Titre : Séverus Snape, idole de Poudlard

Disclaimer : tout ce qui suit est la propriété exclusive de Mme Rowling

Rating : T

Genre : Aventure et humour

Base : Harry Potter, du moins l'ensemble des tomes parus à ce jour(1à6)

Chapitre 11 : Les ilotes de Poudlard

En ce qui concernait les élèves à qui il devait transmettre le subtil art des Potions, Séverus les avaient toujours trouvé sans grand intérêt au mieux et complètement exaspérant la plupart du temps. Il avait même pour habitude de faire enrager la douce Pomfresh sur le thème : « Dans cette école, le seul problème est le troupeau des écoliers. »

Il allait devoir revoir son opinion. En l'an de grâce mille trois Poudlard n'était encore un pensionnat de jeunes sorciers qu'en devenir. Et Séverus se surprenait à le regretter. Les couloirs vides semblaient ceux d'un funérarium et l'ambiance des repas dans la grande Salle qu'ils prenaient tous les sept avait quelque chose de sépulcrale.

Les Fondateurs avaient accepté sans trop de difficultés leur refus de leur dévoiler l'avenir au nom de la préservation du continuum temporel. Même quand on est les quatre sorciers les plus puissants depuis Merlin, on hésite à nouer la réalité spacio-temporel comme un bretzel.

Même si Séverus n'était pas sûr qu'ils comprennent la comparaison qu'il avait employée. Est-ce qu'on avait déjà inventé le bretzel ou avait-il commis un impair ?

Chaque petit détail avait son importance.

Imaginez que mordant dans un bretzel, créé trois siècles plus tôt par sa faute, plutôt que dans un simple beignet, Celetna Zizkov périsse enfant en s'étouffant dans les années 1310 plutôt que de vivre jusqu'à l'âge adulte et de créer le Miroir du Rised. Alors des siècles plus tard, la pierre philosophale était moins bien protégée, Quirell s'en emparait et tuait Potter avant de s'enfuir et ramener le Seigneur des Ténèbres à son état premier. Celui-ci prenait le pouvoir, et accessoirement hachait Séverus très menu pour avoir eu l'audace de le trahir et faisait sombrer le monde dans le chaos/désespoir/apocalypse, c'est vous qui voyez.

Il se pouvait aussi que Dumbledore trouve un moyen de protection plus actif faute d'avoir le Miroir, une sorte de piège par exemple, le Seigneur des Ténèbres tombait entre les mains de son ancien professeur et la guerre était finie des années avant même de commencer. Mais dans ce cas-là, ils ne se seraient jamais retrouvés à cette époque, n'y auraient pas importé le bretzel…

Vous voyez le casse-tête ? Depuis qu'il avait conscience que l'avenir du monde pouvait se jouer sur une pâtisserie, Séverus ne regardait plus son petit déjeuner de la même façon.

Qui peut dire tous les possibles ?

En tout cas certainement pas Séverus Snape qui avait gagné des migraines que n'aurait pas désavouées un Potter pré-Occlumencie à tenter de démêler l'écheveau des paradoxes temporels.

Malefoy et Potter avaient compris plus vite que prévu, vu leur QI qui à son avis ne comprenait qu'un seul chiffre, et pas un bien grand, qu'ils devaient fermer leur clapet à bêtises sur de nombreux sujets : le Poudlard qu'ils avaient connus, le schisme à venir entre les fondateurs, les guerres magiques au nom de la pureté du sang…

En fait, le seul sujet qui leur était autorisé était le climat.

A condition de ne pas parler du réchauffement climatique.

Ni de la date à laquelle prendrait fin le mini âge glaciaire que connaissait l'Europe à cette époque.

Ni de l'éruption à venir du Krakatoa qui en chargeant les couches supérieures de l'atmosphère de la planète de particules causerait un déséquilibre des forces magiques et la crise du monde sorcier la plus importante depuis la chasse aux sorciers qui avait présidé à la fondation de Poudlard.

En fait, il valait mieux qu'ils se taisent tout court.

-« Nous ne sommes plus des enfants, Séverus, les années nous ont appris la prudence », Lui avait expliqué Drago d'un ton plutôt pompeux.

Ce dont Snape avait immédiatement déduit qu'entre l'état d'imbéciles post-pubères dans lequel il les avait laissé en devenant une idole et leur état actuel de vieux briscards de la magie, ils avaient déclenché un certain nombre de catastrophes et commis suffisamment d'impair aux conséquences graves pour faire entrer un peu de plomb dans le gruyère qu'ils arboraient entre les deux oreilles.

Sans trop de surprises la plus importante résistance s'était fait sentir du côté de Salazar Serpentard. Séverus n'aurait pas pensé rencontrer un jour un être plus paranoïaque que le Seigneur des Ténèbres et le vieux Maugrey réunis. Vindicatif, rancunier, souvent venimeux dans ses paroles, enclin à voir partout des complots destinés à prendre sa vie, sombrant dans des crises d'hystérie où la vaisselle et les sorts volaient bas, il ne pouvait être calmé que par Gryffondor.

La douce Poufsouffle malgré toutes les cajoleries dont elle l'entourait, le gavant de pâtes de violettes, se montrant tour à tour maternelle et enjôleuse ne parvenait qu'à l'agacer avec ce qu'il nommait ses minauderies. La fondatrice de la maison Serdaigle tentait elle de le raisonner, ce qui était aussi un échec, il n'y a pas plus têtu qu'un hyppogriffe qui refuse de voir le furet qu'on lui offre.

Au contraire, Gryffondor ne prenait pas de pincettes avec son collègue. Dans ces crises il le traitait comme un adolescent capricieux ce qui semblait à la fois exaspérer et rassurer l'autre. Ils se disputaient avec violence, en venaient même parfois aux mains (le prestige en prenait un coup quand leurs lourdes robes d'apparat étaient couvertes de vin et de nourriture et leur visages d'ecchymoses que Serdaigle refusait de soigner) puis passaient des heures à monter à cheval ensemble sur le domaine de Poudlard en conversant comme deux êtres civilisés, et non pas comme les humanoïdes sous évolués réglant les conflits à grands coups d'écuelle dans la figure du voisin qu'ils avaient semblé être quelques heures plus tôt.

Ils rappelaient irrésistiblement Potter et Malefoy à l'ancien Mangemort.

Malgré tout, après un temps d'adaptation, il se faisait fort bien à cette époque, ce qui était aussi bien puisqu'il n'avait pas la moindre idée de comment rentrer.

Toute sa vie d'élève puis d'enseignant à Poudlard Snape avait admiré le travail des fondateurs. Il était étrange de voir les idoles de toute sa vie descendre de leur piédestal et devenir des êtres de chair et de sang avec leurs qualités et de multiples défauts. Par exemple, saviez vous que Gryffondor était d'un incurable maladresse ? A tel point que Salazar avait confisqué son épée, arguant qu'il lui rendrait quand il serait grand.

Le jour où le fondateur de la maison rouge et or leur avait présenté sa fille unique, qui devait épouser un certain Clodion Londugbat au printemps, Séverus avait eu un temps d'arrêt. Certains gènes sont tenaces. Le Seigneur des Ténèbres avait il su que le jeune Neville descendait de Godric le jour où il avait choisi de tuer le fils Potter en premier ?


Il entra dans le laboratoire de Rowena en saluant la jeune femme avec chaleur. Depuis la mort d'Albus, il était rare qu'il ait eu un interlocuteur valable pour les longues discussions sur d'obscurs points de théorie qu'il affectait tant.

Quoi, Potter ? Vous plaisantez, j'espère ?

-« Qu'est ce que nous avons aujourd'hui ? »

-« Je pensais travailler sur les potions qui serviront à ignifuger le chaume de la toiture, je suis sûre qu'on peut trouver quelque chose pour rendre cela plus sûr. »

Effectivement, et cela s'appelait l'ardoise mais ce serait le troisième directeur qui prendrait la décision, le plus beau trou dans la trésorerie de l'école de toute son histoire, en même temps, vous avez vu la surface qu'il y a à couvrir ?

-« Vos jeunes camarades sont partis avec Godric, il y a un nid de manticores dans un village à quelques milles, je n'osais le laisser accomplir cette tache seul mais avec l'aide de deux autres sorciers aguerris, nous pouvons espérer qu'il ne nous revienne pas couvert d'ecchymoses pour une fois. ». Repris la jeune fondatrice.

Elle parlait de ces deux anciens élèves là ? Il allait peut-être faire des potions de soins cet après-midi plutôt.

-« Vous nous exploitez honteusement ! »Protestât t il cependant, mi souriant, mi fâché, avant de se mettre à son chaudron.

-« Et je peux continuer puisque je sais que vous n'avez nulle part où aller en ce siècle. » Rétorqua t elle en riant.


Et la vie suivit son cours, doucement, calmement, entre les disputes homériques de Salazar et Godric dont les éclats ne pouvaient être couverts que par les hurlements qu'échangeaient Potter et Malefoy.

Et puis un matin, il fut attiré par une dispute dans les appartements de Salazar, l'originalité étant que c'était la voix de Potter qui répondait sur un ton complètement hystérique au fondateur.

-« A un crapaud, Séverus, il fait couver un œuf de poule à un crapaud, vous savez ce que cela veut dire !! »

-« Je ne vois pas ce qu'il a à hurler comme ça, c'est juste une expérience, je ne vais pas lâcher un basilic dans l'école enfin… »

Pour faire taire Potter, Séverus n'eut d'autres solutions que de lui taper fermement sur la tête avec le premier objet qui lui tomba sous la main, en l'occurrence un chandelier. Soupçonneux comme il était, Serpentard risquait d'interroger le jeune homme (non Séverus, il a ton âge maintenant et il y a un certains nombres d'années que tu n'es plus un jeune homme) dès son réveil et toute cette histoire en deuxième année avait trop marqué Potter pour qu'il se taise bien longtemps sous la pression. Au beau milieu de la nuit, Séverus réveilla donc Draco et ils prirent la fuite à cheval, avec Potter ficelé derrière Séverus comme un vulgaire sac, profitant de ce que les barrières n'étaient pas encore en place.

Ils étaient désormais livrés à eux-mêmes dans un siècle inconnu avec deux chevaux, leurs baguettes et aucune monaie d'époque. Séverus grommela, remontant le col de sa tunique et ajustant sa cape pour essayer d'empêcher la neige fondue qui dégoulinait de ces cheveux de lui couler dans le cou.

Il aurait dû rester fidèle au Seigneur des Ténèbres.

A suivre…