Titre : Séverus Snape, idole de Poudlard

Disclaimer : tout ce qui suit est la propriété exclusive de Mme Rowling

Rating : T

Genre : Aventure et humour

Base : Harry Potter, du moins l'ensemble des tomes parus à ce jour(1à6)

Chapitre 12 : Festina lente

-« Je vous dis que vous avez tapé trop fort. Potter aurait dû se réveiller depuis longtemps. »

-« Cessez donc de débiter des sornettes. Son crâne ne renferme que du vide. Que voulez-vous que j'aie endommagé ? Au pire, il y a un os fêlé, un peu de calcium, de temps et il sera comme neuf ».

-« Comme neuf !! COMME NEUF ! Et s'il ne se réveille jamais ? Et s'il se réveille idiot ? »

-« Je ne vois pas où serait la différence ? »

-« Séverus !! »

Le paysage enneigé était balayé par un vent glacial qui donnerait envie à l'hiver lui-même d'aller jeter l'éponge et de s'installer dans un patelin où le climat est décent, c'est-à-dire où il pleut moins de 360 jours par an et où beau temps signifie que le soleil brille, et non pas que le crachin s'arrêtera une bonne demi-heure, entre 13 heures et 13 heures trente.

Il y avait trois jours que le ciel était si couvert qu'on ne pouvait dire dans quelle direction était le soleil le jour et la lune la nuit, si tant est que la versatile demoiselle n'aie pas jetée l'éponge une bonne fois, agacée de n'éclairer que la mer de nuages qui couvrait le pays depuis plusieurs semaines.

Pourtant deux petites silhouettes continuaient leur chemin avec une application minutieuse de fourmis, traçant leur route vers Merlin seul sait où dans le froid, la neige, esquivant avec soin les villages qui semaient le paysage polaire de taches de vie, mais n'évitant pas les congères et autres embûches nivales avec la même facilité, et c'était bien dommage pour leurs chevaux qui avaient été achevés trois miles plus tôt pour cause de chutes intempestives et de multiples fractures sans médicomages sous la main.

Depuis les deux petites silhouettes crapahutaient tant bien que mal, cherchant un abri pour essayer de sauver au moins quelques-uns de leurs orteils ou un petit morceau de leurs oreilles avant que les engelures en aient fait de l'histoire ancienne.

Si vous regardiez mieux, vous pourriez en voir une troisième, chargée comme un vulgaire sac de pommes de terre sur l'épaule du plus grand et du plus sombre des voyageurs, qui avait d'ailleurs discrètement tenté de l'abandonner contre une souche d'arbre, mais l'autre avait protesté qu'avec un bon sort d'allégement, Potter n'était pas si lourd, donc on l'emmenait.

Si vous regardiez mieux encore, là-bas, derrière elles, vous repéreriez une meute de loups qui gagnait sur eux. Les petites silhouettes avaientintérêt à accélérer le mouvement où elles pourraient étudier de très près les sucs digestifs des canidés.

D'ailleurs un grand loup gris plus rapide que les autres venait de passer la butte qui le séparait encore de son futur repas. C'était un bel exemplaire de l'espèce, le poil brillant, le croc acéré et l'œil vif, n'importe quel lapin pouvait estimer honorable de contribuer à entretenir une si belle mécanique, chef-d'œuvre de la nature dans ce qu'elle a de plus carnassier. Il passa en trombe sur un tronc abattu, salivant déjà et sa meute sur les talons, prête pour la curée.

Ah, la plus grande des silhouettes venait de se retourner, dégainant un étrange petit bâton de bois, tout en expédiant d'un coup d'épaule son fardeau par terre. Elle retira sa capuche pour avoir un champ de vision plus large, dévoilant des cheveux noirs comme le jais et un nez…enfin, disons qu'il doit sentir le menu du déjeuner avant tout le monde avec un appendice pareil, puis elle se tourna vers les loups.

Oulàlàlà. Hem.

J'ai bien peur que notre fascinante étude des mœurs alimentaires de Canis lupus s'arrête ici pour l'instant.

Enfin, des loups, il doit y en avoir plein à cette époque, ce n'est pas comme si l'espèce allait s'éteindre en perdant quelques spécimens de façon un peu brusque, non ?

-« Il faut trouver un endroit pour nous reposer, Séverus, une auberge, un coupe-gorge quelconque, même les sorciers peuvent périr gelés. »

-« Le terme coupe-gorge est pourtant assez clair, non ? Vous avez vraiment envie de vous coltiner avec tous les malandrins pouilleux de cette époque ? »

-« Nous sommes deux anciens Mangemorts après tout. Si quelqu'un doit trancher un gosier ici, ce sera nous. »

Pestant contre le froid, le vent, les deux hommes et leurs colis errèrent encore quelque temps avant de trouver un endroit où se mettre à l'abri. C'était une gargote immonde, peuplée d'une série des plus pittoresques coupe-jarrets et hubins que le siècle avait pu produire, population qui connut une chute brutale quand certains d'entre eux tentèrent d'entraîner Drago dans le foin en l'appelant mon mignon.

Ce n'était pas parce qu'il était blond qu'il était forcément sans défense, et pour une fois qu'il pouvait utiliser l'enseignement de son père de sa tante Bellatrix sans avoir Potter sur le dos.

Séverus emprunta deux chevaux à un quelconque quidam et ils gagnèrent Londres. A la campagne tout le monde se connaît et rien ne vaut donc une grande ville pour se cacher, que vous soyez un faux-monnayeur, un quelconque filou en rupture de ban ou un voyageur temporel égaré suite aux malveillances d'un ancien élèves apprenti mage noir. Notons quand même que le dernier cas est plus rare.

C'était une époque étrange. Les sorciers étaient pourchassés mais pour un homme habitué à mentir et manipuler, et en plus à s'en sentir fier, il fut facile de trouver un emploi chez un apothicaire.

Il travaillait avec acharnement pour payer leur loyer, graisser avec régularité la patte de tous les officiels et semi-officiels qui se rendaient compte qu'ils sortaient de nulle part et nourrir Draco. Celui-ci passait ses journées au chevet de Potter, le lavant, le nourrissant et exécutant sans rechigner mille soins de toilettes qui auraient rebuté Séverus.

Il avait beau partir dès l'aube pour servir tous un tas de vieilles rombières aux dents gâtées qui lui soufflaient dans la figure et achetaient de la poudre de corne de narval ou d'autres bêtise pour soutenir la libido vacillante de leur époux, il s'estimait le plus chanceux des deux.

Faire la toilette de Potter, que Merlin ouvre la terre sous ses pieds plutôt que le laisser tomber aussi bas.

Remarquez si la vieille folle du bout de la rue marchandait encore une fois comme un marchand de tapis, il craquait et lui révélait la vérité, à savoir que jamais, malgré toutes les dopes et poudres qu'il pourrait lui vendre, son époux ne s'intéresserait à elle de nouveau, et franchement, il pouvait le comprendre. De toute façon, il couchait, selon la rumeur publique, avec la femme d'un des tailleurs de pierres du quartier.

Est-ce que je vous avais déjà révélé qu'en bon Serpentard, Séverus adorait les ragots croustillants ?

D'ailleurs à propos d'histoires de coucheries, Séverus se posait des questions.

A chaque fois qu'il scrutait Draco contemplant l'homme étendu sans connaissance depuis plusieurs mois, Séverus apercevait en lui comme une profonde lassitude, une fêlure, quelque chose d'irrémédiable et de douloureux mais aussi silencieux.

Certains jours il se demandait s'il n'y avait pas eu quelque chose entre eux, ou si Draco l'avait souhaité sans jamais l'obtenir.

Pas que l'idée choque Séverus, ça restait assez courant dans la communauté magique, d'ailleurs on ne pouvait lui ôter de l'esprit l'idée qu'Alastor Maugrey et Albus Dumbledore avaient toujours été proches…

L'esprit encombré de ce problème, il ne remarqua pas tout de suite certains changements, ou plutôt l'absence de certains changements. Ce ne fut que lorsque les gens commencèrent à chuchoter sur son passage qu'il découvrit le pot aux roses, en leur jetant un sort d'écoute.

La réflexion qu'il avait espionnée lui trotta dans la tête pendant plusieurs jours puis un soir il alla s'asseoir au chevet de Potter avec Draco, observant celui-ci tenter d'ordonner les cheveux noirs .

-« Il n'a rien qui vous semble bizarre ? »

-« A part le fait qu'il joue les Belles au bois dormant depuis vingt ans, que sans la magie sa peau ne serait qu'un gigantesque hématome et que ses cheveux pourraient nous valoir le bûcher car il y a forcément de la magie dans leur mauvaise volonté, je crois qu'il va bien. »

Séverus soupira, se pinça l'arête du nez et essaya une approche différente.

-« Draco, quel âge avez-vous ? Et si vous avez le culot de minauder en disant qu'on ne pose pas ce genre de questions, je vous frappe. »

-« Soixante-huit. »

-« Et si je vous dis que j'en ai 65 et Potter 69, qu'aucun de nous trois n'a de cheveux blancs et quasiment pas de rides, en tout cas pas plus qu'avant l'épisode avec Nott, il n'y a rien qui s'agite dans le bocal vide où s'ébrouent vos deux trois neurones ? »

-« On est bien conservés ? »

-« Nous ne vieillissons plus, jeune…vieil imbécile ! C'est certainement dû au fait que nous ne sommes pas à notre époque, magiquement parlant. C'est une sacrée chance que le Seigneur des Ténèbres n'eut jamais possédé de telles indications. Vous vous rendez compte ? «

-« Je me rends surtout compte que si vous ne trouvez pas la solution à votre fichue formule, nous allons passer les dix prochains siècles ensemble. »

Séverus se figea. Il n'avait pas pensé à ça. Il était impossible qu'une telle implication, pourtant évidente, n'ait pas surgi dans son cerveau qui avait dû la mettre de côté pour éviter à son esprit de sombrer dans la folie face à une telle perspective.

Mille ans, enfin 980 à peu de choses près, avec Potter et Malefoy. Des siècles remplis d'obscurantisme et de guerres en tout genre. Et il faudrait encore des siècles pour qu'on puisse se procurer du chocolat !!

Il aurait dû rester fidèle au Seigneur des Ténèbres.

A suivre…