Ephémère Bonheur

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Une Minute

Je me réveille en sursaut. J'ai l'impression que mes tripes me jouent des tours. Je me précipite vers la salle de bain. Encore une fois, c'est de la bile que je recrache, ayant rendu mon dîner et même mon déjeuner depuis bien longtemps. IL vient se coller à mon dos et retient mes cheveux en arrière pour m'aider et me réconforter.

Depuis quelques temps, mon estomac ne veut plus rien entendre. Et tous les matins, c'est le même manège.

IL dit qu'IL demandera au médecin de venir me voir dans l'après-midi et que d'ici là, il faut que je reste coucher. Sur ces bonnes paroles, nous rejoignons le lit où je m'endors au creux de SES bras.

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Une Heure

Je me réveille en sursaut et constate que MON AMOUR est parti. Je me sens déjà seul.

Le médecin, une femme, Sally, arrive et me demande de quels maux je souffre. Je lui réponds à contre-cœur et en rougissant que j'ai des nausées, que j'ai mal dans tout le corps et que mes tétons et ma virilité ont grossi. Elle m'ausculte et me regarde bizarrement. Puis tente de me prélever du sang mais moi, qui ai une aversion pour les aiguilles, tente de me débattre. Jusqu'à ce que MON MARI s'installe près de moi et me calme d'un baiser.

Nous somnolons un peu tout en nous cajolant, moi calé contre SON torse. Pendant un long moment …

Le médecin revient un peu plus tard et nous annonce les résultats. Et là, je tombe des nues. MON MARI me fixe. Mais je n'arrive pas à deviner quelle est cette lueur au fond de SES yeux. Est-ce du bonheur ou… ?

Verdict : Nous allons être Papa. Un petit être grandit dans mon ventre.

Je ne sais pas si ce sont déjà les hormones, mais je me mets à pleurer. Heureusement, cette fois, ce sont des larmes de bonheur qui dévalent mes joues. MON MARI n'aura plus à aller voir d'autres femmes, IL n'aura plus à me laisser, IL restera près de moi pour toujours.

J'ai le droit à un baiser fantastique, rempli d'amour et de bonheur.

Le médecin continua de nous expliquer que cela était rare mais pas inexistant. Elle me demanda si j'avais rencontré un vieil homme quelques temps avant ma grossesse. J'ai dû avouer que ce vieil homme ressemblant assez à un savant fou m'avait donné une potion que j'ai bu un peu avant qu'IL ne me fasse l'amour. Le médecin pensait que ce vieil homme était une légende inventée par les couples homosexuels pour légitimer les enfants qu'ils avaient kidnappés. Mais, elle avoua aussi qu'elle croyait en ses résultats et qu'il restait encore 9 mois pour voir sa thèse démentie.

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Un Jour

Nous baignons dans le bonheur. MON AMOUR n'a jamais été aussi attentionné envers moi. Aujourd'hui, nous avons décidé de passer cette superbe journée ensoleillée dans le jardin du Palais. Nous sommes installés sur un banc, au bord du lac, à nous papouiller. J'ai droit aux baisers dans le cou, aux mains vagabondes, aux érections conséquentes et aux mots doux.

Quand tout d'un coup, SA mère arrive avec une femme, ni belle, ni moche, juste un peu banale. D'après les explications de ma belle-mère, elle est la fille de l'ambassadeur d'un pays voisin et allié de notre royaume.

Là, mon monde s'effondre. Non, c'est impossible. Cela ne se peut pas. J'essaie de me dégager de l'étreinte de MON MARI pour voir si ce qu'elle m'annonce est vrai. Mais IL me retient tout contre LUI, m'empêchant de bouger, m'empêchant de fuir, m'empêchant de savoir.

IL … IL a couché avec elle. Et maintenant, elle est enceinte … Mon bébé, qui était censé être un cadeau du ciel, n'est plus RIEN. Surtout pas aux yeux de SA mère étant donné que son bébé à elle a été conçu avant le mien. La première nuit, dès qu'IL est allé à ces rendez-vous. J'aurais dû me douter que tout cela était trop beau. J'aurais dû deviner que cela ne pouvait pas être aussi facile.

Finalement, je parviens tant bien que mal à échapper à SES bras. Et je cours sans pouvoir m'arrêter, je cours sans vouloir m'arrêter, je cours sans savoir où aller. Et je pleure. C'est fou à quel point un corps peut renfermer de larmes, à quel point on peut être malheureux. Mon Bonheur s'est si vite envolé.

Tout d'un coup, le sol se dérobe sous mes pieds et je tombe. Mes larmes ne tarissent pas. La douleur au fond de mon cœur non plus. Je ne sais pas combien de temps je reste prostré là, à attendre que la douleur passe. Mais il faut se rendre à l'évidence, elle ne passera jamais. Et IL ne m'appartient déjà plus, IL sera à cette femme, IL me laissera, seul, encore une fois.

Après un long moment, deux bras puissants m'enlacent. Je LE devine à son parfum et à SON torse chaud. Contre ma volonté, mes larmes redoublent. Au travers de ma douleur, je L'entends murmurer des excuses : IL est désolé, IL n'avais pas réfléchit, IL n'avait plus l'habitude de se protéger, IL était ivre. Toutes les excuses y passent. Et bien sûr, naïf comme je suis, je tombe dans le piège et LUI pardonne. IL me dit qu'IL m'aime, qu'il n'y a que moi et mon bébé qui comptions. Et cela me suffit, même si ce sont des mensonges, ce que je n'espère pas, seul le fait qu'il me le dise, à moi, me suffit.

Epuisé, je m'endors dans SES bras.

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Une Semaine

Un rayon de soleil me réveille. MON AMOUR est déjà parti. J'ai l'impression de dormir de plus en plus, alors qu'ELLE est à peine conçue. Le médecin a dit que selon le développement de LA CHOSE et les résultats de ses recherches, l'accouchement aurait lieu au sixième mois de la gestation. C'est-à-dire que, le hasard faisant bien les choses, ELLE naîtra avant le bébé de l'Autre.

Bizarrement, j'ai un plus de mal à concevoir qu'un "bébé" vit en moi, alors que le fait de penser au bébé de l'Autre me fait pleurer à chaque fois.

Je fais souvent ce cauchemar, l'Autre accouche avant moi, MON MARI me délaisse, je me retrouve seul avec cette CHOSE dans mon ventre et quand l'heure de l'accouchement arrive… C'est un monstre hideux qui sort de mon corps.

Alors je pleure toute la nuit. MON MARI ne le sait pas car en ce moment, SES affaires l'épuisent. A mon réveil je suis toujours seul : que ce soit au beau milieu de la nuit lorsqu'IL dort ou au beau milieu de la journée alors qu'IL est déjà parti.

J'ai l'impression que MON AMOUR est de plus en plus sollicité par SA mère et par l'Autre. Elles tentent toujours de le détourner de moi. Mon cœur se déchire à chaque fois qu'IL pose SON regard sur l'Autre.

Alors que, dès qu'IL me voit, je n'ai le droit qu'à un mince sourire. SON premier baiser va toujours à LA CHOSE, IL embrasse mon ventre, le cajole. Ensuite seulement, IL se relève pour m'embrasser sur le front avant de m'abandonner de nouveau.

IL se couche tard, IL se lève tôt, IL n'est jamais là. Et quand IL est près de moi, IL pense à LA CHOSE. Je n'ai plus le droit à SES petites attentions, je n'ai plus le droit aux câlins.

Alors quand IL n'est pas là, je passe mon temps à pleurer. Je suis un père horrible : je suis jaloux de mon propre bébé.

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Un Mois

Quelle idée farfelue ! Parce que LA CHOSE se développe, parce que mon ventre s'est mis à s'arrondir, je dois, comme l'Autre, porter des robes. Le tailleur est dans ma chambre. Ces mains qui rôdent partout me gênent. Ces mains qui passent entre mes fesses, sous mes bourses, sur mes tétons "pour prendre mes mesures". Le regard mauvais de ma belle-mère me fait froid dans le dos et m'empêche de bouger. Mon regard se fait fuyant. Je finis par fermer les yeux pour tenter d'échapper à ce calvaire.

Cela fait déjà trois fois qu'il prend mes mesures ce mois-ci. A-t-il vraiment besoin de mes mesures chaque semaine ? Je sais que LA CHOSE grandit plus vite que les autres, mais est-ce vraiment la peine de me faire enlever tous mes vêtements ?

J'ai déjà deux robes hideuses à souhait. Elle me couvre tout le corps … Je ne vois même plus mes pieds quand je suis obligé de les porter. Les couleurs sont criardes et le tissu me colle.

Après cette séance de torture aux mains de ce gros dégoûtant, ma belle-mère souhaite nous entraîner dans le jardin pour assister à une petite fête surprise qu'ont organisé ses plus proches amies pour les deux heureux évènements à venir. Cela fait un mois qu'elles rôdent comme des harpies dans le Palais, en me demandant ce que j'ai mangé pour grossir autant ou encore de quel pays vient cette mode qui m'oblige à porter de si « jolies » robes. Je n'ai pas le cœur à répondre à leurs moqueries, alors je subis. Je n'ai pas envie d'aller à cette fête. Je n'ai pas envie de voir autant de monde, surtout si c'est pour que ces personnes gratifient l'Autre en me délaissant encore une fois. Je ne le supporterais pas.

MON EPOUX est toujours aussi occupé. Mon lit est toujours aussi peu habité. Mes larmes sont toujours aussi nombreuses. Mon corps est toujours aussi douloureux. Mon mal-être augmente de jour en jour.

Je subis plus ma grossesse que je ne la vis. Ma grossesse ne me fait pas tant plaisir que ça. D'après Sally, c'est pour cela que mon ventre est aussi petit alors que je devrais, étant un homme, déjà ressembler à une baleine.

Mais, il est déjà l'heure de nous rendre au jardin pour la fête surprise. On ne me laisse pas le temps de répondre. J'ai « l'honneur » d'ouvrir la marche, encombré par les présents que ma belle-mère veut offrir à ses amies.

Arrivé à la moitié des marches, je me rends compte que les deux femmes ne m'ont pas suivi. Alors, tentant de me retourner pour voir où elles se trouvent, je me prends les pieds dans ma robe. Cet enchevêtrement de tissus me fait lâcher tous les paquets. En essayant de les ramasser, je me prends encore une fois les pieds dans la robe. Mais cette fois-ci, c'est bien plus grave : je me sens partir en arrière, je n'ai rien pour me retenir. Je vois ma belle-mère, qui a compris ce qui se passe, sourire. L'Autre me regarde avec des yeux surpris. Je pense que je suis aussi surpris qu'elle. Comment cela a-t-il pu se produire ?

Je bascules en arrière et dévale les escalier en roulé-boulé. Je me retrouve au bas de l'escalier en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, avec un mal de ventre tellement aigu qu'il m'empêche de bouger. J'ai la tête qui tourne et les yeux qui papillonnent. J'ai du mal à fixer mon attention sur quelque chose de précis : j'ai les yeux qui tourne dans leur orbite sans vouloir s'arrêter.

Les deux femmes descendent les escaliers, lentement, en savourant ma chute. Ma belle-mère appelle un majordome pour qu'il l'aide à porter ses paquets. L'homme essaye de me venir en aide mais ma belle-mère le lui défend. Elle interdit à quiconque de le faire, précisant que c'est pour me forger le caractère.

Ma tête retombe au sol. Je m'interdis de sombrer tant que MON AMOUR ne sera pas près de moi. Mon ventre me fait atrocement souffrir. C'est la première fois que je pense à mon bébé, mon pauvre bébé qui n'avait pas de nom avant. Alors pour la toute première fois de son existence, je le prends dans mes bras, je lui chuchote des paroles apaisantes. "Chut, Mon Ange, chut, nous allons nous en sortir, je te le promets. Ton Papa va bientôt arriver pour nous délivrer tu vas voir … Tu vas voir …" Et je ne peux pas résister plus longtemps. Ma tête heurte le sol une nouvelle fois et tout devient noir.