Auteur : Patte de velours

Titre : The Death Note Reloaded

Genre : Rayon ameublement (bureau)

Chapitre 2 : Tiroir

Pitch : qui suis-je, où suis-je dans quel état j'erre…

Rating : T. Parce qu'il est question de zizi. Même si son usage reste purement figuratif.

Disclaimer : Obata et Tsugumi ? C'est qui ? Les deux affreux qui ont fait pleurer les yeux et couler le nez de millions de fans de Death Note. Ça y est. Je me souviens.

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2. Tiroir

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Nathalie repoussa avec lenteur la couverture qui lui recouvrait la tête. Les yeux encore papillotants, les membres engourdis.

« Le petit-déjeuner est prêt ! »

Ah oui. C'est cette exclamation qui l'avait tirée du Pays des songes.

« J'arrive… » marmonna-t-elle d'une voix entrecoupée de bâillements. Une odeur appétissante de café et de croissants chauds titillèrent ses narines. Mon roudoudou est revenu… Cela la décida à s'extirper des draps épars. Traînant un peu les pieds, elle se rendit aux toilettes, revint dans sa chambre passer quelques vêtements et descendit dans la cuisine du rez-de-chaussée.

Sur la table où un savoureux petit-déjeuner l'attendait, elle saisit négligemment le journal, l'ouvrant à la page des actualités et commença à le lire. Porta la tasse de café à ses lèvres. La reposa machinalement… Une pensée lui trottait dans la tête, mais elle ne parvenait pas à l'identifier clairement. Chiffonnante, irritante, jouant du tambourin sur les cloisons de son esprit. Voyons voir… depuis quand se mettait-elle debout pour uriner ?

Prise d'un doute, elle posa la main sur son entrejambe. Se figea. Palpa. Baissa les yeux sur son pantalon. Fut tentée d'en ouvrir la braguette. Releva la tête, croisant le regard d'une femme d'âge mûr aux cheveux brun foncé de type asiatique qui lui souriait en plissant les yeux. Tourna la tête. Tombant nez à nez avec le visage puéril et attrayant d'une adolescente qui tartinait de confiture un croissant. Et qui lui sourit en s'apercevant qu'elle le regardait, en retour.

« Tu as bien dormi, grand frère ? »

Stupeur.

Blanc.

Points de suspension…

Temps suspendu.

J'étais tellement bourrée hier… j'ai atterri chez la voisine ?

Depuis quand mes voisins parlent-ils japonais ?

Depuis quand est-ce que je me tiens debout pour…

« Les examens sont finis. Tu devrais reprendre des forces, grand frère »

La jeune fille poussait dans sa direction la corbeille de croissants, une lueur d'inquiétude sur son visage. La femme plus âgée s'empressa à sa suite.

« C'est vrai mon chéri. Nous sommes si fiers de toi ! Mais pense un peu à te ménager ! Je te trouve un peu pâle ce matin ». Ce disant, elle posa une belle pomme rouge sur une assiette devant lui.

« J'ai renouvelé les provisions. Tu peux en manger autant que tu le souhaites, Light »

Blanc.

Euh…

Merci.

Depuis quand est-ce que je comprends le japonais ?

Nathalie écarquilla vainement les yeux à la recherche des sous-titres qui venaient sans doute de défiler quelque part, grâce aux bons soins des fansubbers planqués sous la table, derrière les plantes vertes de l'encoignure de l'escalier menant à sa chambre… sa chambre… ou tiens, derrière le confortable canapé de cuir côtoyant le large écran extra-plat d'un téléviseur numérique.

Je…

Battements de cœur…

Chamade.

Je…

Paumes moites…

Pensées. Confusion. Tourbillon. Japon.

Au Japon ?

« Tu as l'air vraiment pâle grand frère »

« Oui, mon chéri » reprit la femme en écho. « Tu devrais peut-être t'allonger ? Je te monterai ton petit-déjeuner. Tu le termineras tranquillement, si tu le souhaites. Je t'apporterai à nouveau du café »

Mettant son corps en marche comme un automate, muette, Nathalie se leva de sa chaise, regagna l'escalier, le gravit. Ouvrit la porte de sa chambre. La referma.

Je…

Déclic.

Précipitation en direction de la salle de bain. Large miroir mural. Deux grands yeux d'ambre écarquillés, une chevelure disciplinée mêlées de mèches aux reflets de feu, d'or et de miel. Un nez fin et une bouche délicatement ourlée dans un visage étroit. Un cou gracile. Une peau veloutée, sans défaut ni imperfection. Le visage d'un beau jeune homme. D'un jeune homme. Son torse se soulève rapidement. Nathalie ouvre sa chemise. Ses seins ont disparu. Ce qu'elle tâte est à la fois doux et musclé. Des pectoraux. Et plus bas… Le pantalon ouvert, le boxer descendu. Un pénis. Et des couilles. Généralement, ça va ensemble. Elle tâte l'évidence. Oui c'est un pénis. Doit se rendre à l'évidence. Ne parvient pas encore à l'accepter. Sensation d'être désincarnée. Retourne sur ses pas, les yeux braqués à l'intérieur de son slip.

« Tu cherches quelque chose ? » l'interroge une voix grave, vaguement caverneuse. Relève la tête.

Devant elle, au milieu de la chambre, Ryûk, un shinigami.

Blanc.

Cri d'effroi. Culbute. Tente de se dissimuler derrière la chaise de bureau.

« Ben qu'est-ce qui t'arrives Light ? Tu ne me reconnais plus ? »

Reprends ton souffle. Inspire. Expire. Oui, pense à respirer. A bien ventiler. Qu'est-ce que je fais ici ? Respire. Raisonne. Dans ce corps-ci !? C'est un coma éthylique ? Une crise de délirium tremens ? Ou alors… Nathalie se passe une main sur le front. Guette l'irruption des éléphants roses. Regarde sa main. Une main aux longs doigts fins et aux ongles soigneusement entretenus. Elle qui n'a encore jamais tenté l'expérience d'une manucure ! Ses mains originelles sont jolies, quoique sans apprêt. Non, mais je m'égare ! Ressaisis-toi ! Mais dans le même temps, ces pensées la rassurent. Le fait qu'elle soit capable de les exprimer signifie que c'est son esprit qui articule ce… ce corps. Elle ne ressent aucune difficulté à le mouvoir. Elle ne se sent pas en conflit avec l'esprit de l'occupant initial, ni en compagnie d'une âme résiduelle. Elle se sent… elle-même, excepté les changements physiologiques.

Elle tente de faire silence en elle. Non, elle n'éprouve pas de présence intruse, ni l'emprise néfaste qui assujettit le possesseur du Death Note. Elle a, autant que faire se peut, les idées claires. Elle occupe le corps de Light. Elle n'est pas Light. Mais… pour combien de temps ? Et dans quel but ? Se retrouver dans le corps de son pire ennemi, le misérable qui a ôté la vie à L… Ryûzaki… après l'avoir trompé sur son amitié, après l'avoir tenu dans ses bras pour le poignarder moralement de cet ignoble sourire d'une cruauté sadienne… Salaud ! En même temps, Light n'était pas lui-même lorsque cet évènement s'était produit, mais de nouveau sous la coupe de Kira, l'essence maléfique du carnet de la mort.

Un raclement de gorge interrompit le cours de ses réflexions.

Ryûk, le shinigami. Prenant une inspiration, Nathalie déclara :

« Je crois que je souffre un peu de surmenage. Ces temps-ci, je ne me suis pas épargnée ». Espérant que son ton dégagé suffirait à estomper l'étonnement du dieu de la Mort. En parlant de temps… à quel moment de l'histoire se situait-elle ? Un frisson d'angoisse la parcourut. Sa gorge s'assécha.

Deux coups furent frappés à sa porte. Le visage de Sachiko Yagami s'encadra dans l'ouverture, les bras chargés d'un plateau de déjeuner copieux. A la vue des pommes qui s'y mêlaient, le shinigami se passa la langue sur les lèvres, ses mains griffues se tendant irrésistiblement, avidement vers leurs rondeurs écarlates.

« Comment… tu ne t'allonges pas, Light ? Je te trouve vraiment mauvaise mine… Je ferais peut-être bien d'appeler un docteur… »

« Non… maman. C'est simplement un peu de fatigue. Une journée de repos et il n'y paraîtra plus » insista Nathalie avec toute la force de conviction dont elle était capable.

L'air soucieux de la mère de famille se dissipa quelque peu.

« Demain est un jour si particulier… Ton entrée à l'Université de Todai ! C'est pour cela que je souhaite que tu sois en forme, mon fils »

Le sang de Nathalie ne fit qu'un tour.

« Ne t'en fais pas pour moi, maman. J'y suis parfaitement préparé ». Sa voix lisse et égale, Nathalie défit avec un naturel nonchalant son nœud de cravate, qu'elle plia soigneusement et replaça dans une armoire, puis alla s'étendre sur le lit et ferma à demi les yeux.

Rassurée, sa mère déposa le plateau sur la table de chevet et se retira en lui adressant un sourire de tendresse maternelle avant de refermer la porte derrière elle. Pas très fière d'elle, la jeune femme conserva quelques instants sa position, paupières baissées. Quand elle les rouvrit, son regard se porta presque instantanément sur « son » bureau. Ignorant volontairement Ryûk dont les bruits de mastication étaient suffisamment éloquents pour qu'elle se soucie de son activité, elle s'assit sur le lit, rectifiant le pli de sa chemise. Des automatismes… bien. Ceux-ci loin d'être gênants, contribueraient à donner le change. Elle inspira. Expira. Passa une main sur sa poitrine plate et musclée. Plia et déplia les doigts de ses mains qu'elle avait crispé dans le dessus de lit. Combien de temps vais-je rester dans ce corps ?

Et Light… Si son âme ou… son esprit le réintégrait ? J'en serais chassée voilà tout… je réintègrerais mon propre monde. Dans quelles limbes erre-t-il ? Respire.

Demain, tu entres à l'Université de Todai.

La rentrée de Light, en tant qu'étudiant. Les douze agents du FBI étaient déjà morts, dont Raye Penber. Et sa fiancée Naomi Misora. Bon sang ! Elle ne pouvait plus rien pour eux ! Ukita avait également perdu la vie. Elle crispa la mâchoire. Au sein de son tumulte intérieur, sa pensée tentait de restaurer le fil chronologique. Tous ces évènements avaient déjà eu lieu. Voilà où elle en était. Non.

Creuser davantage.

Quel que soit le motif de son incorporation, et une fois passé le choc de cette incarnation à laquelle elle était à mille lieux de s'attendre… Elle se leva, fit le tour du lit et s'avança vers la baie vitrée qui donnait sur un petit balcon. Sous l'effet de la réverbération, son reflet s'y dessina avec netteté.

« Attends un peu, sale enfoiré » grinça-t-elle entre ses dents en le dévisageant. « Je ne te laisserai pas l'avoir. Pas cette fois »

Sa rage se retranscrivit sur les traits réfractés. Il me suffit de te tuer. De te jeter d'un pont. Ou tiens ! D'écrire ton nom dans le Death Note ! Dans quarante secondes, L n'aura plus rien à redouter de toi ! A cet instant, le visage androgyne s'éthéra, la luminosité croissant sur la vitre le dérobant. Nathalie se retrouva à contempler le paysage extérieur, une vue dégagée sur un quartier résidentiel. Mais… je suis dans son corps. Si je le tue, je meurs avec lui ! Flûte !

Elle se détourna de la vitre. Réduire en cendres le Death Note ! Ainsi, nul ne pourrait s'en servir, et surtout pas Light s'il revenait à lui. Mais elle ne pouvait garantir la réaction de Ryûk si elle agissait ainsi. Il pouvait prendre ombrage de la destruction du carnet et la tuer comme ultime distraction. Soupir. Non. Il y avait quelque chose qu'elle pouvait faire. Le temps que le shinigami finisse d'engloutir la dernière pomme juteuse, elle avait accompli ce qui traversait son esprit peu auparavant. De ce côté-là, au moins, elle était tranquille. Elle eut alors le sentiment d'avoir, aussi infime que cela parût, quelque peu infléchi le cours des évènements.

« Alors Light… toujours exténué ? ». Un sourire semblable à une blessure irrégulière, fendant son visage d'outre-tombe, Ryûk se dressait devant elle.

Seigneur ! Light devait avoir eu des nerfs d'acier pour ne pas céder à la panique lors de leur rencontre. Elle, grâce aux innombrables illustrations le mettant en scène, avait eu le temps de se familiariser avec son faciès. Mais elle ne parvenait pas à se défaire du sentiment de malaise qui l'étreignait en sa présence. Une mise en garde. Non. Elle savait qu'elle ne pouvait pas lui faire confiance. Par ailleurs, les shinigamis passaient leur temps à transgresser les règles. A croire qu'elles n'avaient été inventées que pour cela. Donc, un premier point : conserver les habitudes de Light, mais ne pas traiter le dieu de la Mort à la légère. Il était là pour se désennuyer, le jeune Yagami lui servant de jouet à des fins de divertissement personnel. Il demeurait, en dépit de son comportement fantaisiste et son apparent bon vouloir à accepter ses injonctions et ses réprimandes, un adversaire redoutable.

Son regard, à nouveau, se reporta sur le bureau. L'environnement lui semblait étrangement familier. Réminiscences de ses visionnages réitérés de l'anime qui imprégnaient sa mémoire. Et là, au bas des rayonnages de sa bibliothèque, elle trouverait dans un classeur de rangement les revues pornographiques dévolues à justifier la mise en place de son système de détection d'intrusion…

Non… il n'y avait rien de plus affreux que de se retrouver dans le corps de quelqu'un que l'on déteste. Elle qui, dans ses rêves, se voyait voler au secours de L sous ses propres traits ou une entité évoquant l'aspect des magical girls, la réalité se révélait effroyablement rude. Car elle ne remettait pas en question ce qu'elle vivait. Elle n'y parvenait tout simplement pas ! Ses cinq sens la persuadaient avec trop d'acuité du caractère sensible et polysensoriel de sa situation. Un délire hallucinatoire provoqué par des vapeurs éthyliques n'aurait pas affiché cette banalité, ni encore moins cette cohérence. Quoique surréaliste… comme dans Sliders, les mondes parallèles, la série Au-dela du réel, Stargate la porte des étoiles ou encore les Contes de la crypte.

Pourquoi les Contes de la crypte ?

Et le Château ambulant d'Hayao Miyazaki, où une jeune femme est transformée par la Sorcière des Landes en vieille femme, son âme logée dans un corps usé. Sous le choc de la transformation, elle tournait dans le salon de la chapellerie, ne cessant de revenir-pour contempler son visage fané et ridé-vers le miroir. Le miroir.

Une vraie pièce d'antiquaire, un peu éraflée, un peu grisée par endroits sur le verre poli de la glace. Elle en avait ciré le bois, qui chatoyait à présent, redonné du lustre à ses ornements sculptés en cuivre et frotté vigoureusement la surface pour que celle-ci étincelle, telle un sou neuf. Le gérant du dépôt-vente estimait que cette pièce remontait au Second Empire mais son état l'empêchant de trouver acquéreur, son prix avait baissé au fil des semaines. Sous les flétrissures du temps, Nathalie avait décelé son potentiel esthétique et avait profité de l'aubaine du prix modique pour se l'offrir.

Ah… il y avait aussi ce roman harlequin « aventures et passions » dont elle ne se souvenait plus du titre, où une jeune aristocrate sous la Révolution, se retrouvait projetée dans le corps d'une ancêtre du temps de la Renaissance par l'intermédiaire d'un tableau la représentant. Oui, bon. A la différence qu'il ne s'agissait pas d'un parent de sa famille. Et l'héroïne se voyait vivre l'existence de son aïeule afin d'en réparer les erreurs.

Peut-être avait-elle été envoyée là, pour ça ? Rectifier la bêtise de ces crétins d'auteurs. Préserver l'existence de L et celle de Light, tiens ! par la même occasion. Ou bien non ? Ce n'était qu'une pure coïncidence. Mais, quel qu'en soit le motif,… elle pouvait sauver L !

Des étoiles plein les yeux, Nathalie crut fondre et se rassit sur le lit, un air béat sur le visage. Adressant silencieusement une petite prière à toutes les fangirls du monde, aux adoratrices de yaoi, ainsi qu'à tous les autres pour excuser par avance les erreurs qu'elle pourrait commettre au cours de sa croisade, et pour ne pas trahir leurs secrètes aspirations. Elle avait lu les volumes du manga dans son intégralité ; elle avait visionné l'anime des dizaines de fois jusqu'à l'épisode 25 ; après, ç'avait été plus dur. Elle connaissait pratiquement tous les dialogues par cœur ; elle avait suivi les épisodes sur dailymotion, à la fois en vostfr et en vf, auxquels elle avait ajouté quelques épisodes sous-titrés en anglais, italien, espagnol et allemand afin de comparer les nuances de traduction et se rapprocher le plus fidèlement de la caractérisation originelle de l'œuvre ; elle avait assisté à la projection des trois films live… Si on ajoutait à cela sa connaissance des deleted scenes, les thèmes musicaux associés aux personnages, les dôjinshi, les amv-surtout ceux postés sur youtube-les cosplay, les fanarts, les fanfics et les produits dérivés, elle avait les moyens d'agir !

Ses pensées se bousculèrent, ruant en cascade. Elle allait observer comment cela s'était passé entre eux, s'il s'était passé quelque chose entre eux ; comment cela se passait quand ils étaient enchaînés pour dormir, se laver... Mais non ! Nathalie se fustigea mentalement. Si tout se passait bien, Light ne connaîtrait pas cet épisode. Il ne pourrait pas le vivre parce que celui-ci ne se produirait pas. Oh, et tiens ! Elle s'était toujours demandé comment Light s'y prenait pour manger ses chips du coin des lèvres avec ce petit jeté de tête, et les dents qui partent de travers. A présent, elle allait savoir !

Le tourbillon désordonné s'accéléra. Et pour le massage des pieds, elle découvrirait enfin si ce passage recelait une signification cachée… Non ! pas le massage ! il précédait le moment crucial où L trouvait la mort ! A ce propos… elle se souvenait avoir demandé à son copain s'il lui serait déjà venu à l'idée d'essuyer les pieds d'un camarade, de les lui masser, et éventuellement d'en rajouter une couche en lui disant avec un regard mouillé, au moment de quitter les vestiaires de la salle de sports « Je suis triste, nous allons bientôt devoir nous séparer ». Devant l'air ahuri de son copain, avait pris la décision de ne pas insister. Son chéri lui répondant tout de même « J'ai une fois essuyé le dos d'un pote qui avait un bras dans le plâtre » était revenue à la charge « Et tu as aimé ça, lui caresser le dos ? » s'attirant une dénégation farouche et indignée « Mais je ne lui ai PAS caressé le dos !! ». Avait déduit que ce n'était pas une pratique courante et que le geste de Ryûzaki cachait visiblement une autre intention.

Mais... sa pensée s'égarait... Rien de tout cela n'allait se produire ! Et il ne fallait pas qu'elle rencontre Amane Misa. Oulà. Surtout pas. Pas de précipitation. Elle s'efforça de ralentir l'ébullition de sa pensée. Un détail après l'autre. Premièrement ne plus se servir du Death Note. La cessation des activités de Kira entraînerait peut-être l'abandon de l'affaire ? Mais Nathalie n'y comptait guère. Trop de criminels, sans compter des innocents, avaient été tués pour abandonner sa capture. Re-zut. Toutes les polices du monde étaient à la recherche de Kira. Pour l'arrêter et le conduire à l'échafaud.

Et elle était dans sa peau.

La figure de Ryûk envahit son champ de vision. Le shinigami s'était penché vers elle et agitait une main devant ses yeux. Le cri étranglé expectoré par le jeune homme fit reculer le dieu de la Mort tandis que Light s'effondrait par terre. Je suis dans sa peau. Je suis susceptible de finir sur la chaise électrique. Ou tuée par une injection létale. Ou assassinée par le père de Light qui se suicidera ensuite s'il découvre que son fils est un meurtrier. Oui, plus probablement ce cas de figure…

« Light… tu es sûr que ça va ? » Ryûk le dévisageait avec perplexité. Nathalie se raidit.

« J'étais plongée dans mes réflexions. Ton geste m'a surpris ». Un argument valable.

« C'est vrai que tu avais l'air drôlement concentré, Light. Ça signifie qu'on va bientôt à nouveau prendre du bon temps… Je suis curieux de voir ce que tu as manigancé »

« Je suis certain que tu ne seras pas déçu, Ryûk ». Un sourire machiavélique étira les lèvres purpurines. Un retournement de situation auquel tu ne t'attends pas. N'aies crainte. Tu ne perdras pas au change.

La jeune femme se releva d'un mouvement souple. Elle commençait à apprécier ce jeune corps viril. Tout juste majeur dans ce monde, la jeune femme en comptait vingt-trois pour un mètre soixante-cinq dans le sien. La haute taille de Light était agréable à vivre. Avec un frisson d'excitation, elle s'assit sur sa chaise de bureau, considérant l'ordinateur portable posé en face d'elle et le mini téléviseur, situé sur le côté ; le pot empli de stylos divers, le sous-main revêtant le plateau de la table d'étude. Sa main se détendit brusquement, ouvrant d'un geste théâtral le tiroir supérieur. Etouffa un rire nerveux. Attendit quelques instants, le temps de régulariser son souffle. Elle sentait d'instinct que le contact du carnet ne parviendrait pas à la corrompre. Elle ne possédait pas l'audace démente du passage à l'acte et n'était pas réceptive à cette forme de tentation, dispenser la mort…

Ayant pris un stylo et dévissé son étui, elle se pencha, repérant le trou minuscule perforant le fond du tiroir ; y inséra la tige du stylo-bille, souleva le double-fond, admirant l'ingéniosité du système tout en ressentant dans toutes les fibres de son être toutes les étapes s'étant succédées pour aboutir à ce résultat, comme si elle les avait réellement vécues. Avec une impression vivace de déjà-vu.

Puis elle retira le carnet de son film plastique. Aucune sensation particulière. Elle l'ouvrit. Confirma, en lisant leurs noms ce qu'elle avait déduit auparavant. Regrettant farouchement de ne pas être en mesure d'en effacer la trace ainsi que le sort tragique qui les avait frappés. Parcourant avec intérêt les règles, en évitant de regarder les autres pages, celles manuscrites, asphyxiées par une écriture serrée, alignant les noms comme des rangées de poireaux. Elle revit mentalement Light en pleine séance de rédaction masturbatoire, jusqu'à l'acmé finale, puis pantelant sur le dossier de sa chaise, sans plus pouvoir effectuer le moindre mouvement. Des tapotements discrets rompirent sa vision. « Grand frère ! Tu peux m'aider ? »

Sayû ! D'un mouvement preste, Nathalie dissimula le carnet, rétablissant la sécurité du tiroir.

« Oui, entre ! »

La jeune adolescente, un livre à la main, réclamait son aide pour un devoir. Assis côte à côte, son « frère » entreprit de lui expliciter les fonctions du deuxième degré. Elle avait toujours été nulle en maths. A nouveau, après l'usage spontané de la langue japonaise dont elle n'avait pourtant assimilé qu'une dizaine de mots courants lors de sa vie parallèle, une curieuse alchimie opérait.

Sa petite sœur, très enjouée, s'extasiait sur sa facilité de résolution. Et Nathalie, en la regardant, se souvint d'une fanfic qu'elle avait rédigée où Light manifestait des sentiments dépassant le cadre de l'affection fraternelle et les lui témoignait, à son insu, charnellement. Rosissant à ce souvenir, se morigénant pour ces pensées perverses, elle expédia avec brio les derniers exercices. Sayû la remercia, sautillant jusqu'à la porte de la chambre.

La voix de leur mère résonna, les appelant pour dîner. Bon sang ! Quelle heure était-il ?! Le jour était encore clair, mais le soleil s'était visiblement déplacé, trahissant une après-midi en fin de course. A présent que faire ? Qu'allait-elle vivre ? Serait-ce comme dans l'anime ou le manga ? Un peu des deux ? Il existait en effet des distinctions entre ces deux occurrences. A quoi devait-elle alors s'attendre ? En se basant sur les indices de la journée, la version privilégiée ne pouvait être déterminée.

Tiens, par exemple ! Quand elle rencontrerait Ryûzaki pour la première fois, à la cérémonie universitaire, se présenterait-il à elle tandis qu'ils descendaient de concert les marches de l'estrade, semblablement aux planches dessinées du manga, ou bien assis à croupetons sur sa chaise, de retour à leurs places à l'issue de leur discours, comme dans l'anime, se tournant soudainement vers elle, les épis de ses cheveux noirs voletant, ses yeux graves et immenses s'attachant aux siens, attentif à recueillir les moindres frémissements de ses traits ?

La rentrée universitaire était fixée pour le lendemain.

Elle rencontrerait Ryûzaki demain.

Rembobinage.

Ryûzaki nourrissait déjà de fortes présomptions à son égard. En raison de sa filature par Raye Penber et la mort de celui-ci, sans compter la disparition de sa fiancée, qui plaçait Light-elle par conséquent-en première ligne des suspects. Ryûzaki le soupçonnait. Non Hideki Ryûga. Ne va pas te tromper lorsque tu l'appelleras par la suite. Et reste naturelle. Tu sais ce qui va se passer. Ça te laisse de la marge de manœuvre pour le sauver et te préserver dans la foulée. Et racheter le crime de Light. Voilà. Et demain, L va te tester. T'observer. Installer des caméras. Une sueur glacée coula le long de son échine.

En ce moment-même il l'observait. Alors qu'elle avait parlé à Ryûk. Alors qu'elle avait sorti le carnet, en révélant le mécanisme d'ouverture. Alors qu'elle avait jeté à nouveau un coup d'œil à son zizi, songeant qu'il pourrait rivaliser avec celui de son copain brésilien, de parents sud-africains. Non. La période des caméras était révolue. Elles avaient été retirées les veilles des examens du concours d'entrée à l'Université de Todai. Un soulagement indicible la terrassa. Rectificatif. L et Light s'étaient déjà rencontrés. Entraperçus plus précisément. Leurs regards s'étaient croisés, L assis derrière son dos, séparé par les tables de deux candidats. Un contact visuel bref. Mais à prendre en considération. Il avait déjà pu se forger à son égard une opinion. Non. Avec les caméras déjà. Puisque c'était ce qui l'avait décidé à venir à l'Université. A révéler, à lui révéler son visage, au grand jour.

Si elle se remémorait bien ses données sur lui, à l'heure actuelle… il avait déjà déduit que Light était quelqu'un de résolument sérieux, studieux. Qu'il n'avait rien laissé transparaître d'une quelconque accointance avec « kira », en tous cas en situation de vidéosurveillance. Un être bien sous tous rapports, et normal… Non. Trop parfait. Nathalie fronça les sourcils. Et il l'avait vu sous toutes les coutures : quand il se dévêtait, quand il se livrait à ses besoins, lorsqu'il prenait sa douche… Soumis à une observation appuyée constante. Des frissons hérissèrent le duvet de son épiderme. Allons ! Il suffirait simplement demain de conserver son naturel. Comme si elle ignorait tout, de sa véritable identité, des soupçons pesant sur elle, des joutes intellectuelles à venir. Naturelle. C'est tout. Et sereine.

La mère de Light l'appela à nouveau. Carrant les épaules, Nathalie s'engagea dans l'escalier. Résolue, invoquant dans son cœur le soutien moral des millions de pro-L, des fangirls et de tous les autres, afin d'épargner à L son sort funeste. Pour le moment, l'heure de la confrontation avec Souichiro Yagami père était venue.

Un homme en imperméable, les cheveux poivre et sel, ôtait d'un geste las ses chaussures dans l'entrée.

« Bonsoir Papa. Tu as passé une bonne journée ? »

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« à suivre...»

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Après avoir enduré les affres de l'épouvante, l'héroïne dans la peau de Light se voit offrir la chance inespérée de tordre le cou à un destin cruel, injustifié, incohérent, par la faute d'auteurs qui ont inventé des tas de règles dont ils oublié la moitié en chemin, s'emmêlant les pinceaux au niveau de l'intrigue, des personnages, bref qui ont eu très mal à la tête voire qui se sont grillés le cerveau à certains passages... où en étais-je ? Ah oui ! Comment la rencontre avec Ryûzaki va-t-elle se dérouler ? Light va-t-il être démasqué ? Le détective tête-de-panda pourra-t-il être sauvé ? La suite nous le dira peut-être lors du prochain épisode intitulé : « Marche »

Un titre horriblement angoissant. Je suis impitoyable, je sais.

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Blabla de l'auteur

avec le retour de la tartine...

Bon. Tout le monde sait à présent, je présume, que Light Yagami donne, inversé: Light I'm a gay XD!! L'anagramme de Misa Amane révèle quant à lui : Se(a) I am a man XD!! Et après ça, il s'en trouvera pour dire que les auteurs n'avaient pas d'arrière-pensées lol !!

Pour ceux qui chipotent, en remaniant l'ordre des lettres, on obtient également : I'm a seaman (je suis un matelot). Mais c'est moins drôle.

Par ailleurs, Death Note aurait pu (dû ?) s'intituler « l'Exorciste » puisqu'on nage en plein cas de possession. D'ailleurs l'un des thèmes musicaux de L (« L no kabe » en ligne sur youtube posté par Cloakdeath) partage d'étroites correspondances avec le thème musical du film éponyme ! établissant une interrelation entre L et un exorciste ! Les plus audacieux des fanficteurs, ou ceux qui prisent-à mon instar-les univers alternatifs et les caractérisations de type OOC, pourraient à ce titre s'adonner à un cross-over entre Death Note et D Gray-Man XD ! A mon avis, jusque dans ces détails sonores, les auteurs ont voulu subtilement exprimer que Light n'était pas conscient de ses actes, pire qu'il n'était qu'une marionnette manipulée par un esprit maléfique ayant investi son corps ; et que Light et Kira n'étaient définitivement pas la même personne. Ma théorie, je la réitère, étant que le Death Note n'est pas possédé par ses usagers, il les possède.

Un autre détail corroborant cette théorie : lors de ma référence précédente à propos de la deleted scene (séance de cinéma) lorsque Light se rend à ce lieu de rendez-vous, il passe devant d'immenses parois murales en verre. Alors qu'il marche, son profil est réverbéré dans les baies vitrées, son reflet le fixant de l'oeil, tourné vers lui comme s'il surveillait le moindre de ses gestes, alors que Light regarde droit devant lui ! Illusion d'optique ou bien expression symbolique de la manipulation psychique dont il est l'objet ? C'est peut-être un détail infinitésimal mais l'impression qu'il suscite a de quoi estomaquer. Le reflet de Light le suit du regard !

A présent, pour la nouvelle parenthèse que je m'apprête à ouvrir, par pitié ne me tapez pas dessus ! Voilà. Dans le cadre de cette histoire, pour donner un support visuel au lecteur, j'ai imaginé que l'héroïne se retrouvait sous les traits de Zac Efron. Je l'ai choisi pour symboliser les traits charnels, la correspondance "live" de Light, après l'avoir découvert fortuitement au détour d'une des vidéos d'Ultimatekai qui vantait sa ressemblance avec Light. Ma curiosité piquée par sa référence enthousiaste, je me suis dit « tiens ! et si j'allais jeter un coup d'œil ? » puis tapé son nom sur google, rubrique images. Et là, je suis restée saisie. La correspondance physiologique est confondante. Il se rapproche effectivement, physiquement, de manière surprenante de Light. Je ne connais rien de son jeu d'acteur. Jamais vu ne serait-ce qu'une bribe d'extrait de son rôle dans "High School musical" pour lequel il est conspué par une partie des internautes s'il devait interpréter le rôle de notre jeune étudiant aux pulsions mortelles sadiques.

En vérité, deux camps là encore se font jour : entre ceux qui supplient pour l'avoir dans le rôle et ceux qui le vomissent, prédisant qu'il sera « à chier » si jamais il est retenu. Quoiqu'il en soit, plusieurs pétitions circulent à l'heure actuelle (dont une initiée par Ultimatekai) pour que les studios le prennent de préférence à un autre. Où en étais-je ? Digressions, digressions. Ah oui ! Zac Efron ! Personnellement, je m'en fous. Pourtant, ce qui ne laisse pas de me peler les sabots c'est le « collage d'étiquette ». Parce que cet acteur n'est connu que pour des rôles de sourire en rectangle blanc, il est jugé inapte à interpréter un personnage ténébreux.

Je vous l'ai dit, je ne connais rien de lui, j'ignore ce qu'il vaut en tant qu'acteur (et j'ai la flemme de regarder un épisode de HSM). Mais il y a quantité d'acteurs apparemment lisses, dévolus aux rôles gentillets qui ont livré par le passé de remarquables prestations dans le registre dramatique. Ce n'est pas incompatible. Je pense qu'avec une bonne direction actancielle, ce jeune homme pourrait être plus que correct dans ce rôle, non ? Et c'est vrai que les similitudes sont frappantes. Navrée, mais c'est ce qui m'a le plus interpellé. Il est vraiment si incapable que cela ? Parce que les critiques à son encontre se révèlent plus que virulentes sur le net. Enfin bon. Après ça, la ressemblance physique n'est pas tout.

Rappelez-vous Hugh Jackman avant d'incarner Wolverine. Prenez une photo avant et après, comparez. Rien en commun ! Et après un développement musculaire et un maquillage approprié il s'avère, de mon ressenti propre, la quintessence même de Serval, alors que je n'aurais pas misé un kopeck sur lui si j'avais su avant de voir le film qu'il avait été choisi pour incarner ce rôle. Or, il EST le mutant aux griffes d'adamantium ! Pour en revenir au dénommé Zac, il faudrait blanchir un peu son teint, trop « abricoté » à mon goût, qui lui donne l'air d'un californien rougi au soleil, alors que la peau de Light est pâle. Pas autant que celle de L, mais pâle tout de même. Enfin, cet acteur possède à la fois ce physique de virilité et d'androgynie tirant sur le féminin qui caractérise Light, surtout lorsque celui-ci est tout juste majeur (en particulier dans la première partie de la série). Là où L, qui possède également un caractère féminin, fera plus « brut de décoffrage ». C'est pour cela aussi qu'il conviendrait bien pour le rôle.

J'ai par ailleurs toujours songé, qu'en plus d'un aspect androgyne ne lui ôtant rien de sa virilité, Light se distinguait par un aspect européen ; là où L affirmait davantage des traits asiatiques (son aspect « panda » peut-être ? Ou son visage blanc de neige de geisha aux yeux comme redessinés de khôl ?)

Enfin, concernant la fanfic dont se remémore l'héroïne au cours de son soutien scolaire auprès de Sayû, celle-ci s'intitule « Devoir ». Tiens ! c'est curieux… il me semble l'avoir déjà lu quelque part... XD

Prochain épisode prévu le 10 octobre !!