Ecorchés vifs : BONUS
Les rues du Londres sorcier étaient illuminées de milliers de petites bougies qui flottaient au-dessus des têtes des marcheurs et des centaines de guirlandes enjolivaient les vitrines des magasins.
J'avais l'impression que le froid glacial piquait chaque parcelle de ma peau, telles des dizaines de petites aiguilles acérées, mais la douleur qu'il me faisait ressentir n'était pas comparable à celle du poignard qui me transperçait le cœur de part en part.
Je soufflai sur mes doigts pour tenter de les réchauffer avant de pousser la porte d'un petit café exigu, mais chaleureux et cherchai Calypso du regard.
Elle était attablée dans un coin de la salle, emmitouflée dans son grand manteau noir, les doigts enroulés alentour de sa tasse de thé et le regard dans le vide.
En m'approchant d'elle, je pus distinguer l'extrême pâleur de son teint, ses lèvres gercées et rougies tant elle les mordait, et ses yeux étrangement humides.
- Bonsoir, excusez-moi, mais je pense qu'on se connaît, soufflai-je avec une voix un peu plus charmeuse qu'à l'habitude une fois que je fus arrivé à sa hauteur.
- C'est bien possible, répondit-elle avec un petit sourire mélancolique.
Son sourire me troubla, elle devenait déjà nostalgique et ça me bouleversait. Ca ressemblait tellement peu à Calypso de se laisser submerger par ses sentiments. Calypso était une femme de fer, elle ne flanchait pas.
- Tu ne perdras jamais ton humour, Sirius…
Elle sourit une nouvelle fois, et le poignard qui me perçait le cœur s'enfonça un peu plus. Elle alluma une cigarette tandis que je m'asseyais face à elle. Mes doigts jouaient nerveusement avec un sous verre en carton posé sur la table. Je ne savais pas trop quoi dire, qu'est-ce qu'on disait dans ces cas là ? Est-ce qu'on se rappelait le bon vieux temps ? Est-ce qu'on disait ce qu'on avait sur le cœur ? Est-ce qu'on devait exprimer à l'autre à quel point on tenait à lui ? Est-ce qu'on devait pleurer ?
Elle posa ses doigts glacés sur les miens et glissa sa main dans la mienne par-dessus la table. J'eus envie de retirer ma main par reflex, c'était elle qui avait posé la règle des démonstrations d'affection en public, et c'était elle qui l'enfreignait.
Puis je me souvins que c'était le dernier soir et qu'il n'y en aurait plus d'autre.
- On ne devrait peut-être pas… Si jamais…
- C'est un secret de polichinelle, Sirius, me rassura-t-elle.
- Tu as probablement raison, soufflai-je.
Elle éteignit sa cigarette et but une longue gorgée du thé fort et sombre qu'elle avait commandé.
- Tu veux boire quelque chose ?
- Non, répondis-je évasif et de plus en plus mal à l'aise.
Elle alluma une autre cigarette comme à chaque fois qu'elle était anxieuse.
- Tu penses à demain ?
- Non, répondit-elle un peu sèchement.
Elle soupira et ferma les yeux un instant.
- Excuse-moi, je ne veux pas penser à ça, demain est un autre jour et il arrivera bien assez vite.
Je soupirai à mon tour et levai le regard vers elle. Ses deux iris sombres plongèrent dans les miens.
J'avais déjà vu Calypso nue. J'avais déjà vu Calypso toute nue. Je l'avais vue dans des positions équivoques, complètement offerte. Mais jamais aussi nue et vulnérable qu'à cet instant.
Si Calypso m'avait offert son corps, elle m'avait bien rarement offert son cœur, et ses yeux à ce moment précis me disaient tout ce qu'il s'évertuait à cacher d'ordinaire, et s'en était terriblement renversant. Elle avait peur, elle était triste, perdue, déchirée, résignée aussi, mais elle resterait digne. Ses yeux étaient humides mais elle ne pleurerait pas, elle ne l'aurait pas avoué, mais je savais qu'elle avait déjà bien assez pleuré sur son sort seule.
- Si on rentrait, demanda-t-elle.
- Tu ne veux rien faire de spécial ?
- Faisons comme si de rien n'était, murmura-t-elle en déposant un galion sur la table.
J'eus un petit sourire amer, j'avais un peu envie de lui répondre que c'était plus facile à dire qu'à faire, mais je m'abstins.
Nous avons marché jusqu'à son appartement, son corps calé tout contre le mien dans la pénombre et la neige qui avait commencé à tomber.
L'appartement était désert, ses colocataires étaient sûrement sortie comme tous les vendredis soirs, je me demandais un instant si Calypso leur avait fait ses adieux avant de chasser rapidement cette idée de ma tête. Ce n'était pas son genre.
Nous nous sommes installés dans sa chambre, callés l'un contre l'autre dans son lit. Elle regardait désespérément les flocons de neige tomber avec une expression vide dans le regard.
- On dit que ça ne s'arrêtera pas avant demain soir, murmurai-je.
- On dit « Mariage pluvieux, mariage heureux », qu'est-ce qu'on dit pour les mariages neigeux, demanda-t-elle sans émotion comme si le fait de voir les flocons de neige tomber au dehors la soustrayait à la réalité.
- Aucune idée… Neigeux rime avec heureux…
- Et avec malheureux, souffla-t-elle.
- Je pense que passer la nuit précédant ses noces avec son amant est plutôt mauvais signe, de fait…
Elle eut un petit sourire ironique. Sans prévenir, ses yeux plongèrent une nouvelle fois dans le mien et elle posa ses mains glacées de chaque côté de mon visage.
- Fais-moi l'amour une dernière fois, Sirius.
Ce n'était pas un ordre, ni une demande, c'était juste une supplication.
On avait fait l'amour une première fois, puis une seconde et une troisième. Je m'étais efforcé d'inscrire dans ma mémoire chaque gémissement, chaque détail de son corps, chaque expression de son visage de porcelaine, pour ne rien oublier et pour pouvoir me rappeler quand son absence se ferait trop cruelle.
Au petit jour elle s'était endormie et je l'avais serrée très fort contre moi profitant des derniers instants où elle était mienne. Car le jour était encore jeune, mais plus tard, dans quelques heures, lorsqu'il aurait vieilli, elle serait à un autre. Définitivement.
Les matins aux côtés de Calypso étaient assurément douloureux, mais celui-ci encore plus qu'un autre.
FIN
Chose promise, chose due… Voilà enfin ce bonus, que je termine non sans émotions…
Review ??
Sherazade010.skyrock…
