Titre original : The Courtship of Harry Potter, by Diana Williams

Disclaimer : Rien ne m'appartient, et je ne pense pas que ça change… Par contre, j'ai l'autorisation de faire joujou avec cette fiction anglaise, et Diana a été bien gentille de me l'accorder.

IMPORTANT :

Merci à tous mes reviewers ! Vous m'avez donné la force de faire le deuil de mon PC (j'aurais quand même la peau du service après-vente)... La publication reprend donc, et grâce aux magnifiques reviews que j'ai eu tout au long du mois. J'avais tellement honte de vous avoir abandonné que j'ai préféré traduire ce chapitre plutôt que de faire une sublime dissertation (oui, j'avoue, j'avais aussi la flemme d'ouvrir mes bouquins).

LJ (pour les infos sur mes fictions) : devilpops . livejournal . com (retirer les espaces)

Bonne lecture !

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Courtiser Harry Potter

Chapitre 10 - Parrains et Présents (Godfathers & Gifts)


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Quoi qu'il en soit, Harry ne fut pas surpris de recevoir le lendemain un hibou de Sirius lui proposant de passer chez Hagrid après les cours. Il soupira, se demandant de quelle manière il allait bien pouvoir expliquer la situation à son parrain, mais dans le même temps il espérait que Patmol aurait quelques conseils avisés à lui confier - par exemple, comment sortir d'un pareil pétrin.

Le demi-géant ouvrit la porte, son visage s'illuminant devant lui. « Harry ! Entre et installe-toi ! J'ai du thé qui n'attend que toi, et j'ai préparé des gâteaux tout à l'heure. » Dans un murmure audible de tous, il ajouta : « J'ai des choses à faire dehors, alors je vous laisse un peu d'intimité, à Black et toi. »

Le Gryffondor le remercia et s'approcha de l'âtre d'un pas hésitant. Instantanément, Sirius se leva de la chaise sur laquelle il patientait, l'étreignant avec force. Harry s'accrocha à son parrain un long moment. Cela lui faisait tellement plaisir de le voir à ses côtés qu'il se sentait prêt à laisser ses problèmes de côté, pour changer.

« Laisse-moi te regarder, » fit Patmol, retenant son filleul par les épaules. « Mon dieu, Harry, tu as tellement grandi ! Tu ressembles de plus en plus à ton père. »

« Tu as l'air en forme, toi aussi, » déclara le jeune homme. Il savait, de par leurs rencontres peu fréquentes, que Sirius vivait avec Remus lorsqu'il n'était pas chargé d'une mission par Dumbledore, et il était flagrant que son mode de vie lui plaisait. Il avait bien plus l'aspect du témoin de ses parents à leur mariage, et bien moins celui du criminel en fuite qu'il avait un jour été. « Comment va le professeur Lupin ? »

« Il se porte comme un charme. Il te passe le bonjour, et je lui dirais que tu t'es enquis de lui. » Il accorda son attention vers la théière, leur servant à chacun une tasse, avant de se rasseoir sur l'un des fauteuils près du feu. « Alors, c'est une année importante pour toi, hein ? »

Harry acquiesça. « Je crois que j'aurais mes ASPIC sans problèmes - Hermione nous force à travailler tous les soirs. »

Son interlocuteur hocha la tête : « Pas seulement ça, mais tu as également une décision cruciale à prendre concernant la personne que tu veux comme Eraste. »

L'adolescent recracha son thé à travers la pièce. « Quoi ? Tu es au courant ?! »

Sirius lui lança une oeillade interloquée. « Pourquoi ne le saurais-je pas ? C'est une tradition millénaire, n'est-ce pas ? J'ai moi-même été éromène. »

« Tu l'as été ? » glapit Harry.

« Bien sûr ! La plupart des vieilles familles de sang-pur suivait cette pratique. C'est une tradition. »

« Mon père aussi ? »

« Euh, non, » admit l'Animagus. « Mais à ce moment-là, il avait Lily, non ? Etant d'ascendance moldue, elle n'aurait pas réellement compris qu'il la fasse patienter trois ans avant le mariage. Et évidemment, Remus ne pouvait pas à cause du statut des loups-garous. Mais Peter l'a été. » Son expression s'assombrit à la mention de son traître d'ami d'enfance. « Il a été lié à MacNair, du ministère. »

« C'est probablement comme cela qu'il a croisé la route de Voldemort, » supposa Harry. « MacNair était Mangemort. »

Sirius le dévisagea d'un air éberlué puis, après un moment de réflexion, approuva. « ça ne m'étonnerait pas. J'ai toujours su que cet homme prenait son rôle de bourreau beaucoup trop à coeur. »

« Et pour toi ? » l'interrogea le jeune sorcier, curieux.

Un léger sourire vint incurver la bouche de son vis-à-vis. « Ah, eh bien le mien était Auror - mais tu ne le connaîs pas. Il m'a énormément soutenu lors de ma formation, m'a appris des techniques qui m'ont sauvé la vie à plusieurs reprises. C'était le bon temps... »

« Alors ça ne te gênait pas, le... tu-sais-quoi ? »

« Le sexe ? » Il lui lança un regard empreint d'amusement. « Harry, j'ai perdu ma virginité à quinze ans, et j'ai couru derrière tout ce qui bougeait. Geoff était un bon ami - et un excellent professeur. Je ne regrette pas une seconde passée avec lui. »

« Alors que s'est-il passé ? S'il était un si bon ami, pourquoi n'a-t-il pas tenté de t'aider lors de ton arrestation ? »

Sirius soupira et s'affala sur le dos de sa chaise. « Il a été tué lors d'un raid de Mangemorts six mois avant l'assassinat de tes parents. »

« Oh. » Harry n'avait pas la moindre idée de ce qu'il était censé répondre à cela.

« Il me manque toujours autant, » révéla le Maraudeur, avant de reprendre plus brusquement : « Assez parlé de moi. Je présume que tu as déjà appris quelques notions sur le Rite des Erastes. »

L'étudiant hocha la tête. « Hermione m'a déniché un livre. »

Son parrain sourit d'un air nostalgique. « Le Rite des Erastes : Ce Que Chaque Eromène Devrait Savoir, » devina-t-il. « Un super bouquin. J'avais presque usé mon exemplaire, à l'époque. »

Harry prit une teinte écarlate, peu sûr de vouloir s'imaginer l'ami de son père en train de s'épancher sur les images explicites présentes à la fin de l'ouvrage. « Hum, ouais. »

Il pouvait sentir la brûlure du regard de Sirius sur lui. « Harry, tu es vierge ? » Il acquiesça alors, trop embarrassé pour répondre. « Pas de quoi avoir honte, mon gars. On doit juste s'assurer que tu tomberas sur le bon type de personne, sur celui qui saura prendre soin de toi. »

Le Survivant fronça des sourcils à cette suggestion, pas certain d'apprécier l'idée de quelqu'un 'prenant soin de lui'. D'un coté, il serait agréable de pouvoir partager un certain nombre de fardeau avec une autre personne. Mais de l'autre, il s'était suffi à lui-même depuis sa plus tendre enfance, et il répugnait à se voir sous la férule de quelqu'un d'autre. « J'ai déjà eu deux Propositions. »

Le visage de Sirius s'éclaira soudainement. « Deux, déjà ? Je savais que tu serais populaire, Harry. De qui viennent-elles ? »

« Euh, la première est celle du Professeur Spindley-Worme. Le professeur de Défense contre les forces du mal... »

Absorbé dans ses pensées, le dernier des Black haussa des sourcils. « Hum. Eh bien, la famille Worme n'est pas mal lotie - elle remonte à Guillaume le Conquérant et tout. Ne t'attache pas au trait d'union de son nom, cependant. La rumeur dit que sa grand-mère - Lucinda Spindley je crois - avait la dent tellement dure sur les affaires de son mari que le vieux bonhomme ne pouvait pas éternuer sans sa permission. A quoi il ressemble, lui ? »

Le Gryffondor haussa les épaules. « Ce n'est pas un mauvais prof, il est de Beauxbâtons - »

« Ce n'est pas ce à quoi je pensais, tu sais. »

« Oh ! Euh, je pense qu'il est plutôt séduisant, et il a l'air très sympathique, » commenta vaguement Harry, avant de préciser, « Il en connaît un rayon côté Quidditch. Nous avons eu une discussion intéressante, l'autre nuit. »

« Seuls ? » s'enquit vivement Sirius.

« Non, le professeur McGonagall nous a chaperonné. »

« Bien, » approuva-t-il. « Je vais faire quelques recherches, voir ce que je peux dénicher sur ce type. Pendant ce temps, assure-toi qu'il suit les règles. Pas de mains baladeuses ou de baisers doux avant de savoir ce qu'il compte te proposer. » Harry rougit imperceptiblement ; son parrain le questionna, grognant de manière menaçante : « Tu ne l'as pas laissé te tripoter, hein ? »

« Pas vraiment, » répondit-t-il avec précipitation. « Il a baisé ma main, c'est tout. Et le professeur McGonagall l'a sermonné pour ça. »

« Alors tout va bien. »

Harry préféra ne pas indiquer à son parrain qu'il avait embrassé Severus Snape sur la joue ; en fait, il espérait que Sirius ait oublié l'autre prétendant. Malheureusement pour lui, ce ne fut pas le cas.

« Qui est le second ? »

Le jeune homme bafouilla, provoquant un froncement de sourcil chez son interlocuteur. « Parle plus fort. Je ne comprends pas un mot de ce que tu me marmonnes. »

Harry soupira. « Le professeur Snape. »

« Quoi ?! » Sirius jaillit de son siège, le visage livide et les poings serrés. « Comment ce bâtard graisseux ose poser la main sur toi !? »

« Euh, Sirius, il ne l'a pas fait, » fit remarquer son filleul. « Il me Courtise, tout comme Max. »

« Max, » répéta l'autre d'un ton suspicieux. « Qui est ce foutu Max ? J'ai cru que tu m'avais parlé de deux offres, pas trois. »

« Le professeur Spindley-Worme, » dévoila Harry en roulant des yeux. « C'est son prénom. »

« Et qui t'a autorisé à l'appeler par son prénom ? »

« Lui, » répliqua derechef le Gryffondor. « Et qui plus est, ils m'ont tous les deux permis d'utiliser leur prénom. »

« J'aimerais savoir où Snape a dégotté l'idée qu'il a le droit de te Courtiser, et encore plus celle de te demander d'être familier avec lui, » aboya d'un ton rogue son parrain.

« Il dispose de toutes les qualifications nécessaires, » protesta Harry. « Il me connaît, a fait sa demande en respect avec la tradition, et il s'est comporté en parfait gentleman à notre rendez-vous. Le directeur faisait office de chaperon. » Il passa sous silence le fait que Dumbledore s'était absenté pendant au moins un quart d'heure. « Hermione m'a appris que les Snape restent l'une des plus vieilles familles de Grande Bretagne. »

« C'est un Mangemort et un mage noir. »

« Il a été Mangemort, » répliqua le jeune homme avec patience. « Puis il s'est mis à espionner pour le compte de Dumbledore. Et il a failli se faire tuer il y a deux ans, lorsque Voldemort est revenu. Il ne peut même pas quitter Poudlard aujourd'hui, à cause de ça. »

Sirius lui adressa un rictus. « Harry, on pourrait croire à t'entendre que tu l'apprécies. »

L'intéressé fit un signe de l'épaule. « Je n'en sais rien. Ce que je veux dire par là, c'est qu'il n'est pas très agréable et encore moins mignon. Mais il est extrêmement intelligent, et je pense que c'est un type bien. » Il marqua un temps d'hésitation. « Sirius, tu savais qu'il était ami avec maman ? »

Sirius exhala une bouffée d'air. « Je n'ai pas eu la chance de l'ignorer. Elle était à Serdaigle, et ils étaient répartis avec les Serpentard pour plusieurs cours. Lily et Snape étaient presque toujours partenaires. Même après qu'elle sorte avec James, en cinquième année, elle étudiait avec Servilus quasiment tous les soirs. Elle prenait constamment sa défense et a refusé de me parler pendant plus d'un mois après - hum - »

Avec tact, Harry ignora la référence faite de l'incident de la Cabane Hurlante. « Il m'a offert une carte postale qu'elle lui avait envoyé de Corfou. »

Patmol eut un sourire mélancolique. « C'était l'été après notre sixième année, » se souvint-il. « Je me souviens des lettres qu'elle adressait à James, et des photos aussi. »

Le Survivant éprouva de la peine pour Snape ; s'il s'agissait de l'été de leur sixième année, il n'a probablement pas pu accompagner Lily en Egypte lors d'un autre voyage. L'été suivant, il était lié par contrat à Voldemort.

« Sirius, tu ne vas pas m'interdire de le voir, hein ? » demanda-t-il.

« Je ne peux pas, » soupira Black. « Ça ne veut pas dire que je suis censé sauté de joie, malgré tout. Et j'aimerais te rappeler que le fait que ces deux-là te Courtisent ne veut pas dire que tu dois obligatoirement choisir l'un d'entre eux. Je suis persuadé que tu peux trouver mieux et que, passé cet été, tu auras un panel beaucoup plus large de prétendants. »

« C'est ce que je crains, » avoua Potter, dans un soupir. « Des tas de gens après moi pour ce que je suis - le Survivant- et pas pour qui je suis. »

« Harry, ce n'est pas comme si l'on parlait de ton âme soeur, de l'amour de ta vie, » énonça Sirius, pris par surprise par l'accablement audible chez son filleul.

Ce dernier renifla dédaigneusement. « Tu as raison. Ce n'est pas comme si j'étais autorisé à tomber amoureux de la personne de mon choix, hein ? »

L'Animagus cligna des yeux en regardant son interlocuteur, avant d'avancer avec précaution : « Y-a-t-il quoi que ce soit dont tu veuilles me parler, Harry ? »

Le jeune homme lui lança un coup d'oeil hésitant, avant de souffler bruyamment. « Je crois - non, en fait, je suis certain d'aimer les garçons plus que les filles. »

« Vraiment certain ? D'après ce que j'ai compris, tu n'as pas d'expérience dans l'un ou l'autre domaine, alors comment peux-tu en être sûr ? »

« Parce que regarder des gars m'excite et que ce n'est pas le cas avec les filles ? » rétorqua sarcastiquement le concerné.

« Harry, ce n'est pas la fin du monde, » l'interrompit Patmol, se rapprochant de lui pour l'enlacer. « Il n'y a pas énormément de sorciers qui aiment les hommes, mais il y en a quelques uns, sans compter les Moldus. Tu es jeune et je reste persuadé que tu trouveras chaussure à ton pied, alors pense à cette lubie des Erastes comme à de l'entraînement. »

Le Gryffondor enfouit son visage dans la chemise de son parrain, avant de l'interroger : « Je doute qu'il y ait des chances pour que j'oublie toute cette masquarade ? »

« Très peu, » admit Sirius avec reluctance, « étant donné qui tu es. Mais si tu le souhaites, je trouverais un moyen. Je te le promets. »

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Le samedi suivant, les présents commencèrent à arriver. Ceux de Malfoy, en tout cas. Seamus prit l'habitude de les tenir informés du contenu des paquets ainsi que de leur nombre exorbitant, ce qui dégoûtait singulièrement Ron et amusait le reste des Gryffondor, Harry excepté. Il était bien trop occupé à essayer de ne pas penser aux cadeaux que ses propres 'courtisans' allaient envoyer.

C'est au cours du déjeuner qu'Harry aperçut un hibou se diriger vers la table des Gryffondor, un paquet à l'aspect étrangement familier attaché à ses pattes. A vrai dire, il en avait reçu un similaire lorsqu'il était en première année. L'oiseau délivra son colis au dessus de sa tête et Harry l'attrapa, avant de le déposer sur la table.

« Qui l'a envoyé ? » s'enquit Seamus, les yeux caressant sur toute sa longueur le balai enveloppé.

Ron renifla. « Comme si Snape allait envoyer un balai à Harry. »

L'intéressé trouva la carte qui accompagnait le paquet et la déchiffra rapidement. « C'est du Professeur Max. Je vous ai dit que nous avions parlé de Quidditch, de balais et de trucs comme ça, vous vous souvenez ? Il m'avait appris qu'un de ses amis travaillait pour un des fabricants, et il a pensé que ce présent me plairait. »

« Alors, tu ne comptes pas l'ouvrir ? » s'impatienta Dean.

Harry lança un grand sourire et fourra la carte dans sa poche, avant de déchirer le papier cadeau. Un silence de mort s'abattit au bout de la table tandis que chacun fixait le balai de course qui trônait là.

« Je n'en avais encore jamais vu de pareil, » souffla Ron, ses yeux courant le long de l'engin à la ligne pure et élégante, du bout de sa poignée aux extrémités aérodynamiques.

« Moi si, » déclara Seamus, une pointe de respect dans la voix. « Un des joueurs de l'équipe irlandaise en a un fait sur commande, qui ressemble exactement à celui-ci. Enfin, sauf pour ça. »

'Ça' correspondait à la place où était habituellement placé le logo. Mais dans le cas présent, un éclair stylisé avait été gravé, encadré d'un 'H' et d'un 'P'.

« Ouah ! » s'enthousiasma Ron, prenant conscience de la signification du design personnalisé. « Si j'avais su que le professeur avait des amis de ce genre, je l'aurais supplié de me Courtiser. »

Ce qui eut pour résultat de faire rire tout le monde, relâchant ainsi l'atmosphère plutôt tendue jusque là. « Harry, tu as l'intention de l'essayer ? » l'interrogea Neville.

« C'est une idée foutrement brillante, ça, » appuya le rouquin. « Le terrain doit être libre en ce moment. Harry ? »

Le Survivant avait du mal à lâcher le balai du regard, et il éprouva soudain le besoin absolu de voler avec, plus que toute autre chose au monde. Il leva les yeux vers Ron, souriant. « Allons-y ! »

La troupe des Gryffondor se précipita vers les portes, en riant et bavardant avec excitation, ne laissant derrière eux que le papier qui recouvrait le balai… sans oublier Hermione. Celle-ci était restée silencieuse tout au long de la conversation passionnée qui avait précédé, et une ride pensive ornait son visage alors qu'elle observait la sortie de ses amis.

« Miss Granger. »

Surprise, Hermione releva la tête pour découvrir le professeur Snape debout près de la table, l'air irrité, comme s'il avait eu à l'interpeller plus d'une fois. Ou peut-être était-ce simplement sa mauvaise humeur habituelle. « Professeur ! Désolée, j'étais en train de réfléchir. »

« C'est étonnant, » commenta froidement Severus.

La Gryffondor remarqua que le maître de potions tenait entre ses mains une boîte ; un mauvais pressentiment parcourut alors son corps. « Etes-vous à la recherche d'Harry ? Il vient juste de sortir... » Elle laissa traîner la fin de sa phrase, peu désireuse d'avouer à Snape le fait que son ami venait juste de partir en s'accrochant au cadeau de son rival.

Son interlocuteur haussa les sourcils dans sa direction, et Hermione prit une jolie teinte pivoine en réalisant qu'il devait avoir assisté à toute la scène. « Je l'ai bien constaté. Si cela ne vous pose pas d'inconvénient, voudriez-vous remettre ceci à M. Potter à son retour ? »

La jeune femme prit délicatement la boîte avant de la contempler avec curiosité. Visiblement, elle contenait des douzaines de lettres, et Hermione comprit en un éclair ce dont il s'agissait. Elle dirigea son regard incrédule vers Snape, étrangement touchée par son geste. « Monsieur, je suis sûre qu'Harry les adorera, » déclara-t-elle chaleureusement. « C'est très gentil de votre part. »

Le professeur la récompensa d'un rictus. « Très franchement, Miss Granger, il n'y a aucune raison de m'insulter en usant de si beaux sentiments. Elles traînaient ça et là dans mes appartements. Je suis content de m'en débarrasser.»

Hermione se mordit les lèvres, empêchant un sourire de fleurir. Chacune des lettres semblait parfaitement conservée, ce qui signifiait qu'une personne avait dû en prendre grand soin. « Bien sûr, professeur, » poursuivit-elle, impassible. « Je me charge de les remettre à Harry dès qu'il rentrera. »

Snape opina et retourna à grands pas vers la table des professeurs, les pans de sa robe virevoltant dans son dos. Hermione Granger le jaugea du regard quelques minutes, avant de se décider à emmener le précieux coffret en sûreté dans sa chambre.

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Harry pénétra dans la salle commune de Gryffondor, appréciant la chaleur du feu de cheminée. Il avait passé la majeure part des trois dernières heures sur le terrain, à tester son nouveau balai mais aussi à le laisser entre les mains de ses amis. Il sourit en se remémorant le regard de braise de Ron lorsqu'il lui offrit le premier tour, et le fait que son meilleur ami n'avait pas pipé mot après s'être posé, remettant l'engin à la personne suivante. Seamus et Dean avaient été tout aussi enthousiastes, et même si Neville avait poliment décliné l'offre, il s'était incontestablement amusé à observer le spectacle qu'offrait les autres garçons. Madame Bibine les avait rejoints à la fin alors qu'elle s'apprêtait à chaperonner l'entraînement des Serdaigle, et avait également encensé les qualités de son nouveau balai.

Max - le professeur Max - avait été merveilleux de s'être autant soucié de lui. Le Survivant n'avait qu'une vague idée du coût d'un pareil objet, le comparant à celui de ses précédents balais, mais Seamus lui avait expliqué qu'il ne s'agissait pas uniquement du prix. Obtenir d'un constructeur qu'il produise un balai sur mesure était littéralement impossible, à moins d'être une superstar du Quidditch courtisée par les sponsors. Il supposa, avec un cynisme qu'il avait développé ces six dernières années, que le fabricant allait rentabiliser son action en se faisant une joie d'annoncer publiquement qu'il avait offert au pire cauchemar de Voldemort un de ses produits, mais ça n'en restait pas moins un geste très généreux.

« Comment c'était ? »

Harry se retourna pour découvrir Hermione roulée en boule sur l'une des chaises voisines de l'âtre, une boîte sur les genoux. Il lui offrit un sourire resplendissant : « C'était sensationnel ! Je n'ai jamais volé aussi vite, et la façon dont il obéit aux commandes, on aurait cru qu'il lisait dans mon esprit. »

« ça a l'air fantastique, » déclara la jeune femme. « Les autres ne sont pas rentrés avec toi ? »

« Ils étaient frigorifiés alors ils ont préféré passer dans la Grande Salle, histoire de voir s'ils pouvaient persuader un elfe de maison de leur donner du chocolat chaud. » Il fit un signe vers ce qu'elle tenait maintenant entre les mains. « De quoi il s'agit ? Encore une campagne de badges ? »

Elle lui tendit la fameuse boîte : « Le professeur Snape m'a demandé de te la remettre. »

Se souvenant alors de son second Prétendant, le Gryffondor fut piqué par la curiosité : qu'avait donc choisi Severus Snape à son attention ? Harry posa soigneusement son balai contre un mur, et s'empara de la boîte. Elle était ouverte, presque deux fois plus grosse qu'un carton à chaussures, et elle semblait pleine d'enveloppes. Il s'assit par terre, le coffret posé contre lui, avant d'en sortir une première lettre. Une subtile sensation de magie l'effleura alors, liée au parchemin, et il eut un pressentiment soudain quant à son contenu. Les mains légèrement tremblantes, il déplia la feuille et reconnut l'écriture, semblable à celle de la carte postale. L'en-tête - « Cher Sev » et la signature confirmèrent qu'il s'agissait effectivement de la correspondance qu'entretenait sa mère avec Snape. Tendrement, précautionneusement, il rangea la missive dans son enveloppe, afin de la lire plus tard en privé, et s'aperçut que chacun des plis avait été récemment daté par une main masculine. Une inspection approfondie lui confirma que l'ajout des dates n'était pas ancien ; estimant le nombre de lettres comme étant proche d'une cinquantaine, l'idée du temps qu'on avait dû passer à les classer et à les annoter le frappa.

« Elles viennent de ta mère, n'est-ce pas ? » s'enquit délicatement Hermione. Harry hocha la tête, se mordant la lèvre devant l'émotion qui le submergeait. « Il doit l'avoir réellement aimé, pour avoir pris tant de précautions et les avoir conservées si longtemps. »

« Il m'a dit qu'il l'aimait - pas dans le sens romantique, mais comme sa meilleure amie, » révéla doucement le jeune homme, ses doigts parcourant l'ensemble des documents. Il entrevit une lueur au fin fond de la boîte, fronçant alors les sourcils : « Attends, il y a encore autre chose.» Avec soin, il déplaça la pile de parchemins sur le sol, et contempla d'un air ébahi sa trouvaille. Il s'agissait visiblement d'une photographie prise par un sorcier lors du mariage de ses parents, et qui avait cette fois-ci pour modèle la famille de sa mère. Il reconnut tante Pétunia dans le coin, ruminant sa mauvaise humeur devant l'appareil, et les lèvres de Harry s'étirèrent en songeant à l'état lamentable dans lequel elle semblait être. Un couple plus âgé posait derrière Lily, rayonnant de joie : sans doute ses grands-parents maternels, morts peu après sa naissance. Comme ils paraissaient heureux et fiers, se dit-il, souhaitant avoir pu les connaître.

De l'autre côté se trouvait Snape, la main de la mariée posée contre son bras. Harry était stupéfié par l'apparence tout à fait acceptable de son professeur de potions, loin de l'horrible avorton que son parrain lui avait décrit. Bien sûr, ses traits étaient bien trop durs pour être qualifiés de beaux, mais un je-ne-sais-quoi lui donnait un air spécial. Et lorsqu'il regardait Lily, une lumière venait adoucir son expression, le rendant presque abordable. Bien entendu, un moment plus tard le jeune Serpentard lança une oeillade meurtrière à son futur élève, se renfrognant comme pour dire « Qui dévisagez-vous de la sorte, Potter ? », et Harry ne put retenir un ricanement.

Il jeta un coup d'oeil au verso de l'image, où une inscription s'adressait « A mon frère honoraire, Severus. Faites qu'un jour tu sois aussi épanoui que je le suis aujourd'hui. » Clignant des paupières pour refouler ses larmes, il passa la photo à Hermione et découvrit, à sa grande surprise, qu'il restait quelque chose dans la boîte.

Le manuscrit avait pour titre « Enchantements à travers les siècles », avec inscrit au dessous la mention « par Lily Evans Potter ». Soigneux, il entrouvrit le dossier et survola les pages, remarquant les corrections et commentaires occasionnels écrits à l'encre rouge par Snape. A la fin de l'ouvrage, Snape avait griffonné : « Globalement, une oeuvre bien bouclée, et qui va sans aucun doute rendre ton nom célèbre au sein de la communauté sorcière. Bien joué, Lily. »

Les larmes qu'il avaient jusqu'à présent retenues s'écoulèrent, l'une d'elles s'étalant sur la couverture. Il se frotta les yeux à l'aide de sa manche, avant d'essuyer le manuscrit ; il craignait de l'abîmer, même s'il supposait que le professeur Snape avait lancé un charme de préservation sur l'ouvrage.

« Harry? » La voix de Hermione laissait transparaître son inquiétude.

« Depuis mon arrivée à Poudlard, » commença Harry, la gorge nouée par l'émotion, « j'ai entendu des anecdotes sur mon père. Quel bon joueur de Quidditch il était, quel élève prodigieux il faisait, son rôle de Préfet en chef. Sirius parle constamment de lui, de leurs exploits, de leurs mauvais coups. Même le directeur m'en parle, mais personne ne s'est jamais préoccupé de m'informer au sujet de ma mère, si ce n'est qu'elle avait été Préfère en chef et qu'elle nous adorait, mon père et moi. Tante Pétunia ne veut même pas prononcer son nom, et je n'ai aucun souvenir de mes grands-parents Evans. J'ai juste - j'ai toujours voulu... non, j'ai toujours eu besoin d'en apprendre plus sur elle que le fait qu'elle était belle et intelligente, et voilà que Snape... » Il s'interrompit, amenant de nouveau sa manche devant ses yeux.

« Je comprends, » assura Hermione simplement, lui remettant la photo.

Son ami la rangea dans la boîte, au dessus du livre, avant d'y ajouter les lettres. « Je - Je monte dans le dortoir. Si Ron et les autres reviennent, tu peux leur dire que j'ai besoin d'un petit instant de solitude ? »

La brunette fit un signe d'assentiment, tandis que le Gryffondor gravissait les marches qui menaient à la chambre des septième année. Il grimpa dans son lit, refermant les rideaux et jetant un sort d'intimité autour de lui. Il ressortit la photo de noces, la déposa sur le lit devant lui, puis dénicha la première lettre, en date de « Noël, 1971 », s'apprêtant ainsi à faire connaissance avec sa mère.

En bas, restée dans la salle commune, Hermione contempla le balai de course flambant neuf adossé au mur contre lequel Harry l'avait laissé, et esquissa un sourire.