Les yeux de l'Ombre
Disclaimer : rien ne m'appartient à part le personnage d'Eléana et quelques autres que vous reconnaîtrez aisément.
Notes de l'auteur : Bonjour et bonne année !
J'espère que vous avez tous passé de bonnes fêtes et que cette nouvelle année vous comblera.
Je sais que la dernière update était il y a longtemps maintenant, et je m'en excuse. J'ai été malade, il y a les cours et un autre problème majeur : le manque d'inspiration. Ce qui fait qu'hélas, la fic n'a pas bien avancé. Seuls deux chapitres après celui-ci sont écrit. Le 17ème devrait néanmoins être bientôt bouclé. Les idées sont là pour la suite mais quand on n'arrive pas à les formuler, cela ne change rien.
Ce chapitre a été dur à écrire. Cela a été très physique et émotionnel. Je ne sais pas si j'en suis entièrement satisfaite. J'espère juste que j'arriverai à faire passer toutes les émotions que je voulais. Les prochains chapitres seront assez sombres. Je ne sais pas jusqu'à quand cela durera. On verra bien.
Je vous souhaite une bonne lecture et j'attends impatiemment vos avis.
Eléana regarda discrètement les premiers hiboux apporter le courrier. Elle discutait tranquillement avec Pompom qui était sortie de son infirmerie vide pour partager le petit-déjeuner avec le reste de l'équipe enseignante. C'était une journée paisible et un jour un peu particulier pour la jeune sorcière. Aujourd'hui, elle avait vingt-cinq ans. Personne ne le savait, à part Dumbledore sûrement. Quand elle était arrivée, il lui avait sourit et avait hoché la tête dans sa direction, de la tendresse brillant dans son regard azur. Elle était toujours étonnée de la bienveillance que le vieil homme portait sur le reste de l'humanité. Jamais elle n'avait rencontré pareil sorcier. D'ailleurs, en y réfléchissant, c'était peu probable de trouver un autre sorcier comme lui sur la planète.
L'assistante fut distraite par un hibou assez banal qui déposa un colis devant elle. Elle n'était pas surprise. L'expéditeur était sûrement Jake. Elle nourrit l'animal qui s'envola aussitôt. L'infirmière, curieuse, l'invita à l'ouvrir. Le reste des professeurs n'avait pas vraiment fait attention à ce dépôt. Elle défit la ficelle et entreprit de défaire le paquet de son enveloppe de papier. Elle découvrit une boîte rectangulaire d'une trentaine de centimètres de longueur sur vingt de largeur. En fait de boîte, c'était un coffret en bois sombre avec de léger reflet rouge gravé d'animaux mythologiques. C'était une petite splendeur. Une carte dépassait. Elle s'en saisit. Le nom du destinataire n'apparaissait pas, seulement les mots : « Joyeux anniversaire ». Elle regarda l'écriture travaillée, noble et une boule naquit dans sa gorge. Cette écriture lui était familière mais elle ne venait pas de Jake. Et tout ceux qu'elle connaissait aurait signé la carte. Instinctivement, ces mains se mirent à trembler. Délicatement, pudiquement, elle ouvrit le coffret. En voyant ce qu'il y avait à l'intérieur, tout air quitta ses poumons. Son visage devint plus blanc qu'un linge. Plus rien du monde extérieur en dehors du contenu ne lui parvenait. Juste ce cadeau morbide, cette main tranchée, pâle sur le tapis de soie noire. Et puis sur l'annulaire, une bague qu'elle connaissait bien. Une main qu'elle avait vu maintes fois. Celle d'Aristide Claymore. Soudain, la réalité de ce cadeau funeste la frappa de plein fouet. Sur son cou, la Marque se réveilla brutalement et elle cria sans même sans rendre compte. Toute la salle la regardait à présent et la seule chose dont elle avait conscience était cette main. Celle d'un ami, d'un mentor, d'une des personnes les plus importantes de sa vie. Elle sentit des mains se poser sur ses épaules mais se débattit. Elle ne voulait pas qu'on la touche. Elle voulait être à Salem, avec Aristide. Elle ne voulait pas être là. Tout cela ne pouvait être qu'un cauchemar. Elle allait se réveiller, c'était sûr. Cela ne pouvait pas être vrai. Ses yeux s'embuèrent et les larmes coulèrent sur ses joues alors qu'elle était soudain secouée de sanglots. On l'aida à se lever mais ses jambes ne la portaient pas. Elle ferma les yeux mais la seule chose qu'elle vit derrière ses paupières closes fut la main coupée. Son estomac se révulsa, elle se dégagea de l'étreinte qui la maintenait debout et tomba à genoux en vomissant tout ce que contenait son estomac, au beau milieu de la Grande Salle. Elle sentit un bras entourer sa taille pendant que quelqu'un retenait ses cheveux en arrière. Quand elle n'eut plus rien à vomir, elle tenta de démêler ses sentiments en vain. La main d'Aristide était la seule chose à laquelle elle pensait. Une nouvelle douleur irradia dans son cou, lui brouillant la vue. Elle se laissa alors aller aux ténèbres bienfaisantes.
Le corps d'Eléana devint soudain inerte dans les bras de Severus. Il n'hésita pas une seconde et la souleva. Pompom n'eut pas besoin de lui dire de l'emmener à l'infirmerie, il était déjà en chemin. Il ne fit pas attention aux regards qu'on leur portait. Il ne pensait qu'au cri d'Eléana, à son visage figé dans une expression de profonde douleur. Albus le suivait, le cadeau macabre dans les mains. Lui aussi connaissait la bague. Aristide était son ami. Minerva lui avait tendu la carte qu'il n'avait pas vu au départ. La main qui avait écrit « Joyeux anniversaire », il la connaissait également. Pendant un instant, la colère avait remplacé la pitié qu'il avait appris à ressentir à l'égard de Tom Jedusor. Comment pouvait-il faire cela à celle qu'il avait élevé comme sa fille ? Il avait laissé la directrice des Gryffondor s'occuper de rassurer et de calmer les élèves. Il fut arrêté par Harry qui lui demanda ce qu'il se passait. Il secoua la tête pour lui faire comprendre que ce n'était ni le lieu ni le moment et continua son chemin. Il avait beaucoup de choses à faire.
µ
Eléana ouvrit les yeux pour apercevoir un plafond blanc qui n'était pas celui de sa chambre. Elle était dans un lit une place qu'elle ne connaissait pas. Comment était-elle arrivée là ? Elle regarda autour d'elle. Ce fut en voyant le rideau qui l'isolait du reste de la pièce qu'elle sut où elle était. L'infirmerie. Mais pourquoi ? A peine s'était-elle demandée cela que la vision de la main d'Aristide lui revint en mémoire. Son estomac se contracta. Sa vue se brouilla. Une boule oppressait sa poitrine. Elle s'allongea sur le côté, ramena ses jambes contre sa poitrine et les enserra de ses bras. Elle voulait se rendormir. Oublier.
Elle entendait des voix à quelques mètres d'elle. Une femme et un homme. Pompom et Severus. Etaient-ce eux qui l'avaient amené ici ? Elle ne se rappelait pas. Tout était flou. La seule chose dont elle se rappelait avec netteté était le cadeau macabre que son père adoptif lui avait envoyé. Car c'était lui, elle en était sûre. Elle ferma les yeux en sentant une nouvelle vague de détresse l'envahir. Elle se mordit la lèvre inférieure dans l'espoir de retenir le gémissement qui montait de sa gorge. En vain. Le rideau s'écarta et Severus vint s'asseoir sur le lit à côté d'elle. Tendrement, il écarta une mèche de cheveux noirs de son visage. Il frôla la Marque sur son cou. Elle ne s'était pas aperçue qu'elle lui faisait mal.
- Elle est visible, lui apprit Severus. Quoiqu'il se soit passé, le sortilège de désillusion s'est estompé.
Il avait été surpris, en retenant ses cheveux dans la Grande Salle de voir la Marque ressortir de façon morbide sur la peau pâle de son cou. Elle la toucha du bout des doigts. Elle était brûlante. Elle ferma brièvement les yeux avant de le regarder.
- Est-ce que… ?
Elle devait savoir. Avaient-ils contacté Jake ? Il pourrait leur dire si cela n'était qu'une farce. Pourtant, elle savait que cela n'en était pas une. Prétendre le contraire était se voiler la face. Mais elle devait en avoir la certitude. Severus le compris :
- Dumbledore est en train de savoir de quoi il en retourne.
Il vit les yeux de la sorcière se perdre dans le vague et elle lui confia :
- Je sais que c'est bien sa main. Je l'ai vue si souvent. Tu sais, sans lui, jamais je ne serais restée à Salem. Aucun parent ne voulait d'une enfant déséquilibrée près de leur progéniture. Sans lui, je ne serais pas là. Il m'a toujours protégée, défendue, m'a guidée. Il m'a aidée à devenir une animagus et une bonne sorcière. C'est toujours vers lui que je me tournais en cas de problème ou quand je me sentais perdue. Pas Jake, ni mes parents. Mais Aristide. Je lui dois tout.
Sa voix se brisa et elle se mit à pleurer. Severus la regarda, le cœur brisé. Pour la première fois, il haït celui qui avait été son Maître. Jusqu'à présent, bien qu'il soit dans le camp adverse, il avait gardé une certaine admiration pour la puissance du Mage Noir. Il l'avait respecté d'une certaine manière. Jamais il ne l'avait détesté. La crainte qu'il inspirait l'en empêchait. Mais soudain, en voyant Eléana allongée, brisée, il se rendit compte que la colère et la haine avaient enfin réussi à étouffer la crainte. C'était un sentiment étrange et terrifiant.
Poppy arriva et donna une potion tranquillisante à Eléana. Elle l'avala sans rien demander, sans protester. Elle obéit tout simplement. Ce qui lui ressemblait si peu ! Il la regarda se détendre doucement. Vingt minutes plus tard, épuisée, elle s'endormit.
Il se leva, s'excusa auprès de l'infirmière et sortit. Pompom veillerait sur la sorcière et il n'en avait pas pour longtemps. Il descendit dans les donjons où sa première classe l'attendait. Il congédia les élèves, leur disant de prévenir les autres que les cours étaient annulés. Cela fait, il se rendit dans le bureau du Directeur. La gargouille le laissa entrer avant même qu'il n'ait donné le mot de passe. Quand il arriva dans la pièce, tout était étrangement calme. Albus était assis à son bureau et fixait l'intérieur du coffret. Il s'arracha à sa contemplation quand le professeur de potions entra.
- Comment va-t-elle ? demanda-t-il pour la forme.
- A votre avis ?
La voix de Severus avait claqué dans l'air, sèche. Le directeur n'y fit pas attention. Il referma le coffret en soupirant.
- Aristide Claymore et moi nous connaissions depuis de longues décennies maintenant. C'était un ami sincère.
- Il est mort, n'est-ce pas ?
- Oui. Son corps a été retrouvé hier soir. La Marque des Ténèbres flottait au-dessus. Les Aurors américains se demandaient ce qu'était devenue la main manquante. Maintenant, ils le savent.
Severus se laissa enfin tomber sur une chaise.
- Je ne savais même pas que c'était son anniversaire aujourd'hui.
- Elle ne l'avait dit à personne, Severus.
- Il faut que je redescende et que je lui dise pour Claymore. Elle a besoin qu'on lui dise.
- A ce propos, son ami Jake et Wallace Kingsfield vont arriver d'une minute à l'autre. Ils ont insisté pour que ce soit eux qui lui annoncent la nouvelle.
L'ancien Mangemort ravala ses paroles. Pourquoi eux ? De quoi se mêlaient-ils ? Il pouvait s'occuper de mettre Eléana au courant. Il en avait le droit. Jake n'avait pas été présent ces derniers mois. Quant à l'autre…
- Attendez, vous avez dit Wallace Kingsfield ? Comme dans le Ministre Wallace Kingsfield ?
- Oui. Apparemment, c'est un ami d'Eléana.
- Le Ministre de la Magie américain ? Rien que ça.
Les flammes de la cheminée devinrent subitement vertes. Elle avait été connectée en urgence à celle du bureau de Kingsfield, aux Etats-Unis. Jake apparut le premier. Severus avait de lui le souvenir d'un jeune homme espiègle et joyeux. Cependant, le jeune auror qui se tenait en face de lui avait le visage grave, des cernes et un regard triste. Derrière lui, le ministre américain apparut. Le cinquantenaire avait une présence qui imposait le respect. Il n'était pourtant pas très grand, un mètre soixante-quinze à peu près. Les deux hommes saluèrent le directeur. Jake se tourna alors vers Severus qu'il présenta :
- Wallace, voici le professeur qu'assiste Eléana. Severus Rogue.
Albus se racla la gorge et précisa :
- En fait, Severus est devenu un peu plus que cela.
Le professeur ne manqua pas le petit sourire en coin du directeur et lui en voulut de faire une telle allusion dans pareille situation. Surtout quand il sentit le regard du ministre devenir inquisiteur alors qu'il le jaugeait. Et encore plus quand il l'entendit dire d'un air détaché :
- Eléana a toujours aimé les hommes difficiles.
Cela ne fit qu'augmenter l'amusement d'Albus. Severus n'hésita pas à le fusiller du regard. Ils n'étaient pas là pour parler de sa relation avec la sorcière ! Et puis de quel droit ce sorcier le jugeait-il d'homme difficile sur un simple regard ? Pas que cela soit complètement inexact… Mais quand même ! Il décida de ramener les hommes vers la situation actuelle :
- Eléana est à l'infirmerie. Poppy lui a donné une potion pour la calmer. Sa Marque a aussi brutalement apparu, malgré le sortilège de désillusion.
- Juste la sienne ? demanda Albus.
- Je n'ai absolument rien ressenti et Potter n'a pas semblé gêné ce matin.
Les deux américains ne demandèrent pas plus d'explications. Ils avaient peu de temps. Le meurtre d'Aristide Claymore, membre éminent de la société sorcière américaine, avait secoué toute la population. Ils y avaient beaucoup de choses à faire, de décisions à prendre, notamment en ce qui concernait l'école de Salem qu'il dirigeait depuis plusieurs décennies maintenant. Quand ils arrivèrent à l'infirmerie, Eléana dormait encore. Albus demanda à Severus et Poppy de sortir avec lui afin de laisser les trois américains seuls.
Jake s'assit sur le bord du lit de son amie pendant que Wallace prenait place sur une chaise à côté. Ils regardèrent la jeune sorcière dormir pendant quelques minutes. Ce n'était pas un jour pour parler de la disparition d'un ami. Pas quand on fêtait son anniversaire. Le jeune auror réveilla doucement la jeune femme. Elle ouvrit péniblement les yeux. Son regard triste se posa sur eux. Elle s'étira, bailla et tenta de se redresser. Jake l'aida. Assise confortablement, elle ne prit pas la peine de les saluer.
- Quand ? demanda-t-elle d'une voix enrouée.
- Hier, répondit Wallace.
- Pourquoi ne me l'avez-vous pas dit ?
Ils notèrent immédiatement le ton accusateur.
- On ne voulait pas te gâcher ton anniversaire, répondit Jake.
- C'est réussi, lâcha-t-elle, acide.
- Eléa, on pensait vraiment pouvoir attendre quelques jours. Personne ne pouvait prévoir ce qui allait se passer. Ni le meurtre, ni l'envoi de…
- De sa main ? compléta la sorcière. C'était un ami ! Mon ami ! Mon mentor ! Je me fiches de ce que vous pensez ! Vous auriez dû me prévenir.
Elle grogna de frustration en sentant les larmes se remettre à couler. Ce n'était pas le moment. Elle ne devait pas se laisser aller. Pas encore, pas devant eux.
- On a fait ce que l'on croyait être le mieux, expliqua Wallace d'un ton sans appel. Pour tout le monde. Imagine la réaction de la société Eléana ! Les Aurors sont débordés par des appels de personnes qui croient avoir vu des Mangemorts ! L'école de Salem se retrouve sans directeur, ce qui a inquiété tous les parents qui se demandent si il est sûr de laisser leurs enfants. Jusqu'à présent, la guerre restait concentrée en Europe. Ce meurtre prouve que Voldemort a ses entrées dans notre pays. Surtout que ce n'est pas la mort d'un sorcier lamba. Ce n'était pas seulement notre ami, Eléana, mais un sorcier puissant, connu et respecté ! On a dû prendre des décisions qui n'ont pas plus à tout le monde. Attendre quelques jours pour te l'annoncer en faisait partie.
La sorcière jouait nerveusement avec le bord du drap. Cela ne lui plaisait pas mais Wallace avait raison. Aristide était bien plus que son mentor.
- Et l'école ? demanda-t-elle.
Jake et Wallace s'échangèrent un regard. Puis l'Auror expliqua :
- Paul a pris la direction de l'école en plus de ses cours de potions. Il est aidé par toute l'équipe enseignante bien sûr. Pour l'instant, cela ira. L'année prochaine, il deviendra directeur à temps plein.
- Et les cours de potions ?
- La place t'attend.
Elle les regarda ahurie. Etaient-ils en train de lui dire qu'elle était le prochain professeur de potions de l'école de Salem ? Elle n'était pas prête ! Et puis elle était à Poudlard pour le moment. Pourquoi penser à l'année prochaine ? Sans prévenir, la pensée qu'elle allait partir, qu'elle allait devoir rentrer aux Etats-Unis vint renforcer sa détresse actuelle. Elle n'y avait pas pensé. Poudlard était devenu sa maison. Elle s'y sentait bien. Et puis il y avait Severus. Accepter la place revenait à le quitter. Devenir enseignante était ce qu'elle avait toujours voulu. Et à l'école de Salem en plus ! Mais c'était avant tout cela. Avant le retour de Voldemort. Avant sa venue à Poudlard. Avant sa rencontre avec Severus. Que voulait-elle maintenant ? Elle voulait surtout ne pas y penser.
- Je ne peux pas donner de réponse maintenant.
- On n'en attend pas Eléa. Pas après ce qui vient de se passer. Tu as jusqu'au mois de juillet pour y penser.
Elle coinça une mèche de cheveux derrière son oreille d'une main tremblante.
- Quand aura lieu l'enterrement ?
- Demain, répondit Jake.
Elle défit le drap et tenta de s'extraire du lit mais son ami l'en empêcha.
- Tu ne viens pas Eléa.
La sorcière le regarda comme si elle avait mal compris. Elle ne venait pas ? Sous-entendait-il qu'elle n'allait pas assister à l'enterrement d'Aristide ? Elle devait avoir mal entendu. Elle chercha de l'aide auprès de Wallace mais le ministre la regardait avec une profonde tristesse.
- Vous n'êtes pas sérieux ! s'emporta-t-elle.
- Eléa, commença Jake.
- Non ! Il n'y a pas de « Eléa » qui tienne ! C'est d'Aristide qu'on parle ! Vous savez ce qu'il représentait pour moi. Vous savez à quel point il était important. Je dois être à son enterrement.
- Non, la détrompa Wallace. Tu dois être en sécurité, loin des hommes de main de Tu-Sais-Qui. Crois-tu vraiment qu'Aristide ait été tué juste pour te blesser ? Il s'attend à ce que tu te précipites à son enterrement. On ne pourra pas te protéger.
- Je n'ai pas besoin de protection !
- Eléana, ça suffit ! gronda le ministre. C'est un piège et tu le sais aussi bien que moi. Il veut te faire sortir de cette école. Si je suis sûr d'une chose, c'est qu'Aristide refuserait catégoriquement que tu risques ta vie délibérément pour lui. Et ça aussi tu le sais ! Alors si tu tiens vraiment à lui, si il a représenté autant pour toi, ne fonce pas tête baissée dans un piège aussi gros. Montre à ce Seigneur des Ténèbres que tu as plus de jugeote que ça ! Rend fier Aristide.
Elle renifla bruyamment. Wallace avait raison, comprit-elle. Mais cela lui faisait mal de penser qu'elle ne pourrait pas rendre un dernier hommage à son mentor. Elle pourrait toujours se rendre sur sa tombe plus tard, quand tout ce sera tassé. Néanmoins, ce ne sera pas pareil. Elle détestait cela. Elle se laissa retomber sur les oreillers.
- Est-ce que je peux vous demander quelque chose ?
- Bien sûr, répondit Wallace.
- Protégez mes parents. Si il s'en est pris à Aristide, ils sont en danger. Et vous aussi. Faîtes attention à vous. Je ne veux perdre aucun d'entre vous. Je ne peux pas perdre l'un d'entre vous.
Jake se pencha en avant et déposa un baiser sur le front de son amie. Il ne pouvait pas lui montrer à quel point toute cette situation lui faisait mal à lui aussi. Il devait être fort et coincer les Mangemorts responsables de la mort d'Aristide Claymore. Et puis son amie avait assez de soucis pour en plus devoir le supporter. Quelques fois, pour le bien de ceux qu'on aime, il fallait savoir garder pour soi son malheur. Il aurait l'occasion de parler avec elle de cela plus tard. Quand les évènements seraient moins douloureux, moins frais. Wallace expliqua à la sorcière qu'ils devaient rentrer. Beaucoup de travail les attendait encore. Jake se leva et l'embrassa sur la joue.
- Je crois qu'on va laisser Rogue entrer avant qu'il ne nous vire lui même.
- Il n'oserait pas. Il sait que ça ne me plairait pas.
- Il avait l'air plutôt inquiet. Tu ne m'as pas dit que vous étiez ensemble.
- Je ne voulais pas recevoir un « Je te l'avais bien dit ! »
Ils parlèrent quelques minutes encore d'elle et Severus avant que Wallace ne presse le jeune auror à partir. Les deux sorciers embrassèrent la jeune femme en lui souhaitant un bon anniversaire malgré tout. Quand ils sortirent de l'infirmerie, Poppy, Severus et Albus les attendaient. Ils avaient patienté tout ce temps devant. Poppy rentra immédiatement dans son antre. Le professeur de potions allait la suivre mais Jake le retint par le bras tandis qu'un peu plus loin, Wallace discutait gravement avec Albus.
- Je tiens énormément à elle. Faîtes-lui du mal, et vous ne comprendrez pas ce qui vous tombera dessus.
- Je n'ai pas l'intention de la blesser.
- Cela ne veut pas dire que vous ne le ferez pas.
Jake lâcha son bras et rejoignit son Ministre, prêt à partir. Severus les regarda se faire accompagner par Albus jusqu'au bureau du directeur. Il entra dans l'infirmerie. Eléana était assise au bord du lit, prête à partir. Il la rejoignit. Elle se rapprocha de lui et posa sa tête contre sa poitrine. Sans un mot, il l'entoura de ses bras. Ils restèrent plusieurs minutes comme cela. Finalement, elle rompit le silence en demandant :
- Qui donne tes cours ?
- Personne. Je les ai annulés.
- Tu n'aurais pas dû.
- Je fais encore ce que je veux, non ?
Elle quitta ses bras sans rien dire et il la sentit s'éloigner pas seulement physiquement.
- Tu n'aurais pas dû faire ça, répéta-t-elle.
Elle entoura sa poitrine de ses bras, les paupières closes. Elle frissonna et quelque chose lui dit que la reprendre dans ses bras ne serait pas bien pris.
- Va assurer tes cours Severus, lui dit-elle.
Elle aurait très bien pu lui dire de s'en aller, cela serait revenu au même. Pourquoi le chassait-elle ? Elle ne devrait pas être seule, pas aujourd'hui, pas après ce qui venait de se passer. Mais si elle ne voulait pas de lui, pouvait-il vraiment lui imposer sa présence ? Il ne voulait pas partir.
- Tu ne devrais pas rester seule, tenta-t-il.
Elle ouvrit les yeux. Son regard brillait de larmes et de douleur. Il y avait aussi quelque chose d'implorant. Elle voulait qu'il parte. Blessé, il se tendit.
- Très bien, lâcha-t-il d'une voix cinglante.
Il n'avait pas voulu réagir comme cela. Elle ne le méritait pas. Mais quand il s'agissait d'elle, il n'était plus vraiment rationnel. Il tourna les talons et sortit, croisant Albus et Poppy qui revenaient. Il ne leur accorda pas un regard. Le directeur le regarda partir et chercha Eléana du regard. Elle était assise sur le bord du lit, la tête entre les mains. L'infirmière échangea avec lui un regard triste et s'approcha de la sorcière. La jeune enseignante releva la tête :
- Est-ce que je peux partir ? demanda-t-elle d'une voix cassée.
- Oui. Même si je préférerai que vous restiez, répondit Pomfrey sachant très bien que c'était inutile.
Eléana ne l'écouta pas plus que Severus. Elle sortit sans regarder personne. Albus ne dit rien. Cela aurait été inutile. La sorcière était trop enfermée dans sa douleur et sa détresse pour entendre quoique ce soit. Plus tard, il pourrait essayer de lui parler. Pour l'instant, il était impuissant et ne pouvait que regarder, ce qu'il détestait profondément. Jake lui avait dit qu'elle n'avait pas le droit de venir à l'enterrement, pour sa propre sécurité. Il savait que cela devait lui faire aussi mal que la mort de son ami. Les deux américains lui avaient demandé de veiller à ce qu'elle reste bien dans l'enceinte de Poudlard. Lui-même ne pourrait pas aller rendre un dernier hommage à son ami défunt. Trop de choses le retenaient ici. D'ailleurs, il avait à faire. Il salua Poppy et quitta l'infirmerie.
µ
Eléana regagna sa chambre sans même faire attention au chemin qu'elle prenait, aux étudiants qu'elle croisait ou aux tableaux et aux fantômes. Elle n'entendit pas les murmures, ne vit pas les regards curieux et graves. Les élèves ne savaient pas ce qui se passait mais ils savaient que c'était important. Elle arriva dans ses appartements sans même s'en rendre vraiment compte. Elle ignora Shîrine et se rendit directement dans la salle de bain. Elle se regarda dans le miroir. Sa marque était là, ressortant sur sa peau pâle. Elle prit sa baguette et tenta de la faire disparaître mais le sortilège ne marcha pas. Rien de ce qu'elle tenta ne réussit. Alors, elle prit un gant et frotta encore et encore et encore. Elle ne s'arrêta pas, voulant la faire disparaître. Elle ne voulait plus la voir. Mais elle était toujours là. Même après que sa peau se soit mise à saigner sous le frottement acharné. Elle laissa tomber le gant et fixa son reflet. Elle eut l'impression de voir Voldemort derrière elle, riant aux éclats. Un Voldemort à deux visages… celui de son père se superposant à la face serpentine du monstre qu'il était devenu.
- Pourquoi ? murmura-t-elle. Pourquoi est-ce que tu me fais tellement souffrir ?
Il ne resta que son reflet. Elle et sa douleur.
- Pourquoi ? hurla-t-elle.
Elle martela le miroir jusqu'à ce qu'il se brise, entaillant ses avant-bras et une partie de son visage. Elle se laissa glisser au sol parmi les éclats de verre, la respiration coupée par les sanglots. Elle se traîna jusqu'au lit sans faire attention au sang qu'elle laissait derrière elle. Elle se mit en chien de fusil et ne bougea plus.
µ
Harry jeta un énième regard à la table des professeurs. Eléana n'était toujours pas là. Toute l'école spéculait sur ce qui s'était passé. Il n'arrivait pas à oublier la scène dont ils avaient tous été témoins ce matin, quand la jeune assistante s'était effondrée. Ensuite, Rogue avait annulé tous ses cours, avant de les assurer de nouveau. Le Trio avait eu la chance de ne pas avoir potions aujourd'hui mais Ginny leur avait expliqué que le professeur s'était montré particulièrement cruel et sévère. Le Survivant le regarda. Rogue jouait avec son assiette plus qu'il ne mangeait. Il semblait ailleurs et son visage était complètement fermé. Dumbledore assistait au dîner, lui aussi étrangement sérieux. Il avait été absent au déjeuner. L'adolescent avait essayé de lui parler cet après-midi mais il ne l'avait pas trouvé. Il avait essayé de savoir ce qui s'était passé avec le professeur McGonagall mais elle lui avait dit de se mêler de ce qui le regardait.
- Harry !
L'adolescent sursauta et se tourna vers Ron qui venait de l'appeler.
- Tu n'as rien écouté.
- Désolé.
Le rouquin chercha ce que regardait son ami et comprit. Il échangea un regard avec Hermione.
- Les professeurs ne nous diront rien, dit-il.
Harry ne chercha même pas à lui répondre. Au contraire, il se leva. Ses deux amis allaient l'imiter mais il les stoppa d'un geste de la main.
- Je dois aller quelque part. Je vous retrouve dans la Salle Commune.
- Qu'est-ce que tu comptes faire Harry ? demanda Hermione.
Il s'en alla sans même prendre la peine de lui répondre. Il savait où il allait : voir Eléana. Il fit le chemin rapidement et se retrouva devant le tableau bloquant l'accès aux appartements du professeur. Il frappa et attendit. Mais personne ne vint ouvrir. Il persévéra et frappa de nouveau. Pas un bruit ne venait de l'intérieur. Il n'était même pas sûr qu'elle soit là. Pourtant, quelque chose lui disait qu'elle l'était. Il leva le poing pour frapper encore quand le tableau s'ouvrit. Néanmoins, personne n'était derrière.
- Professeur McBaine ? appela-t-il en faisant un pas à l'intérieur. Eléana ?
Le tableau se referma derrière lui. La pièce était complètement plongée dans le noir. Il alluma les lumières.
- Elle ne s'est pas levée, entendit-il dire.
Il chercha du regard l'origine de la voix et trouva Shîrine, sur un fauteuil.
- Au départ, elle a beaucoup pleuré. Maintenant, elle ne fait rien.
Le serpent regardait en direction de ce qui devait être la chambre de la sorcière. L'adolescent s'en approcha. Il alluma la lumière et hoqueta de surprise en voyant Eléana recroquevillée, les bras en sang. Il courut à son chevet et regarda les draps ensanglantées et la traînée qui menait à la salle de bain. Il y vit le miroir brisé et les bouts de verre plein de sang. Il sortit sa baguette et nettoya les dégâts. Ensuite, il chercha une petite serviette qu'il passa sous de l'eau tiède. Le tissu imbibé, il retourna auprès de l'assistante. Elle semblait dormir. Il ne pouvait pas la laisser comme cela. Il la secoua légèrement et elle ouvrit péniblement les paupières.
- Harry ? croassa-t-elle.
Elle avait les yeux rouges et gonflés. Il ne put s'empêcher de tendre le bras et de dégager une mèche de cheveux de son visage pour mieux la voir.
- Je m'inquiétais pour vous, expliqua-t-il.
Elle ne répondit pas. Son regard se perdit dans le vague. Il regarda ses bras.
- Vous êtes blessée, déclara-t-il. Il faut vous soigner.
- Je ne veux pas aller à l'infirmerie.
- Je peux vous aider. Il faut que vous me laissiez faire.
Elle hocha la tête en signe d'assentiment. Il déchira les manches de sa robe. Elle était détruite de toute façon. Délicatement, il retira les mots de miroir qu'il déposa sur la table de chevet. Puis, il nettoya le sang avec la serviette. Les coupures étaient nombreuses mais superficielles. Si cela avait été trop profond, il aurait été chercher l'infirmière. Heureusement, cela semblait évitable. Eléana s'en chargerait demain matin. Quand ses blessures furent traitées, il lava la serviette et se débarrassa du miroir. Dans la chambre, Shîrine avait rejoint sa maîtresse sur le lit. Il les regarda :
- Est-ce que vous voulez que j'aille chercher le professeur Rogue ?
- Non.
- Il s'inquiète. Il ne le dit mais tous les élèves l'ont vu.
- Je ne veux pas le voir.
- Qu'est-ce qu'il vous a fait ?
- Il est en danger avec moi. Il finira par se faire tuer. Lui et tous ceux que j'aime.
Harry s'assit au bord du lit. Il se souvenait avoir penser la même chose par le passé. Il chercha les mots justes pour traduire ce qu'il pensait.
- J'ai voulu m'éloigner de Ron et Hermione. Parce que je pensais que pour les protéger, je devais m'éloigner. Mais je ne peux pas prendre de décisions pour eux. Je ne peux pas les chasser de ma vie. Si ils veulent rester, c'est leur choix. Ils l'ont fait en toute connaissance de cause. Vous ne pouvez pas éloigner les gens qui vous aiment pour les protéger. Au fond, vous serez tous malheureux et ils ne seront pas plus en sécurité.
L'assistante frissonna et se recroquevilla un peu plus sur elle-même. Elle fixait toujours le vide.
- Aristide était mon ami, mon mentor. Il est mort hier. Voldemort m'a envoyé sa main aujourd'hui. Pour mon anniversaire.
La scène du matin prit tout son sens. Il ferma les yeux brièvement. Comment aurait-il réagi si il avait été à sa place ? Si c'était la main de Dumbledore qu'il avait reçu ? Comment quelqu'un pouvait-il rester de marbre en recevant un tel présent ? Comment ne pas s'effondrer ? Elle tourna la tête vers lui pour la première fois de la soirée. Son regard était plein de douleur et de désespoir :
- Pourquoi est-ce qu'il cherche à me faire tellement souffrir ? Pourquoi est-ce que je n'arrive pas à me débarrasser de la petite fille qui est en moi ? Je voudrais juste le haïr de tout mon cœur, que je n'ai pas tous ces sentiments contradictoires. Peut-être que ça ferait moins mal…
- Je ne sais pas. Je n'ai pas de réponses.
Elle détourna à nouveau la tête et il vit l'état de son cou et la Marque, visible sur la peau boursouflée et rouge. Il alla rechercher sa serviette et la passa sur la partie blessée. Eléana frissonna.
- Tu n'as pas à faire ça, protesta-t-elle.
- Je sais.
- Alors pourquoi ?
- Parce que vous m'avez montré que je n'étais pas seul. Maintenant, c'est à moi de vous montrer que vous ne l'êtes pas non plus.
Bien vite, elle ferma les yeux, trop fatiguée pour rester éveillée. Harry alla ranger de nouveau la serviette et fit disparaître les morceaux de miroir. Quand il revint, Eléana dormait à poings fermés. Il nettoya sa robe d'un coup de baguette et caressa la tête de Shîrine :
- Veille bien sur elle.
- Je le ferais. Merci Petit Homme.
- De rien.
Il sortit des appartements et retourna dans son dortoir. Ron, Hermione et Ginny l'attendaient. Il s'arrêta près d'eux.
- Tu l'as vu ? demanda Ron.
- Oui.
- Qu'est-ce qu'il s'est passé ?
Harry soupira. Ils ne pourraient pas comprendre. Pas vraiment en tout cas. Il secoua la tête.
- Voldemort. Ecoutez, je préfère ne pas en parler. Je suis fatigué. On se voit demain.
Il les laissa planter là sans attendre de réponse et ne se retourna pas quand ils l'appelèrent. Il avait envie d'être seul. Il avait du mal à comprendre l'attachement qu'éprouvait encore Eléana pour Voldemort. Malgré cela, elle était plus proche de lui que ses amis en ce qui concernait le Mage Noir. Elle, mieux que quiconque, pouvait comprendre l'importance que le sorcier avait sur sa vie et sur celui qu'il était. En peu de temps, il s'était attaché au professeur. La voir souffrir ainsi l'avait touché. Et maintenant, il n'avait pas envie de parler, juste d'être seul. Il glissa sous les couvertures. Il fixa le plafond et en attendant le sommeil, il se demanda ce qu'aurait été le monde sorcier sans le fléau Voldemort.
à suivre…
