Bonheur envolé

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#Interruption POV#

La gouvernante cavale à travers tout le Palais. Elle est extenuée mais elle ne s'arrête pas pour autant et personne ne pense à l'arrêter non plus car tout le monde sait. A bout de souffle, elle atteint l'aile Sud. Elle explique la situation aux gardes qui la laissent entrer. Elle s'excuse tant bien que mal d'interrompre une réunion si importante entre le Roi, le Prince et leurs alliés, mais elle leur annonce que l'autre Prince est en danger.

Alors le Prince héritier et le Roi se précipitent aux dehors de la salle après s'être promptement excuser auprès des autres chefs.

Informés en route par la jeune fille, ils accélèrent brusquement, la laissant seule au milieu d'un couloir.

Ils se dirigent tous deux vers le grand escalier de marbre. Quand ils aperçoivent une silhouette au sol, le Prince accélère encore un peu plus pour trouver son Amour étendu au sol, les jambes baignées de sang. Tout doucement, il lui soulève la tête et lui murmure des paroles réconfortantes tout en le priant de ne pas le laisser.

#Reprise POV#

"Tu entends le son de SA voix, Bébé ? Tu entends ton Papa ? IL est là. IL a besoin de nous."

J'ouvre péniblement les yeux et LUI fait un petit sourire. SES larmes perlent sur mon visage et je LE regarde avec tendresse. Je ne m'étais jamais aperçu de tout l'amour qu'IL me portait.

Ma main se pose sur SON visage pour essuyer SES larmes. IL dépose un tendre baiser dans ma paume et m'embrasse sur le front.

Une violente douleur me fait fermer les yeux. Je ne sais plus si c'est à la tête ou au ventre que j'ai mal. J'ouvre une dernière fois les yeux pour LE regarder, avant de retomber dans le noir.

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Une Saison

Cela fait deux semaines que ma chute a fait frémir tout le Palais. Je suis resté sans connaissance pendant une longue semaine et depuis mon réveil, je reste prostré dans mon lit, sans vouloir en sortir.

Je me suis foulé une cheville, cassé un poignet et le pire de tout, j'ai perdu mon bébé.

Je ne bouge plus, je ne pleure plus et je ne mange quasiment plus. Je passe mes journées caché sous les draps pour essayer de faire oublier ma présence.

MON MARI se tue au boulot pour oublier. Mais moi, qui ne suis que le Prince par alliance, je n'ai rien à faire de mes journées. Sinon penser à ma chute et à mon bébé.

Toute cette histoire est horrible. Je venais juste d'accepter mon bébé quand il s'est envolé.

Je ne m'autorise pas à pleurer, car pleurer signifie extérioriser sa peine et je n'ai pas le droit à ce soulagement après ce que j'ai fait, ce que j'ai fait à mon bébé. Je dois souffrir le plus longtemps possible, je ne mérite pas son pardon ni celui de MON MARI.

Le Roi est venu me voir, un jour, en m'expliquant que rien n'était de ma faute.

Les journées sont si longues. Je suis tellement las. Je n'arrive même plus à dormir. Je rejette SES attentions car je ne les mérite pas. Chaque soir, IL vient dans ma chambre, essaye de me prendre dans SES bras, mais je LE repousse : je n'ai pas le droit au bonheur alors que j'ai tué SON bébé.

Pourquoi m'aime-t-IL encore, alors que j'ai tué SON bébé ? Pourquoi m'aime-t-IL encore, alors que je ne m'aime plus moi-même ?

Ce matin, encore une fois, IL vient dans ma chambre. IL s'assied sur le lit, près de moi, me murmure des mots gentils, des mots qui réconfortent mon cœur pour un petit moment.

IL m'annonce alors que mon mutisme n'a pas de sens. IL fait entrer quelqu'un que je ne peux pas voir, caché comme je suis sous les couvertures. IL m'annonce que cette personne nous aidera tout les deux à surmonter notre peine et à continuer nos vies durant des entrevues de deux heures par jour.. Sur ces mots prononcés avec autorité, IL quitte ma chambre.

La personne de l'autre côté de la chambre s'assied sur un fauteuil. Puis le silence se fait.

Après une demi-heure d'attente, je décide de voir ce qu'elle fait. Alors je remues un peu dans mon lit, toujours sous mes couvertures. Mais comme elle reste immobile, tous les scénarios passent dans ma tête : peut-être s'est-elle endormie, peut-être est-elle partie, peut-être a-t-elle trouvé une occupation ? Je me risque tout doucement en dehors de mes couvertures … Pour finalement m'apercevoir que la personne en face est un homme. Un homme grand, fin, pas très avenant, qui me fixe de son regard perçant. Je ne peux m'empêcher de baisser les yeux et de rougir de m'être fait avoir comme un débutant. En relevant les yeux sur mon "interlocuteur", je vois apparaître un sourire et ne peux m'empêcher de lui sourire un peu tristement à mon tour. Lassé de ne pas le voir parler, je replonge sous mes couvertures et m'y endors.

Tiens, j'ai encore dormi sous les couvertures. Encore un peu dans le pâté, je me dirige vers la table pour boire un verre d'eau, puis vers la salle de bain pour laisser ma vessie se dégourdir un peu. En revenant, je me rends compte, en rougissant, que l'inconnu est toujours assis en face de mon lit et qu'il me suit des yeux. Un petit sourire apparaît sur ses lèvres. Je me rends compte que mon tee-shirt pyjama ne cache pas grand chose de mon corps. Il a dû voir mes jambes blanches et rachitiques, il se peut même qu'il ait vu une partie de mes fesses. Ne sachant trop comment me cacher de son regard perçant, je vais m'installer dans mon lit, assis en face de lui. Je ne peux que poser mon regard sur le bout de mon lit. Je suis un peu confus J'attends un long moment, jusqu'à ce que le silence se fasse gênant, avant de me lancer :

- Vous êtes en quelque sorte mon psychiatre ?

- Et le meilleur ami de votre mari.

- Pourtant je ne vous avais jamais vu avant.

- Cela ne fait pas si longtemps que cela que vous êtes mariés.

Je me redresse immédiatement sur mon lit.

- … Si c'est pour me faire des reproches, vous pouvez sortir de ma chambre.

- Non, excusez-moi, je me suis mal exprimé. J'étais à l'étranger pour mes études donc je n'ai pas pu assister à votre mariage ni vous rencontrer depuis.

- Mais, c'est pas un peu indiscret pour moi de vous raconter mes secrets alors que vous allez les répéter à mon mari ?

- Secret professionnel oblige, je ne peux rien lui dire.

- … Cela change tout. Au fait, cela fait combien de temps que je dors ?

- Mmh, disons une heure. Donc il nous reste un petit quart d'heure avant que je ne m'en aille.

- Dans ce cas. A demain.

- Vous savez, un quart d'heure peut passer très lentement.

- Oui … Je sais.

- … Et que faites-vous d'habitude ?

- Je reste dans ma chambre.

- Oui, certes, mais je veux dire dans votre chambre, que faites-vous habituellement ?

- … Rien.

- Rien ?

- Oui, enfin si. Je pense.

- … A … ?

- A … vous êtes sûrement au courant de toutes façons.

- De … ?

Je le regarde quelque peu surpris. Serait-il possible qu'il ne soit pas au courant du pourquoi de mon état. Connaissant MON MARI, il se peut qu'IL ne l'ai pas mis au courant vu la tonne de choses qu'IL a à faire en ce moment.

- De la mort du … de mon … de notre bébé.

- Non.

- Ah ! ... Et bien voilà.

- Et ?

- Comment ça "et" ?

- Et qu'en pensez-vous ?

- Comment ça ce que j'en pense ? Vous savez très bien comment les … mères le vivent.

- Non.

- Quoi ? Mais …

- Excusez-moi de vous contrarier mais je vous dirais que chacun vit cela à sa manière. Et vous ? Comment le ressentez-vous ?

- … Je ne sais pas trop.

- …

- Je crois que … Je n'avais pas beaucoup de … D'amour pour mon bébé. Je ne le voyais pas encore comme un véritable être vivant, enfin il me semble.

- Mmh. Et maintenant ?

- Et maintenant, il s'est envolé. Voilà.

- … Bien, je vais vous donner ce petit cahier, pour qu'après mes visites journalières, si vous en avez envie, vous puissiez écrire ce que vous ressentez, ce que vous avez envie de dire. Je ne le lirai que si vous m'y autorisez.

- Mais …

- Et voilà la petite clé qui ferme le tout, pour un peu plus d'intimité.

- … Merci …

Un léger sourire apparaît sur ses lèvres et je ne peux m'empêcher de rougir.

- Ce qu'il faudrait dire serait plutôt « A demain », mon Prince. Et bravo pour aujourd'hui, ce n'est pas facile de se confier à un inconnu.

- … A demain.

Sur ces belles paroles, il s'éclipse de ma chambre. Je caresse distraitement la couverture en cuir du cahier qu'il m'a donné. Le cuir est doux sous mes doigts, il a été travaillé longuement, les dessins compliqués qui l'orne en sont la preuve.

Je me lève, dépose le cahier dans le tiroir de ma table de chevet et m'avance jusqu'au miroir. Je regarde le reflet de mon corps amaigri par mes mauvais traitements, la couleur pâle de ma peau, mes yeux ternes.

Et puis, soudain, une envie me prend. J'hésite ...


Liline139 : Désolé pour cette interruption abrupte Mais je trouvais ça trop long ... Et je place mon commentaire là parce que c'est le chapitre le plus court (lol) ...

Bref, normalement, les chapitres Ephémère Bonheur, Bonheur Envolé et Possible Bonheur ne font partis que d'un seul chapitre (d'ailleurs Lilalix a laissé une note à ce sujet dans le prochain chapitre ) ... D'ailleurs, je sais pas si vous avez vu mais j'ai essayé de faire un style avec les titres (o.O)

J'espère que vous continuez à aimer et ne vous perdez pas trop dans vos choix de personnages :D