Les yeux de l'Ombre
Disclaimer : rien ne m'appartient à part le personnage d'Eléana et quelques autres que vous reconnaîtrez aisément.
Notes de l'auteur : Comme j'ai avancé, je peux updater dans une trop trop longue attente. Mon blocage semble peu à peu disparaitre et j'ai pas mal d'idées pour la suite. On verra jusqu'où je pourrais aller. En attendant, je voulais remercier tous les reviewers qui me boostent pour l'écriture de cette fic. C'est un excellent moyen de se débloquer.
Maintenant, je vous laisse lire.
Quand Eléana se réveilla le lendemain matin, elle mit plusieurs secondes pour se rappeler où elle se trouvait. Et pourquoi elle s'était réveillée dans un lit vide. Les souvenirs lui revinrent, apportant avec eux la vague de détresse qui lui était devenue si familière. Le réveil lui apprit qu'il était à peine six heures du matin. Elle était bien réveillée et décida de se lever. L'heure qui suivit fut routinière. Elle se doucha, s'habilla et demanda à un elfe de lui apporter un petit déjeuner rapide. Elle se rendit compte ensuite qu'elle n'avait prévenu personne qu'elle était bien arrivée. Elle s'assit à la table de sa salle de séjour après avoir glissé un CD de jazz dans la chaîne hi-fi et écrit une lettre à Severus. Elle le remercia de lui avoir organisé ce voyage et de lui permettre de régler ses affaires. Elle lui avoua qu'il lui avait manqué. Elle aurait voulu lui dire ce qu'elle comptait faire mais elle était méfiante : la lettre pouvait très bien être détournée avant d'arriver à Poudlard. Elle l'envoya et vérifia l'heure : deux heures s'étaient écoulées depuis son réveil. Les étudiants avaient commencé à emplir les couloirs et la salle à manger. Certains se rendaient déjà en cours. Marcher dans les couloirs de l'école qu'elle avait l'habitude d'arpenter depuis quatorze ans lui redonnait une assurance qu'elle croyait avoir perdu. A l'approche de la grande salle à manger, elle croisa Paul.
- Bonjour Eléana. Bien dormi ?
- Bonjour Paul. Il y avait longtemps que je n'avais pas dormi aussi paisiblement. Je te cherchais. Je vais sortir.
Elle vit aussitôt son visage se fermer et sut ce qu'il allait dire avant même d'ouvrir la bouche. Elle leva une main pour lui dire de se taire :
- Je ne suis pas folle. Je vais passer chez Jake. J'ai des choses à lui dire. Et il me servira de chien de garde. Il adore ça.
- Tu vas vraiment chez lui ?
- J'ai hésité. Mais vu que je n'ai pas envie de vous entendre toi, ou Severus, ou Dumbledore, ou Wallace ou n'importe qui d'autre me faire la leçon après, j'ai décidé qu'entre deux maux, il fallait choisir le moindre.
- Très bien. Je ne vois rien à dire alors.
Elle lui lança un regard qui lui disait que de toute façon, il n'avait rien à lui dire. Il fit comme si il n'avait rien vu. Ils se séparèrent et Eléana alla chercher ses affaires puis sortit de l'école afin de transplaner. Elle apparut dans une petite ruelle, juste à côté de l'immeuble où vivait Jake. Comme la plupart des sorciers américains, il vivait au milieu des moldus. Elle entra dans le bâtiment et monta au troisième étage. Elle frappa à la porte et attendit. Il était très tôt pour son ami. Elle appuya sur la sonnette longuement, laissant le son désagréable durer jusqu'à ce qu'elle entende un juron, le bruit des verrous et que la porte s'ouvre. Elle poussa un Jake débraillé et entra. Elle alla directement ouvrir les volets et la fenêtre :
- Ça a besoin d'être aéré !
Elle se tourna vers son ami qui lui lançait un regard noir. Elle mit les poings sur ses hanches :
- Qu'est-ce que tu fais encore là ? Va t'habiller pendant que je prépare du café.
Il grogna et disparut dans sa chambre pendant qu'elle défaisait son manteau et mettait la cafetière en route. Elle sortait les tasses quand il réapparut et grogna :
- Il est huit heures, Eléa !
- Et alors ?
- Et alors ? Et alors ?! Les gens dorment à cette heure là !
- Non Jake. Tu dors à cette heure-là. Et puis, il est treize heures en Ecosse. Et j'ai des choses à faire.
- Quel rapport avec moi ?
Elle prit la cafetière et remplit les tasses. Elle en tendit une au sorcier :
- J'ai le droit de me balader dehors sans garde du corps ?
Il fit une grimace :
- Probablement pas.
- C'est pourquoi tu m'accompagnes. Bois.
- Arrête de me commander !
Elle le fusilla du regard et il prit sa tasse et but. Il savait que quand elle était en colère après quelqu'un, il n'y avait rien à faire. Elle parlerait quand elle le voudrait. Il eut à peine le temps de finir de boire qu'elle mettait sa veste. Il attrapa la sienne et demanda où ils se rendaient. Elle lui prit la main et il tout juste le temps de comprendre et de s'accrocher à elle avant qu'elle ne les fasse transplaner tous les deux.
Réapparaissant, Eléana lâcha Jake qui trébucha. Elle le laissa derrière en souriant. Au moins, après cette journée et la conversation qu'elle comptait avoir avec lui plus tard, il réfléchirait à deux fois avant de l'empêcher de faire quelque chose. Elle ne s'arrêta pas pour contempler la petite maison devant elle. Elle la connaissait par cœur. Elle avait grandi là après tout. Elle frappa doucement, sachant très bien que les habitants étaient déjà levés. La porte s'ouvrit et Eléana se trouva immédiatement étreinte par sa mère. Elle se laissa faire. Cela faisait longtemps qu'elles ne s'étaient pas vues. Une première.
Quand elle était arrivée dans la famille McBaine, ses relations avec Patrick et Susan n'avaient pas été évidentes. Elle n'avait pas voulu de cette famille. Elle en avait une : Voldemort. Un famille étrange, sombre, violente et qui la faisait souffrir. Mais une famille quand même. Etrangement, c'était cet attachement au Mage Noir qui les avaient rapproché. Les deux adultes avaient fait partie des rares personnes à ne rien dire à propos du sorcier. Ils avaient respecté la place qu'il tenait dans sa vie et dans son cœur. Ils lui avaient même posé des questions sur sa vie avec lui. Pas le genre posées par les aurors à la recherche d'informations. Mais ils avaient montré un vrai intérêt. C'était grâce à cela que la fillette s'était ouverte à eux. Peu à peu, les liens s'étaient tissés et leur famille s'était construite. En fait, avec le recul, elle s'était rendue compte qu'ils l'avaient apprivoisée comme un animal blessé. Ils s'étaient montrés attentionnés et patients, adaptant leurs réactions et leurs comportements à sa vision des choses.
Cela avait été assez simple avec Susan. Eléana n'avait jamais eu de figure maternelle dans sa vie. Elle n'avait eu personne pour occuper cette place. Hélas, les choses avaient été différentes avec Patrick. Elle s'était montrée hostile envers lui dès le départ. Elle refusait de l'écouter, ignorait même sa présence les premières semaines. Elle faisait des caprices et entraient dans des colères noires que Susan devait gérer.
Jusqu'au jour où dans un état de rage, elle avait perdu le contrôle de sa magie sans que sa tutrice ne puisse la calmer. Elle avait accidentellement propulsé Susan contre une armoire qui s'était effondrée sur elle. Patrick avait compris que si ils voulaient garder la jeune fille, il allait devoir lui parler. Alors le soir, en rentrant de l'hôpital où sa femme avait été conduite, il était monté dans la chambre d'Eléana où la petite fille s'était réfugiée. Il l'avait trouvée assise sur son lit, le visage figé entre désespoir et épuisement mais les yeux secs. Parce qu'elle avait appris que seuls les faibles pleuraient. Et elle n'était pas faible. Elle ne devait pas être faible. L'héritière du puissant Mage Noir ne devait pas pleurer. Patrick s'était assis sur le bord du lit et lui avait dit qu'il ne cherchait pas à être son père mais un ami. Il savait qu'elle aimait Voldemort et il ne cherchait pas à le remplacer. Il savait que cela était très dur pour elle et il lui avait assuré qu'ils iraient lentement. Elle n'avait aucune obligation. Et surtout, il ne lui demandait pas de ne plus aimer Voldemort. Il avait tendu la main et proposé son amitié. Elle avait hésité, ne sachant pas vraiment si il était sérieux. Puis elle avait accepté la main tendue et elle s'était enlacée pour la première fois. Quand il lui avait murmuré que chez lui, pleurer n'était pas un signe de faiblesse et que personne ne le saurait si elle se laissait aller, elle avait laisser les larmes couler silencieusement. C'était ce jour-là que la famille McBaine était vraiment née.
Elle profita donc de l'étreinte maternelle jusqu'à ce que Jake les pousse toutes les deux à l'intérieur, les forçant à se séparer par la même occasion. Patrick était derrière et regardait les deux femmes de sa vie. Son épouse embrassa les joues de sa fille :
- Je ne savais pas que tu venais. Est-ce que tu as pris ton petit-déjeuner ? Je vais te faire du café. Oh, bonjour Jake ! dit-elle en apercevant le jeune homme.
Elle alla déposer un baiser sur sa joue. Etant le meilleur ami de la sorcière, il avait passé beaucoup de temps chez les McBaine qui étaient devenus une seconde famille. Puis elle disparut dans la cuisine.
- Bonjour Papa, dit Eléana en enlaçant son père.
Il l'a pris dans ses bras et embrassa ses cheveux. Il se rappelait encore le jour où elle lui avait demandé si elle pouvait l'appeler « Papa. » C'était le jour de son quinzième anniversaire. Elle avait semblé si peu sûr d'elle, comme si elle avait peur qu'il refuse. Alors qu'il n'attendait que cela. pendant un temps, il avait eu envie de pleurer dès qu'elle l'appelait comme cela.
- Bonjour chérie. Comment est-ce que tu vas ?
Elle haussa les épaules. Elle n'avait pas de réponses à donner. Elle ne savait pas comment elle se sentait. Il serra la main de Jake sans quitter sa fille des yeux et entraîna les deux jeunes gens dans la cuisine où Susan déposait des tasses sur la table et une cafetière. Ils s'assirent autour et les parents d'Eléana lui posèrent des questions sur Poudlard et sa vie là-bas. Elle savait qu'ils faisaient cela pour la distraire et la mettre à l'aise. Comme quand elle était enfant. Elle s'exécuta avec joie, leur racontant tout en détails, décrivant les personnes qu'elle avait rencontré. Elle ne parla pas de l'Ordre et de ses membres. Elle dit juste qu'une résistance était bel et bien en place. Cela n'avait rien de nouveau. Elle garda sous silence les cours qu'elle donnait Harry. Ils lui demandèrent comment était l'adolescent que tout le monde sorcier connaissait. Elle sourit tendrement en leur parlant du sorcier avec qui elle avait tellement de points communs. Ils remarquèrent la douceur dans sa voix et comprirent son attachement. Quand elle eut fini, sa mère déclara :
- Tu as l'air de te plaire.
- Oui, confirma Eléana.
- Et Severus n'y ait pas pour rien… lâcha Jake.
Elle le fusilla du regard tandis que ses parents suivaient avec intérêt cet échange. Patrick demanda :
- Severus ? Le sorcier que tu assistes ?
- Elle fait plus que l'assister.
Eléana frappa Jake sur la tête qui grogna pour la forme mais garda le sourire.
- Eléana ? demanda Susan. De quoi est-ce qu'il parle ?
- De Severus et moi.
- Il y a un Severus et toi ? demanda Patrick. Depuis quand ?
- Quelques semaines seulement. La mort d'Aristide a légèrement compliqué les choses.
Elle leur résuma rapidement comment les relations entre elle et Rogue avaient évolué. Ses parents écoutèrent attentivement, comme tout le temps qu'elle parlait de l'homme qui partageait sa vie. Ils étaient très protecteurs. Ils n'oubliaient pas qu'elle était la fille de Voldemort et que des personnes mal intentionnées pouvaient être après elle. En tant qu'ancien flic, Patrick était particulièrement méfiant.
- Est-ce qu'il sait qui tu es ? demanda-t-il.
- Oui, il le sait. Il l'a pris plutôt mal d'ailleurs.
- Est-ce que tu es sûre qu'il est digne de confiance ? appuya son père. Tu sais que tu ne peux pas faire confiance à n'importe qui chérie.
- Je sais Papa ! Et oui, je lui fais confiance, entièrement.
- C'est quand même un ancien Mangemort, marmonna Jake.
- Quoi ?!
Eléana se tourna vers Jake. Pourquoi avait-il dit cela ? Outre le fait qu'elle savait qu'il ne faisait pas entièrement confiance à Severus. Comme il ne faisait pas entièrement confiance à tous les hommes qui avaient fait partie de sa vie à un moment ou à un autre.
- Eléa, est-ce que c'est vrai ?
Le ton de son père était sans appel. Il voulait une réponse et il la voulait maintenant. Elle soupira et confirma que oui, Severus était un Mangemort. Mais un Mangemort qui avait travaillait pour Dumbledore. Un espion. Et aujourd'hui, il était obligé de se cacher, comme elle.
- Est-ce que tu es sûre de cela ? douta son père.
- Comment cela ?
- Il aurait très bien pu faire croire qu'il travaillait en tant qu'espion pour Dumbledore alors qu'en fait, il espionnait pour Voldemort.
Eléana secoua la tête :
- Il aurait été un espion pour Voldemort se faisant passer pour un espion à la solde de Dumbledore ?
Son père acquiesça. Elle se leva. Non, elle ne voulait rien entendre de tel. Pas à propos de Severus !
- Non ! Il n'est pas comme cela. Il y a quelque chose de différent chez lui. Il n'est pas comme les autres Mangemorts. Et si ça avait été vrai, pourquoi est-ce qu'il n'aurait pas continué ? Voldemort a mis sa tête à prix ! Il est obligé de vivre à Poudlard.
- Ce qu'il dit, répondit Patrick automatiquement.
Non ! avait-elle envie de hurler. Elle ne pouvait pas concevoir l'idée que Severus puisse être l'homme que décrivait son père. Elle lui faisait confiance et elle était presque sûre qu'elle était l'une des seules sur Terre à le connaître vraiment.
- Severus n'est pas comme ça ! Vous ne l'avez même pas rencontré. J'en reviens pas que vous osez dire ça sur lui. Je ne veux plus rien entendre.
Elle sortit en trombe de la cuisine. Susan fusilla son mari du regard :
- Tu ne crois pas qu'elle a assez de problèmes comme cela en ce moment ?
- Elle n'est pas assez méfiante.
- Moi je dirais qu'elle l'est trop.
Susan sortit après avoir fusillé Jake du regard pour être l'instigateur de cette dispute. Elle alla directement dans le jardin où elle trouva sa fille sur leur balançoire. Ils n'avaient jamais osé l'enlever après le départ d'Eléana. cet endroit avait toujours été le refuge de la sorcière quand quelque chose n'allait pas. C'était une simple planche de bois accrochée par des cordes à la branche épaisse d'un arbre. Pourtant, elle était pleine de souvenirs. Eléana lui tournait le dos. En arrivant, elle entendit un reniflement.
- Eléa ?
- Qu'est-ce que tu veux ?
Le cœur de Susan se serra. Elle n'aimait pas voir sa fille souffrir ou être en colère. Elle n'avait jamais pu avoir d'enfant et cela l'avait dévastée à une époque. Eléana avait été un petit miracle. Elle était tout de suite tombée sous le charme de la petite fille rebelle et blessée qu'on leur avait amené. Elle posa une main sur son épaule et la sentit se tendre. Elle la contourna pour se retrouver en face d'elle :
- Il s'inquiète. Comme toujours.
- Je n'ai pas besoin de ça en ce moment. Vraiment pas.
- Je sais. Je suis désolée pour Aristide, ma puce.
- On l'est tous.
Eléana ne la regardait pas. Elle fixait un point devant elle, cillant rapidement des paupières pour maintenir les larmes qui menaçaient de couler. Sa mère passa une main tendre dans ses boucles brunes.
- Est-ce qu'il te rend heureuse ?
- Oui, répondit-elle sans hésiter.
- Alors ça me convient.
Elle déposa un baiser sur la tête de sa fille. Elle sentit deux bras l'enlacer et resserra les siens autour des épaules d'Eléana qui enfouit sa tête contre son ventre. Son haut absorba les larmes de la sorcière et Susan caressa ses cheveux, laissant son bébé pleurer. Elle sentit son cœur se contracter et ses propres yeux se mettre à brûler tandis qu'une boule se formait dans sa gorge.
Eléana n'avait pas voulu craquer. Elle n'était pas venue là pour se disputer ou pour pleurer. Mais elle n'avait pas pu rester sans rien dire alors que son père rabaissait Severus. Et elle n'avait pas pu cacher sa tristesse quand sa mère était venue, l'enveloppant de sa chaleur et de sa tendresse. Avec elle, elle savait qu'elle n'avait pas à être forte. Elle pouvait redevenir la petite fille qu'elle avait appris à être avec eux. Elle avait donc laisser les larmes couler et elle s'était laissée submerger par la présence calme et rassurante de sa mère.
Les deux femmes restèrent longtemps enlacées comme cela, inconscientes des deux hommes qui les regardaient à quelques mètres de là.
Patrick regarda sa femme fermer les yeux et une larme couler silencieusement le long de sa joue. Il se doutait de la douleur qu'elle ressentait en voyant leur fille comme cela. Il s'en voulait d'être en partie la cause de cette détresse. Néanmoins, comment était-il censé prendre le fait que sa fille, sa princesse, partageait la vie d'un ancien Mangemort ? Il avait peur pour elle. Peur de la perdre. Ce monde le dépassait tellement. Il ne pouvait rien faire contre ceux qui étaient après sa fille. Tout policier qu'il était, il n'était qu'un moldu. Il était sans défenses face à des hommes d'un tel pouvoir et d'une telle cruauté. Il ferma les yeux.
- Est-ce qu'il est digne de confiance ? demanda-t-il au jeune homme à ses côtés.
- Je crois. Il la rend heureuse en tout cas.
L'ancien policier regarda le jeune sorcier. Il avait toujours cru qu'il deviendrait son gendre un jour. Quand sa fille et lui avaient commencé à sortir ensemble, il les avait déjà imaginés devant l'autel. Pourtant, cela n'avait pas marché. Ils se considéraient frère et sœur, rien de plus. « Il n'y a pas d'étincelle, » lui avait confié Eléana quand elle leur avait annoncé leur rupture. Elle n'avait pas été triste. Ils avaient essayé au moins. Et étrangement, après cette expérience, leur relation s'était renforcée. Depuis, il le considérait comme le fils qu'il n'avait jamais eu. Il reporta son attention sur les deux femmes de sa vie.
- Est-ce que tu lui as dit pour Laura ?
- Non. Ca ne semblait jamais le bon moment, répondit Jake.
Laura avait été en cours avec eux. Elle avait été la seule vraie amie qu'avait eu Eléana. Les deux jeunes femmes avaient eu des hauts et des bas. Elles étaient restées des mois sans se parler à cause d'une dispute stupide. En règle générale, elles s'appréciaient et se respectaient au moins. Laura était avocate, dans le monde moldu. Elle n'avait pas voulu d'une vie dans la société sorcière. Elle pratiquait toujours et avait plusieurs amis sorciers. Mais elle préférait travailler parmi les moldus. Cela avait été un choc pour sa famille, sorciers depuis des générations. Ils avaient eu du mal à l'accepter, menaçant de la renier. Ils avaient aussi accusé Eléana d'être la cause de cette décision. Ils n'avaient jamais vraiment aimé cette adolescente difficile qui était devenue l'amie de leur fille. Pourtant, Laura était restée sur ses positions. Elle n'avait pas parlé à ses parents depuis six ans. Il y a un an, Jake et elle avaient commencé à se reprocher. Ils n'avaient rien dit à Eléana. Pas par peur de sa réaction, mais plutôt parce qu'ils ne comprenaient pas vraiment eux-mêmes ce qu'il se passait. Finalement, ils s'étaient mis ensemble. Deux jours avant la résurrection de Voldemort. A partir de ce moment, ils n'avaient pas osé en parler à leur amie. Puis elle était partie à Poudlard. Et à mesure que le temps passait, ils avaient commencé à redouter sa réaction. Non pas à l'idée de leur couple, mais au temps qu'ils avaient attendu avant de lui dire. Pourtant, il allait bien falloir franchir le pas. Surtout que Laura et lui avaient décidé de vivre ensemble.
- Je lui en parlerai avant qu'elle reparte.
- Ce serait mieux, oui.
Il regarda les deux sorcières se lever et venir vers eux, bras dessus, bras dessous. Le visage de sa fille était triste et ses yeux étaient bouffis. Il ne s'excusa pas de ce qu'il avait insinué et Eléana ne lui en reprocha pas. C'était ainsi. C'était tout. Le sujet Severus Rogue ne reparut pas dans la journée que Jake et Eléana passèrent chez les McBaine. Ils ne parlèrent pas non plus de la guerre ou de Voldemort et du danger encourut par la jeune professeur. Ils en avaient tous conscience. Et si ils l'oubliaient, les deux aurors qui avaient élu domicile dans la maison d'à côté et la glace à l'ennemi et les deux scrutoscopes qu'ils avaient acquis le leur rappelaient. A la fin de l'après-midi, Eléana décida de rentrer. Dans l'entrée, elle dit au revoir à ses parents en les embrassant.
- Fais attention à toi au cimetière, lui conseilla son père que cette visite rendait anxieux.
- Ne vous inquiétez pas, intervint Jake. Personne ne remarquera qu'elle sera là. On a un plan.
La sorcière se tourna vers son ami :
- On en a un ?
- Bien sûr. Tu croyais vraiment qu'on allait te laisser y aller comme ça ? Accorde-nous un peu plus de crédit veux-tu ! ( Se tournant vers les parents : )Elle sera en sécurité.
- Tant mieux, lâcha Susan, soulagée. Et fais attention à toi à Poudlard ma chérie. Ecris-nous.
- Promis.
Elle les embrassa et rejoignit Jake dans l'allée. Elle balaya les environs du regard :
- M'amener ici aurait pu être dangereux.
Il sourit malicieusement :
- Je sais. Mais Thomas à prévenu les aurors dès que tu as quitté l'école. Ils ont ensorcelé la maison pour qu'elle paraisse vide. Pour tout le monde, tes parents ont quitté la maison ce matin. Ils rentreront ce soir.
- Je ne me suis rendue compte de rien.
- Tu nous as laissé peu de temps pour nous préparer. Mais je crois qu'on s'en sort pas mal. Avec un peu de chance, tu vas être capable de retourner à Poudlard saine et sauve.
Elle grimaça :
- Ça serait bien, effectivement.
- Mon appartement ?
- D'accord.
Ils transplanèrent tous les deux en même temps. Arrivés, Jake proposa du café. Eléana accepta sans envie. Elle trouvait étrange que son ami lui ai proposé de venir alors qu'elle avait dit à ses parents qu'elle rentrait à l'école. Il avait dû comprendre qu'elle était fatiguée. Elle s'assit à la table de la cuisine et le laissa s'affairer. Elle se demanda comment elle allait faire pour reprendre sa petite vie à moitié moldue après avoir passé un an à Poudlard avec des elfes de maison pour tout faire. Cela n'allait pas être évident. Jake s'installa enfin en face d'elle.
- Il faut que te parle de quelque chose.
Elle haussa un sourcil. Il avait piqué sa curiosité.
- De quoi ?
- Cela fait une éternité que j'aurais dû te le dire mais avec tout ce qui s'est passé… J'ai repoussé le moment. Je sais que j'aurais dû t'en parler avant…
- Jake ! Qu'est-ce qu'il y a ?
Elle le vit inspirer profondément. Il releva la tête et la fixa dans les yeux :
- Laura et moi sommes ensemble.
Elle ouvrit la bouche puis la referma. La phrase fit son petit bout de chemin dans son esprit. Elle n'avait pu Laura depuis… son départ pour l'Angleterre. La jeune femme avait été étrange. Elle avait semblé l'éviter. Elle prit sa tasse de café.
- Depuis quand ?
- Mi-juin.
- Mi-juin ? Ca veut dire depuis… neuf mois ! Tu es avec Laura depuis neuf mois et ce n'est que maintenant que je suis au courant ?
- On voulait te le dire mais Voldemort est réapparu. Et il y a eu ton départ à Poudlard, ton agression, et la mort d'Aristide. Ça n'est pas une excuse je sais. Mais on n'osait pas. On attendait toujours un meilleur moment et il n'y en avait pas. Et après on avait peur que tu nous en veuilles parce qu'on te l'avait caché. Enfin, c'est devenu un cercle vicieux. Je suis désolé. Vraiment.
Eléana sourit malgré elle. Elle se jeta dans les bras de son meilleur ami, contente pour lui. Il soupira de soulagement. Elle s'écarta et le frappa sur le bras :
- N'attend pas neuf mois avant de m'annoncer un changement ! Après c'est toi qui me reprochais de ne rien t'avoir dit à propos de Severus alors que cela faisait quelques semaines à peine ! J'en reviens pas.
- Alors autant te dire tout de suite qu'elle va emménager ici avec moi.
- Félicitations ! Tu aurais dû me le dire Jake. C'est une bonne nouvelle. Est-ce que tu en as d'autres comme ça ou c'étaient les seules ?
- Il n'y a rien d'autre. Je vais te laisser retourner à l'école alors. Je viendrais demain en fin de mâtinée pour t'expliquer comment tu iras au cimetière.
- Tu ne peux pas me le dire maintenant ?
- Et gâcher la surprise ? Non ! Allez, bonne nuit Eléa.
Elle croisa les bras sur la poitrine :
- Tu me chasses ?
- Oui. La journée de demain promet d'être longue. Et quelqu'un à eu la bonne idée de venir me sortir du lit à huit heures du matin. Je suis donc fatigué.
La sorcière roula des yeux :
- Est-ce que tu te rend compte que les gens normaux sont levés à huit heures ?
- Je me fiche bien des gens normaux. Maintenant, ouste ! A demain.
Il la poussa jusqu'à la porte d'entrée qui claqua derrière elle à peine un instant plus tard. Seule dans le couloir, elle resta interdite pendant un temps avant de secouer la tête. Elle vérifia que personne ne regardait et transplana, apparaissant en dehors des barrières magiques de Salem. Elle était épuisée elle aussi. Elle n'allait donc pas traîner longtemps ce soir. Après avoir prévenu Thomas de son retour, elle irait chercher quelque chose à manger puis elle irait se coucher. La journée suivante promettait d'être aussi épuisante que celle qui venait de s'écouler. D'une certaine manière, elle était pressée que tout cela soit terminé et qu'elle puisse rentrer à Poudlard.
à suivre...
