Les yeux de l'Ombre

Disclaimer : rien ne m'appartient à part le personnage d'Eléana et quelques autres que vous reconnaîtrez aisément.

Notes de l'auteur : 1 mois depuis la dernière update ! Honte à moi. Mais je dois dire que je sèche côté écriture... Je pensais que les vacances aideraient mais en fait, je me suis plongée dans de nouvelles séries ou saisons. J'ai quand même décidé de publier le chapitre 20 alors que le chapitre 21 n'ait pas terminé. Mais j'espère pouvoir rapidement le boucler.

Ce chapître m'a donné du fil à retordre. Il y avait tellement d'enjeux !

Bref, je vous laisse à la lecture. J'attends vraiment de savoir ce que vous en pensez.


A Poudlard, la nouvelle de la disparition d'Eléana se répandit comme une traînée de poudre. On parla rapidement d'enlèvement, sans savoir vraiment qui avait employé ce terme. En tout cas, très vite, l'équipe enseignante n'eut d'autre choix que de reconnaître qu'elle avait vraisemblablement été enlevée par des Mangemorts. Les élèves se demandèrent pourquoi. Qu'est-ce que Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom voulait d'elle ? Que trouvait-il d'intéressant chez cette américaine ? Le Ministère s'en mêla et envoya des aurors. Les parents s'inquiétèrent : avait-elle été enlevée à Poudlard ? L'école n'était donc pas sûre. Pouvaient-ils laisser leurs enfants ?

Bien que le Ministre ait publié un démenti quant à la rumeur selon laquelle le Mage Noir serait derrière l'enlèvement, personne n'y croyait. Les gens doutaient de plus en plus de sa mort et envisageaient sérieusement l'idée qu'Harry Potter ait dit vrai. Comment expliquer tout ce qui se passait autrement ?

Quand, outre-Atlantique, les plus célèbres journaux sorciers américains annoncèrent qu'Eléana McBaine avait été enlevée par Voldemort dans l'enceinte même de Poudlard, le Ministère britannique perdit toute crédibilité vis-à-vis de son peuple qui jugeait qu'il était temps que les politiciens arrêtent de les prendre pour des imbéciles. Il fut mis en évident les liens forts que la sorcière avait liés avec les plus grandes personnalités américaines et notamment avec feu-Aristide Claymore qui, selon toutes les preuves, était son mentor. En vérité, derrière ces articles, se cachait un seul homme : Wallace Kingsfield lui-même qui cherchait à frapper fort. D'abord, il cherchait à faire tomber son homologue britannique dont il jugeait le comportement directement responsable de la disparition d'Eléana. Ensuite, il fallait empêcher les journalistes de fouiller le passé de la sorcière et de découvrir la véritable raison derrière l'enlèvement. Les américains annoncèrent officiellement leur soutien à Albus Dumbledore et affichèrent clairement leur refus de travailler avec le Ministère.

Alors que Poudlard avait perdu un membre du personnel, un autre arriva le lendemain : Jake s'installa, en qualité d'auror américain. Il avait fait tourner la tête de beaucoup d'adolescentes. Le sex-appeal de cet auror étranger ne leur avait pas échappé mais il ne leur avait même pas accordé un seul regard. L'annonce de l'enlèvement de sa meilleure amie avait plongé le jeune homme dans le désarroi. Aussitôt, il avait exigé de se rendre sur place et Wallace ne l'en avait pas empêché, au contraire. S'il n'avait pas été ministre de la magie, il serait parti sur le champ à Poudlard. Jake était arrivé, valise à la main, bien déterminé à tout faire pour retrouver son amie, et peu importait les personnes qu'il allait devoir écraser pour cela. Sous ses airs amicaux, il était un auror redoutable. Cette fois-ci, l'affaire était personnelle et il comptait bien avancer, quitte à devoir enfoncer des portes closes. Il avait été rassuré en trouvant chez Severus la même détermination.

Les professeurs de Poudlard ne savaient pas sur quel pied danser avec les deux hommes. Le regard qu'ils avaient les effrayait. Plus que quiconque, les deux hommes étaient en guerre. Albus avait presque peur de ce que cela allait donner. Presque, parce que lui aussi se sentait furieux. Quelqu'un dans son école travaillait pour Voldemort et cela le mettait hors de lui. On avait enlevé un membre de son équipe entre les murs de Poudlard, censé être l'un des lieux les plus sécurisés du monde.

Enfin, tous les esprits avaient un point commun : ils se demandaient ce qu'Eléana devenait.

µ

La sorcière jeta le vase aussi fort qu'elle put contre le mur en hurlant. Une semaine qu'elle se retrouvait enfermée dans cette chambre, sans personne à qui parler, sans savoir ce qu'elle faisait là, ce qu'on voulait d'elle. On la laissait mijoter à petit feu et elle détestait cela. Un elfe lui apportait à manger trois fois par jour. C'était le seul contact qu'elle avait eu avec un autre être vivant depuis Lucius Malefoy et ce n'était pas terrible. Elle n'en pouvait plus de cet enfermement. Elle savait que frapper à la porte et hurler ne lui apporteraient rien. Elle avait essayé de se contrôler. Mais au bout d'une semaine, elle n'en pouvait plus. Elle voulait des réponses.

Elle se rua sur la porte et frappa le plus fort qu'elle put :

- Hé ! Y a quelqu'un ? Je sais que quelqu'un m'entend ! Répondez !

Bien décidée à se faire entendre, elle continua à hurler et à frapper. Même quand son bras fut si douloureux qu'elle ne le sentait plus et que ses cordes vocales furent tellement irritées que sa voix était raillée. Mais la colère qu'elle ressentait était trop forte, trop oppressante. Elle avait enflée pendant une semaine et maintenant, il fallait qu'elle sorte. Et Eléana était bien décidée à ce que quelqu'un paye. Elle allait crier jusqu'à ce que quelqu'un vienne et la pauvre personne n'allait pas comprendre ce qui allait lui arriver. Cela ne l'aiderait pas à s'enfuir mais tant pis. Elle sentit l'air se charger d'électricité autour d'elle. Ses cheveux se gonflaient et voletaient autour d'elle.

Elle leva le bras pour frapper encore une fois quand la douleur la stoppa net. Elle porta la main à son cou, sur la Marque brûlante. Elle se recula sous le coup. D'un revers de la main, elle sécha ses larmes. La porte s'ouvrit et elle se prépara à invectiver le pauvre Mangemort qui était derrière. Ses mots moururent sur ses lèvres et tout son corps s'engourdit quand elle le vit.

Il n'avait plus rien du père dont elle se souvenait. Sa peau était blanche et translucide. Son visage était exempt de nez. Seuls deux trous lui faisaient office de narines. Ses yeux étaient d'un rouge sang. Son crâne était lisse, complètement dépourvu de cheveux. Sa silhouette était squelettique néanmoins il ne paraissait pas faible ou vulnérable, loin de là. Il dégageait une aura de puissance et de dangerosité qui vous donnait envie de vous enfuir. Elle resta bouche-bée devant lui, inconsciente des larmes qui coulaient sur ses joues. Où était le père dont elle se rappelait ? Le sorcier droit et fier qui, malgré son âge, pouvait séduire toutes les sorcières dont il croisait le chemin ? Ce qu'elle avait en face d'elle était un monstre. C'était comme si il ne restait que la part maléfique. Comme si Thomas Jedusor était mort pour de bon et que seul Voldemort avait survécu, profitant de la disparition de son alter-ego pour renaître, plus fort que jamais.

- Ne crois-tu pas être assez grande pour ce genre de caprice ?

Sa voix aussi n'était plus ce qu'elle avait été. Il n'y avait plus rien d'humain. Les inflexions étaient froides et doucereuses. Elles semblaient s'insinuer directement sous la peau. C'était la voix d'un monstre et non d'un père. Elle sentit tout son être se glacer alors qu'elle se rendait compte que d'une certaine manière, elle avait déjà perdu son père. Elle dévisagea l'être devant elle avec dégoût et tristesse.

- Qu'est-ce que tu es devenu ? demanda-t-elle.

Ils étaient passés en fourchelangue sans s'en rendre compte. Il parut étonné de la question qu'elle venait de lui poser. Il s'avança plus en avant dans la chambre, permettant à Nagini d'entrer elle aussi. Eléana ne lui accorda même pas un regard, ne cessant pas de fixer Voldemort. Elle faisait de son mieux pour calmer sa peur. Mais peut-être aurait-elle eu raison d'avoir peur ? La chose devant elle pouvait-elle encore ressentir pour elle quoi que ce soit ? Pouvait-elle la considérer comme sa fille ? Ressentait-elle quoi que ce soit ? Il n'avait rien d'humain. On aurait dit un croisement raté entre un humain et un serpent. Elle se surprit à penser qu'elle l'imaginait très bien en mutant, ennemi des X-Men ou de n'importe quels autres héros Marvel. Cela la fit étrangement sourire.

- Qu'est-ce que tu trouves drôle ?

Elle fixa Voldemort :

- Toi.

La seconde suivante, elle était recroquevillée sur le sol, se mordant la langue plutôt que de hurler sous le doloris. Quand il cessa, elle se mit à quatre pattes et leva la tête vers Voldemort. Le sang et la salive mélangés coulaient sur son menton. Elle avait toujours cru que le jour où elle se retrouverait devant lui, elle serait trop terrorisée pour faire quoi que ce soit. Elle s'imaginait perdre ses moyens, fondre en larmes ou elle ne savait trop quoi. Elle avait eu tort. Elle avait peur, oui. Mais elle se sentait étrangement sereine. En le voyant entrer dans la pièce, elle n'avait vu qu'un monstre et une étrange réalisation l'avait envahie : elle avait eu un père.

Quand elle était née, quand Thomas Jedusor l'avait enlevée, il était encore humain, ou au moins une part de lui l'était. Quelque part, derrière la haine, la colère et la psychose, il avait eu une âme, ou un bout d'âme en tout cas. Avec les années, le monstre en lui l'avait rongé de l'intérieur, prenant le contrôle de son corps comme un cancer. Aujourd'hui, il ne restait rien de l'homme. Mais homme il avait été. Et homme il l'avait aimée comme il avait pu. Cela pouvait n'avoir aucun sens. Cela n'en avait sûrement pas, à part pour elle. Elle n'avait pas été la fille de Voldemort. Non, elle avait été la fille de Thomas Jedusor.

Difficilement, elle s'assit, dos contre son matelas. Nagini glissait dans la pièce sans la quitter des yeux. Voldemort la regardait, la jaugeait. Elle essuya son menton d'un revers de sa manche et attendit.

- Tu es devenue une belle jeune femme. Mais tu t'es égarée du droit chemin.

- Quel droit chemin ? Le tien ? Celui qui a fait de toi la chose que tu es devenue ?

Tout son corps se crispa d'anticipation mais la douleur ne vint pas. Pourtant, la manière dont la main était crispée autour de la baguette prouvait à quel point cela le démangeait. Alors pourquoi se retenait-il ? Elle s'aida du lit pour se relever. Ce seul mouvement lui donna envie de hurler. Si Voldemort le vit, il n'en montra rien. Il lui tourna le dos et en sortant, il lui ordonna :

- Suis-moi.

Désobéir aurait été stupide alors elle le suivit du mieux qu'elle put. Elle devait se concentrer pour réussir à mettre un pas devant l'autre. Les couloirs de la maison étaient déserts. Elle était pourtant sûre que d'autres Mangemorts y vivaient. Peut-être même ceux qui s'étaient évadés d'Azkaban. Voldemort ne risquerait pas de les laisser livrés à eux-mêmes à l'extérieur. Ils représenteraient une trop grande faiblesse pour lui. Peut-être étaient-ils dans une autre aile ? Avec chaque qui passait, elle récupérait un peu de force.

Voldemort s'arrêta devant une porte qu'il poussa. Il entra, et elle le suivit. La pièce était un bureau assez grand. Les étagères occupaient deux des murs et croulaient sous les livres. Une cheminée occupait un autre coin, juste à côté d'un bureau. Une pile de livres, de carnet et de parchemins avaient été posés dessus, parfaitement ordonnés. Elle ne fit aucun geste, attendant qu'on lui explique ce qu'elle faisait là. Son père s'approcha du bureau et effleura la pile du bout des doigts.

- Je les ai mis de côté pour toi, expliqua-t-il. Lis-les et nous parlerons après.

- Qu'est-ce que c'est ?

- La vérité.

Il n'en dit pas plus et sortit. La porte se referma, la laissant seule dans la pièce. Elle n'avait pas besoin d'aller vérifier pour savoir qu'elle était verrouillée. Elle s'approcha du bureau et s'assit dans le fauteuil. Qu'avait-elle de mieux à faire que d'obéir ? En plus, elle se demandait bien de quoi cela pouvait parler. Que voulait-il dire en disant que c'était la vérité ? Elle survola les titres. Tous les documents parlaient de généalogie et d'un des fondateurs de Poudlard : Salazar Serpentard. En quoi cela la concernait-elle ? Elle attrapa le premier livre et se plongea dans sa lecture loin de s'imaginer à quel point ce qu'elle s'apprêtait à découvrir allait la bouleverser.

µ

Severus tendit le verre de whisky à Jake en pensant qu'il allait devoir en acheter. Sa réserve d'alcool avait rapidement diminué. Il se servit un verre et s'assit en disant :

- Je sais comment savoir où est retenu Eléana.

L'auror américain et lui se retrouvaient dès qu'ils avaient un moment de libre pour partager leurs avancées sur leur enquête. Ils avaient depuis longtemps cessé de s'adresser à Dumbledore ou à l'Ordre. La situation était grave. Trop grave pour qu'ils perdent du temps à expliquer leurs faits et gestes. Il fallait agir vite et de manière efficace. Jake le regarda, attendant la suite qui fut :

- Malefoy.

L'auror fronça les sourcils.

- Malefoy ?

- Lucius. C'est celui qui a agressé Eléana, en décembre dernier. Il fait partie des plus fidèles de Vous-Savez-Qui. Il doit savoir où elle est retenue, où il se cache.

- Et alors ? Je le vois mal nous dire ce qu'on veut savoir.

- Pas de plein gré, non.

Jake avala une gorgée de whisky et étudia le sorcier en face de lui. L'expression qu'il avait ne lui disait rien qui vaille. En fait, le jeune américain ne la connaissait que trop bien : c'était celle d'un prédateur, de quelqu'un près à tout pour arriver à ses fins. Severus Rogue était un homme dangereux. S'il avait des doutes auparavant, les jours passés en sa compagnie les avaient balayés. La manière dont l'esprit de cet homme travaillait le sidérait. Il s'était souvent fait la réflexion qu'il n'était pas à sa place dans cette école. Une intelligence comme la sienne y était sous-exploitée. Il pourrait faire tellement de choses prodigieuses ! Il se concentra sur la présente discussion et demanda :

- Quel est le plan ?

- Nous attendons le bon moment et nous allons rendre une petite visite à mon vieil ami.

- Et quand serons-nous que c'est le moment ?

- Je vous le dirais.

Jake n'en demanda pas plus. Il n'était pas sûre de vouloir en savoir plus de peur de faire marche arrière. Il était sûr d'une chose : Lucius ne coopérerait jamais. Néanmoins ce qui l'effrayait le plus, c'était qu'il ne voyait pas Severus abandonné. Il emploierait toutes les méthodes possibles pour faire parler Malefoy. Et l'auror savait qu'il devrait fermer les yeux et irait à l'encontre de tous les principes qu'il s'était fixé. Mais ils étaient en guerre, non ? Tous les coups étaient permis à présent.

µ

Harry piétinait devant la statue de la gargouille qui lui refusait l'accès au bureau de Dumbledore. Il était bien décidé à ne pas partir tant qu'il n'aurait pas eu ce qu'il voulait. Il en avait marre d'être tenu à l'écart. Il n'en pouvait plus. Les murmures, les coups d'œil en biais, les articles, l'ignorance du directeur. Il allait craquer. Il le sentait. La colère était telle qu'il n'arrivait plus à l'étouffer. Il avait l'impression d'être sur le point d'exploser. Si cela durait, il ne savait pas ce qu'il allait faire. La disparition d'Eléana, de la seule personne qui lui apportait du réconfort, qui le traitait normalement, qui le comprenait, avait été la goutte d'eau qui avait fait déborder le vase.

- Monsieur Potter, que faites-vous là ? Le couvre-feu est passé.

Il se tourna vers sa directrice :

- Je voudrais voir le directeur.

- Il est tard, répondit McGonagall. Vous le verrez demain.

- Oh non ! pensa Harry. Cette fois-ci, on ne le congédierait pas. Il resta campé sur ses positions, se redressa et dit fermement :

- Je ne partirais pas. Je veux voir Dumbledore. Maintenant.

La directrice des Gryffondor ouvrit la bouche pour parler puis la referma. Ce qu'elle lisait sur le visage de son élève l'effrayait presque. Elle savait reconnaître un adolescent sur le point de perdre pied. Si elle ne l'aidait pas, ils perdraient Harry. Elle prononça le mot de passe et le jeune homme n'attendit pas un signe de sa part. Il se rua dans l'ouverture dès qu'il put. Minerva soupira et le suivit.

Harry déboula dans le bureau du directeur. Il le trouva assis derrière son bureau. Albus leva les yeux vers lui et remarqua aussitôt son agitation. Il se tourna vers Minerva qui venait d'entrer et un seul regard lui dit qu'elle n'avait rien pu faire. Il s'adossa et demanda, sans chercher à cacher sa fatigue :

- Que veux-tu Harry ? Il est tard.

- Ne commencez pas ! l'interrompit l'adolescent. Je veux la vérité. Toute la vérité ! Je veux savoir pourquoi vous m'ignorez depuis un an, ce qu'il y a derrière la porte du département des Mystères, pourquoi Voldemort veut m'y attirer ! Je ne veux plus être tenu à l'écart ! Je veux tout savoir et participer aux réunions de l'Ordre du Phoenix. Je veux des réponses et je les veux maintenant.

Le directeur soupira et ferma les yeux. Il paraissait vieux subitement. Vieux et fatigué. Mais le Survivant refusait de se sentir coupable. McGonagall s'assit sur un des fauteuils en face du bureau.

- Harry, s'il te plait, calme-toi, tenta Albus.

- Non ! s'exclama l'adolescent. Je ne veux pas me calmer. J'ai été assez calme et patient jusque là. Vous allez m'écouter maintenant !

Dans un coin de son esprit, Harry savait qu'il allait trop loin, que son comportement était irrespectueux et injuste. Mais c'était comme si une digue s'était subitement rompue en lui et que les flots d'émotions qu'il tentait de canaliser depuis l'été dernier venaient de se libérer.

- J'ai perdu mes parents alors que je n'avais qu'un an. Je vis dans une famille qui me hait et voudrait me voir mort. J'ai sauvé la Pierre Philosophale à onze ans. A douze ans, j'ai tué un Basilique. A quatorze, j'ai affronté un dragon, assisté à la mort de Cédric, vu Voldemort être ressuscité et échappé de peu à la mort. D'un côté, on me traite de fou, de menteur. On dit que je ferais n'importe quoi pour attirer l'attention sur moi. De l'autre, on me garde dans le noir, on m'ignore et on me considère comme un gamin à protéger. Flash d'information : je ne suis pas un gamin ! Je ne suis même pas sûr de l'avoir été un jour. Il y a un sorcier complètement cinglé qui essaie de me tuer depuis que je suis né. Il est là dehors et personne n'a réussi à l'arrêter. Jusqu'à présent, j'ai survécu grâce à des coups de chance. Mais un jour, la roue va tourner. Je dois être prêt. Alors, plus de secret, plus de mystère. La seule chose que vous allez réussir à faire, c'est me faire tuer.

Il fit une pause pour reprendre son souffle et laisser le temps aux deux professeurs d'assimiler ce qu'il venait de dire. Ensuite, il croisa les bras sur sa poitrine et de la voix la plus calme et la plus dure qu'il put, il conclut :

- Je veux des réponses. Et je les veux maintenant.

Albus et Minerva échangèrent un regard et lurent la même chose dans le regard de l'autre : un mélange d'incrédulité et de fierté. Ils n'arrivaient pas à être en colère après Harry. Ils le regardaient et ils voyaient le sorcier qu'Harry allait devenir. Ils comprirent qu'ils ne pouvaient plus le protéger. Et surtout, qu'ils n'en avaient plus besoin. Albus savait que le moment qu'il avait tant attendu était arrivé. Il désigna le fauteuil libre au jeune homme :

- Assied-toi Harry. Cela va prendre du temps.

Dire qu'Harry était surpris était un euphémisme. Il s'était préparé à plus de résistance de la part de son mentor. Pourtant, il ne fit aucune remarque. Il s'assit et se força à respirer profondément pour calmer ses nerfs. Puis il écouta Dumbledore lui parler de ce que Voldemort voulait, de ce qui faisait de sa vie un enfer, ce qui avait conduit les parents de Neville à Sainte Mangouste, ce qui avait tué les siens et ce qui le liait à son pire ennemi : la prophétie. Une stupide prophétie dictée par Sybille Trelawney il y avait seize ans. Sûrement la seule qu'elle ait dite de sa vie. Une prophétie qui disait qu'aucun ne pourrait vivre tant que l'autre survivra… Cela confirma ce que le jeune sorcier avait deviné depuis longtemps. A la fin, ce serait seulement entre lui et Voldemort. S'il lui restait des bribes d'innocence avant, elles venaient de disparaître pour de bon.

µ

Eléana fixait les documents sans les voir à présent. Elle tentait de digérer ce qu'elle venait d'apprendre. Cela lui paraissait si irréel. Pourtant, cela répondait à tant de questions dont la plus importante : pourquoi elle ? Parce qu'elle était l'héritière de Salazar Serpentard. La seule avec Voldemort. La fin de l'arbre. Les dernières branches. Avec eux, s'éteindrait la lignée du fondateur. C'était pour cela qu'elle pouvait parler le fourchelangue. Ainsi, il y avait plus qu'un papier d'adoption qui la liait à son père. Ils partageaient le même sang, les mêmes origines.



Elle ne leva pas la tête quand la porte s'ouvrit. Elle n'arrivait pas à bouger. C'était comme si elle attendait d'avoir vraiment assimilé les informations. Elle les avait lues, les avait comprises, maintenant il fallait les accepter.

- Tu comprends maintenant. Tu es née pour faire de grande chose. Tu seras mon héritière.

Elle ne put empêcher le petit rire de franchir la barrière de ses lèvres. Il se mua en un fou rire qu'elle ne pouvait pas contrôler. Elle s'abandonna à cette étrange crise. Ce devait être les nerfs qui lâchaient. Après tout, qui aurait pu rester de marbre en apprenant tout cela ? Certainement pas elle. Son fou rire dura plusieurs minutes et la laissa pantelante. Elle s'essuya le coin des yeux et regarda son père :

- Juste une question : comment pourrais-je être ton héritière alors que tu ne meurs jamais. Je veux dire, pour donner un héritage, il faudrait déjà mourir. Et c'est un peu comme si tu avais neuf vies, comme un chat.

- Sept. Mais il ne m'en reste plus que cinq à présent.

Elle hoqueta en le fixant. Il était sérieux. Oh Merlin, il était sérieux ! Elle se leva brusquement et s'éloigna. Il referma la porte derrière lui et s'assit dans un fauteuil. Il lui désigna celui qu'elle venait de quitter :

- Assieds-toi.

Hébétée, elle obéit. Cela ne pouvait pas être possible. Personne ne pouvait avoir plusieurs vies. Elle écouta avec une étrange fascination son père lui parler des Horcruxes, ces objets renfermant une partie de son âme et disséminés à travers le monde sorcier. Il ne lui dit pas exactement quels étaient ces objets, juste qu'il l'empêchait de mourir. Exactement comme les neuf vies des chats. Sauf qu'en les créant, il avait divisé son âme en plusieurs morceaux. Et c'était cela, comprit-elle, qui avait fait de lui le monstre en face d'elle. A la fin du récit, une autre réalisation la frappa : elle ne partirait jamais d'ici. Jamais il ne prendrait le risque de dévoiler ses secrets.

- Et maintenant ? demanda-t-elle d'une voix blanche.

Il sourit et elle sentit un frisson glacé lui parcourir la colonne vertébrale. Il répondit :

- Tout d'abord, il y a quelque chose que je dois récupérer au Ministère. Et pour cela, Harry va m'aider. Ce sera la dernière chose qu'il fera de sa vie. Puis, comme tu l'as si bien fait remarquer, il faut que tu me survives pour pouvoir être mon héritière.

Elle commença à secouer la tête. Elle n'avait pas peur pour Harry. Il ne se laisserait pas piéger. Et il faudrait qu'il arrive à sortir de Poudlard, ce que Dumbledore n'autorisera jamais. Elle avait confiance en l'adolescent. Non, ce qui la terrifiait était ce qu'il impliquait. Car elle ne voyait qu'un seul moyen pour qu'elle lui survive. Elle sentit une main froide lui caresser la joue et lui relever la tête jusqu'à ce qu'elle fixe les yeux démoniaques de son père. Avec un sourire, il lui dit :

- Il est temps que tu ais tes propres Horcruxes, ma fille.

Il se leva et la laisser planter dans son fauteuil, à fixer le vide. La porte se referma et elle se retrouva seule. Les larmes coulèrent sur ses joues et elle ne fit rien pour les chasser. Elle savait déjà qu'elle n'avait aucun moyen de s'enfuir. Rien ne pourrait empêcher Voldemort de mettre son plan à exécution. S'il parvenait à ses fins au Ministère, il reviendrait et lui arracherait son âme, faisant d'elle un monstre à son image. Et rien ne pourrait l'en empêcher.


à suivre...