Les yeux de l'Ombre

Disclaimer : rien ne m'appartient à part le personnage d'Eléana et quelques autres que vous reconnaîtrez aisément.

Notes de l'auteur : Je suis vraiment désolée pour cette longue attente. Je me sens honteuse, surtout quand je vois les superbes reviews que vous me laissez. J'ai hélas une mauvaise nouvelle... Je n'ai toujours pas avancé dans l'écriture de cette fic. Ce qui veut dire qu'il me reste qu'un chapitre après celui-ci. C'est très frustrant car j'ai toutes les idées en tête mais je bloque dès que je me mets devant l'écran. J'espère que cette updates et les reviews qui j'espère suivront me requinqueront, comme l'on faites celles de mon autre fic HP la semaine dernière. Il ne tient donc qu'à vous de donner à mon imagination une bonne raison de se bouger un peu !

Trêve de bavardage, je vous laisse à votre lecture.


Eléana reprit lentement sa vie à Poudlard. Elle reprit ses cours en charge, aussi bien ceux officiels de potions que ceux officieux à Harry. Elle aidait Madame Pomfrey lors des matchs de Quidditch qui faisaient de plus en plus de blessés à mesure que la compétition avançait. Néanmoins, quelque chose avait changé. Severus se trouvait aux premières loges pour le remarquer. Avant, Eléana dégageait une joie de vivre, une énergie presque enfantine, et cela, peu importait les circonstances. Même quand elle cherchait à écraser quelqu'un, ses yeux brillaient de malice. La mort de d'Aristide avait brisé quelque chose. Ou plutôt, elle avait réveillé un pan de sa personnalité. Il n'y avait plus rien de léger dans son attitude. La joie de vivre était partie. Son regard était plus dur, plus perçant. Elle était intransigeante, directe et froide. Ses colères n'étaient plus passionnées et imprévisibles. Elle n'élevait plus la voix mais la gardait basse, très claire et menaçante. Elle gardait rancune et frappait exactement là ou cela faisait mal. En quelques semaines, elle avait fait preuve de sa capacité à trouver les faiblesses des autres et à les exploiter contre eux si nécessaire. Ombrage en avait pâti et se tenait en retrait depuis, n'osant même plus publier de nouveau décret. Elle évitait même de croiser le chemin de l'assistante en potions.

Dans la sphère personnelle, elle s'était renfermée et dormait peu. Quand elle y arrivait, elle se retrouvait prisonnière de ces souvenirs qu'elle avait tant fait pour enfermer dans un coin de sa mémoire. Elle tournait dans le lit, marmonnant, pleurant quelquefois. Elle ne flirtait plus, ne plaisantait plus non plus. Severus n'était pas le genre de personne à la forcer à parler. Il ne serait même pas par où commencer ou comment s'y prendre. Et cela le frustrait. Il aurait voulu y être capable et la forcer à parler, à se confier, à la faire exploser. Hélas, il ne savait pas comment faire. Il n'avait jamais été doué pour les relations humaines. Même dans sa jeunesse, il avait été solitaire. Personne ne lui faisait confiance, ne l'avait pris pour confident ou quoique ce soit. Et il ne s'en était pas plaint, loin de là. Il était pourtant bon psychologue. Seulement, il ne se servait pas de son don pour lire les autres pour les aider mais pour les tenir en laisse, pour leur faire mal, les faire chanter, se servir d'eux. Cela avait fait de lui un excellent Mangemort, certainement pas un bon être humain. Alors il regardait Eléana construire sa barricade sans rien pouvoir faire.

Il était en train de corriger les devoirs de Troisième année qu'ils venaient de ramasser tandis que ses élèves étaient en train de préparer leur potion. Son assistante passait entre les rangs. Son visage était fermé et fatigué. Son regard était absent. Severus était savait qu'elle n'était pas vraiment là. Il aurait bien voulu savoir à quoi elle pensait, ce qui lui donnait cet air vague et ailleurs. Elle dû sentir l'attention qu'il lui portait car elle leva la tête vers lui. Un sourire qui se voulait rassurant étira ses lèvres. Il hocha la tête et retourna à ses copies. Le reste du cours passa de manière monotone. Les élèves finirent par sortir rapidement quand la cloche sonna. Eléana le rejoignit et posa une main sur chaque épaule. C'était un geste, presque un rituel qu'elle faisait souvent. Malgré son éloignement émotionnel, elle recherchait toujours le contact. Severus trouvait cela paradoxal et ne comprenait pas cela mais il ne disait rien. Ils savaient qu'ils avaient à peine cinq minutes avant la prochaine classe. Si il y avait une chose de sûr, c'était qu'aucun élève n'arrivait en retard, pas volontairement en tout cas. Il attrapa un de ses poignets et déposa un baiser sur l'intérieur. Elle soupira. D'une main, elle attira son visage à elle et l'embrassa. Elle savait qu'elle avait changé. Elle savait ce qu'elle lui faisait subir. Toute sa vie semblait s'être compliquée d'un seul coup. Elle n'arrivait pas vraiment à se remettre de la mort d'Aristide. C'était encore trop tôt. Les voix des élèves leur parvinrent et ils se séparèrent. Severus reprit son masque, effaça le tableau et se prépara pour son nouveau cours.

µ µ

µ

Severus donna le mot de passe à la gargouille qui gardait l'entrée du bureau du directeur et tenta de rester patient. Depuis deux jours, il pensait à la conversation qu'il comptait avoir avec Albus. Il se faufila dans l'escalier et monta. Il ne fut pas étonné de voir qu'Albus l'attendait. Un jour, il devrait demander au vieux sorcier comment il faisait pour tout savoir à l'avance. Personne n'était omniscient, pas même le vieil homme. Il s'assit au bureau et refusa le bonbon au citron qu'il lui proposa.

- De quoi voulez-vous me parler ? demanda finalement Albus.

Le professeur de potions s'installa plus confortablement dans sa chaise. L'idée lui était venue il y a deux jours. En pleine nuit, il avait été réveillée par les agitations de sa compagne. Eléana était encore en proie à un de ces cauchemars. Elle s'était réveillée en pleurant et en murmurant le prénom d'Aristide. Il l'avait pris dans ses bras et l'avait tenu jusqu'à ce qu'elle se calme et se rendorme. Elle s'était réveillée quelques heures plus tard, la mine triste. Elle n'arrivait pas à faire son deuil. Cette nuit-là, Severus s'était rendu compte qu'elle avait perdu un des hommes les plus importants de sa vie, un de ses mentors, et elle n'avait pas pu lui dire au revoir. Elle avait été retenue ici alors que de l'autre côté de l'Atlantique, on enterrait l'une des personnes qui comptait le plus et qui avait été tué par sa faute. Enfin, ce n'était pas entièrement sa faute mais c'était bien à elle que Voldemort avait envoyé la main. Il avait fait cela pour des raisons politiques certes mais également pour la blesser.

- Eléana doit retourner en Amérique, déclara-t-il calmement.

La surprise qui se peignit sur le visage du vieux sorcier lui indiqua qu'il ne s'était pas attendu à cela. Albus s'installa plus confortablement dans son siège et regarda l'ancien Mangemort.

- C'est trop dangereux, répondit-il simplement.

- Pas autant que de la garder ici.

Severus se pencha sur le bureau.

- Ecoutez, je sais que c'est risqué. Mais elle est en train de dépérir. Elle doit lui dire au revoir. Si on la garde ici, elle va finir par faire quelque chose de stupide. Elle…C'était son mentor. Un homme qu'elle respectait et admirait. Un des piliers de sa vie. Et il est mort. Il a été tué par Voldemort à cause de ça ! Elle se croit responsable de sa mort. Si on veut qu'elle s'en remette, il faut la laisser lui dire au revoir, lui demander pardon.

Le directeur l'étudia. Il l'avait rarement vu aussi loquace. Ou aussi concerné par les malheurs de quelqu'un d'autre. Qui aurait pu prédire que Severus Rogue montrerait un visage humain ? L'homme était toujours froid, méprisant, en pleine maîtrise de lui-même, indifférent au monde autour de lui. Pourtant, Albus se souvenait du petit garçon de onze ans qui était entré à Poudlard. Un petit garçon avec des étoiles plein les yeux, de l'ambition avec une innocence et une gentille qu'il avait préservé derrière un masque de froideur. Hélas, la vie avait pris une autre tournure et avait durci le regard perçant de l'adolescent. Elle l'avait transformé en homme cynique et amer. L'arrivée inopinée d'Eléana avait déterré ce petit garçon et rassuré Albus. Malgré les épreuves, Severus avait su préservé une part d'humanité. Le sorcier en question avait certainement été le plus étonné par cette découverte.

- Je ne sais pas Severus. Je ne suis pas seul à décider.

- Alors parler à Kingsfield et Jake. Convainquez les ! Telle que la situation est actuellement, je ne vois que deux possibilités : soit Eléana peut retourner aux Etats-Unis pour un court voyage afin de dire adieu à son mentor et revenir ici en toute sécurité, soit on la garde ici et elle finit par partir seule pour aller sur la tombe d'Aristide et là, elle risque de se faire prendre. Mais Eléana finira par y aller. Elle aura tellement mal qu'elle ne réfléchira plus correctement et mettra sa vie en danger. La seule solution pour la garder en vie, c'est de l'aider à faire ses adieux.

Albus soupira :

- Je vais voir ce que je peux faire.

Le professeur de potions se leva, hocha la tête en guise de remerciement et laissa le directeur. Ce dernier le regarda partir et soupira de nouveau. Il attrapa la poudre de cheminette et s'agenouilla devant l'antre de la cheminée. Il valait mieux pour lui qu'il règle cette histoire vite.

Il contacta Jake le premier. Il savait qu'il serait le plus facile à trouver et à convaincre. Il lui fit comprendre la nécessité de cette démarche. Eléana ne s'en sortait pas. Severus avait raison. Toute l'école pouvait voir qu'elle dépérissait. L'américain accusa le coup. Il savait que la mort d'Aristide allait blesser son amie. Mais il ne savait pas qu'elle l'avait pris si mal. Cela avait été dur de lui annoncer que son mentor était mort et qu'elle ne pouvait pas assister à l'enterrement. Il avait douté en quittant Poudlard. Et il s'était sentie coupable quand elle n'avait pas répondu à ses lettres. En fait, elle ne lui avait pas parlé depuis le jour de son anniversaire. Et il savait qu'elle n'avait pas répondu à Wallace non plus. Les deux hommes se voyaient pratiquement tous les jours et chaque fois, ils se demandaient si ils avaient eu des nouvelles d'Eléana. Aujourd'hui, il comprenait pourquoi. Il dit à Albus qu'il allait en parler à Wallace et qu'il le recontacterait après. Quand Albus se rassit à son bureau, il ne pouvait plus rien faire. Maintenant, il devait attendre.

µ

Severus était un homme patient d'ordinaire. Il était habitué à prendre le temps nécessaire pour que chacun de ses plans aboutissent ou pour obtenir des informations sans faire sauter sa couverture. C'était ce qui avait fait de lui un bon espion. Mais il avait parlé à Albus trois jours auparavant et il ne savait pas ce que le directeur avait fait depuis. Ils ne s'étaient pas parlé. Alors il se contentait de regarder Eléana s'enfoncer un peu plus dans sa déprime. Cela faisait deux jours qu'elle n'assistait plus au cours qu'il donnait. Elle restait enfermée dans sa chambre. Elle faisait acte de présence lors des repas mais mangeait peu.

La cloche sonna, annonçant la fin du dernier cours de la journée. Les élèves se levèrent, lui remirent leurs potions et sortirent sans un mot. Severus rangeait la classe quand le directeur entra. Il ferma la porte derrière lui. Le jeune sorcier ne l'invita pas à s'asseoir et continua à ranger. Albus n'attendit pas qu'il arrête :

- Jake attend Eléana ce soir. Un portoloin intercontinentale l'attendra dans mon bureau après le dîner. Il l'amènera à l'école de Salem où elle logera pendant son séjour. Elle y sera en sécurité. Jake a tout arrangé pour elle. Elle y restera le temps qu'elle voudra.

- Merci.

Le vieil homme sourit et sortit. L'ancien Mangemort finit de ranger avant de se rendre dans ses quartiers. Il prit une douche rapide afin de s'éclaircir les idées et se changea. Il jeta sa chemise blanche directement dans la cheminée. un Poufsouffle avait fait tomber son chaudron sur lui, maculant sa robe et sa chemise en dessous. Il savait qu'il était inutile d'essayer de retirer les taches pourpres. Quelques minutes plus tard, il trouva Eléana assise sur le canapé de son appartement. Une douce musique jouait en arrière plan. Du jazz, reconnut-il. La sorcière l'avait initié à la musique moldue, contre son gré. Il s'assit et passa un bras autour de ses épaules. Elle se lova contre lui et posa sa tête contre sa poitrine.

- Il faut que tu prépares tes affaires, murmura-t-il.

Elle se redressa pour voir son visage.

- Pourquoi ? demanda-t-elle.

- Ce soir, tu retournes aux Etats-Unis. Jake t'attend à Salem. Tu logeras à l'école.

Il vit ses yeux s'emplirent de larmes :

- Pourquoi ? répéta-t-elle.

- Parce que tu aurais dû pouvoir assister à l'enterrement de ton ami. Parce que tu dois faire ton deuil.

Il caressa les cicatrices de ses avant-bas du bout des doigts. Il supposait qu'elle se les était faites en brisant le miroir de sa salle de bain le jour de la mort d'Aristide, le jour de son anniversaire. La plupart avait disparu. Il ne restait plus que des traces rosées sur sa peau blanche.

- Il est mort à cause de moi, murmura-t-elle.

- Peut-être.

Elle eut un rire amer :

- Un ami aurait dit « Mais non, Eléana ! »

- Il aurait menti. Et tu l'aurais su. Quel est l'intérêt ? Est-ce que ça t'aurait aidé ?

- Je ne sais pas. Peut-être.

- Eléana !

- Non, ça ne m'aurait pas aidé. Pas vraiment.

Il passa une main sous son menton et leva son visage vers le sien.

- Oui, il a tué Aristide en partie à cause du lien qu'il avait avec toi. Mais il l'a aussi tué parce que c'était le directeur de l'une des plus importantes écoles de magie, un homme connu et respecté de tous. Ton attachement pour lui n'a été qu'une raison de plus pour l'éliminer. Mais avec ou sans ça, Aristide aurait été une de ses cibles. Ce n'était qu'une question de temps Eléana. Avec ou sans toi, il serait mort.

Elle ne dit rien. Il avait raison. Pourtant, elle n'arrivait pas à arrêter de penser que sans elle, Aristide serait encore vivant. Elle entendit Severus murmurer son prénom et le regarda. Il avait été là pour elle depuis la mort de son mentor. Il était resté malgré son renfermement et son éloignement. Il aurait pu partir, la laisser. Mais il ne l'avait pas fait. Et maintenant, quelque chose lui disait que c'était à lui qu'elle devait ce voyage. Elle l'embrassa pour le remercier de tout ce qu'il avait fait pour elle. Il ne chercha pas à aller plus loin que le baiser. Il l'éloigna légèrement d'elle :

- Va préparer tes affaires. Ensuite, nous irons dîner avant ton départ.

Elle déposa un baiser sur sa joue avant de se lever et d'entrer dans sa chambre. Severus la regarda préparer un minimum d'affaires à travers la porte entrouverte. Une lueur de vie avait illuminé son regard bleu-nuit, signe qu'il avait pris la bonne décision.

Le dîner se passa rapidement et avant même qu'il ne s'en aperçoive, ils étaient dans le bureau d'Albus. Eléana parlait doucement avec le directeur, le remerciant.

- Ce n'est pas moi que vous devez remercier, Miss McBaine. C'était l'idée de Severus.

Elle se tourna vers lui, le regard interrogateur. Elle attrapa une de ces larges mains et se rapprocha de lui. elle l'enlaça. Elle croyait que c'était le directeur qui avait organisé tout cela, pas son compagnon.

- Merci, murmura-t-elle.

- Fais ton deuil, répondit-il. Et fais attention à toi. Ne prends pas de risques inconsidérés.

- Je vais essayer.

Elle se hissa sur la pointe des pieds et leurs lèvres se rencontrèrent. Albus détourna le regard, laissant un peu d'intimité à ses deux professeurs. Un mince sourire effleurait ses lèvres. Rapidement, les deux professeurs se séparèrent. Eléana lui dit au revoir, embrassa une dernière fois Severus et attrapa la plume qui servait de portoloin. Elle regardait le professeur de potions, de la gratitude plein les yeux quand elle se sentit la sensation familière du portoloin l'attraper au nombril et le monde disparaître autour d'elle.

Ses pieds touchèrent le sol et autour d'elle, le monde se stabilisa. Elle ferma brièvement les yeux pour contrôler la sensation familière de son estomac qui protestait contre le moyen de transport. Elle était dans une salle de classe vide de l'Ecole de Magie et de Sorcellerie de Salem. Jake et Paul Longstream l'attendaient. Le jeune auror se tenait à l'écart, incertain de l'accueil qu'elle lui réservait après leur dernière entrevue. Elle lui avait envoyé une lettre plate et inamicale qui témoignait de sa colère bien plus que des insultes et des remarques méchantes. Paul s'approcha lui et la prit dans ses bras. Elle se laissa aller quelques minutes.

Son ancien mentor et elle n'avaient pas commencé sur de bonnes bases. Quand elle était arrivée à Salem du haut de ses onze ans d'arrogance, de colère et de haine, elle l'avait tout de suite détesté. C'était un homme qui aimait la rigueur, les efforts et récompensait le mérite plus que les notes elles-mêmes. Elle, son monde s'était écroulé quelques mois plus tôt. On ne cessait de lui répéter que son père ne l'était pas vraiment, que c'était un monstre qui avait tué ses vrais parents. Autour d'elle, les adultes qui ignoraient qui elle était fêtaient la disparition du Mage. Elle n'était plus personne. Juste une orpheline. Elle ne savait plus rien. Est-ce que tout ce qu'elle avait appris jusque là était bien ou mal ? Devait-elle oublier tout ce que Voldemort lui avait dit ? C'était dur ! Elle l'aimait. Elle n'avait jamais réussi à le haïr. Oui, il l'avait fait souffrir, mais seulement quand elle avait désobéi. Il avait juste voulu faire d'elle une petite fille bien, digne de son sang. Mais cela ne comptait plus dans le monde dans lequel elle vivait désormais.

Quand elle était entrée à l'école, elle ne savait pas plus qui elle était. Elle n'avait pas réussi à s'intégrer avec ses enfants qui étaient si différents qu'elle. Ils la pointaient du doigt, disaient qu'elle était bizarre. Rapidement, elle avait atteint ses limites. Elle ne pouvait rien supporter de plus. Alors, elle avait décidé de faire ce que tout le monde faisait : haïr. Les enfants qui l'ignoraient. Les adultes qui fêtaient la disparition de son père. Elle ne faisait rien pour calmer ses colères. Sa magie, qu'elle avait si bien contrôlé jusque là, était devenue instable. Elle avait multiplié les crises. Les médecins disaient que c'était psychosomatique. Les autres élèves disaient que c'était un bébé car seuls les bébés ne contrôlaient pas leurs pouvoirs. Cela l'avait énervée encore plus. Elle avait trouvé un réconfort dans la colère et dans ses explosions magiques qui la laissait vidée, sans aucune force. Elle était bien alors, quand elle ne pouvait plus penser, quand elle n'entendait plus les murmures.

Les cours de potions avaient été les plus terribles. Elle était encore plus colérique que dans les autres classes et hautaine envers ses camarades. Elle se montrait méprisante envers eux. Elle faisait ce qu'on lui demandait rapidement, sans rien dire. Elle avait demandé à travailler seule. Elle ne voulait pas d'aide. Elle arrivait en retard, faisait sa potion et repartait dès que la cloche sonnait. Elle ne répondait pas aux questions de Paul et rendait des devoirs bâclés. Le professeur était rapidement arrivé à bout de patience avec elle. Elle ne l'écoutait pas et le fixait avec bien plus de haine dans le regard que ce qu'il croyait pouvoir être possible.

La situation tendue avait duré pendant toute la première année de la jeune fille. Jusqu'à ce qu'Aristide les réunisse dans son bureau et raconte le passé d'Eléana à Paul. Dire qu'il avait été abasourdi était un euphémisme. Quand il l'avait vu dégager sa nuque et supprimer l'effet du sortilège qui cachait la Marque, il n'avait pas su quoi dire. Son esprit avait soudain tourné à vide. Imaginer Voldemort en père était au delà de ses capacités. Comment était-ce possible ? Son élève avait regardé nerveusement autour d'elle. Elle avait paru faible et vulnérable. D'une petite voix, elle avait expliqué comment son père -Voldemort- lui avait appris tout ce qu'elle savait en potions. Lui seul avait été son professeur dans cette matière. Ses cours avaient été des moments privilégiés entre eux. Elle avait fini par baisser la tête mais son regard humide n'avait pas échappé au sorcier. Il avait reçu une douche froide, comprenant brusquement la situation dans laquelle la petite fille se trouvait. Tout d'un coup, tout s'était mis en place dans sa tête et s'expliquait.

A partir de ce moment là, leur relation avait changé. Paul ne la poussait plus et Eléana faisait des efforts. Petit à petit, un respect s'était instauré entre eux et la jeune sorcière avait fini par rester plus longtemps à mesure qu'elle vieillissait, partageant avec lui un amour que les autres adolescents ne comprenaient pas. Il l'avait supporté quand elle avait voulu devenir enseignante et l'avait immédiatement prise comme assistante. Même si ils n'étaient pas aussi proche qu'elle ne l'était avec Aristide, Wallace ou Jake, ils comptaient l'un pour l'autre.

A la mort d'Aristide, Paul avait pris sa place à la tête de l'école. Il lui avait envoyé plusieurs lettres depuis. Il avait appris par Jake ce que Voldemort avait fait et s'était inquiété. Surtout que l'auror lui avait raconté la réaction qu'elle avait eu en apprenant qu'elle n'avait pas le droit d'assister à l'enterrement. Il était soulagé de la voir et de pouvoir passer quelques jours avec elle. Il devait aussi discuter sérieusement de l'avenir. Il la voulait dans son équipe enseignante. Il rompit l'embrassade. Le sourire qu'elle lui lança n'atteignit pas ses yeux tristes. L'orage qui y brillait normalement s'était éteint. Il disparut quand elle vit Jake :

- Je n'ai pas besoin de garde du corps, déclara-t-elle sèchement.

Elle était en colère après lui. C'était son meilleur ami. Plus que n'importe qui, il aurait dû savoir à quel point cela lui avait fait mal de rester à l'écart alors que l'on inhumait Aristide.

- Je ne suis pas là pour ça, Eléa, soupira-t-il.

- Alors pourquoi ?

Paul s'interposa :

- Tu devrais rentrer chez toi Jake. Eléana est en sécurité ici.

L'auror regarda une dernière fois son amie et acquiesça. Il leur souhaita une bonne journée et partit rapidement. Le directeur prit la valise de la sorcière en disant :

- Il s'inquiète pour toi. C'était pour ta sécurité qu'ils voulaient que tu restes à Poudlard.

- Ca ne m'a pas vraiment réussi.

- Ils ont juste peur pour toi. Ils t'aiment.

- Peut-être qu'ils devraient arrêter. Ça n'a pas vraiment réussi à Aristide.

Paul voulut relever, l'arrêter et lui expliquer qu'elle n'y était pour rien, ou en tout cas pas autant qu'elle ne le croyait. Il avait peur qu'elle ne se referme sur elle-même. Hélas, elle n'entendrait rien en ce moment. Au lieu de cela, il l'accompagna jusqu'à ses anciens appartements en silence. Pendant tout le trajet, elle observa le décor, cherchant les changements. Certains élèves qu'ils croisèrent la reconnurent et la saluèrent. Elle était appréciée dans l'école. Stricte et rigoureuse en classe, elle avait réussi imposer le respect tout en créant des liens de confiance et d'amitié. Les adolescents savaient que si ils cherchaient une oreille à qui parler ou une épaule sur laquelle pleurer, la porte de ses quartiers leur étaient toujours ouverte. Et cela voulait dire beaucoup. Hélène, une jeune fille qui avait eu des problèmes à s'adapter, s'arrêta pour lui parler quand elle la vit. Son visage s'était éclairée quand elle avait vu le professeur. Eléana plaqua un sourire sur ses lèvres et discuta un peu. Cependant, l'adolescente sentit le malaise et s'excusa avant de continuer son chemin.

- Tu manques aux élèves, déclara Paul.

- Ils me manquent aussi. Surtout les plus proches. Je me suis beaucoup inquiétée pour Hélène. Comment se débrouille-t-elle ?

- Plutôt bien. J'ai gardé un œil sur elle pour toi.

- Merci.

Ils arrivèrent devant la porte de ses appartements. A Salem, les tableaux n'avaient pas remplacé les portes. Au-dessus de la poignée le plus souvent, un symbole était gravé. Elle posa la main dessus et murmura une formule. La gravure brilla doucement et la porte s'ouvrit. Les symboles et les formules variaient d'une pièce à l'autre, servant de serrures magiques. Elle entra, Paul sur les talons. Rien n'avait changé depuis son départ, quelques mois plus tôt. Elle se sentit envahit d'une sensation de chaleur : elle était chez elle. Elle ne s'était pas rendue compte à quel point l'école lui avait manqué. Elle défit sa cape, la jeta négligemment sur le premier fauteuil et alla allumer un feu dans la cheminée.

- Contente d'être là ? demanda Paul.

- Plus que je ne l'aurais cru possible. Cet endroit me manquait.

- Pourtant il est plutôt banal à côté de Poudlard.

- Mais c'est mon chez-moi ici.

Elle s'assit sur le fauteuil, désignant le canapé à Paul. Il refusa :

- J'ai des choses à faire.

- Comment est-ce que tu t'en sors ?

- Difficilement. A la mort d'Aristide, il a fallu gérer la panique des parents, la détresse des élèves, la baisse de morale des professeurs. Et je dois porter deux casquettes : celle de professeur et de directeur. Et ça n'est pas évident.

- Je veux bien le croire.

- Tu crois que tu vas pouvoir apprécier notre petite école après t'être habituée aux merveilles de Poudlard ?

- Sans aucun problème. Tu sais, Poudlard n'est pas si bien que ça. Les mentalités sont totalement différentes. La guerre fait rage là-bas, même au sein des élèves. Les Maisons divisent les enfants, créent des tensions. Ici, tout semble paisible.

L'école de Salem n'était pas scindée en plusieurs maisons. Les garçons et les filles partageaient des salles de vie communes : des salles d'études, de loisirs, de détentes, d'informatique. Seuls les dortoirs les séparaient. La technologie moldue était visible partout : téléphones, chaînes hi-fi, télévisions à écrans plats, consoles de jeux, etc. Le regard d'Eléana s'était perdue dans le vide et Paul décida de la laisser tranquille. Il se retira après lui avoir dit qu'il la verrait au dîner. Alors qu'il était vingt heures en Ecosse, il n'était que quinze heures à Salem. Elle inspira, se laissant envahir par l'odeur si familière et rassurante de la place. Elle trouvait toujours étrange ce lien entre une odeur et un lieu. Chaque endroit en avait une particulière, qui ne pouvait pas être confondue avec une autre. Cela avait un effet sur chaque personne. Même les yeux bandés, on pouvait savoir si on se trouvait dans un endroit connu ou non. Se retrouver chez soi avait quelque chose de rassurant et de calmant. C'était presque thérapeutique. C'est pourquoi elle ne bougea pas, fixant les flammes qui crépitaient dans l'âtre et se laissant calmer par la familiarité de l'endroit. L'après-midi passa sans qu'elle ne s'en aperçoive. Quand le soleil commença à décliner, elle se rendit compte qu'elle était épuisée et n'avait vraiment pas faim. Elle appela un elfe de maison et lui demanda de prévenir le Directeur qu'elle n'assisterait pas au dîner. Elle était trop fatiguée. Elle s'arracha de son fauteuil, faisant protester tous ses muscles tétanisés par l'inaction. Dans l'âtre, le feu brûlait à peine. Elle l'éteignit. Dans la pénombre, elle se dirigea dans la salle de bain où elle se prépara pour aller se coucher. Elle n'avait besoin d'aucune lumière. Elle connaissait la disposition des lieux par cœur et pouvait se repérer les yeux fermés. Une demi-heure plus tard, elle glissait sous les couvertures. Les jours qui allaient suivre allaient l'occuper. Elle avait plusieurs choses à faire tant qu'elle était là. Avant de sombrer dans le sommeil, elle pensa Severus, et à l'absence de son corps dans son lit, tout contre elle. Trop épuisée pour songer à ce manque, elle s'endormit.


à suivre…