieusement. Ce qu'il avait vu surtout, c'était la dangerosité d'une telle relation. Il soupira.
- Je suis un ancien Mangemort, Eléana. J'ai travaillé comme espion pour Dumbledore pendant longtemps et Voldemort le sait.
- Est-ce que tu en es toujours un ?
- Non. J'ai bien essayé mais apparemment Voldemort n'a plus vraiment confiance en moi.
- Il sait que tu es un traître ?
- Oui.
- Donc, ta tête est mise à prix ?
- Sûrement. Je reste dans les murs de ce château dix mois de l'année. Et les deux autres mois, je vis dans une maison incartable connue de moi seul. Je suis un fugitif.
- Ça ne me dérange pas.
- Avec moi, tu seras en danger.
- Déjà toute seule, je suis en danger. Severus, je suis sa fille adoptive. Il veut me récupérer. Je serai autant un danger pour toi, que toi pour moi.
- Ça serait de la folie.
- Qui a dit que j'étais saine d'esprit ?
Elle sourit langoureusement, la tête légèrement penchée sur le côté, ses cheveux cascadant sur son épaule. Cette sorcière allait le perdre.
- On est tous les deux en danger Severus. On peut mourir demain, qui sait ? Alors pourquoi s'embêter à réfléchir ? Autant profiter au maximum de ce que la vie nous offre tant qu'on le peut, non ?
Pouvait-il vraiment faire cela ? Il y avait tellement longtemps qu'il avait cessé de penser de cette manière. Pouvait-il vraiment penser à lui, à ce qu'il avait envie plutôt qu'à ce qu'il devrait faire ? La raison lui disait de ne pas la suivre sur cette voie, de s'éloigner d'elle avant qu'il ne soit trop tard, avant qu'il la mette en danger. Mais elle était si belle en le regardant comme cela. il se sentait vivant pour la première fois depuis bien longtemps et cela l'effrayait et l'excitait à la fois. Il avait toujours été taciturne et froid, pour se protéger et correspondre au rôle qu'il avait accepté. Mais il n'était plus un Mangemort. Voldemort voulait sa mort. Et elle était là, si belle, à lui renvoyer une image de lui qu'il n'avait jamais vu. Peut-être qu'il était temps d'arrêter de réfléchir… Elle le regardait, attendant une réponse, ses yeux implorant de prendre la bonne décision. Sans prévenir, sans même sans rendre compte, il se pencha en avant et l'embrassa. Il la sentit sourire tout contre ses lèvres.
- Tu vas causer ma perte, murmura-t-il.
Elle noua les bras autour de son cou et passa sur ses genoux tout en continuant de l'embrasser. Au départ, il ne savait pas où mettre ses mains ou comment agir. Etait-il donc devenu un parfait incapable ? Depuis quand n'avait-il pas tenu une femme comme cela ? Une femme qui lui faisait autant d'effets que cette sorcière ? Il finit par poser ses mains sur ses hanches.
- Accompagne-moi à la sortie de Pré-au-Lard, proposa-t-elle.
Il écarquilla les yeux.
- Hors de question.
- Tu ne veux pas être vu avec moi ?
- Bien sûr que si ! Mais tu ne sors pas de Poudlard !
- Pourquoi ?
Il la regarda comme si elle était devenue folle. Avait-elle perdu la tête ? Elle comprit le problème et sourit :
- On sera ensemble, entourés d'élèves et de professeurs. Je suis sûre qu'il n'y aura aucune attaque de Mangemorts.
- Et comment peux-tu le savoir ?
- Parce qu'ils pensent que nous ne sommes pas assez fous pour quitter l'enceinte de l'école.
- Tu l'es assez pour l'envisager.
- Je ne l'envisage pas, j'y vais.
Elle se leva de ses genoux et l'embrassa avant de se diriger vers la sortie.
- Je serais à Pré-au-Lard le jour de la Saint Valentin. J'espère vous y voir Severus Rogue. Et n'oublie pas d'aller voir Pomfrey. Bonne journée !
Elle sortit, le laissant seul et hagard sur la chaise. Avait-il rêvé ce qu'il venait de se passer ? Il grogna. Elle allait vraiment causer sa perte.
µ
Harry était revenu voir Eléana qui le faisait travailler très dur, lui donnant des livres à lire et des exercices réguliers en dehors de leurs séances. La sorcière savait qu'il n'était pas retourné voir Rogue pour des leçons d'occlumencie et cela la dérangeait. Le jeune homme en avait besoin, plus qu'il ne le pensait. Seulement, Severus se montrait encore plus froid que d'ordinaire avec lui, si cela était possible.
Les deux maîtres de potions n'avaient pas reparlé d'eux, ni de la sortie de Pré-au-Lard. Ils se voyaient souvent, corrigeant leurs copies ou préparant leur cours dans la même pièce mais gardaient une certaine distance entre eux devant le reste des habitants de Poudlard. Ainsi, peu à peu, la rumeur à propos de leur couple s'était tue. Cette absence de relation posait problème à Eléana aujourd'hui. Car c'était la Saint Valentin. Elle n'aimait pas cette fête. Pourquoi devait-on fêter l'amour un seul jour par an ? Les trois cent soixante-quatre autres ne comptaient-ils pas ? Et puis toute l'école était comme sur un petit nuage, avec une prédominance de rose partout où elle posait le regard. Elle avait toujours détesté le rose. Elle avait vu plusieurs couples d'élèves, bras dessus bras dessous, se murmurer à l'oreille Merlin seul savait quelles niaiseries. Quel besoin avaient-ils de se montrer ? Ce jour était encore plus horrible pour les célibataires. Quoi qu'ils fassent, ou qu'ils regardent, on leur rappelait qu'ils étaient seuls.
Eléana regarda un petit groupe d'élèves quitter l'école et soupira. Tous ceux autorisés à sortir étaient déjà à Pré-au-Lard. Elle attendait depuis plus d'une demi-heure, espérant voir Severus arrivé. Elle aurait dû lui reparler de cette sortie, avoir une réponse précise sur ce qu'il comptait faire. Si il ne venait pas, cela voulait-il dire qu'il ne s'intéressait plus à elle ? Qu'il ne voulait pas de leur relation ? Ou juste qu'il voulait la protéger en ne s'affichant pas avec elle ? Qu'est-ce que cela voulait dire ? Devait-elle encore attendre ou y aller sans lui ? Après tout, elle n'avait pas dit qu'elle attendrait toute seule comme une idiote devant l'entrée. Elle lui avait juste annoncé qu'elle serait à Pré-au-Lard et qu'elle espérait l'y voir. Que devait-elle faire bon sang ? Elle regarda le chemin menant au village en se mordant la lèvre inférieure.
- Où est donc passé l'assurance qui m'agace tant chez toi ?
Elle sursauta en entendant la voix rauque de Severus et se retourna. Il la regardait avec une lueur d'amusement dans le regard. elle sourit :
- Elle a flanché pendant l'attente.
- L'attente ? Je ne savais pas qu'on avait rendez-vous.
- Problème de communication.
Elle se mit à jouer nerveusement avec ses mains.
- Est-ce que tu viens ?
- Vois-tu une autre raison à ma présence ici ?
- Avec toi, on n'est jamais sûr de rien.
- Va-t-on discuter encore longtemps ou pouvons-nous y aller ?
- Petites précisions avant : tu as conscience que nous allons sortir de Poudlard, ensemble, et que les rumeurs vont repartir ? Surtout que c'est la Saint Valentin. Et Voldemort va le savoir et Merlin seul sait ce qu'il va vouloir faire. Et puis il y a les élèves, les professeurs, les habitants de Pré-au-Lard et…
- Est-ce que tu essaies de me décourager ?
- Non, je veux juste être sûr que tu sais dans quoi tu mets les pieds et que ta réputation risque d'en prendre un coup.
- Tu m'as l'air bien soucieuse de ma réputation. Tu n'auras qu'à me laisser devenir plus sévère, injuste et partial pendant mes cours et ma réputation ne souffrira pas de notre relation.
Elle prit une mine indignée, enregistrant néanmoins l'emploi de « notre relation ». Ainsi, il considérait qu'ils avaient vraiment une relation.
- Et pourquoi je te laisserai faire une chose pareille ?
- Parce que c'est de ta faute si ma réputation va en prendre un coup.
- Tu essaies de me faire culpabiliser ?
- Est-ce que ça marche ?
- Non. Je suis insensible à ce genre de chantage affectif.
Il esquissa un semblant de sourire et fit quelque chose qui la laissa clouée sur place : il l'embrassa. Elle fronça les sourcils :
- Qui êtes vous et qu'avez-vous fait de Severus Rogue ?
- Pourquoi cette question ?
- Tu arrives, tu flirtes avec moi, tu souris presque et tu viens de m'embrasser spontanément… en public. Tu viens de faire un geste d'affection qui montre au reste du monde que tu es humain, devant toute l'école.
Il balaya le Hall du regard :
- Il n'y a que nous.
- Tu m'as comprise !
Il la prit par la main et l'entraîna sur le chemin descendant à Pré-au-Lard.
- Les gens s'en tiennent aux apparences. Il y a plus derrière. Tu voulais connaître le vrai Severus Rogue, non ? Peut-être qu'aujourd'hui, j'ai décidé de laisser tomber le masque. Cela te dérange ?
- Non. Au contraire.
- Mais c'est juste pour aujourd'hui.
- Ça me va.
Elle passa son bras au creux du sien et ils continuèrent leur chemin en silence. A vrai dire, si Severus avait été en retard, c'était parce qu'il avait longtemps hésité sur ce qu'il devait faire puis sur comment agir. Il y avait bien longtemps qu'il n'était pas sorti en plein jour comme cela, et encore plus avec une femme. Toutes ses relations étaient plutôt restées dans l'ombre. Finalement, il avait décidé de se comporter naturellement, et de voir ce que cela donnait si il quittait le rôle du méchant professeur. Il se demandait où cela allait le mener.
Les premiers élèves qui les virent s'arrêtèrent brusquement pour les dévisager. Etait-ce bien le professeur Rogue ? Avec la belle Eléana à son bras ? Ils se mirent à murmurer entre eux et la sorcière resserra sa prise sur le bras de Rogue.
- Au moins ils se souviendront de cette journée, plaisanta-t-elle.
- Il n'y a aucun doute là dessus.
La sorcière l'entraîna à travers les petites rues du village, discutant sur tout ce qu'elle voyait. On aurait dit un enfant devant un sapin de Noël. Il y avait tant de… candeur dans son regard. C'était incroyable. Il se surprit à l'écouter avec attention. Chaque chose lui paraissait spéciale, comme habitée d'une vie propre et destinée à se trouver sur leur chemin dans un dessein mystique quelconque. C'était à la fois complètement terrifiant et touchant. Quand il lâcha le premier commentaire sec à propos de tout le rose qui envahissait aussi la rue, elle l'appuya au lieu de le contredire comme ce à quoi il s'était attendu. Elle se mit à déblatérer sur l'absurdité de la Saint Valentin, les stéréotypes, les obligations et il se joignit à elle. Ils se moquèrent de tous les couples d'adolescents candides qui se regardaient amoureusement aujourd'hui et qui s'adresseraient à peine la parole le lendemain. Un peu après midi, ils entrèrent au Trois Balais, vitupérant toujours sur la fête des amoureux, bras dessus bras dessous. Ils ignorèrent les regards qui se posèrent sur eux et s'installèrent dans un coin. Rosmerta vint prendre leurs commandes :
- Severus ! Il y a longtemps que je ne t'avais pas vu ici. Des années !
- Je n'ai pas vraiment eu le choix. J'ai été traîné de force ici.
Eléana lâcha un petit cri indigné :
- Moi ? Te traîner ? Est-ce que tu as vu ma carrure ? Et la tienne ?
- Tu es une bonne sorcière.
- Bien sûr ! J'ai utilisé un Imperium, c'est ça ?
- Je le soupçonne, répondit-il très sérieusement.
Elle se pencha et l'embrassa sur la joue, sous le regard écarquillé de Rosmerta. Elle partit avec leurs commandes, laissant les deux sorciers seuls. Il devait geler en Enfer pour que le fameux Rogue agisse de telle manière. Les discussions étaient devenus des murmures alors que les personnes présentes regardaient l'étrange et très improbable couple en se demandant ce qu'il se passait. Eléana regarda par dessus l'épaule de son compagnon et fit un geste du menton :
- Qui est-ce ?
Il suivit son geste et vit Potter, Granger et … Il grogna :
- Rita Skeeter !
- Tu la connais ?
- Une fouine.
- Je croyais que c'était Malefoy la fouine ?
Elle avait entendu parler du fameux jour où le faux professeur Fol'œil avait transformé Draco Malefoy en fouine. Elle aurait donné cher pour pouvoir assister à ce genre de spectacle. Rogue ne trouva vraisemblablement pas cela drôle car il la foudroya du regard et elle leva les mains en signe de paix :
- Je suis désolée. Je retire.
- C'était une journaliste. De la pire espèce.
- Il y a une espèce pire que les autres ?
- Elle déforme absolument tout. Ses articles sont un tissu d'âneries.
- Que fait-elle avec Harry et Hermione ?
- Rien de bon.
- Pourquoi tu as dit qu'elle était une journaliste ? Elle ne l'est plus ?
- Elle a subitement arrêté d'écrire. Sincèrement, personne ne s'en est inquiété.
- Je me demande bien ce qu'elle fait là.
- Le mieux, c'est de l'éviter. Ce n'est rien d'autre qu'une source d'ennuis.
Rosmerta revint avec leur repas. Ils la remercièrent et déjeunèrent en silence. Le regard d'Eléana ne cessait de glisser vers la table où les deux Gryffondors et cette journaliste étaient en pleine discussion. Luna Lovegood était là aussi. Eléana ne l'avait pas vu au départ. La journaliste prenait des notes de ce qui se disait et Harry était le principal à parler. La sorcière avait l'impression que quoique ceux-là étaient en train de préparer, cela allait être énorme et déplaire au Ministère. Elle ne savait pas si elle devait s'inquiéter ou pas.
Sans se concerter, ils restèrent aux Trois Balais jusqu'au départ des adolescents, qui eut lieu bien plus tard dans l'après-midi. Quoi qu'ils aient dit, cela avait été long et intéressant. La plume à papotes de la sorcière semblait avoir du mal à suivre. Pendant ce temps, Rogue lui raconta tout ce qu'il savait sur cette femme et les différents articles qu'elle avait écrit. Eléana s'étonna du brusque silence de la journaliste. Malgré son manque de professionnalisme, elle semblait avoir du succès. Alors pourquoi ce retirer brusquement ? Rogue répondit qu'il n'en savait rien et qu'il ne voulait pas le savoir, remerciant juste le ciel qu'elle ait cessé d'écrire. D'après lui, les Rita Skeeter entachait l'image de la presse. Eléana lui parla alors de la presse moldue et notamment des paparazzis et des « feuilles de chou » qui épiaient la vie privée des personnes célèbres afin de l'étaler à la vue de tous. Cela les entraîna sur une longue discussion à propos du journalisme, de ce qu'on devait dire et cacher et du droit à la vie privée des personnes. Le temps fila sans qu'ils ne s'en aperçoivent. Ce fut quand ils virent Rita Skeeter sortir qu'ils s'en aperçurent. Ils regardèrent Harry, Hermione et Luna quitter les lieux. Eléana remarqua que le Survivant n'avait pas bonne mine. Quoi qu'il ait dit, cela l'avait remué.
Le couple de sorcier paya alors leur addition et sortirent à leur tour. Ils décidèrent de se promener, main dans la main. Inévitablement, leurs pas les menèrent en face de la Cabane Hurlante. Eléana se sentit frissonner et croisa les bras sur sa poitrine. Rogue balaya les environs du regard et compris.
- C'était ici ?
- Oui. C'est la première fois que je reviens.
- Nous ferions mieux de rentrer.
- Non.
Il l'observa. Elle se tenait droite, les yeux fermés, les bras croisés sur sa poitrine qui se soulevait au rythme de sa respiration un peu rapide. Elle semblait se remémorer ce qui s'était passé ici, comme si elle cherchait à exorciser les lieux en revivant mentalement l'agression. Elle finit par rouvrir les yeux :
- Ce jour-là, j'ai baissé ma garde. Je n'aurai pas dû.
Il s'approcha d'elle :
- Et aujourd'hui ? Peux-tu baisser ta garde ?
- Avec toi ? Oui.
- Comment peux-tu en être aussi sûre ? Qui te dis que je suis digne de confiance ?
- Personne. Néanmoins je crois que je peux te faire confiance.
- Pourquoi moi et pas lui ?
- La méchanceté et le vice transpirent de chaque pore de la peau de Malefoy. Pas chez toi.
- Pourtant j'ai été comme lui.
- Je ne crois pas.
- J'étais un Mangemort. Je pratiquais la magie noire. J'aurais dû aller à Azkaban.
- Tout le monde fait des erreurs. Et la pratique de la magie noire ne fait pas de toi quelqu'un de mauvais. Plus sombre peut-être, mais pas plus mauvais. Ce n'est pas l'origine de la magie mais ce que l'on en fait qui fait de nous ce que nous sommes. Crois-moi, j'ai vu des moldus commettre des actes abominables sans avoir besoin de recourir à la magie noire.
Il ne dit rien, se contentant de nouer ses bras autour de sa taille. Ils se regardèrent dans les yeux. Elle sourit en éloignant une mèche de cheveux de Severus qui se pencha pour l'embrasser. Elle noua ses bras autour du cou de son partenaire, se laissant entraînée dans sa danse et savourant la sensation de bien-être qu'elle ressentait en étant dans ses bras. Ils se séparèrent à cours d'oxygène. Un bras autour de sa taille, Severus les entraîna sur le chemin du retour. Au loin, le soleil se couchait déjà.
- Je peux te parler de quelque chose sans que tu t'énerves ? demanda Eléana à mi-chemin.
Il jeta un coup d'œil dans sa direction et la sentit nerveuse.
- Oui. Qu'y a-t-il ?
- C'est à propos de Harry.
Elle vit le muscle de sa mâchoire se contracter et attendit un peu qu'il se prépare.
- J'ai remarqué que tu avais arrêté de lui donner des cours d'occlumencie.
- C'est exact.
- Il en a besoin Severus. Et tu le sais.
- Ecoute Eléana, je…
- Non ! Laisse-moi finir. Harry a besoin de ces cours et tu le sais aussi bien que moi. Arrête de penser qu'il est comme son père. Ça n'a pas d'importance. Ce qui importe, c'est qu'il a un rôle crucial à jouer dans la guerre que nous menons et qu'il a besoin de devenir un occlumens. Et tu es le mieux placer pour l'aider. Ne laisse pas le passé et tes sentiments personnels interférer. Toute cette histoire vous dépasse Harry et toi. Vous devez mettre votre animosité de côté pour travailler ensemble. Après tout, vous êtes dans le même camp, non ?
Ils continuèrent à avancer sans rien dire et Eléana craignit d'être aller trop loin. Elle ne le poussa pas plus et attendait qu'il réponde, qu'il lui parle pour savoir si il était en colère après elle ou pas. Ils franchirent les grilles de Poudlard et la sorcière se sentit plus tendue. Est-ce qu'ils allaient entrer dans la Grande Salle ainsi enlacés ? Ou devaient-ils se séparer et redevenir de simples collègues ? Et il n'avait pas desserré les lèvres depuis son petit discours. Dans le Grand Hall, elle s'arrêta. Il se tourna vers elle :
- Je vais reprendre les cours avec Potter.
Elle hocha la tête et jeta un coup d'œil vers la grande salle à manger :
- Qu'est-ce qu'on fait ?
- Nous allons dîner.
Elle le savait qu'ils allaient dîner ! Ce n'était pas cela le problème. Elle allait lui faire remarquer quand elle remarqua la petite lueur d'amusement qui dansait dans ses yeux. Il la poussait dans ses retranchements de manière délibérée, pour provoquer une réaction.
- Tu es incroyable ! grogna-t-elle.
- Tu savais dès le départ que je n'étais pas quelqu'un de facile.
Il les débarrassa de leurs manteaux, demanda aux elfes de maison de les ranger dans leurs appartements, prit sa compagne par la taille et les entraîna dans la Grande Salle.
- On devrait peut-être prévenir ce Creevey, qui prend tant de photos, pour qu'il fige sur pellicule les visages des élèves qui vont nous voir entrer ? proposa Severus.
Elle se contenta d'éclater de rire au moment même où ils franchissaient les grandes portes, attirant tous les regards. Du coin de l'œil, le couple vit quelques élèves recracher ce qu'ils avaient dans la bouche tandis que d'autres restaient complètement figer. Les réactions les plus brusques venaient de la table des Gryffondor. Severus, à sa grande surprise, s'amusait de la situation. Le visage des étudiants et même des professeurs étaient sans prix. Il se pencha à l'oreille de sa compagne :
- Ma réputation ne sera plus jamais la même.
Elle sourit tendrement et l'embrassa sur la joue :
- Si tu veux, pendant deux semaines, tu pourras torturer les élèves sans que je ne lève le petit doigt.
- Vraiment ?
- Voies ça comme un cadeau de remerciement pour cette journée.
A table, il l'aida à s'installer et elle le remercia. Puis il s'assit et ils continuèrent à discuter comme ils l'avaient fait toute la journée. Ils sentaient les regards sur eux. Ils étaient l'attraction de la journée. Normalement, la Grande Salle aurait bourdonné des différentes conversations des élèves qui se seraient racontées leur journée à l'extérieur. Au lieu de cela, ce n'était que des murmures et des regards en coin vers la table des professeurs. Severus et Eléana étaient le centre d'attention de tous les habitants du château. Ils semblaient complètement détendus. A vrai dire, ils remarquèrent plusieurs sourires de la part du professeur de potion, des petites attentions faites à l'égard de son assistante, un regard chaleureux, un rire, un frôlement. Bientôt, une question résonna dans la salle : qu'est-ce que cette sorcière avait fait pour changer ainsi leur professeur ? A la fin du dîner, le couple partit ensemble, sous l'œil toujours éberlué des spectateurs. Même les professeurs ne semblaient pas se remettre de ce qu'ils venaient de voir.
- Qui aurait cru cela du professeur Rogue ? lança Flitwick tout excité. Je ne suis pas prêt d'oublier cette journée !
Albus ne put que suivre le professeur de sortilèges sur cette idée. Lui non plus n'était pas prêt d'oublier cette Saint-Valentin. Il regarda les portes. Il n'avait pas vu Severus aussi détendu depuis des années. Cela le rassurait de voir le professeur capable de se montrer aussi naturel après tout ce qu'il avait vécu. Cette situation, bien que complètement inattendue, ne pouvait faire que du bien à l'ancien mangemort.
Pensant ce temps, Eléana et Severus pénétraient dans l'appartement de ce dernier. Il lui proposa du thé qu'il commença à préparer sans même attendre sa réponse. Elle s'installa dans un fauteuil et observa son partenaire. Aujourd'hui, elle avait découvert un tout autre homme. Il avait baissé ses défenses pour elle. Cette journée était sans doute la meilleur qu'elle n'ait jamais vécu depuis qu'elle était arrivée en Angleterre. Il lui tendit une tasse qu'elle prit en le remerciant et il la rejoignit sur le canapé. Maintenant qu'ils étaient seuls dans son appartement, il semblait nerveux. Comme si leur proximité et l'intimité le mettaient plus mal à l'aise. Elle posa sa tasse sur la table, replia ses jambes sous ses genoux. Elle attrapa le bras de Severus, le passa autour de ses épaules et posa la tête sur sa poitrine.
- Merci pour cette journée, murmura-t-elle.
Elle le sentit se détendre et sentit une partie de son appréhension se dissoudre. Elle leva les yeux vers lui et croisa son regard.
- Je sais que ce n'était pas facile pour toi, continua-t-elle.
- Cela ne l'était pas. Pourtant, au bout du compte, cela faisait longtemps que je n'avais pas été aussi heureux.
Elle se redressa, une main sur sa poitrine et l'embrassa. Severus se sentait perdu. Il s'était caché pendant si longtemps qu'il en avait oublié ce que cela faisait de vivre. Cette sorcière, c'était comme une bouffée d'oxygène, une petit voix dans sa tête qui lui disait que malgré son passé, malgré ses péchés, il avait le droit de vivre, de ressentir. Il avait le droit à un peu de bonheur. Elle lui avait montré aussi qu'il pouvait passer outre sa colère et sa haine, qu'il devait même les laisser s'en aller, arrêter de se raccrocher à elles, au passé auquel elles appartenaient. Il devait accepter que c'était passé, qu'il avait changé. Alors il se laissa enivrer par cette femme, cette ensorceleuse qui avait bousculé ses fondations. Ne plus réfléchir. Ne plus se soucier des conséquences. Juste ressentir. Accepter d'être vivant.
à suivre...
