Titre original : The Courtship of Harry Potter, by Diana Williams.

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Courtiser Harry Potter

Chapitre 13 - Négociations


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Harry fournit le mot de passe à la Grosse dame avant d'entrer dans la salle commune, riant encore de la blague que venait de lancer son meilleur ami. La journée avait été splendide. Le printemps s'était installé tôt cette année, et les senteurs de végétaux en pleine croissance revivifiaient l'atmosphère. Ron était de très bon poil depuis l'augmentation sensible de son argent de poche à son anniversaire, et ce grâce aux jumeaux Weasley dont les affaires prospéraient. Ils avaient visité toutes les boutiques de Pré-au-lard, avant de faire halte aux Trois Balais pour une Bièraubeurre ; en résumé, Harry se sentait bien dans sa peau aujourd'hui, en tout cas bien mieux que ces derniers jours.

La semaine avait été particulièrement éreintante. Malfoy avait d'hors et déjà reçu ses contrats potentiels et s'en rengorgeait en public, surtout lorsque Ron ou Harry se trouvaient dans les parages. Le Gryffondor, lui, n'avait encore rien réceptionné, et ne savait pas s'il devait s'en réjouir... A chaque fois qu'un hibou s'engouffrait dans la Grande Salle, la plupart des élèves de Poudlard le scrutaient attentivement pour découvrir s'il s'agissait d'un courrier à son intention ; on aurait dit qu'il constituait une véritable attraction de fête foraine, encore plus qu'habituellement. En défense contre les forces du mal, le favoritisme du professeur Max était plus flagrant que jamais, à un point tel que Harry souhaitait se cacher sous son bureau afin de dissimuler son embarras. Ses camarades rouge et or étaient excédés par ce traitement spécial, lui jetant des oeillades noires tandis que Max lui attribuait des points immérités, ce qui rendait la situation bien plus pénible.

Accoutumé à haïr les cours de potions, Harry avait malgré tout été considérablement affecté par la manière dont se déroulait désormais cette classe. Le professeur Snape ne s'en prenait plus à lui, mais il ne lui avait pas adressé la parole ni même regardé. Lorsqu'il avait par mégarde fait exploser son chaudron, éclaboussant ainsi la moitié des Gryffondor avec une potion et les couvrant d'urticaire violet, Snape n'avait pas réagi en hurlant et en lui retirant un nombre considérable de points. Le maître l'avait complètement ignoré, comme si sa cape d'invisibilité le masquait à son regard, quoi qu'il dise ou fasse. Et étant donné que Harry rêvait toutes les nuits de ce baiser dans les escaliers, le comportement de Severus Snape le mettait hors de lui.

Le fait que Ron ignorait tout de la situation n'aidait pas, et encore moins la façon dont l'observait Hermione, comme si elle s'attendait à tout instant qu'il s'effondre. Aujourd'hui, ses amis s'étaient tous deux relaxés et comportés normalement, se titillant mutuellement : la trêve avait été accueillie à bras ouverts par le Survivant. Ils avaient tous eu besoin de s'échapper à Pré-au-Lard, le temps d'une sortie.

« Ron, tu es tellement bête, » déclara Hermione, le ton empli d'affection.

« Et pourtant tu aimes le - Professeur McGonagall ! »

Harry et Hermione se tournèrent simultanément, pris par surprise par l'exclamation du roux, et croisèrent le regard de leur directrice de maison, debout dans la salle commune ; visiblement, elle les avait attendu. Amusée, l'écossaise haussa un sourcil :

« Je suis ravie de l'apprendre, M. Weasley, » affirma-t-elle ironiquement, et Ron tourna à l'écarlate en se rendant compte de l'ambiguïté de ses propos. « Mais rassurez-vous, mon coeur est déjà pris. » Elle se dirigea alors vers Harry pour lui présenter un rouleau de parchemin, un large sceau protégeant son contenu de toute attention indiscrète. « M. Potter, ceci vous appartient. »

Le brun déglutit et s'empara du message. « C'est de la part du professeur Spindley-Worme ? »

Elle acquiesça. « Vous avez trois semaines pour étudier ses propositions. Si vous souhaitez discuter de n'importe quel des termes du contrat, n'hésitez pas à venir me voir. »

Il fit un signe d'assentiment et abaissa son regard vers le parchemin roulé dans sa main, le scrutant longtemps après le départ de son professeur de Métamorphose.

« Harry ? » Il redressa la tête pour voir qu'Hermione le dévisageait avec inquiétude. « Est-ce que tu veux qu'on te laisse seul un moment ? » Il opina, reconnaissant, et elle agrippa déréchef la main de son petit ami. « Viens, Ron. » Ce dernier parût sur le point de vouloir protester, mais elle l'embrassa tout en le poussant vers les escaliers. « Allez, viens ! »

« Ah ! » s'exclama le rouquin, comprenant soudainement. Il se laissa diriger par la jeune femme, montant les marches à sa suite. « A plus tard, mon vieux. »

L'attention du septième année se fixa de nouveau sur le contrat ; il songea à s'enfermer dans son dortoir afin d'en connaître les clauses, mais bizarrement, cette idée le révulsait. La salle commune était déserte, ses camarades profitant toujours de la journée ensoleillée ; il s'installa dans un fauteuil et brisa le sceau.

Une heure plus tard, après l'avoir lu à trois reprises, il comprit qu'il se trouvait face à un problème.


Hermione termina sa seconde lecture du rouleau, et le confia silencieusement à Ron. Harry, qui faisait les quatre cents pas devant le foyer de la cheminée depuis une bonne demi-heure, s'interrompit pour se tourner vers elle.

« Alors ? »

Hermione prit une profonde inspiration, avant de prononcer sa sentence. « C'est un très bon contrat, » admit-elle.

« Très bon ? » s'indigna Ron, parcourant rapidement le texte. « C'est tout simplement hallucinant ! »

« Presque trop beau pour être vrai, » nuança la brunette.

Le brun fit courir sa main dans ses cheveux, accroissant leur désordre habituel. « Vous avez vu la lettre de Sirius. Il a fait son enquête sur Max et dit qu'il n'a rien de louche. »

« Un recrutement dans l'équipe nationale anglaise, après une évaluation de tes capacités, comme Attrapeur remplaçant, » cita le jeune Weasley, « ou une place en tant qu'Attrapeur des Comètes du Cheshire sans test préalable. Un appartement meublé à Londres, disposant de la connection à la Cheminette et d'un elfe de maison à ton service, » - sur ce point, le roux lança un coup d'oeil discret à Hermione, qui fronçait les sourcils, avant d'arborer un petit rictus moqueur - « l'automobile moldue de ton choix. Des gardes du corps. Un équipement de Quidditch renouvelé chaque année, cadeau des Magasins Quiggles. Une maison de campagne, comprenant un terrain privé de Quidditch, pour la saison morte. Une émission hebdomadaire sur la RYTM, dans laquelle tu intervieweras d'autres joueurs - c'est le succès assuré. Et apparemment, il a l'air raisonnable en ce qui concerne... l'autre sujet. Des chambres séparées, possibilité d'avoir autant d'amants que tu le souhaites, et pas d'attaches sentimentales à la fin. »

« Il réclame quinze pourcents, » lui rappela Hermione.

« Mais pour les produits commerciaux uniquement, » précisa l'autre. « C'est plus que raisonnable, étant donné qu'il prend en charge les frais d'aménagement et de personnel. Il ne touche pas à la paye de Harry. » Il reposa le contrat. « Accepte les quinze pourcents, Harry, mais n'oublie pas d'ajouter que tu as un droit de veto sur le type de produits mis en vente. Il ne faudrait pas que ton nom apparaisse sur des trucs ringards ou vulgaires. Oh ! Et concernant la partie où il souhaite que tu l'accompagnes lors de sorties officielles, fais-lui aussi spécifier le genre de sorties. Des soirées de gala au ministère, bien sûr, mais qu'il ne s'attende pas à ce qu'il t'exhibes toutes les nuits dehors. Ça n'irait pas du tout avec ton planning d'entraînement professionnel, et mieux vaut ne pas prendre le risque d'être la bête noire de ton coach parce que Max aime faire la fête. Et pas d'apparitions débiles, du style faire la promotion de nouveaux magasins. C'est du boulot d'amateur. »

Le Survivant ne put retenir un sourire. « Peut-être que je devrais faire de toi mon manager, » le taquina-t-il. « A t'entendre, tu t'en sortirais mieux que moi dans ce genre de négociations. »

Son ami haussa l'épaule : « C'est une question de stratégie, vieux. »

« Est-ce que tu comptes accepter, Harry ? » demanda Hermione, anxieuse.

« Je n'en sais rien, » avoua-t-il, reportant son regard vers l'âtre afin de camoufler la rougeur soudaine de ses joues. « Snape ne m'a pas encore envoyé sa proposition. »

Ron renifla dédaigneusement. « J'aimerais voir le foutu professeur Snape ressortir avec un truc à moitié aussi avantageux. » Il enroula le parchemin et le tendit à Harry. « Je ne sais toujours pas quoi penser de cette affaire, mais ça m'a l'air d'une bonne offre. Tu aimes le Quidditch, tu y excelles, et s'il peut t'avoir une place en sélection nationale... » Il esquissa un signe vague de l'épaule.

« Ne te précipite pas, » intervint la jeune sorcière. « Si tu souhaites jouer professionnellement au Quidditch, tu peux trouver par toi-même une équipe. »

« Une équipe de seconde zone, oui, » rétorqua son petit-ami. « Mais pas en national. Il faut attendre des années avant de pouvoir tirer ton épingle du jeu, pour ça. »

« Et peut-être qu'il vaut mieux prendre son temps, dans ce cas, » argumenta la brunette. « Le Quidditch professionnel est bien plus brutal que celui exercé dans le cadre de l'école. Imagine qu'il se blesse lors de sa première année ? »

« Il aura toujours eu la possibilité de jouer dans une équipe pro. »

« Il ne devrait pas avoir à coucher avec quelqu'un uniquement pour jouer au Quidditch, » objecta Hermione.

« Eh ! Je croyais que c'était toi qui trouvait cette tradition merveilleuse, » releva Ron, irrité. « Maintenant, tu es réticente en ce qui concerne le fait de se faire sodomiser ? »

Son interlocutrice rougit. « Je pense simplement qu'Harry devrait réfléchir calmement avant de prendre une décision. Il a trois semaines pour, après tout. »

« Hermione a raison, » intervint rapidement le concerné avant qu'ils ne puissent s'engager dans une de leurs célèbres prises de bec. « J'ai le temps. Je compte réfléchir, et Ron, je te demanderai conseil au sujet des changements possibles à apporter avant ma décision finale. »

Et je compte bien attendre l'offre de Snape, ajouta-t-il silencieusement. Il effleura ses lèvres du bout des doigts et sourit en observant le feu de cheminée.


Harry s'assit à la bibliothèque, griffonnant sur les marges de la feuille posée devant lui. Il était supposé travailler sur son projet final d'Herbologie (qu'il devait rendre deux jours auparavant) mais n'arrivait pas à se concentrer sur le sujet. En fait, il n'avait réussi à se concentrer sur aucune de ses matières, cette semaine. Il n'était parvenu qu'à exaspérer ses professeurs - à l'exception notable de Max, qui le prenait toujours pour le Christ ressuscité, et de Snape qui l'ignorait toujours - et avait même énervé Flitwick, se ramassant au retour une retenue. Si seulement il avait pu la passer avec Severus Snape plutôt qu'avec Rusard, songea-t-il piteusement. Peut-être qu'à ce moment-là, le Serpentard l'aurait remarqué et réellement regardé, au lieu de fixer un point quelconque au dessus de lui, comme il en avait récemment pris l'habitude. Ce qui rendait dingue le Gryffondor.

Et Snape ne lui avait toujours rien envoyé.

L'offre de Max datait déjà d'une semaine, et il n'avait pas le moindre indice concernant celle de son professeur de potions. Harry relevait instinctivement la tête à chaque fois qu'un oiseau survolait les élèves dans la Grande Salle, et sursautait au moindre mouvement brusque de Snape à la table haute. Si la situation perdurait, il finirait sur la liste d'admission de Ste-Mangouste.

Au moins, ça résoudrait le dilemme de savoir ce qu'il ferait de son avenir.

« Harry, tu es censé être en train d'écrire, pas dessiner, » s'agaça Hermione tout en laissant tomber dans un bruit sourd ses livres sur la table voisine. « Sincèrement ! Comment comptes-tu avoir tes ASPIC si tu n'étudies pas ? » Elle se pencha sur le document : « On ne devait pas le rendre hier ? »

« Il y a deux jours, » répondit-il, l'air absent. « Le professeur Chourave m'a accordé un délai. » Il tapota le dessin à l'aide de sa baguette, et sourit alors que les branches du Saule Cogneur qu'il avait esquissé fouettaient frénétiquement les alentours, à l'image de l'original.

« Deux jours - mais à quoi tu penses ? Tu sais parfaitement que notre emploi du temps est plein ! Si tu as du retard sur ce devoir, tu en as sur celui d'histoire, et donc sur - »

« Ça ira, » soupira le jeune homme. « J'aurais plein de temps aux vacances de Pâques pour tout rattraper. »

La pointe de morosité qui émanait de ce constat ne passa pas inaperçu. « Oh, Harry ! Tu ne peux pas aller chez Ron, finalement ? »

Il secoua la tête. « Le directeur croit que le danger est trop important. Tu sais à quel point Voldemort aime concocter quelque chose à la fin de l'année scolaire. Me concernant, je m'en moque, mais je ne veux pas risquer la vie des Weasley. » Sa baguette se posa de nouveau sur son morceau de papier, le croquis cessa de bouger, puis Harry offrit à sa compagne un sourire fatigué : « Tout va bien. Je finis par en avoir l'habitude. »

Elle s'installa à ses côtés et lui tapota le bras, pour lui apporter son soutien. Pendant un moment, ils restèrent ainsi, silencieux, mais Hermione se ressaisit : « Tu veux un peu d'aide pour ce sujet ? J'ai un peu d'avance. »

Les lèvres du brun s'étirèrent légèrement. 'Un peu d'avance' se traduisait pour Hermione comme 'juste une semaine d'avance et non pas deux'. « J'ai presque terminé ; je n'ai plus qu'à organiser le tout et retravailler les parties un peu tordues. »

« Et à le recopier, » ajouta la tête de classe, l'air clairement réprobatrice en remarquant les gribouillages qui ornaient le papier. « Sincèrement, Harry, tu gaspilles du parchemin avec ces choses. »

« Je crois que tu devrais les laisser là, » intervint Ron, les rejoignant et s'asseyant de l'autre côté de Harry. « Ils sont vachement bons - bien meilleurs que les conneries que tu as écrit. »

« Eh ! » Le brun le récompensa d'un coup de coude amical dans les côtes. « Merci beaucoup ! »

« A quoi servent les amis ? » répliqua Ron, un immense sourire éclairant son visage. « Tiens, un nouveau. Le Saule Cogneur ? » Harry acquiesça et réanima l'image. « Pas mal. »

Hermione leva les yeux au ciel. « Est-ce que vous pourriez cesser de jouer comme des gamins ? On a du travail. »

Les deux garçons échangèrent une oeillade amusée, et Harry, obéissant, sortit un parchemin vierge afin de recopier sa dissertation. Aidé d'Hermione, il le termina avant qu'ils ne retournent au dortoir, et pu même débuter son sujet d'histoire. Tandis qu'ils rassemblaient leurs affaires, l'Attrapeur des Gryffondor se fit la promesse de coincer Snape avant demain soir, histoire de savoir ce qui se tramait.

Il froissa ses feuilles de brouillon et les jeta à la poubelle, rangea le reste de ces documents dans son sac, et suivit ses amis hors de la bibliothèque.

Auparavant dissimulée par les rayonnages plongés dans la pénombre, une silhouette se glissa vers la table précédemment occupée . Une main extirpa une boulette de parchemin de la corbeille, la fourra dans une manche, avant de disparaître de nouveau dans les ténèbres.


Snape s'introduit dans son bureau, murmurant des imprécations dans sa barbe tout en claquant la porte derrière lui. La journée pouvait être classée dans la catégorie 'horrible', du genre qui pouvait conduire un abstinent à boire. Des étudiants abrutis qui le dévisageaient en espérant sans doute qu'il les abreuve de connaissances, le tout sans effort de leur part. Des Serpentard à problème, déterminés à se ruer, sans y réfléchir à deux fois, dans les bras des forces du mal. Les prunelles de Potter suivant le moindre de ses mouvements, lui donnant une envie folle de soulever le môme de son siège et de le prendre, là sur cette table -

Il chassa brutalement cette pensée de son esprit et jeta le fatras de rouleaux qu'il portait sur son bureau. Encore une nuit passée à corriger les écrits fébriles d'une bande de cinquième année particulièrement dénués d'imagination, qui même ensemble ne pourraient tomber sur une idée originale.

Plusieurs essais dégringolèrent à terre, ce qui provoqua un grognement de la part de Severus, qui se pencha pour les ramasser. Un autre morceau de parchemin se trouvait dessous sa chaise, et il s'en empara également avant de froncer les sourcils devant son contenu. Un autre essai pitoyable, écrit par une main familière - et honnêtement, pourquoi Potter s'ingéniait-il à griffonner de la sorte sur ses copies lorsqu'il avait prouvé à Snape que son écriture pouvait être stylisée ? Ce devait être une machination diabolique du garnement, histoire d'entraîner ses professeurs dans une rage folle, ou de les rendre aveugles. Qui plus est, le mioche s'était amusé à dessiner dans les marges, encombrant ce qui aurait dû être des espaces nets. Il souffla par pur dédain. Même Chourave n'accepterait pas un pareil torchon, selon lui, et il s'apprêta à le rouler en boule.

L'un des dessins retint son attention ; il aplanit la feuille afin de l'étudier plus en détail. Il s'agissait d'un croquis étonnamment fidèle du Saule cogneur - il ne put retenir un frisson en l'observant - et le dessin, aussi brouillon fut-il, semblait contenir une part de vie. Impulsivement, il effleura de sa baguette le feuillet ; ses lèvres s'étirèrent lorsque l'arbre s'éveilla, entamant des mouvements similaires à ceux de son modèle. Il arrêta l'animation et se rassit lentement sur sa chaise, conservant en main le parchemin ; son front se rida, signe que ses pensées l'entraînaient au loin.

Alors comme ça, Potter a un talent, autre que le Quidditch. Ou que son don pour s'attirer des problèmes.

Le directeur de Serpentard réalisa que son esprit avait immédiatement commencé à élaborer toutes sortes de moyens pour user au mieux de cette nouvelle information et, grognant intérieurement, il étouffa ces embryons de plan dans l'oeuf. Cela ne le concernait plus. Il avait pris sa décision et, par tous les dieux mineurs, il s'y tiendrait.

Pliant soigneusement le dessin, il le rangea dans son tiroir, sortit son encre rouge, et entreprit de corriger ses copies.


Le soir d'après retrouva Snape une fois de plus penché sur des essais, cette fois-ci de deuxième année ; il était sur le point de s'arracher les cheveux lorsqu'il entendit quelqu'un frapper à la porte de son bureau. Distraitement, il cria à l'intru, qui que se fusse, d'entrer. Un instant plus tard, alors qu'une voix basse prononça un timide « Professeur ? », il souhaita avoir fermé à clé sa porte et d'y avoir apposé quelques sorts de protection.

« Qu'est-ce qu'il y a, Potter ? » l'interrogea-t-il sans relever la tête de ses parchemins.

« Puis-je vous parler, ne serait-ce qu'une minute ? »

« Au cas où cela aurait échappé à votre attention, vous êtes en train de me parler. Et la minute a expiré, vous pouvez sortir. »

Au lieu de cela, le jeune homme se rapprocha. « Cela va faire deux semaines, et je n'ai pas reçu votre contrat. »

« Étant donné que je n'en ai pas envoyé, ça ne me surprend que très peu. Fermez la porte en sortant. »

« Ça veut dire que vous n'avez pas l'intention de m'en envoyer ? »

Severus redressa la tête et ricana : « Je suis soulagé d'apprendre que votre cerveau est fonctionnel. Promenez-le ailleurs, je suis quelque peu occupé pour le moment. »

« Pourquoi ? » demanda sans préavis Harry.

Snape cligna des paupières, interloqué. « Pourquoi quoi ? »

« Pourquoi ne m'envoyez-vous pas un contrat ? »

Le maître de potions esquissa une grimace menaçante et ramena son regard sur la copie qu'il corrigeait. « Parce que je ne le souhaite pas. Cette raison est suffisamment simple pour que vous la compreniez, je me trompe ? »

« Vous le vouliez, avant. »

Il soupira. « Potter, vous avez conscience qu'une personne peut changer d'avis, non ? »

« A cause du baiser ? » s'enquit l'autre.

« Bien sûr, » annonça Severus, le ton sarcastique. « C'est la seule raison possible. Un baiser du Célèbre Harry Potter peut faire bouger des montagnes, alors pour terrifier des mortels et les amener à changer d'avis, vous imaginez bien que oui ! »

« Je crois que ça vous a terrifié, » persista Harry, la voix déterminée. « Je crois que vous avez ressenti la même chose que moi, et que ça vous a fait peur. »

Snape balança sa plume et adressa au Gryffondor un regard noir. « Ce que j'ai ressenti, M. Potter, était purement hormonal. L'effet aurait été le même si j'avais embrassé Neville Londubat. »

Un coin de la bouche du jeune homme s'arqua. « Je ne pense pas. Neville n'est pas votre genre. »

Son vis-à-vis releva un sourcil. « Et vous l'êtes ? » demanda-t-il, amusé, laissant sa voix véhiculer son incrédulité. « Je ne crois pas, non. »

Harry se rapprocha encore, le regard focalisé sur le visage de son professeur. « Je pense que vous avez ressenti quelque chose entre nous, tout comme moi je l'ai ressenti. »

« Une fois encore, M. Potter, vous avez prouvé que vous avez bâclé vos devoirs. Si vous aviez étudié votre manuel, vous auriez appris qu'il s'agit d'une relation purement contractuelle, et non pas d'une romance entre deux amants éperdus. »

« Et je pense que vous avez paniqué, parce que vous êtes effrayé de risquer votre coeur dans cette affaire, vous avez peur que l'on vous blesse de nouveau. »

Snape lui jeta un regard meurtier et se leva de son siège, s'emmitouflant dans ses robes noires dans un geste de protection. « Vous n'avez pas encore compris ? Je n'ai pas de coeur. »

« Je ne vous crois pas. »

Severus émit un grondement rauque et se plaça devant son élève, adoptant son expression la plus sinistre : « Vous êtes-vous convaincu que je suis digne d'assouvir vos désirs innocents ? Dans ce cas, vous êtes encore plus insouciant et plus fou que je ne le pensais. Je ne suis ni gentil, ni agréable. J'ai commis des actes qui vous feraient cauchemarder le restant de vos jours si je ne vous en révélais ne serait-ce que le dixième. » Il se pencha dangereusement vers le jeune homme, dont les orbes vertes s'écarquillèrent tandis que l'ancien espion le menaçait du regard. « L'amour ne fait pas partie de mon vocabulaire, M. Potter. Si j'en venais à m'offrir à vous, ce ne serait que parce que j'en aurais vu une utilité qui m'avantagerait, et pour aucune autre raison. »

Par défi, le Survivant releva fièrement le menton, soutenant le regard du Serpentard. « Je ne vous crois pas. De quelle utilité pourrais-je bien être pour vous ? »

Snape sourit d'un air machiavélique, déshabillant des yeux le corps de son interlocuteur. « En laissant de côté votre charme physique évident, vous êtes certainement en mesure de comprendre que vous disposez du potentiel suffisant pour devenir un sorcier puissant, peut-être même supérieur à Dumbledore ? Qui ne souhaiterait contrôler un pareil pouvoir ? »

Reniflant ostensiblement, Harry rétorqua : « Si le pouvoir vous intéresse à ce point, vous n'auriez pas quitté Voldemort. Et concernant mon 'charme physique évident' - vous m'avez déjà fait comprendre que vous n'étiez pas intéressé. »

« Peut-être ai-je changé d'avis, » murmura l'autre d'une voix rauque, s'avançant davantage encore... Le jeune sorcier fit automatiquement un pas en arrière, se retrouvant pressé contre un mur par Severus Snape, pour la seconde fois en un mois. « Peut-être que l'idée d'avoir le Célèbre Harry Potter comme jouet personnel me tente. Le Sauveur de la communauté magique, attaché à mon lit, esclave dévoué à mes plaisirs. »

Le maître de potions prit en coupe le visage de l'adolescent et se rapprocha, murmurant à son oreille : « Et je prendrais mon plaisir de vous. J'userais de vous de toutes les manières inimaginables, aussi durement que j'en éprouverais le désir, sans prendre en considération votre propre plaisir ou confort. Et dans le cas où je vous blesserais - eh bien, il existe des potions de guérison, et des charmes. Trois ans, Potter, que vous passeriez sur votre dos, sur votre ventre, à quatre pattes. »

Les paupières du Gryffondor étaient closes, et Snape pouvait sentir son coeur battre avec précipitation. Harry aurait dû le repousser et courir, courir aussi vite que si le Diable était à ses trousses. A proprement parler, c'était le cas. Mais une fois de plus, le garçon le stupéfia.

« Oui, » soupira-t-il, se penchant en avant pour brosser ses lèvres contre celles de Severus. « S'il vous plaît. »

Surpris, le vert et argent s'écarta immédiatement et analysa l'expression du visage de son étudiant, le langage du corps qui révélait le désir palpable à chacune de ses respirations, à chacun de ses gestes. L'envie soudaine qui le prit - de se presser de nouveau contre lui, de posséder cette bouche et d'en goûter encore et encore la saveur, d'embrasser ce corps frémissant contre le sien - fut si intense qu'il se força à s'exiler à l'autre bout de la pièce. Un soupir désappointé se fit entendre, mais il conserva tout de même le bureau entre eux, histoire de ne pas être tenté de finir ce qu'il avait entamé.

« Vous êtes un imbécile, Potter, » s'exclama-t-il, cherchant à orner sa figure d'un rictus, mais douloureusement conscient, dans le même temps, du fait que sa voix tremblait. « Vous ne voulez pas de cela ; vous ne voulez pas de moi. Je vous ai manipulé pour que vous me fassiez confiance, et le reste n'est que simple tension hormonale de la part d'un adolescent. »

Harry entrouvrit lentement les yeux. « Manipulé ? »

L'adulte ouvrit l'un des tiroirs de son bureau et en ressortit le cahier que Minerva lui avait confié. Il se dirigea vers l'attrapeur, frappant sa poitrine à l'aide du carnet. « Je vous suggère d'être bien plus discret à l'avenir, concernant ce que vous écrivez. Des personnes peu scrupuleuses pourraient trouver un moyen de retourner vos rêves les plus chers contre vous. »

L'étudiant agrippa instinctivement le livre et le feuilleta. Un léger sourire effleura ses lèvres : « Mon cahier de métamorphose en première année ? »

« Dans lequel vous vous étaliez de manière pathétique sur le fait de ne pas disposer d'une réelle maison, sans compter vos gémissements intempestifs vis-à-vis de votre mère, dont vous ne connaissiez rien. » ironisa Snape.

L'esquisse se transforma en véritable sourire. « Je suis impressionné, professeur. Vous devez beaucoup tenir à moi pour vouloir déchiffrer ce capharnaüm. Moi même je ne suis jamais parvenu à me relire. »

Les yeux d'obsidienne se rétrécirent dangereusement. « Je me moque de vous ! Dumbledore m'a ordonné de jouer le jeu ! »

Harry hocha la tête. « Et vous faites tout ce qu'Albus Dumbledore vous demande. Sait-il à quel point vous l'aimez ? Il est clair, en tout cas, qu'il tient à vous. »

« Ça n'a aucun rapport avec moi et Albus ! » coupa d'un ton mordant Severus. « Ça nous concerne nous ! »

« Ah ! Alors vous admettez qu'il y a un 'nous' ? »

Snape ne savait pas s'il allait frapper sa tête contre le mur, par frustration, ou celle de Potter. « Espèce d'idiot ! J'ai utilisé vos propres mots, vos souhaits les plus chers, pour vous manipuler dans le but d'être choisi ! »

Le jeune homme souriait toujours. « C'est très Serpentard de votre part, professeur. »

La tête de Potter. Sans aucun doute. Et ensuite la sienne. « Gryffondor attardé ! Vous êtes si naïf, si confiant, que n'importe qui pourrait vous rouler dans la farine en tirant avantage de votre faiblesse ! »

Harry inclina délicatement la tête, prenant acte de cette déclaration, avant de faire un signe en guise d'assentiment. « Dans ce cas, professeur, il serait judicieux de chercher à me protéger de moi-même. » Brièvement, il s'appuya contre Severus, l'embrassa légèrement tout en lui remettant le fameux cahier, et s'en fut.


Le lendemain matin, lorsque le Gryffondor se présenta dans la Grande Salle pour petit-déjeuner, Albus Dumbledore l'attendait - contrat en main.


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