Titre : Séverus Snape, idole de Poudlard
Disclaimer : tout ce qui suit est la propriété exclusive de Mme Rowling
Rating : T
Genre : Aventure et humour
Base : Harry Potter, du moins l'ensemble des tomes parus à ce jour(1à6)
Chapitre 10 : L'anabase du Maître des Potions
Devant lui, vêtu d'une robe verte de brocart couverte de somptueuses broderies noires emperlées dont feu Dumbledore aurait raffolé se tenait Ronald Weasley dans toute sa splendeur.
« - Que diable faites vous là ? balbutia Séverus Snape. »
De l'avis général, ce ne fut pas sa réplique la plus brillante.
D'ailleurs le plus jeune des fils Weasley ne risquait pas de lui répondre : les yeux dans le vague, la bave coulant au coin de la bouche, il tenait plus d'un légume qu'on a laissé trop longtemps dans la cocotte minute que d'autre chose. S'approchant vivement, Séverus lui écarquilla les paupières pour examiner les pupilles. C'était bien ce qui lui semblait, une potion psychotrope avait dû être administrée à l'ancien Rouge et Or.
Tout ça sentait mauvais, et il ne pensait pas au rouquin en se disant cela.
Un bruit de pas dans le couloir et Théodore Nott franchit la porte. Il poussa un petit cri étranglé en reconnaissant son ancien professeur. Comme il commençait à faire demi-tour, celui-ci l'apostropha de la plus terrible de ses intonations, celle qu'il avait travaillée pendant des années et qui faisait dresser sur la nuque de ses élèves ces petits cheveux courts.
Vous savez, ces minuscules petits cheveux dont l'angle qu'ils prennent avec la peau reste un bon indicateur de l'état de la personne : de la simple peur à la terreur abjecte qu'il se faisait une joie de leur inspirer.
Nott se figea sur place et Snape sourit : malgré les années sa capacité à flanquer les jetons était encore intacte.
Il faut savoir se contenter des petits plaisirs de la vie.
« -Je peux savoir ce qui se passe ici ? Je m'éloigne quelques années et c'est l'anarchie la plus complète ! siffla t il d'une voix que le Seigneur des Ténèbres n'aurait pas renié.
Nott sembla se recroqueviller sur place, perdant cinq ou six centimètres dans la manœuvre.
-Nous voulons ramener le grand Serpentard à la vie. Le monde magique est en pleine décadence. Creevey, un Sang de bourbe ministre de la magie ! C'est une insulte à Merlin. Bafouilla t il, osant à peine lever les yeux sur l'ancienne idole. »
Séverus était presque d'accord, pas pour le sang de Creevey, mais plutôt pour la personne dans son ensemble mais il n'était pas là pour rattraper plus de vingt ans de politique.
« -Et Weasley ? interrogea t il sèchement. Il est là pour la décoration ? poursuivit il en désignant d'une main désinvolte la chose invertébrée vautrée sur le fauteuil directorial.
-C'est un traître à son sang, comme tous les siens et son existence est sans importance alors nous l'avons choisi pour être le réceptacle du Maître. »
Si la situation n'avait pas été telle, Séverus aurait permis au coin droit de sa bouche de se relever légèrement pour bien marquer qu'il goûtait toute l'ironie de la situation. Ronald Weasley, fils du plus grand amoureux des moldus que la magie ait engendré, époux d'un née moldu avait été choisi pour son sang pur.
Si le rouquin se sortait de tout ce bazar avec ses quelques capacités intellectuelles intactes, il s'étoufferait de rage en comprenant.
Nott commençait à s'emballer, il pronostiquait les premières mesures prises par Serpentard et les bienfaits dont il comblerait ses adeptes, lui-même en première ligne bien sûr, et si Snape voulait se joindre à eux, lui qui avait été un des premiers Mangemorts, il serait accueilli à bras ouverts.
L'ancien Maître des Potions s'avoua in petto que s'il avait voulu passer sa vie à embrasser le bas de la robe d'un sorcier maléfique amateur de chasses aux Moldus, il se serait contenté de son précédent Maître, merci bien, sans prendre la peine de passer par toutes ces années d'espionnage et contre-espionnage qui lui avaient tellement embrouillé la cervelle que certains matins, au saut du lit, il était lui-même incapable de dire à qui allait sa loyauté.
Ainsi quand Nott perdu dans son délire de grandeur commit l'erreur de cesser de le surveiller, il l'assomma d'un sort.
Pas de chance, ce fut à cet instant précis que six autres apprentis nécromants entrèrent dans la salle. Séverus n'eut que le temps de s'esquiver par l'entrée des professeurs sous une pluie de sorts pas franchement aimables et de sceller la porte derrière lui. Il n'eut cependant pas le temps de se retourner qu'il sentait déjà une baguette au creux de ses reins.
Il n'était même pas seize heures et cette journée figurait déjà en assez bonne place dans son classement des jours où il aurait dû rester couché, plutôt que de se mêler de ce qui après tout ne le regardait pas.
Que Nott ramène des limbes tous les cinglés, magiques ou pas, qu'il voulait, Séverus allait se faire naturaliser suisse. C'était bien la Suisse. C'était neutre la Suisse.
Est-ce qu'on avait déjà entendu parler d'un mage noir suisse ?
Non, des russes au noms imprononçables et aux noirs desseins, des sud-américains complètement incontrôlables qui appliquaient à leurs adversaires des supplices hérités d'anciennes peuplades si terribles qu'on n'en dira rien ici, car il y a peut-être des enfants qui lisent et que de toute façon je ne veux pas faire de cauchemars. Quelques allemands aussi, notamment Grindewald de sinistre mémoire. Une flopé d'Italiens qui avaient quasiment tous travaillé pour les Borgia, des Français également, l'un d'eux avait même été à la tête du pays pendant quelque temps avant de perdre la sienne. Séverus n'avait jamais pu retenir son nom, Robespère, quelque chose comme ça.
Le Royaume-Uni détenait cependant le triste record du plus taux le plus élevé de sorciers versés dans les arts sombres au point d'en avoir la cervelle grillée et de vouloir éradiquer la moitié du pays sous différents prétextes.
Albus avait toujours dit que ça venait de la cuisine.
Mais des Suisses ?
-« Votre baguette », lui siffla d'un ton comminatoire une voix qui lui semblait familière. Glissant légèrement sa main armée vers le haut, comme s'il allait obéir, Snape se laissa brusquement tomber sur sa droite, décrochant un vilain coup de pied dans le tibia de son antagoniste.
-« Ouch !
-Malefoy !
-Vous pourriez y mettre encore plus d'enthousiasme, mes os ne doivent pas encore être brisés.
-Ça vous apprendra à vouloir me surprendre. Grommela Séverus en se relevant. »
-Vous aviez l'air plus sympathique posé sur la cheminée, fit Malefoy, une moue boudeuse digne d'un enfant de six ans sur le visage. »
Il n'y avait rien à répondre à ce genre de provocations, aussi Séverus y opposa t il seulement un silence qu'on aurait qualifié de boudeur avec n'importe qui d'autre mais que la prudence la plus élémentaire m'oblige à décrire comme glacial.
Malefoy l'emmena vers le bureau du professeur d'étude des Moldus où il s'était dissimulé tout ce temps aux investigations de Nott et de sa bande de tordus. Le dit professeur appréciait apparemment les bonnes choses vu le bar bien garni dissimulé dans un cheval de carrousel à qui Malefoy avait largement emprunté tout au long de son séjour de quoi soutenir son courage.
Là, cachés dans l'ombre comme deux choses gluantes dissimulées sous une pierre, ils complotèrent la chute des nécromants et discutèrent des responsables de tout ce bazar. Ce qui, vu le taux d'alcoolémie qu'ils atteignirent assez rapidement, se résuma à des constations du type :
C'est la faute de Potter !
Dumbledore avait été un vieux cinglé.
Le cognac moldu était meilleur que la très sorcière liqueur de noix de coco à l'aïoli.
Le reste tenant essentiellement en élucubrations d'ivrognes et borborygmes divers et variés, l'auteur de ces lignes n'estime pas utile de le reproduire ici. Disons seulement que si l'ensemble des sorciers maudits jusqu'à la trente-sixième génération incluse l'avait effectivement été, le monde sorcier britannique aurait été mal barré.
Par contre signalons que l'alcoolisme est véritablement une plaie de l'humanité, sorcière ou moldu.
Sans leur épouvantable migraine, ni Draco, ni Séverus n'auraient si abominablement juré en entendant le raffut des nécromants à l'exercice dans le couloir et ils n'auraient pas dû prendre la fuite le long des passages de pierres de l'école. Sans tout cet alcool dans le sang que la nuit qui venait de s'écouler avait été impuissante à éponger, ils se seraient souvenu qu'il fallait tourner à droite après le portrait de Hollingsworth trois mains car sinon ils tombaient dans un cul de sac, à savoir le troisième balcon en partant de la droite au cinquième étage de la tour octogonale Nord, celui où ne passe aucune clématite, glycine ou autre plante grimpante sur laquelle un sorcier désespéré et pas trop lourd pourrait toujours jouer les filles de l'air, s'il n'avait pas le vertige et ne craignait pas une chute de trente mètres dans le fossé Nord si la plante se révélait moins résistante que prévue. Sans cette erreur fatale, Harry Potter qui surveillait Poudlard à l'aide d'une longue vue moldue ne les aurait pas aperçus, acculés et prêts à vendre chèrement leur vie et ne se serait pas lancé à la rescousse sans même prendre la peine de prévenir quelqu'un.
Vous avez entendu parler d'un type qui s'appelait Xénophon ? Il vivait à une époque où les Grecs devaient sacrement s'ennuyer. Ils n'avaient apparemment rien de mieux à faire de leur journée que disserter à longueur de temps sur le monde et l'homme et traverser la moitié de l'Asie Mineur à pied et sans carte Michelin avec les armées perses aux trousses.
Il en avait tiré un livre racontant leurs tribulations qu'il avait nommé l'Anabase.
Ce fut un sacré best-seller en ce temps-là, où il n'y avait pourtant pas tout le matraquage médiatique actuel pour vous convaincre d'acheter le dernier pavé en date.
A l'instant où Potter, Malefoy et lui débouchèrent en trombe dans le grand Hall au triple galop, Séverus se fit la promesse que lui aussi coucherait sur parchemin le récit de ses tribulations et qu'il vivrait ensuite des droits d'auteur sur une île perdue avec un mainate sifflant Chopin pour toute compagnie. Tout à ses pensées, il ne prévint pas Potter à temps quand le jeune imbécile prit de vitesse l'escalier sur lequel ils s'engageaient et ils chutèrent tous les trois sur le dallage froid.
Il émergea de son évanouissement ce qui lui semblait des heures plus tard pour se trouver ligoté comme un saucisson pur porc entre Malefoy et Potter. Sa tête était douloureuse mais sa migraine naissante était le cadet de ses soucis : il avait le poignet gauche, celui qui tenait la baguette ouvert, tout comme les deux autres et Nott terminait une longue incantation en latin qui puait la magie noire tout en poissant le front de Ronald Wealsey du sang de ses trois prisonniers..
On vit alors une lueur violente qui oscillait entre le vert épinard et le vert émeraude tenter de faire son nid dans la tête de Wealsey. Cependant, malgré le vide dont souffrait celui-ci entre les deux oreilles, la lueur en question ne dut pas trouver la place suffisante puisqu'elle en ressortit presque immédiatement.
Ou alors, et il était difficile à Séverus de choisir entre deux hypothèses toutes deux fort probables, ce genre d'incantations étaient hors de la portée de Théodore Nott qui s'était embrouillé dans les syllabes.
En même temps, c'était encore pire, si Serpentard, ou ce qui avait été ramené, quoique ce puisse être, était coincé dans la tête de Weasley, on pouvait au moins le localiser. Mais là, perdu dans la nature, Merlin seul savait ce qui pouvait se produire…Snape n'avait pas survécu à des années d'espionnage pour laisser le monde finir à cause de la bêtise d'un de ces anciens élèves.
Se cambrant dans ses liens, Séverus hurla une imprécation. Elle lui avait été enseignée par Dumbledore qui la tenait de celui qui lui avait enseigné, qui la tenait lui-même de son mentor et ainsi de suite, jusqu'à Merlin lui-même qui la tenait de son père infernal. Dumbledore aurait sûrement fini par l'enseigner à Potter, mais les dieux préservent Snape de commettre ce genre d'erreur.
Ce n'était pas vraiment une formule magique. En fait, ce n'était même pas un mot, c'était bien trop ancien pour ça, une survivance de l'époque où les humains n'avaient pas encore enchâssé et emprisonné le pouvoir des mots par la grammaire et l'orthographe. Un cri inarticulé, chargé de toute la force de la magie primitive.
Même dans les temps d'effroi les plus sombres, quand son âme, pourtant endurcie par les épreuves, tremblait et s'affolait devant des puissances chtoniennes que, dans sa déraison, le Seigneur des Ténèbres invoquait, Séverus ne l'avait pas utilisé. Il avait toujours estimé que les multiples turpitudes que le destin lui réservait étaient plus que suffisantes sans qu'il prenne le risque d'utiliser une telle chose et de se retrouver directement dans l'antichambre du pandémonium. Ce n'est pas parce qu'on estime que sa propre vie est un enfer qu'on a forcément envie d'y faire un tour pour voir si ses supputations sont exactes.
Mais cette fois il l'utilisa.
Dans les situations désespérées même les plus féroces et les plus endurcis d'entre nous ont tendance à faire des idioties.
Le monde se mit à tourner et Séverus, Potter et Malefoy finirent par se retrouver projeter les uns sur les autres en un tas indistinct où il aurait été bien difficile de savoir à qui était quelle jambe ou quel bras.
Luttant contre son envie de s'évanouir, l'ancien Mangemort redressa la tête et examina le lieux. C'était toujours la grande Salle mais sans aucune décoration et seuls quatre sorciers se trouvaient face à eux, deux hommes et deux femmes. Quand le plus jeune d'entre eux se tourna vers eux , exposant ainsi son visage à la lumière, Séverus reconnut celui dont le portrait ornait depuis des siècles les appartements du directeur de la maison des vert et argent.
Mène moi à Serpentard avait il ordonné à la magie. Voilà ce que c'est de vouloir faire le bien quand on n'a pas l'habitude.
Il aurait dû rester fidèle au Seigneur des Ténèbres.
A suivre…
