Titre original : The Courtship of Harry Potter, by Diana Williams.

- - -

Notes de la traductrice :

Bonjour tout le monde ! J'ai le plaisir de poster l'avant dernier chapitre de Courtiser Harry Potter aujourd'hui. Avec un peu de retard, certes, mais bon...

J'espère que vous l'apprécierez.

Un grand merci à tous mes reviewers. (pour les anonymes, je ne peux le faire qu'ici : poutous à Gwladys Evans, France, Amy, sorcha, Pom d'abii, -EliZ- et egwene).

-


Courtiser Harry Potter

Chapitre 14 - Le vainqueur ?


-

Seamus lui sauta dessus au moment où ils arrivèrent dans la salle commune : "C'est le contrat de Snape, hein ? Comment as-tu réussi à le convaincre ? Qu'est-ce qu'il propose ?"

Hermione lança une oeillade noire à l'Irlandais : "Laisse Harry tranquille. Il n'a même pas eu le temps de l'ouvrir."

Son meilleur ami la gratifia d'un sourire de remerciement, mais croisant son regard, il surprit une lueur d'inquiétude. "Merci," déclara-t-il. "Je, euh... vais emmener ça en haut et le lire."

Harry se rua dans les escaliers qui menaient au dortoir, se confinant dans son lit, et brisa le sceau du document. Un petit morceau de parchemin voleta avant de se déposer sur ses genoux ; délaissant le contrat, il s'en empara.

M. Potter,

Si vous vous escomptiez un florilège romantique, attendez-vous à être déçu. Comme je l'ai dit, je n'ai pas la moindre envie de vous voir vous acharner à conquérir un coeur inexistant, de même que les épanchements du vôtre me laissent indifférent. Mon conseil serait d'ignorer cette partie particulière de votre anatomie, et d'user de votre tête pour changer, même si je me doute bien que mes recommandations tomberont dans une oreille distraite. Vous êtes bien trop enclin à suivre votre coeur et, depuis peu, votre pénis.

S. Snape.

Le Gryffondor ne put retenir un immense sourire en déchiffrant cette note. Severus cherchait toujours à avoir le dernier mot, c'était typiquement lui, songea-t-il avec amusement. Il reposa le message pour reprendre l'acte officiel, le parcourant rapidement avant de le consulter plus lentement, terme après terme.

Je, soussigné Severus Snape, offre présentement de prendre Harry James Potter pour éromène, et m'engage à lui fournir :

1) Une résidence à l'école de sorcellerie Poudlard pour l'entière durée du contrat, dans une suite adjacente à la mienne, et ce à l'exception des mois d'été, lors desquels M. Potter pourra se libérer desdites obligations afin de passer du temps avec ses amis et famille.

2) Un cottage, à l'endroit choisi par M. Potter, dont il usera comme il le souhaite au cours de l'année. A l'expiration du contrat, il appartiendra totalement à M. Potter.

3) Un entraînement en défense contre les forces du mal, ladite préparation étant supervisée par moi-même et les personnes que je juge compétentes.

4) L'habillement, les fournitures et autres articles personnels, jusqu'au terme du contrat. A ceci s'ajoute une allocation mensuelle afin de pourvoir à tout autre besoin personnel.

5) Les mise à jour et publication des "Enchantements à travers les Siècles" par Lily Evans Potter.

6) Une formation en arts plastiques par des professionnels, et ce afin que par le futur, M. Potter puisse subvenir à ses besoins grâce à ses talents artistiques, s'il le juge bon.

Pour rétribution de mes dépenses, de temps et d'argent, je demande que soient respectés les engagements suivants :

1) M. Potter aura à coeur de ne pas se faire tuer suite à ses faits et gestes, certes bien intentionnés mais quelque peu inconsidérés, tant qu'il sera sous ma protection.

2) Aucun service d'ordre sexuel ne sera exigé de M. Potter. Néanmoins, lorsque ce dernier réside à Poudlard, aucune autre liaison ne sera tolérée.

3) A l'expiration du présent contrat, les liens qui nous unissent devront être totalement dissous ; nous ne reposerons jamais plus le regard l'un sur l'autre. M. Potter devra accepter sous serment de ne jamais chercher à me contacter, de quelque manière que ce soit. Dans l'hypothèse ou M. Potter se verrait embauché à Poudlard, je mettrais un terme à mes fonctions afin de m'établir en d'autres lieux.

Je reconnais que les précédentes propositions ont été faites en toute bonne foi. Dans le cas où la moindre d'entre elles ne serait pas respectée, j'accepterais les pénalités qui s'imposeraient alors.

Severus Snape.

Harry abaissa doucement le papier et fixa d'un air absent les rideaux entourant son lit. Il n'avait pas été dérouté par les premiers points énumérés, même si la mention de ses "talents artistiques" l'avait surpris. Snape ne faisait certainement pas référence à ses gribouillis, si ? Ce n'était que du griffonnage, qui l'amusait lorsqu'il cherchait à réfléchir, rien de plus. Même ses meilleurs amis ne semblaient pas impressionnés en les voyant. Alors au nom de quoi Snape pensait-il qu'il pourrait subsister en dessinant ?

Le cottage constituait une plaisante nouvelle ; cela procurait à Harry la sensation de savoir qu'il avait la possibilité de considérer un lieu autre que Poudlard comme son chez-lui, d'autant plus qu'il en choisirait la place. Il pensait qu'habiter à proximité des Weasley serait agréable, surtout si Ron et Hermione s'installaient également dans le coin.

Il ne s'inquiétait pas spécifiquement de la règle 'sexe prohibé'. Il était parfaitement conscient du fait que Snape le désirait, et ne doutait pas un seul instant qu'il saurait écarter les réticences de l'homme au cours des trois prochaines années. Cette interdiction prouvait aussi que Severus ne voulait pas qu'il s'implique avec une autre personne tant qu'il vivrait à l'école, mais il avait eu soin de laisser une faille dans le système, qui permettait à Harry de trouver un partenaire l'été. La possessivité apparente de Snape devait bien vouloir dire quelque chose, mais pourquoi était-il si décidé à garder ses distances avec lui ?

Ce qui le perturbait davantage était le fait que Snape ne semblait pas lui réclamer quoi que ce fusse en retour. Une autre préoccupation surgissait à la lecture du dernier engagement, concernant leur séparation complète à la fin de leur contrat. Le maître de potions paraissait si déterminé à ce sujet qu'il était prêt à quitter Poudlard lui-même. Mais pour quelles raisons ? Tout ce qu'avait pu entendre et lire le Gryffondor indiquait qu'en général, les Erastes et leurs éromènes conservaient une certaine attache, restaient amis le reste de leur existence, sauf circonstances exceptionnelles. Pourquoi alors Snape cherchait-il à aller à contre-courant de cette tradition en particulier ? S'il détestait Harry à ce point, il ne chercherait pas à l'avoir entre les pattes trois ans pour commencer - et le Survivant ne pensait pas qu'il le haïssait. Plus maintenant.

Il fronça les sourcils, rivant son regard sur le rouleau de parchemin dans l'espoir qu'il révèle ses secrets enfouis. Dumbledore, se dit-il, hochant la tête énergiquement. Dumbledore devait en savoir plus.

Harry dévala les escaliers pour découvrir que Seamus et les autres avaient disparu, mais Hermione et Ron l'avaient attendu. Il aurait souhaité filer au bureau du directeur pour une petite discussion, mais ses amis l'avaient soutenu tout du long et il ne pouvait pas les ignorer. Sans mot dire, il tendit le contrat à la jeune femme afin qu'elle le consulte. Ses yeux survolèrent à toute vitesse la feuille, elle la passa ensuite à Ron, le front ridé.

"Pourquoi s'intéresse-t-il autant à tes croquis ?" lui demanda-t-elle.

Le brun fit un geste de l'épaule. "Je n'en sais rien. Ce n'est pas comme s'ils étaient spéciaux."

"Je ne connais personne qui sache dessiner comme ça," le contredit Ron, grimaçant sous l'effet de la concentration. "Il y a peut-être une demande pour ces choses-là - illustrer des manuels et d'autres trucs du genre. Mais c'est quoi cette partie à la fin, à propos de ne plus jamais revoir l'autre ? Il y va un peu fort, sur le coup."

Hermione approuva : "Et c'est extrêmement inhabituel. La majorité des sorciers gardent l'amitié de leur Eraste."

"Snape ne l'a pas fait," précisa avec réticence Harry. "Ça doit être pour ça."

"Que comptes-tu faire, Harry ?" s'enquit franchement son amie.

"J'ai pense aller en parler avec le directeur, étant donné qu'il représente Snape," indiqua le Gryffondor. "Écoutez, ne dites rien aux autres en ce qui concerne les détails, d'accord ? Je ne crois pas que Snape apprécierait de faire l'objet de commérages."

Le roux lui adressa un regard désemparé. "Harry, est-ce que tu apprécies Snape ? Je veux dire, l'apprécier, comme dans apprécier..."

Sa petite amie leva les yeux au ciel : "Tu te crois encore en quatrième année ?"

"Si tu entends par là de savoir si je l'aime, je n'en ai pas la moindre idée," débuta Harry, précautionneux. "Je le trouve attirant et intéressant, j'aime être en sa compagnie, même lorsqu'il fait son salaud. Je sais que j'aimerais avoir le genre de relations... tu sais quoi... avec lui. Alors - peut-être que oui."

"Eh bien, il est visiblement complètement taré," affirma Ron, lui rendant le rouleau. "Il déclare qu'il ne désire pas entamer de rapports sexuels avec toi, mais il refuse que tu en aies avec d'autres. Il devrait chercher à s'éclaircir l'esprit ! Ça lui ferait sûrement un bien fou, de coucher avec quelqu'un."

Ses deux compagnons ne purent retenir leur rire devant le ton sans réplique avec lequel il s'était exprimé. Se sentant un peu mieux après avoir discuté avec ses amis, Harry partit à la recherche de Dumbledore.


Le mot de passe n'avait pas changé, et le directeur ne parut pas surpris en voyant le Gryffondor pénétrer dans son bureau. "Je ne veux pas vous déranger, professeur," s'excusa le jeune homme, "mais je viens tout juste de lire le contrat et, en fait, je suis un peu troublé."

Albus eut un hochement de tête, avant de désigner une chaise d'un geste. "Puis-je examiner le contrat ?" Devant le regard empli d'étonnement de son visiteur, il sourit en ajoutant, "Severus n'est pas tenu de me le montrer, et il a choisi de ne pas le faire."

Harry le lui donna, essayant de ne pas gigoter impatiemment tandis que le directeur prenait connaissance du contenu. "Oui, je vois ce qui a pu, un tant soit peu, te déconcerter."

"Un tant soit peu ?" répéta ironiquement le Survivant. "Le professeur Snape me donne tout cela, et il n'accepte rien de moi en retour, pas même mon amitié ? Il y a quelque chose qui cloche drôlement !"

Dumbledore le scruta attentivement, par dessus ses lunettes. "Le professeur Snape t'a-t-il parlé de sa propre expérience en tant qu'éromène ?"

Harry acquiesça. "Un peu. Il m'a dit que Voldemort avait été son Eraste, et qu'il ne s'agissait pas de souvenirs heureux."

Le vieil homme soupira. "Toujours expert en euphémisme," déclara-t-il. "J'ai manqué à mes devoirs, Harry, en ce qui le concernait. D'abord, il y eut l'incident avec ton parrain. J'ai voulu me faire pardonner, tu sais. Par des conversations privées, des cours particuliers, des dîners. Severus a mal interprété mes gestes, il a cru que je le Courtisais. En s'apercevant que je ne l'approchais pas formellement, il est venu me voir et je l'ai à nouveau déçu. J'ai tenté de l'abandonner à son sort mais..." Il exhala profondément. "Lorsqu'il est revenu, il avait terriblement changé. Il était persuadé que j'allais le remettre aux mains des Aurors, mais je ne pouvais pas le délaisser une troisième fois. Je ne l'ai jamais questionné à propos de ses années avec Voldemort ; je ne suis pas sûr de pouvoir supporter la vérité."

"Cependant," et le directeur releva la tête, ses yeux vifs rencontrant ceux du Gryffondor, "il n'a jamais pris d'éromène. Jusqu'à maintenant."

"Jusqu'à ce que vous le forciez à me Courtiser," rétorqua Harry, une pointe d'amertume présente dans sa voix.

Son interlocuteur fit un signe négatif. "L'éloquence et le pouvoir de persuasion de Severus sont indéniables, mon garçon, mais la vérité est qu'il en a fallu peu pour le convaincre. Il a toujours eu à coeur de protéger tes intérêts, mais récemment, ce sentiment a évolué."

"Alors pourquoi rend-il tout ça si difficile ?" s'exclama le Survivant, exaspéré.

Dumbledore se prit à rire doucement. "Severus Snape ne serait pas Severus Snape s'il ne se compliquait pas la vie au maximum."

Harry soupira et fit courir ses doigts dans ses cheveux, l'air agité. "Je ne peux pas accepter ces propositions-là ! Je ne peux pas passer trois ans avec lui, puis lui tourner le dos comme si rien ne s'était passé !"

Une pensée soudaine lui traversa l'esprit, et ses yeux s'écarquillèrent en se focalisant de nouveau sur Dumbledore. "Il s'attend à ce que je me comporte de cette manière, n'est-ce pas ? Il croit que je ne ressens que du désir pour lui, et qu'une fois satisfait, je serai ravi de pouvoir trouver quelqu'un d'autre. Alors il me repousse, il me rejette avant que je ne le rejette lui !" Son vis-à-vis hocha la tête. "Alors que faire, maintenant ?"

Les yeux d'Albus Dumbledore pétillèrent dans sa direction. "Ce que vous faites le mieux, M. Potter. Écoutez votre instinct et suivez votre coeur."


Harry ne retourna pas immédiatement à la tour de Gryffondor. Au lieu de cela, il sortit et déambula dans le parc, la marche étant propice à la réflexion. Hagrid et Crocdur le rejoignirent ensuite, respectant son silence ; il ne prit que peu à peu conscience de leur présence rassurante à ses côtés.

Alors qu'ils se rapprochaient du château, Hagrid prit soudainement la parole : "Tu sais, Harry, les créatures ont une manière de se comporter assez bizarre vis-à-vis des autres de leur espèce. Il y en a qui sont doux et amicaux, et d'autres qui te décapitent lorsque tu t'approches trop vite. Mais ça ne veut pas dire que l'un est mieux que l'autre : c'est juste que parfois, il est nécessaire de prendre son temps pour pouvoir les comprendre, et ils pourraient te surprendre. C'est souvent ceux qui n'abandonnent pas en pleine tempête, lorsque tout va mal. Je pense que tu avais besoin de le savoir."

Ils s'arrêtèrent devant la volière ; le Gryffondor lui sourit, assailli par un flot de gratitude et d'affection. Le demi-géant avait été son premier ami, et il était toujours là pour Harry lorsque ce dernier avait besoin de lui. "Merci, Hagrid. Je garde ça en tête." Un soupir lui échappa. "J'imagine que je ferais mieux d'envoyer un hibou à Sirius, histoire d'être débarrassé."


Cher Sirius,

Je voulais que tu le saches : ma décision est prise. Je ne peux pas t'en dire davantage, en tout cas pas avant que les personnes concernées en prennent connaissance et aient une chance de répondre. J'espère que tu seras content pour moi et que tu accepteras mon choix, parce que je veux que tu fasses partie de ma vie, quoi qu'il en soit.

Affectueusement,

Harry


Une semaine s'était écoulée depuis que Snape avait remis le contrat à son employeur, et il s'était attendu à ce que Potter le prenne à partie une fois de plus, malgré les règles. Il s'était surpris à écouter les bruits de pas traversant le couloir menant à son bureau, à plusieurs reprises, de même qu'il épiait le jeune homme lors des repas. Fort heureusement, personne ne semblait l'avoir remarqué, et si c'était le cas, ils n'en avaient pas pipé mot. Hélas, dévisager Potter ne menait à rien, étant donné que le morveux se comportait comme à l'habituel, ne laissant rien transparaître de sa décision.

Tandis que la dernière semaine, celle du Choix, se rapprochait, l'attention de Severus eut un tout autre objet. Draco Malfoy se faisait étonnamment silencieux, visiblement distrait par quelque songerie, et seul une maîtrise exceptionnelle retint Snape de retirer des points au Serpentard lorsqu'il fit exploser un chaudron en classe, pour la première fois de sa vie. Le garçon était troublé, et Snape avait le sentiment de savoir de quoi il en retournait. Il devait agir, et agir vite, décida-t-il.

Alors que les vert-et-argent se dirigeaient vers leurs dortoirs, après avoir dîné, le maître de potions décréta qu'il était temps.

"M. Malfoy, puis-je m'entretenir un moment avec vous ?"

Snape observa le blond, qui s'éloigna de ses éternels gardes du corps avant de lui faire face. Il se retourna pour le conduire dans son office, refermant la porte tout en invitant son élève à prendre un siège. Le jeune homme s'installa avec une certaine réticence sur la chaise, et le professeur fronça les sourcils en s'asseyant derrière le bureau.

"M. Malfoy, quelles que soient les infractions dont vous avez été l'auteur, et qui vous tourmentent visiblement, soyez assuré que je n'en ai pas eu connaissance. Pas encore." Draco se relaxa légèrement, même si son expression restait vigilante. "Je vous ai fait venir ici pour discuter de la situation dans laquelle vous vous trouvez actuellement, concernant le Rite des Erastes."

Le sang-pur se renfrogna. "Je ne vois pas en quoi cela vous concerne, professeur."

"Vous êtes un membre de ma Maison, c'est pourquoi je m'en préoccupe," répliqua-t-il vivement, ce qui eut pour conséquence de faire disparaître le rictus de son interlocuteur, au profit d'une expression neutre. Il souffla longuement. "Draco, malgré la rancoeur que vous dirigez contre moi pour ne pas vous avoir Courtisé, je peux vous affirmer que mon offre n'aurait pas été tolérée par votre famille."

Le jeune sorcier rougit, et Snape se demanda combien de temps s'écoulerait avant que le garçon ne perde cette capacité, ce signe d'innocence. "Vous êtes sûr, professeur ?"

"Oui," certifia Severus en soutenant le regard de Draco, sans faiblir. Cela ne constituait pas un réel mensonge, si l'on considérait que dans l'immense amas d'univers alternatifs, l'un d'entre eux hébergeait un Snape qui n'avait pas été trahi par Lucius Malfoy, le conduisant à une servitude sans fin. Il supposait que dans cet univers-là, un tel Snape aurait pu ressentir de l'attachement pour Draco ; et rien ne l'empêchait de faire miroiter cette possibilité à son meilleur élève.

La bouche de ce dernier émit l'ombre d'un sourire. "Merci, professeur."

"Je ne vous demande pas de me faire confiance, Draco, mais j'ai été à votre place, autrefois, et j'ai commis une erreur regrettable. Je souhaiterais éviter qu'elle ne se reproduise pour vous."

"Une erreur, monsieur ?" s'enquit précautionneusement le jeune Malfoy.

Severus fit un signe d'acquiescement. "Je me suis laissé éblouir par le pouvoir et la gloire que l'on m'offrait, par le prestige que je pouvais acquérir dans mon domaine, et je n'ai pas été suffisamment Serpentard pour entrevoir l'entourloupe. J'étais séduit par une surface scintillante, sans pouvoir distinguer la corruption qui se dissimulait en profondeur. J'ai accepté un mensonge accompagné de déclarations suaves, plutôt que l'amère vérité."

Draco sembla peser ces informations le temps d'une minute, le front ridé. "Alors ce qu'on vous avait promis n'a pas été tenu ?"

"Non, j'ai reçu ce qui m'a été proposé. Cependant, ce que j'ai reçu, même s'il s'agissait de ce que j'avais demandé, n'était pas ce que je désirais réellement." Il se pencha au dessus du bureau : "Draco, vous faites partie des rares élèves de cette école qui disposent actuellement d'un cerveau, et vous avez l'habitude de ne pas faire confiance à qui que ce soit. Utilisez vos dons. Analysez chacune des offres et voyez-les telles qu'elles sont réellement, et non pas telles que vous les souhaiteriez. Allez au-delà des promesses de richesse et de domination, et recherchez celui qui aura votre bien-être en vue, et non pas le leur."

"Et si l'offre que je veux accepter n'est pas celle que mon père approuve ?" tenta l'adolescent, inquiet.

"Je comprends votre envie de plaire à votre famille, mais au bout du compte, vous êtes celui qui aura à vivre avec les conséquences de votre décision, et pas eux." Il s'arrêta un instant, puis reprit doucement : "Draco, vous avez droit au bonheur."

Le blond souleva la tête, interloqué. Durant un long moment, ils échangèrent un regard, avant que Draco ne se détende sensiblement, son sourire impudent faisant un grand retour. "Vous aussi, professeur. Vous aussi."


Harry descendit l'escalier, esquivant les élèves qui se pressaient pour prendre le train, histoire de passer leurs vacances de Pâques chez eux. Il serra précieusement son nouveau balai contre lui, afin d'éviter qu'il ne s'accroche à quoi ou qui que ce soit, puis balaya du regard la foule grouillant dans l'entrée. Il espérait voir le professeur Max ici plutôt que d'avoir à partir en reconnaissance du côté de la Grande Salle, et il fut récompensé lorsqu'une personne s'écria :

"Harry, mon garçon !"

Le Gryffondor prit une profonde respiration avant de faire volte-face. "Bonjour, professeur."

Max le rejoignit, lui souriant chaleureusement. "C'est le grand jour, pas vrai ?" annonça-t-il. Puis il se pencha en avant : "Je ne veux pas te mettre la pression, mais as-tu pris une décision ?"

"Justement, j'allais venir vous en parler," répondit l'attrapeur. "Y a-t-il un endroit où l'on pourrait discuter ?"

"Bien sûr, bien sûr." L'instructeur en défense contre les forces du mal parcourut le hall de l'oeil. "On peut utiliser l'une des salles de classe. Suis-moi."

"Une minute, s'il vous plaît," le coupa Harry, apercevant Ron et Hermione qui couraient dans sa direction. "Je dois dire au revoir à mes amis."

Max se renfrogna mais le jeune homme le contourna. "Vous partez déjà ?"

Ron fit un signe de tête, désignant la brunette. "Je lui ai dit que nous avions le temps, mais tu connais Hermione."

Ses lèvres ébauchèrent un sourire. "Ouais. Passe le bonjour à tes parents de ma part, et tes frères aussi."

Le roux opina, se fendant ensuite d'une mine abattue. "J'aurais voulu que tu m'accompagnes."

"A qui le dis-tu."

Hermione s'avança pour l'étreindre et l'embrasser sur la joue. "A la semaine prochaine, Harry."

Il acquiesça puis se mit en retrait pour les laisser emprunter l'escalier, Ron tentant toujours de convaincre sa petite amie du fait qu'ils disposaient de suffisamment de temps avant leur départ pour petit-déjeuner. Hilare, Harry se retourna enfin pour faire face à la mine désapprobatrice de Max. "Quoi ?"

L'adulte soupira. "Harry, tu dois être plus prudent en ce qui concerne tes fréquentations."

Ses paupières clignèrent. "Ce sont mes amis."

"Et c'était particulièrement généreux de ta part, de daigner accepter leur amitié à l'école, mais une fois que tu auras pris la place qui te revient au sein de la communauté, les choses devront changer."

"Daigner !" fulmina le Gryffondor.

Le professeur Spindley-Worme confirma. "Les Weasley font peut-être partie des familles les plus anciennes, mais pas des plus prestigieuses. La... tendresse qu'éprouve Arthur Weasley pour les Moldus ne l'a pas rendu appréciable aux yeux du ministère : être associé à son fils pourrait avoir de fâcheuses conséquences. Concernant Miss Granger - c'est une jeune femme brillante mais sa lignée..." Il eut un geste dédaigneux.

"Êtes-vous en train de me faire comprendre que vous choisirez mes amis, si j'accepte votre contrat ?" l'interrogea Harry.

"C'est pour ton bien, évidemment" assura l'autre avec délicatesse. "Tu évolueras dans les cercles les plus respectables de notre société, et tes connaissances doivent également y appartenir."

"Vous faites allusion à des personnes comme les Malfoy ?"

"Exactement."

L'adolescent s'emporta : "Êtes-vous malade ? Vous ne savez pas que Lucius Malfoy est un Mangemort ?"

"Franchement, Harry," objecta Max. "Lucius Malfoy est un personnage de premier plan en société. Ses allégeances politiques ne te concernent pas."

"Lorsqu'il essaye de me tuer, si !"

Son interlocuteur fronça les sourcils. "Et encore une chose, Harry. Cette manie à vouloir être la cible de je ne sais quel complot démoniaque - eh bien, ça suffit. Tu n'as plus de temps pour ça, entre ton entraînement pro, tes engagements mondains et tes sorties privées. Tu vas devoir arrêter ce cirque."

Harry le dévisagea, abasourdi. "Vous êtes complètement fêlé," énonça-t-il. "Vous pensez que j'aime avoir des Mangemorts timbrés aux trousses ?"

Max émit un son dépréciateur : "Et tu parles comme un Moldu, qui plus est. Il faudra embaucher un coach vocal."

"Pas besoin," répliqua fermement le jeune sorcier. Il lui tendit le balai de course : " Je suis navré, professeur Spindley-Worme, mais je ne peux pas accepter votre offre. J'aimerais que vous repreniez ceci."

L'autre le fixa comme s'il avait deux têtes en trop. "Tu ne le penses pas. Tu as choisi Snape plutôt que moi ?"

"Je n'ai rien dit de tel, mais ça ne vous regarde vraiment pas," fit Harry, d'un ton catégorique. Il sortit une lettre de sa poche et lui confia. "Désolé, mais je ne crois pas que ça aurait pu fonctionner."

Spindley-Worme empoigna l'enveloppe et le balai, sans cesser de le scruter. "Je n'arrive pas à y croire ! J'ai gâché deux années de ma foutue vie par ta faute !"

Le Survivant broncha sous le coup de la surprise. "Vous voulez dire que vous enseignez ici à cause de moi ?"

"Bien sûr," révéla son professeur, la voix cinglante. "Crois-tu que je perdrais mon temps à instruire un troupeau de fichus imbéciles sans contreparties en vue ?"

Harry lui lança une oeillade glaciale : "Je m'attendais à ce que votre métier constitue une récompense suffisante à vos yeux."

"Tu peux rêver." Max se passa la main dans les cheveux, désordonnant le style étudié de sa coiffure. "Maintenant je vais être obligé de trouver un autre plan."

"Eh bien, je vais vous laisser à vos affaires, n'est-ce pas ?" rétorqua amèrement l'adolescent, lui tournant le dos pour sortir.

"Harry."

L'interpellé pivota, dardant un regard noir, puis afficha une mine déconcertée en découvrant que Max lui présentait le balai de course.

"Prends-le." Ses yeux s'étaient assombris. "Il ne me servira à rien, après tout." L'attrapeur hésita, et il ajouta précipitamment : "Aucune attache. Je souhaite juste que tu aies un souvenir de moi."

La colère du Gryffondor s'apaisa quelque peu. "Merci," fit-il, reprenant l'engin. "Il est vraiment super. Et je suis désolé que ça n'ait pas marché entre nous. Le contrat était exceptionnel."

Son vis-à-vis eut un rictus désabusé. "Pas assez pour te séduire, visiblement." Il le gratifia ensuite d'un coup d'oeil espiègle : "Un dernier baiser, en l'honneur du bon vieux temps."

Harry éclata de rire, secouant la tête. "Vous êtes incorrigible." Il l'embrassa rapidement ; le baiser était plaisant, mais l'excitation qu'il ressentait avec Snape n'avait rien à voir. "Bonne chance," conclut-il sincèrement, et il quitta la pièce.


C'était le premier jour des vacances de Pâques : la Grande Salle avait été quasiment désertée par les étudiants, qui se préoccupaient des préparatifs de dernière minute avant de rejoindre leurs familles le temps d'une semaine. Les membres de l'équipe professorale s'étaient regroupés à l'intérieur, profitant également de leur temps libre, mais Snape n'en avait rien remarqué. Il contemplait la lettre entre ses mains, s'efforçant de comprendre l'unique mot inscrit sur le parchemin.

Un bruit de ferraille le prit de court : il leva la tête tandis que Max s'installait à ses côtés dans un siège. L'instructeur de Défense contre les forces du mal montra du doigt la bourse posée sur la table. "Allez, prenez-la mon vieux. Cinquante Gallions, comme promis."

Severus regarda le sac, abasourdi, avant de se focaliser sur Worme : "Potter a rejeté votre Offre ?"

L'aristocrate confirma, "Il me l'a dit ce matin, et m'a même rendu le balai. Évidemment, je l'ai persuadé de le conserver. Je ne peux pas utiliser ce genre de balai, surtout avec ses initiales gravées dessus." Un rictus jaloux effleura ses lèvres : "J'imagine que le meilleur l'a emporté, hein ?"

Le maître de potions secoua la tête, indiquant d'un signe la note qu'il lisait. "Potter n'a pas accepté mes propositions."

Max ouvrit grand la bouche, estomaqué : "Mais à quoi pense ce garçon ?"

"Peut-être," murmura Snape, "peut-être que pour la première fois de son existence, Potter pense." Brusquement, il se redressa et traversa la salle, disparaissant dans l'escalier menant aux cachots.

Le professeur Spindley-Worme, lui, remarqua qu'il avait abandonné le parchemin sur la table. Curieux, il s'en empara et ne vit qu'un simple mot, écrit en belles lettres cursives.

Inacceptable.

HP


-