Les yeux de l'Ombre

Disclaimer : rien ne m'appartient à part le personnage d'Eléana et quelques autres que vous reconnaîtrez aisément.

Notes de l'auteur : Je ne remercierai jamais assez tous ceux qui ont reviewé et ont fait du chapitre précédent le plus reviewé de cette fic alors que c'était celui qui me faisait le plus peur ! J'étais très très contente ! Extatique !

Alors pour vous, voici la suite. Comme je l'ai annoncé, le ton va progressivement changer. J'espère qu'elle vous plaira autant que le chapitre précédent. Alors asseyez-vous confortablement, lisez, reviewez. Faites-vous plaisir!

Bonne lecture et au plaisir de lire vos critiques.


Eléana émergea lentement du sommeil. Elle ouvrit paresseusement les yeux dans une chambre qui n'était pas la sienne. Etrangement, elle se sentait bien. Elle referma les paupières et laissa les images de la veille ressurgir dans son esprit. Hier, c'était la Saint Valentin. Elle l'avait passé avec Severus. Ils s'étaient promenés dans Pré-Au-Lard puis ils avaient dîné dans la Grande Salle, exposant leur couple à tous les regards. Ils s'étaient ensuite rendus dans les appartements du sorcier qui leur avait servi du thé. Thé qu'ils n'avaient jamais bu. Elle rougit en pensant à ce qu'il s'était passé ensuite. C'est seulement maintenant qu'elle sentit la bras posé sur sa taille et la chaleur du corps collé contre le sien. Elle posa sa main sur celle plus grande de Severus. Doucement, sans le réveiller, elle se tourna pour l'observer. Elle fut étonnée de voir à quel point le sommeil rendait son visage plus serein, moins marqué par la vie. Elle se pencha et déposa un baiser furtif sur ses lèvres. Il bougea mais ne se réveilla pas. Elle se lova un peu plus contre lui. Doucement, sans s'en rendre compte, elle se rendormit.

Quelques heures plus tard, ce fut Severus qui s'éveilla. La première chose qu'il vit fut le visage paisible d'Eléana qui lui confirma que la journée d'hier et la nuit n'avaient pas été qu'un rêve. Il sentit son cœur un peu plus fort dans sa poitrine en observant cette femme splendide endormie dans son lit. Il se demanda ce qu'elle trouvait chez lui, ce qu'elle avait vu qu'il l'ait convaincue de se battre pour apprendre à le connaître. Parce que sans son entêtement, cette nuit n'aurait jamais eu lieu. Il chassa ses pensées. Il ne voulait pas se poser de questions, pas maintenant. Il jeta un coup d'œil au réveil sur la table de chevet. Il était près de dix heures. Trop tard pour le petit déjeuner dans la Grande Salle. Il ne put s'empêcher de sourire en pensant aux commérages qu'allait créer son absence et celle de son assistante ce matin au petit déjeuner.

- Qu'est-ce qui te fait rire ?

Il regarda Eléana. Elle s'éveillait lentement. Sa voix était enrouée. Ses yeux étaient embrumés. Elle s'étendit un peu et reporta son attention sur lui :

- Allez ! Qu'est-ce qu'il te fait rire ?

- Il est dix heures du matin.

- Et alors ?

- Le petit déjeuner dans la Grande Salle est terminé.

Elle plissa les yeux sans comprendre. Il prit une de ses boucles et s'amusa à l'entortiller. Apparemment, elle n'était pas très perspicace au réveil.

- Nous n'y étions pas, dit-il.

Il vit le même regard interrogateur. Il remarqua l'instant où elle comprit ce qu'il voulait dire. Ses lèvres s'étirèrent légèrement. Elle bailla et s'étira de nouveau. Un vrai félin. Il embrassa un veine qui battait au creux de son cou. Cela la fit gémir. Elle plongea ses mains dans ses cheveux.

- J'aime ce genre de réveil, décida-t-elle.

- Moi aussi.

Ils s'embrassèrent tendrement et Severus fut surpris de la sensation de perfection que cela éveillait en lui. Comme si c'était la chose la plus naturelle. Il sentit son cœur se mettre à battre plus rapidement. Lui qui avait cru être devenu une créature au sang froid se sentait revivre. Tenir cette sorcière dans ses bras était la chose la plus merveilleuse et la plus douloureuse qu'il avait vécu depuis longtemps. Douloureuse parce qu'il avait peur qu'elle le repousse à chaque instant, ou qu'il découvre que tout cela n'était pas réel. Il avait si peu l'habitude qu'on lui fasse confiance, qu'on l'apprécie pour qui il était tout entier, avec son passé, sa part d'ombre, ses imperfections. Il avait envie de rire tellement cela paraissait niais même à ses oreilles. Dans le lointain, des coups se firent entendre. Le couple les ignora, perdu l'un dans l'autre. Les tambourinements se firent plus persistants. Rogue grogna en se séparant de sa compagne.

- Pourquoi est-ce que je suis Directeur de Maison ? se plaignit-il.

Il s'assit, reprenant ses esprits. Elle l'enlaça par derrière et déposa un baiser sur son épaule :

- Pour avoir le contrôle, le pouvoir.

Il l'embrassa rapidement avant de partir à la recherche de ses affaires. L'importun s'acharnait toujours sur la porte. Il s'habilla rapidement et sortit pendant qu'Eléana faisait de même. Il traversa rapidement la pièce et ouvrit la porte. L'élève faillit tomber tête la première. Il fusilla l'adolescent du regard, le faisant blêmir. Le gardien de l'équipe de Quidditch de sa maison se recomposa :

- Draco Malefoy est à l'infirmerie. Il y a eu un accident pendant l'entraînement. Madame Pomfresh m'a demandé de vous prévenir.

Depuis quand l'équipe s'entraînait le dimanche matin ? Severus ne posa pas la question. Il ordonna à l'élève de retourner vaquer à ses occupations et referma la porte avec un soupir frustré.

- Tu devrais y aller, entendit-il dans son dos.

Eléana était habillée et remettait de l'ordre dans sa chevelure. Elle s'approcha de lui et l'embrassa :

- J'ai des cours à préparer. Va t'occuper de ton élève.

Ils se séparèrent dans le couloir. Lui prit la direction de l'infirmerie tandis qu'elle retournait dans ses appartements. Quand elle entra, elle fut accueillie par Shîrine qui lui demanda :

- As-tu passé une bonne nuit ?

Eléana sourit :

- On peut dire ça.

Elle s'installa à son bureau, un parchemin vierge devant elle. Elle avait beau tenté de se concentrer sur le cours qu'elle devait construire, son esprit retournait toujours vers Severus et la journée qu'ils avaient passé. Elle avait l'impression d'être sur un nuage. Oubliés les soucis. Oubliée la guerre. Oublié Voldemort. Et puis, grâce à eux, elle savait que les élèves de Poudlard auraient de quoi parler pendant un bon bout de temps…

Elle n'avait pas tort sur ce point. Pendant la semaine qui suivit, Severus et elle étaient le centre d'attention de toute la population de l'école, vivante ou non. Elle avait reçu la visite du Baron Sanglant qui avait voulu parler à celle qui « fricotait » avec le Directeur de sa Maison afin d'être sûr qu'elle en était digne et qu'elle ne ternirait pas l'image des Serpentard. Shîrine avait été très amusée. Eléana, beaucoup moins. Au tout début, l'atmosphère des cours de potions changea. Les élèves semblaient penser que cette nouvelle relation leur permettait de se lâcher dans les cours, d'être moins concentrés et plus sûrs d'eux. Severus les détrompa rapidement et se montra acharné, rigoureux, sévère. Il attendait encore plus de ses élèves que précédemment. Il fit littéralement pleuvoir une pluie de détentions, de punissions et retira un nombre impressionnant de points. Les étudiants comprirent vite que la nouvelle tournure de la vie de leur professeur ne leur serait d'aucun bénéfice. L'ancien Mangemort renforça vite sa réputation de professeur le plus haï de Poudlard – même si Ombrage semblait toujours garder une longueur d'avance. D'ailleurs, cette dernière avait essayé de parler aux deux professeurs, leur faisant comprendre que le Ministère voyait d'un très mauvais œil cette liaison qui pourrait, selon eux, porter préjudice à la bonne tenue des cours de potions. L'accueil qu'elle reçut fut des plus glacial et elle se fit dire plus ou moins poliment que cela ne la concernait pas. Eléana fut beaucoup moins diplomate que son compagnon. Tout cela ne fit néanmoins pas retombé les bavardages qui allaient bon train. Certains tentaient d'expliquer ce qui avait attiré la jeune sorcière chez le professeur de potions, supposant même que ce dernier, lassé de sa solitude, aurait drogué son assistante avec un philtre d'amour. Le couple prêtait une oreille attentive à ces commérages qui les amusaient au plus haut point. Ils avaient même créé quelques situations cocasses dans le simple but de voir ce qu'en dirait les élèves.

Enfin, ils restèrent le centre d'attention jusqu'au petit-déjeuner du lundi suivant. Eléana discutait tranquillement avec Severus, une main posée négligemment sur son bras quand la volée de hiboux était apparue, atterrissant en face d'un Harry surpris. Luna Lovegood, une élève de Serdaigle, s'approcha de lui et commença à discuter. Quoiqu'il se passe, cela se répandait à toute la table de la maison du lion dont on pouvait sentir l'excitation depuis la table des professeurs. Elle n'entendit pas ce que Severus lui dit. Le professeur suivit le regard de sa compagne et observa l'étrange spectacle.

- Qu'est-ce que Potter a encore fait ? grogna-t-il.

- J'en sais rien. Mais ça a l'air important vu le courrier et la réaction de ses amis.

Elle vit alors que l'adolescent avait déplié un journal qui semblait être le centre d'intérêt de toute cette agitation. Elle fronça les sourcils en se rappelant la sortie de Pré-Au-Lard.

- Dis-moi, la femme avec laquelle on les a vu au Trois Balais n'était-elle pas journaliste ? demanda-t-elle à Severus.

Il la fixa en comprenant ce qu'elle sous-entendait.

- Tu ne crois pas que… ? La Gazette n'aurait rien paru venant de Potter. Ils ne cessent de le rabaisser.

- La Gazette n'est pas le seul journal.

- Non mais…

Il s'arrêta soudain en fixant Lovegood. Il secoua la tête.

- Le Chicaneur, murmura-t-il.

- Le quoi ?

- Le Chicaneur. C'est un tissu d'âneries mais c'est un magazine tenu par le père de Luna Lovegood.

- Qui est justement amie avec Harry… Ils ont fait très fort. Il me faut ce magazine !

Ils regardèrent Ombrage parler avec Harry, bouffie de colère contenue. Elle confisqua sèchement le magazine, retira des points et sortit rapidement. Eléana sourit en se faisant la remarque que c'était une belle journée qui commençait. Elle croisa le regard d'Albus qui semblait aussi amusé par la situation. Elle le vit regarder Harry avec une lueur étrange dans le regard : de la fierté. La sorcière ne put que comprendre ce sentiment. Le Survivant avait réussi à dévoiler toute la vérité au monde sorcier alors même que celui-là s'évertuait depuis plusieurs mois à le faire passer pour un fou, et cela, au nez et à la barbe du Ministère et de la Gazette. Elle s'excusa auprès des professeurs, embrassa rapidement Severus qui protesta ­– il n'aimait pas ce genre de démonstration en public depuis qu'il avait repris son costume de professeur sans cœur – et sortit. En passant dans le Grand Hall, elle vit Rusard accroché le décret d'éducation numéro vingt-sept :

Par ordre de la Grande Inquisitrice de Poudlard

Tout élève surpris en possession du magazine Le Chicaneur sera renvoyé.

Conformément au décret d'éducation numéro vingt-sept.

Signé : Dolorès Jane Ombrage, Grande Inquisitrice.

Cela ne fit qu'augmenter le sourire d'Eléana. Ombrage n'avait pas conscience qu'en faisant cela, elle montrait à tous les élèves l'importance du magazine. Pour un adolescent, qu'y avait-il de plus attrayant qu'un interdit ? Et elle avait raison. Poudlard oublia rapidement son couple pour ne parler que du Chicaneur. La Grande Inquisitrice avait beau tout faire pour prendre un élève en flagrant délit, elle n'y arrivait pas, ce qui ne faisait que redoubler sa colère et la pure satisfaction de l'assistante de potions. Cette dernière avait réussi à acheter un exemplaire du magazine. Elle avait lu l'article consacré à l'interview de Harry qui prenait plusieurs pages du mensuel et elle loua le courage qu'il avait fallu au jeune homme pour parler de tout cela à une femme qu'il détestait tout en sachant que toute la société sorcière lirait son récit. Il venait de mettre une sacré épine dans le pied du Ministère. La sorcière apprit que les ventes du Chicaneur avait crevé le plafond, forçant Lovegood Senior à lancer ne réimpression. Elle remarqua également que l'engouement de l'article ne touchait pas seulement les élèves qui regardaient soudain Harry Potter d'un tout autre œil mais aussi les professeurs qui donnait des récompenses à tout-va à la maison Gryffondor. Bientôt, les points retirés par Ombrage furent regagnés et très vite dépassés. Eléana se montra au dîner du soir avec un sourire triomphant et un exemplaire du Chicaneur sous le bras qui fit s'étrangler le professeur de DCFM. Cette dernière n'attendit pas que sa collègue soit assise pour attaquer :

- Miss McBaine, ce magazine est interdit dans l'enceinte de l'école.

Les professeurs, tous comme les élèves du premier rang, se tournèrent vers l'interpellée. Les incidents entre les deux sorcières étaient devenues monnaie courante au sein de Poudlard mais amusaient toujours autant les habitants qui adoraient voir cette jeune professeur remettre à sa place la Grande Inquisitrice. D'ailleurs, l'assistante lança un sourire d'excuse hypocrite à sa compagne :

- Je croyais que seuls les étudiants n'avaient pas le droit de l'avoir. N'est-ce pas ce que précise votre décret d'éducation numéro vingt-sept ? Je n'ai vu nulle part que je n'avais pas le droit de le lire.

Dolores comprit qu'elle venait encore une fois de se faire avoir. Hélas, Eléana n'était pas prête à en rester là. Elle posa soigneusement le journal à côté de son assiette et continua :

- D'ailleurs Dolores, j'ai une question à vous poser à ce sujet. Pourquoi prendre la peine d'interdire ce magazine si ce que dit Monsieur Potter n'est qu'un tissu de mensonges ? Ce que je veux dire c'est pourquoi faire de cet article une affaire aussi importante ? Je trouve que votre décret donne aux propos de Monsieur Potter une importance, une réalité qu'il n'y aurait pas eu de prime abord. Après tout, c'est la vérité que l'on cherche à étouffer en général, pas le mensonge.

- Le Ministère a préféré être prudent. Les adolescent sont si souvent facilement manipulables.

- Si vous le dîtes. Je trouve quand même votre réaction suspicieuse.

Sans attendre de réponse, Eléana entama une conversation avec le professeur Flitwick. Le dîner se passa tout à fait normalement. La sorcière se dépêcha de rejoindre ses quartiers. Harry venait ce soir et c'était un vrai bazar. Elle voulait aussi prendre une douche et se changer avant. La journée avait été longue malgré la distraction du journal.

Quand son élève arriva, elle s'était mis à l'aise et avait rangé un peu. Shîrine s'était roulée en boule sur un fauteuil. Eléana servit un chocolat chaud et des gâteaux à Harry. L'adolescent s'était habitué à la présence de son professeur et était décontracté à ses côtés. Elle était amusante, digne de confiance, gentille et elle le comprenait un peu mieux que tous les autres. Ce soir-là, il n'avait pas vraiment envie de travailler pourtant. La journée avait été éprouvante avec cette histoire d'article. Beaucoup de monde était venu le voir, et pas forcément pour lui assurer leur soutien.

- La journée a été éprouvante pour toi, non ?

Harry haussa les épaules. Il s'était préparé à tout cela : aux regards, aux murmures. Ce à quoi il ne s'était pas attendu, c'était au soutien de l'équipe enseignante. Il avait lu sur leur visage, une expression de fierté et de respect qui lui avait fait chaud au cœur. Eléana lui tendit une tasse fumante de chocolat fumant avant de s'asseoir. Shîrine vint s'enrouler autour de ses épaules et salua le nouvel arrivant qui caressa la tête du reptile.

- Ce que tu as fait demande du courage. J'en aurais été incapable.

- Tout le monde me traitait de menteur ou de fou. Ça n'aurait pas pu être pire.

- Quand on a plus rien à perdre, on n'a aucune raison d'avoir peur.

Elle regarda Harry qui fixait silencieusement ses maints. Il remonta ses lunettes sur son nez et effleura sa cicatrice avant de lever les yeux vers elle.

- Vous vous êtes déjà demandée ce que sera votre vie si on arrive à tuer Voldemort ?

Elle sourit tristement. Bien sûr qu'elle se l'était demandée. Un bonne centaine de fois. Elle trempa un gâteau dans son chocolat, réfléchissant à ce qu'elle allait dire.

- Toi et moi Harry, on ne vit pas cette guerre de la même manière que les autres. Voldemort est une constante de notre existence. Pour nous, ce n'est pas seulement un puissant Mage Noir avec des idées mégalomanes. Il a toujours été là. Il a fait de notre vie ce qu'elle est aujourd'hui.

- Il fait partie de nous, murmura Harry.

- Il nous définit. On veut qu'il paye pour ce qu'il nous a fait, pour notre famille qu'il a tué. On veut qu'il meure, qu'il disparaisse. Pourtant, cela nous terrifie.

- Je suis le Survivant. Je ne sais pas ce que je suis d'autre. Et quand il sera mort, si je suis encore vivant, qu'est-ce que je ferai ? Qu'est-ce que je serai ?

- Je n'ai aucune réponse Harry. Moi-même je ne sais pas vraiment où je serai. Voldemort est sans cœur, cruel, tyrannique et cinglé. Mais c'est mon père. Il m'a élevé pendant les dix premières années de ma vie. J'ai des mauvais souvenirs mais des bons aussi. Sans lui, est-ce que je serai là ? C'est lui qui m'a enseigné la potion et qui m'en a donné le goût. Ce sont des moments privilégiés entre lui et moi. Il doit mourir. Mais quand tout le monde applaudira la défaite d'un tyran, je pleurerai la perte d'un père. Et personne ne peut comprendre ça.

- Je ne comprends pas vraiment non plus. Mais ce que je comprends, c'est que quand on tuera Voldemort, si on y arrive, c'est une partie de nous que l'on tuera aussi.

Eléana ne le contredit pas car il venait d'énoncer une terrible réalité. Les deux sorciers se regardèrent et ressentirant quelque chose d'inédit, lurent dans le regard de l'autre quelque chose de nouveau : de la compréhension. Pour la première fois, leur solitude pesait moins lourd. Ils laissèrent le silence s'installer entre eux, un silence confortable, amical et étrangement réconfortant. Le professeur finit par le briser :

- Est-ce que tu aimerais voir ma forme d'animagus ?

Les yeux de l'adolescent s'arrondirent et il se redressa. Il oublia la conversation qu'ils venaient d'avoir et regarda la sorcière se lever avec excitation. Elle ne lui avait jamais dit qu'elle animal elle pouvait incarner. Il eut un léger mouvement de recul quand à la place de son professeur apparut une panthère noire. Il ne s'était jamais rendu compte que ces bêtes étaient si imposantes ! Il se dit que ce n'était qu'Eléana pour se détendre mais il n'arrivait pas à relâcher entièrement sa vigilance. Elle fit le tour de la pièce calmement, possédant les lieux par sa seule présence. Il observa les muscles puissants qui saillaient sous sa fourrure noire à chacun de ses mouvements. Que ce soit sous forme humaine ou animale, elle dégageait la même grâce, la même grandeur. Elle finit par s'approcher de lui et posa délicatement sa tête sur ses genoux et le fixa. Nerveusement, il tendit la main et lui caressa le dessus du crâne. Elle ferma les yeux en grondant de plaisir. puis, d'un geste vif qui le fit sursauter, elle sauta prestement sur le fauteuil, s'y assit et reprit forme humaine. Il profita de ce répit pour tenter de faire revenir son rythme cardiaque à un rythme à peu près normal. Elle sourit devant sa nervosité et se releva en demandant :

- Tu as des questions ?

Il ne put que secouer la tête.

- La journée a été riche en émotion. On a tous les deux besoins de repos. On va s'arrêter là pour ce soir. Tu peux retourner à ton dortoir.

L'adolescent apprécia ce choix. Il n'avait pas vraiment la tête à étudier. Il se leva pour sortir. La main sur la poignée, il demanda sans se retourner :

- Est-ce que vous l'aimez ? Voldemort.

Il y eut une pause qui poussa Harry à tourner la tête. La détresse qu'il lut sur les traits fins de la sorcière lui alla droit au cœur et il comprit la réponse avant même qu'elle ne parle.

- C'est la première figure paternelle que j'ai connu. J'ai voulu le détester de toutes mes forces mais je n'y arrive pas. Une partie de moi restera toujours cette petite fille qui le regardait avec respect et admiration et qui voulait tant lui plaire. C'est ce lien affectif qui me fait le plus peur.

Un petit rire triste s'échappa de ses lèvres :

- On va s'arrêter là pour l'introspection je crois. Bonne nuit Harry.

- Bonne nuit Eléana.

Elle le regarda sortir et soupira. Cette rencontre qu'elle voulait enjouer s'était montré beaucoup plus éprouvante que prévu. Beaucoup plus personnel. Elle avait fait remonter une vague de souvenirs et raviver les cicatrices de son passé, celles créer par l'absence d'un père, la perte d'un monde auquel elle avait appartenu, malgré l'étrangeté de l'idée. Après tout, comment pouvait-on considérer Voldemort comme un père et le toit qu'il vous offrait comme un foyer ? Pourtant, quand on était dedans et qu'on y avait grandi, cela paraissait normal. De son armoire, elle tira sa pensive, cadeau de Jake pour ses vingt ans. Elle colla sa baguette contre sa tempe avant de l'en éloigner délicatement. Elle déposa le mince filet argenté qu'elle créa dans la bassine de pierre. Elle contempla le contenu pendant un temps sans vraiment le voir, le regard ailleurs. Puis, prenant une inspiration, elle toucha la flaque argentée et le monde autour d'elle disparut dans un tourbillon.

Elle se retrouva dans une grande pièce pleine de lumière qu'elle connaissait par cœur. Même après tout ce temps, la familiarité de l'endroit la frappa. La douce odeur des différents composants l'enveloppa, l'accueillant. Elle regarda autour d'elle, caressant du regard les deux longues tables bien ordonnées occupant le centre de la pièce sur lesquelles alambics, chaudrons, tubes à essai, mortiers, pilons et autres étaient disposés, le mur caché derrière les imposantes armoires et les étagères parfaitement rangées.

- Est-ce que c'est bon comme cela ?

Eléana sentit son cœur faire un raté en entendant sa propre voix d'enfant. Son regard se posa sur les deux occupants de la pièce. Elle avait six ans à cette époque si elle se souvenait bien. Elle était sur un tabouret afin de pouvoir travailler sur la table trop haute pour sa petite taille. Voldemort était juste à côté d'elle. Il se pencha pour observer son travail.

- Coupe-les un peu plus petits.

Passant derrière elle, il enveloppa sa petite main de la sienne et l'aida à manipuler le couteau afin de faire de plus petits morceaux.

- Comme cela.

Il retourna à sa place. Elle se regarda, la lèvre inférieure coincée entre ses dents, coupant méticuleusement ce qu'elle avait devant elle. A ses côtés, Tom Jedusor surveillait le feu sous le chaudron, sans cesser de regarder la petite fille. L'enfant posa finalement son couteau et lança fièrement :

- J'ai fini !

- Que faut-il faire maintenant ?

- Je dois les mettre dans le chaudron. Tourner trois fois dans le sens des aiguilles d'une montre puis cinq fois et demi dans le sens inverse. Puis il faut attendre deux minutes. Si la potion devient bleue, alors elle est réussie.

Il fit un pas en arrière, lui laissant le champ libre. La sorcière adulte se posta près de lui et observa son double enfant. Elle fit exactement ce qu'elle avait dit avec des gestes minutieux et précis. Sa main ne tremblait pas malgré la nervosité qu'elle ressentait. Elle attendit ensuite en silence, les yeux rivés sur la potion, appréhensive et excitée. Le délai passé, elle se pencha un peu plus et lança un cri de joie :

- C'est bleu ! J'ai réussi !

Voldemort éteignit le feu. Il prit un échantillon de la potion et le versa dans un tube à essai au fond duquel se trouvait une petite pierre marron. A son contact, la potion devint verte foncé.

- Qu'est-ce que ça veut dire ? demanda la fillette les sourcils froncés.

- Cela veut dire que ta potion est parfaite.

Il posa une main sur sa tête et déposa un rapide baiser sur son front. Elle gloussa, ce qui fit naître un sourire sur le visage froid du mage. La fillette lui répondit par un sourire radieux et elle lança ses petits bras autour du cou de son père. Il noua les bras autour de sa taille frêle, lui rendant brièvement son étreinte. Puis, comme si de rien n'était, il lui demanda de l'aider à ranger. La sorcière adulte les regarda ranger tout en discutant calmement. Comme un père et sa fille l'auraient fait. Les larmes inondaient ses joues sans qu'elle ne fasse rien pour les chasser. Quand les aurors l'avaient « trouvé », l'avaient « sauvée », on lui avait dit que l'homme qu'elle considérait comme son père était un méchant sorcier, un monstre qui devait être haï et détruit. Que pouvait répondre une enfant de dix ans à cela ? Voldemort lui faisait peur. Elle craignait par dessus tout ses colères et ses punitions. Mais c'était son père ! Peu à peu, elle avait pris conscience du danger qu'il représentait et de sa folie. Néanmoins, elle n'avait jamais réussi à détester cet homme vers qui elle s'était si souvent tournée et à qui elle avait tant chercher à plaire. Mais cela, personne, à part Harry, ne le savait. Et là était toute la cause de son désarroi. Dès qu'il s'agissait de Voldemort, elle était tiraillée entre la petite fille qui ne voulait pas décevoir son père et la sorcière qui refusait d'adhérer aux valeurs mégalomanes d'un fou. Alors, elle perdait tous ses moyens.

Le souvenir s'estompa et elle se retrouva dans ses appartements. Une boule lui nouait la gorge et les larmes ruisselaient sur son visage. Elle se laissa tomber dans le fauteuil le plus proche et s'y recroquevilla. Shîrine, attirée par la détresse de sa maîtresse, vint s'enrouler autour de ses épaules et caressa sa joue mouillée d'un petit coup de tête affectueux. Mais Eléana ne cessait pas de pleurer, évacuant le trop plein d'émotions. Ce que personne ne comprenait, c'était que le héros du peuple sorcier que tout le monde attendait ne serait rien d'autre pour elle que le meurtrier de son père.


à suivre...