Les yeux de l'Ombre

Disclaimer : rien ne m'appartient à part le personnage d'Eléana et quelques autres que vous reconnaîtrez aisément.

Notes de l'auteur : Vraiment désolée pour cette longue attente. Je viens de terminer les cours et le mois qui vient de s'écouler à été très rude niveau devoirs et partiels. Le stress et la pression ont coupé m'ont inspiration et je n'ai hélas pas avancé dans l'écriture malgré les idées. Je commence mon stage en médiation et je ne sais pas si je vais avoir le temps décrire. il me reste seulement en chapitre en réserve. Je vais essayer de faire des efforts et avancer dès que possible hélas je ne sais pas quand la prochaine update se fera et je suis vraiment désolée. Malgré cela, soyez sûr que je ne vais pas abandonner cette fic et que tout n'est qu'une question de contre-temps.

En attendant, je vous laisse à votre lecture. Et j'attends impatiemment vos avis.


Severus fit entrer les Première années dans la salle de classe. Cela faisait une semaine qu'Aristide était mort. Une semaine qu'Eléana n'avait pas quitté sa chambre, refusant de parler à quiconque. Il avait plusieurs fois essayé mais avait trouvé porte close. Elle avait pris soin de changer le mot de passe. Albus et Poppy aussi avaient essayé, en vain. Les elfes avaient eu l'ordre de lui apporter ses repas directement dans sa chambre. Bien sûr, toute l'école ne parlait que de cela. Ce matin, la première page de la Gazette du Sorcier était destinée à l'enterrement du défunt professeur Aristide Claymore qui avait eu lieu la veille. La nouvelle de la mort du sorcier avait secoué même le Ministère de la Magie britannique. Ils avaient été contacté par le Ministère américain qui voulait avoir des réponses à cette recrudescence de violence sous le signe de la Marque des Ténèbres. Wallace Kingsfield étant un ami intime d'Aristide mais aussi d'Eléana s'était montré ferme et entêté. Il voulait que les britanniques reconnaissent que la situation leur échappait et qu'il était fort probable que Voldemort soit vraiment de retour, confirmant les dires de Harry Potter. Fudge, dans sa propre paranoïa, avait vu cela comme un ralliement à Dumbledore et à Celui-Qui-Avait-Survécu. Autant dire que les relations entre les deux continents étaient plus que tendues à présent. D'après la rumeur qui circulait, la dernière rencontre entre les deux ministres avaient failli se terminer en duel pur et simple.

Le professeur de potions n'avait qu'une hâte : terminer ses cours. Au réveil, il avait pris une décision : il irait voir Eléana. Qu'elle le veuille ou non. Il impliquerait le directeur si il le fallait. Et l'infirmière qui était l'amie de la sorcière. Il était temps que sa compagne se rende compte qu'elle ne pouvait pas vivre en recluse. Elle devait sortir, continuer à vivre, voir des gens. Elle n'avait laissé personne l'approcher depuis une semaine ! C'était trop.

Fort de sa résolution, il enchaîna les cours sans les voir. La dernière classe partie, il se dirigea vers les donjons où il trouva Albus l'attendant en souriant d'un air sage. Severus se retint de faire remarquer au directeur le côté vraiment effrayant de ce genre de surprise. Comment faisait-il pour tout savoir ?

- Je savais que vous tenteriez de la voir.

- Et je ne partirai pas sans l'avoir vu, déclara le sorcier en frappant au tableau.

Comme d'habitude, seul le silence lui répondit. Il appela la sorcière, lui disant qu'il resterait là jusqu'à ce qu'elle lui ouvre, lui rappelant qu'il pouvait se montrer bien plus têtu qu'elle. Albus essaya aussi, sans succès. Pourtant, les deux hommes ne bougèrent pas d'un pouce, bien décidés à la ramener dans le monde des vivants.

µ

Harry posa sa plume. Son devoir d'Histoire de la Magie était terminé. Il rangea rapidement ses affaires sous le regard de ses amis.

- Tu retournes la voir ? demanda Hermione.

Il hocha la tête en cherchant la carte des Maraudeurs. Il devait éviter Ombrage à cause de son décret stupide. Ron grogna en posant sa plume aussi.

- Tu devrais peut-être en parler à un prof, non ?

- Elle ne veut voir personne, contra Harry.

- A part toi, répliqua Ginny qui trouvait cette situation étrange.

- C'est Shîrine qui m'ouvre, pas Eléana.

Le Survivant avait pris l'habitude d'aller rendre visite à leur professeur. Il vérifiait qu'elle mangeait un peu et discutait. Il était surtout celui qui faisait la discussion, lui racontant ce qui se passait entre les murs de Poudlard. Il insistait sur les méfaits commis par Ombrage mais cela ne faisait aucun effet à Eléana. Elle avait à peine froncer un sourcil quand il lui avait raconté la manière dont elle avait renvoyé Trelawney. Ses amis insistaient pour qu'il en parle à Dumbledore qui semblait inquiet mais il refusait. Il salua le Trio et sortit. Avec la carte, il vérifia qu'il ne rencontrerait pas Ombrage ou Rusard et Miss Teigne et avança résolument. Il hésita quand il vit Rogue et Dumbledore planter devant les appartements d'Eléana. il attendit mais au bout d'un quart d'heure, il se rendit à l'évidence : les deux sorciers semblaient résolus à rester jusqu'à ce qu'elle ouvre. Ce qui n'était pas prêt d'arriver. Il soupira et avança vers eux.

- Potter, qu'est-ce que vous faîtes là ? grogna Rogue, vraisemblablement peu ravi de sa présence.

- Je viens voir Eléana.

- Elle ne laisse entrer personne Harry, annonça Albus gentiment.

L'adolescent l'ignora, se mit face au tableau et prononça le mot de passe en fourchelangue. Eléana avait bien essayé de le changer mais Shîrine l'avait toujours tenu au courant. A la grande surprise des deux adultes, le tableau s'ouvrit et le Survivant entra. Ils le suivirent avant que le tableau ne se referme, leur bloquant le passage. Shîrine les salua et Harry lui caressa la tête :

- Où est-elle ? lui demanda-t-elle.

- Dans sa chambre. Comme tout le temps.

L'adolescent vit le plat sur la table. Il ne semblait pas avoir été touché. Il le prit et le réchauffa.

- Depuis quand viens-tu ? voulut savoir Albus qui comprit à l'attitude du garçon que ce n'était pas la première fois qu'il faisait cela.

- Je viens tous les deux jours. C'est Shîrine qui m'ouvre.

Rogue grogna mais ne dit rien. L'adolescent s'approcha de la chambre et toqua. Il l'appela en fourchelangue et la prévint que Severus et Albus étaient entrés avec lui. Au départ, il crut qu'elle n'allait pas lui répondre mais elle ouvrit la porte. Elle avait les traits tirés, le teint gris et les cheveux ternes. Elle ne devait pas dormir beaucoup ces temps-ci. Il tendit l'assiette :

- Vous allez vexer les elfes si vous n'y touchez pas.

Elle la prit et alla la reposer sur la table. Elle jeta un regard accusateur à Shîrine qui les avait laissé entrer. Le serpent y était habitué et ignora superbement sa maîtresse.

- Si Ombrage te voit, tu vas nous attirer des ennuis, lança-t-elle sèchement à Harry.

Il regarda à la dérobée les deux autres sorciers. Quand ils étaient seuls, elle ne lui parlait pas comme cela.

- Elle ne sait pas que je suis là. J'ai vérifié.

- Peu importe.

Il secoua la tête. Il ne savait pas que les adultes étaient si butés jusqu'à ce qu'il rencontre Eléana. Même Molly aurait du fil à retordre avec elle. Il comprit à l'air renfrogné d'Eléana qu'il n'arriverait à rien aujourd'hui. D'autant plus qu'il espérait que les adultes puissent lui faire entendre raison. Même si il en doutait. Il s'apprêta à partir, mais pas sans avoir dit ce qu'il venait dire à son professeur :

- Vous savez Eléana, j'ai beaucoup réfléchi. Et il y a une chose dont je suis certain : Voldemort et votre ami Aristide se seraient mis d'accord sur une chose : ni l'un ni l'autre n'aurait accepté le fait que vous vous cachiez dans votre chambre après un coup dur. Ils auraient plutôt voulu que vous sortiez la tête haute pour montrer que vous êtes plus forte que ça, qu'il en faut plus pour vous briser. Vous cacher n'est digne d'aucun d'eux. Enfin vous faîtes ce que vous voulez.

Il haussa les épaules et sortit. Severus réprima un sourire à l'idée que c'était bien la première fois qu'il appréciait l'adolescent et était d'accord avec ce qu'il disait. Il se tourna vers la sorcière qui, elle, semblait beaucoup moins reconnaissante. Il remarqua néanmoins le trouble qui obscurcissait son regard. Elle croisa les bras sur sa poitrine et les foudroya du regard :

- Qu'est-ce que vous voulez ?

Albus jeta un coup d'œil au professeur de potions, lui demandant la permission de parler le premier. Ce dernier lui dit d'y aller d'un bref hochement de tête. Le directeur concentra son attention sur la jeune femme :

- Miss Jedusor – elle le foudroya du regard ­­­­­- je comprends que la perte d'Aristide vous affecte. Et que vous n'avez pas apprécié de ne pas avoir été autorisée à assister à son enterrement. Mais vous avez des responsabilités, des cours à dispenser, des élèves à guider. J'ai engagé une jeune professeur. Je crois qu'il est temps que vous en redeveniez une.

Le ton du directeur était sans appel. Elle devait reprendre ses cours. Eléana ne protesta pas. En fait, elle ne prit pas la peine de répondre. Albus se retint de secouer la tête. Il s'excusa alors et laissa le couple seul. Severus le regarda partir, cherchant un plan pour faire réagir sa compagne. Il y avait des moments où elle le faisait sortir de ses gonds. Comme maintenant. Elle le regardait fixement. Tout en elle était hostile. Si Potter et Dumbledore avaient eu le droit au silence, il était persuadé qu'il n'en serait pas de même pour lui. Ce qu'il récolterait serait la colère. Il décida de prendre les devants. Il croisa les bras, chassa toute émotion de son visage et la regarda fixement. Ils s'affrontèrent du regard aussi longtemps que possible. Severus était sûr qu'elle craquerait la première. Elle avait beau être têtue, il excellait dans la pratique de cette attitude. Il avait seize ans d'expérience derrière lui, à écraser un élève rien que par sa présence. Comme prévu, Eléana finit par céder.

- Tu n'as rien à dire ? cracha-t-elle. Pas de leçon de moral ? D'ordre dissimulé ? Aucun conseil ? Aucun reproche ?

- Non.

Il se retourna, s'apprêtant à partir.

- Potter a raison. Tu vas vexer les elfes si tu ne manges pas.

Elle le regarda lui tourner le dos et l'ignorer. Il n'y aurait rien d'autre ? Il n'avait rien à dire ? Il allait la laisser là, comme si rien ne s'était passé, comme si ils n'étaient pas ensemble. Elle ne l'avait pas vu depuis une semaine, s'enfermant dans sa chambre pour déprimer et il ne lui demandait même pas si elle allait bien quand il en avait l'occasion.

- C'est tout ? demanda-t-elle, outragée.

Elle ne vit pas le mince sourire de soulagement se dessiner sur le visage du sorcier. Au moins, elle réagissait. Quand il se tourna vers elle, aucune expression n'était lisible.

- A quoi est-ce que tu t'attendais ?

L'incompréhension se peignit sur les traits d'Eléana. Ses bras tombèrent le long de son corps.

- Je ne sais pas. Plus de considération peut-être.

- Plus de considération ?

Il s'approcha d'elle dangereusement et elle recula instinctivement. Il avait l'air en colère et elle n'était pas prête à affronter une colère froide de sa part. Mais il n'avait pas l'air de s'en soucier.

- Je te rappelle que c'est toi qui m'a demandé de te laisser seule, toi qui t'es enfermée ici, toi qui as refusé de me voir. Tu voulais plus de considération que cela ? Qu'est-ce que je pouvais faire de plus ? Tu ne voulais pas de moi. Et je ne suis pas le genre d'homme à me morfondre de ton absence ou à te supplier. Et je n'ai pas la chance de parler le fourchelangue pour demander à Shîrine de me laisser entrer.

Elle ferma les paupières. Elle sentait plus que de la colère dans sa voix. C'était comme si elle l'avait blessé en l'éloignant. Pourtant, ce n'est pas ce qu'elle voulait. Elle avait juste voulu être seule. Etait-ce juste cela qu'elle avait voulu ? Non. Elle avait été égoïste. Elle avait voulu rester seule avec sa souffrance et sa perte sans penser à ce qu'elle faisait aux gens qui tenaient à elle. Jake et Wallace lui avaient écrit mais elle n'avait même pas ouvert leurs lettres. Ils devaient imaginer le pire de l'autre côté de l'Atlantique, culpabiliser pour l'avoir empêchée de venir à l'enterrement d'Aristide. Elle avait dû les blesser elle aussi. Elle sentit la main de Severus glisser sous son menton et lui relever la tête. Elle ouvrit les yeux et plongea dans son regard sombre.

- Il y a quelques mois, une sorcière est entrée dans ma vie. Fière, hautaine, sûre d'elle. Elle m'a remis à ma place, m'a affronté et finalement, a fait tomber mon masque. Je n'avais jamais rencontré quelqu'un comme ça. Un jour, elle m'a dit que passer ma vie à rejeter les autres n'est pas une solution. C'est cette femme que je veux. Pas celle qui se cache dans sa chambre, gardant le monde à distance. Quand tu l'auras retrouvée, dis-lui qu'elle me manque.

Il la lâcha, tourna les talons et sortit sans lui laisser le temps de réagir. Elle le regarda faire, le regard fixe et embué, la gorge nouée. Elle s'assit sur une chaise et regarda son plat. Elle n'avait presque pas mangé cette semaine. Elle rapprocha l'assiette. Si elle ne voulait pas le perdre, si elle ne voulait pas se perdre, elle devait reprendre le contrôle d'elle-même. Elle prit sa fourchette et mangea. Elle picora surtout. Elle n'avait pas assez faim. Quand elle sut qu'elle ne pourrait rien avaler de plus, elle se leva et alla dans la salle de bain. Elle se déshabilla et se regarda dans le miroir que les elfes de maison avaient remplacé. Elle avait une mine horrible. La privation de nourriture lui avait fait perdre au moins un kilo, si ce n'est deux. Elle avait l'air malade. Elle avait paru en meilleure forme avec la grippe. Elle prit sa douche rapidement et quand elle sortit, elle s'enveloppa dans une serviette et reprit place devant le miroir. Elle cacha la Marque sous un sortilège de désillusion. Ensuite, elle lança un sortilège de beauté afin d'effacer au mieux les traces de son enfermement. Elle restait fatiguée mais déjà, c'était mieux. Et maintenant ? Elle n'avait pas envie de sortir et d'affronter le reste de la population de Poudlard. A vrai dire, elle n'avait pas envie de sortir du tout. Mais si elle ne voulait pas perdre Severus, elle devait agir.

Elle retourna dans sa chambre et vit les lettres de Jake et Wallace. Voilà ce qu'elle allait faire. Elle les prit et alla s'installer à son bureau dans la pièce principale. Elle entreprit de lire ce qu'ils lui avaient envoyé et de leur répondre. Ils lui faisaient part de leur inquiétude et de leur regret de ne pouvoir la laisser venir à l'enterrement d'Aristide. Elle vit qu'elle avait aussi une lettre de Paul. Il avait été son professeur de potions avant qu'elle ne devienne son assistante. Aujourd'hui, il avait pris la direction de l'école de Salem. Il lui présentait ses condoléances, lui parlait de l'école et du poste de libre. En tant que nouveau directeur, il espérait la voir prendre sa place en potions. Il lui disait de prendre tout son temps pour réfléchir, qu'il n'attendait pas de réponse immédiate. Elle avait aussi une lettre de ses parents adoptifs. Ils lui écrivaient à quel point ils étaient désolés pour la mort d'Aristide, qu'ils savaient combien il comptait pour elle. Ils voulaient savoir comment elle tenait le coup, si ce n'était pas trop dur de devoir affronter la nouvelle seule. Elle rit doucement. Si elle avait voulu, elle aurait pu ne pas être seule face à cette perte. C'était elle qui l'avait choisi. Elle leur répondit en les rassurant du mieux qu'elle put. Elle fit tout cela sous le regard bienveillant de Shîrine qui était soulagée de voir sa maîtresse se remettre doucement. Les lettres finies, la sorcière se leva. Elle devait aller à la volière pour les envoyer. Autant finir cette tâche rapidement.

- Tu veux venir ? demanda-t-elle au reptile.

Elle ne voulait pas sortir seule. Elle avait besoin de quelqu'un à ses côtés, aussi étrange que cela paraisse. Le serpent le comprit et grimpa sur la jeune femme, s'entourant autour de ses épaules, formant une étrange écharpe. Après une semaine d'isolement, Eléana mit enfin les pieds hors de chez elle.

µ

Severus était assis dans un fauteuil, juste en face du feu crépitant de sa cheminée. Il avait un verre de Whisky Pur Feu à la main. Il buvait rarement. C'était un homme qui aimait avoir le contrôle de ce qu'il faisait, de l'image qu'il donnait. Alors les effets de l'alcool lui déplaisaient. Pourtant, de temps en temps, quand il sentait qu'il n'avait déjà plus le contrôle, il se laissait aller. Comme aujourd'hui.

Il porta le verre à ses lèvres et avala une gorgée. Il ferma les yeux en savourant la brûlure du breuvage. Bientôt, l'alcool embrumerait son esprit et ses sens. Il profiterait alors de ces moments de liberté. Pour arriver à ce résultat, il aurait pu utiliser d'autres méthodes. Après tout, il connaissait bon nombre de potions qui auraient pu lui donner cette même liberté d'esprit en lui épargnant le mal de tête du lendemain matin.

Il ne savait pas exactement ce qu'il voulait oublier, ou ce qu'il voulait résoudre, ou ce qu'il voulait comprendre. Ses propres sentiments n'avaient plus aucun sens. Il ne savait pas exactement ce qu'il ressentait. Et il se surprit à regretter le temps où il avait l'habitude de ne rien ressentir. Un rire cynique s'échappa de ses lèvres. Il parlait de ce temps comme si il appartenait à un passé lointain. Pourtant, cela ne remontait qu'à quelques mois. C'était juste avant l'arrivée d'Eléana à Poudlard. Juste avant son irruption dans sa vie.

Aujourd'hui, il lui en voulait presque. Elle avait fait revivre une partie de lui qu'il avait enfoui il y a longtemps. Pendant tant d'années, il n'avait été que Severus Rogue, Mangemort espionnant à la charge de Dumbledore. Il s'était refusé toute attache, tout lien émotionnel avec quiconque. Il avait tiré un trait sur la possibilité de fonder une famille. A dire vrai, il avait tout simplement arrêté de vivre, de ressentir comme un être humain. C'était une question de survie. Si il n'avait pas agi comme cela, il n'aurait certainement pas été assez fort. Il en avait trop vu, il en avait trop fait. Malgré ces précautions, il était encore hanté par certaines images qui s'étaient imprimées au fer rouge dans sa mémoire. Preuve qu'il n'avait pas réussi totalement à faire taire l'être humain en lui.

Eléana avait brisé toutes ses protections. D'une certaine manière, elle avait ressuscité l'homme qui était enfoui en lui. Elle lui avait montré qu'il n'était pas vraiment mort et elle lui avait fait convoité un futur qu'il s'était résolu à oublier. Et malgré tout ce qu'il avait vécu, il y avait cru. Il avait perdu sa bataille contre lui-même. Tout ce qu'il avait construit, elle l'avait détruit. Et il avait plongé tête la première. A mesure que son âme se réveillait, elle s'était complètement remise à la sorcière. Il l'aimait. Et il détestait cela. Cela le rendait dépendant, fragile, vulnérable. Cela laissait une place à la douleur. Pas celle physique. Celle-là, il ne la craignait pas. Mais celle de l'âme, celle du cœur.

Cette semaine, il avait pu voir ce que cela faisait. Eléana l'avait rejeté. Au plus fort de sa douleur, elle n'avait pas voulu de lui. Il avait été tenu à l'écart alors que Potter, lui, pouvait l'approcher. Encore et toujours ce gamin ! Toute la semaine, il s'était inquiété ! Il avait attendu devant la porte de la sorcière, l'appelant. Il l'avait presque suppliée de lui répondre, de lui faire savoir qu'elle était toujours là, qu'elle était en vie. Lui, Severus Rogue ! Suppliant devant une porte.

Rageusement, il avala une autre gorgée du liquide ambré. Cette fois-ci, la brûlure de l'alcool ne le réconforta pas mais trouva un écho dans sa propre douleur, sa propre amertume.

Il fixa les flammes et fit le vide dans son esprit. Il ne voulait plus penser, plus réfléchir, plus ressentir. Il voulait qu'on lui fiche la paix. Il laissa la danse hypnotique des flammes engourdir ses sens et le plonger dans un demi-sommeil bienfaiteur.

Le bruit de la porte qu'on ouvre le ramena doucement à la réalité. Dans l'âtre, le feu avait perdu de sa vigueur. Le verre avait fini par glisser de sa main pour tomber au sol et répandre son contenu sur le tapi. Il referma les yeux brièvement en reconnaissant le parfum qui venait lui chatouiller les narines ou le bruit de la respiration de son invitée. Il ne bougea pas. Il avait fait assez de premiers pas. Son cœur se serra quand il l'entendit prononcer son prénom. Ce n'était qu'un murmure mais pourtant il entendait tout ce qu'il renfermait. L'incertitude, la nervosité, le remord. Sa main se resserra sur l'appui coude. Il écouta le bruit léger des pas se rapprocher de lui lentement et l'air bouger autour de lui. Elle le contourna pour se mettre face à lui et elle s'agenouilla. Ses deux mains se posèrent sur ses genoux. Il se rappela dans quels états elles pouvaient le mettre, les petits miracles qu'elles produisaient et son cœur s'emballa, refaisant naître brièvement la colère à l'égard de celle qui avait tant d'effets sur lui.

- Je suis désolée.

Un sanglot suivit immédiatement cet aveu et Severus ne put garder plus longtemps les yeux fermés. La première chose qu'il vit fut le visage ravagé de larmes d'Eléana. Ce n'était pas la première femme qu'il voyait pleurer, loin de là. Beaucoup de visages en pleurs s'étaient tournés vers lui dans une ultime supplication pour qu'on mette fin à leurs souffrances. Il leur avait apporté la délivrance, regardant la mort réclamer ce qui lui était dû. Aucun ne lui avait fait autant mal que celui d'Eléana. Il aurait tout donné pour chasser cette tristesse, cette angoisse. Il lui prit les mains et l'approcha de lui. Elle s'installa sur ses genoux, se lova contre lui et enfouit sa tête dans le creux de son épaule. Une de ses mains vint lui caresser les cheveux et il l'a senti se détendre. Elle fondit en larmes et il resserra son étreinte. Il ne dit rien. Quels mots auraient pu apaiser une souffrance pareille ?

Ils restèrent enlacer jusqu'à ce qu'elle se calme. Elle finit par s'endormir, là au creux de ses bras. Et rien n'aurait pu l'émouvoir autant que cela. Severus la souleva et l'allongea sur son lit. Elle remua et marmonna quelque chose en bougeant. Une main libre s'aventura de son côté du lit et elle murmura son prénom. Severus la regarda. Il s'installa à ses côtés et la prit dans ses bras. Malgré la situation dramatique, il sentait mieux. Il était pris au piège par cette sorcière. Il n'y avait plus de retour en arrière possible pour lui. Il était damné.


à suivre…