Disclaimer: je rends Havelock à Mr Pratchett dès que j'ai fini de l'embêter.

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Le Parrain

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4- La Chicarde.

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(4 jours plus tôt) (avant le chapitre 2, quoi)

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« Havelock, cher ami... »

Le Seigneur Veterini manqua s'étrangler dans sa tasse. Entre membre de la noblesse, l'emploi du prénom était de mise et nul ne s'en formalisait. Mais qu'un de ses interlocuteurs le qualifie de « cher ami » ne pouvait signifier que 2 choses :

- soit il s'agissait d'un inconscient ayant vécu en-dehors des réalités politiques d'Ankh Morpork (et du Disque-Monde, sans vanité mal placée) au cours des 15 dernières années,

- soit il s'agissait d'un redoutable adversaire en possession d'un atout maître capable de faire pression sur le Patricien.

Dame Sybill lui lança un regard inquiet :

« Havelock, tout va bien ? »

Le Patricien avala enfin la perfide gorgée de thé et hocha la tête avec un mouvement de main rassurant. Quelles cartes Sybill avait-elle donc en main ? Il passa mentalement en revue le tarot morporkien. En tant que Patricien, il possédait l'atout maître. Mieux : il était l'atout maître. Restait l'Excuse.

Sybill lui proposa des biscuits qu'il refusa d'un geste ; restait aussi à savoir ce qu'elle allait lui demander.

« Comme vous le savez, nous partons en voyage : Samuel tient à superviser l'installation du nouveau poste de Guet à Genua. »

Hum.

« Il aura besoin de moi pour établir quelques contacts avec certains membres de la société génuanne. »

Hum.

« Notre séjour là-bas durera 3 jours. »

Hum.

« Et Sammy est bien trop jeune pour nous accompagner. »

Havelock Veterini, cynique dirigeant de la cité la plus ingérable du Disque-Monde, rompu aux perfidies des plus tortueux esprits d'Ankh Morpork, haussa un sourcil sincèrement étonné : oui, et alors ?

« Comme vous êtes son parrain, j'ai – nous avons pensé que...

- ...

- Vous pourriez vous en occuper. »

Le Seigneur Veterini attendit poliment qu'elle abatte l'Excuse. Sybill attendait aussi, visiblement. Sa réponse. Elle espérait vraiment qu'il accepte ? sans un chantage mettant en jeu au moins sa réputation, sa place et l'avenir de la Cité ? Sybill attendait toujours, un charmant sourire aux lèvres. En faveur du sourire, Veterini tenta un refus teinté d'humour (selon lui) :

« Vous ne m'avez fait signer aucun contrat sur les engagements d'un parrain, je crois. »

Hum. Vu la forme que prenait le sourire, ce n'était pas la réponse appropriée. Pas du tout, même. Et s'il en croyait la figure de Samuel Vimaire qui venait d'entrer, Dame Sybill Vimaire née Ramkin (l'expression du duc en disait très long sur le née Ramkin) s'y entendait comme personne pour vous faire respecter les engagements indiqués en tous petits caractères pernicieux en bas de contrats que vous n'aviez pas signés.

« Aha. »

Le Patricien s'effraya d'entendre son rire dans la bouche de Dame Sybill : c'était lui le Dirigeant, que diable ! L'atout Mère en Colère comptait très ostensiblement bouleverser les règles du tarot. Lorsque Sire Samuel, dans le dos de Dame Sybill, lui adressa une grimace de compassion, il comprit que la partie tournait vraiment très mal : si même le Régicide en venait à le soutenir...

Mais sans l'Excuse, il ne cèderait pas.

« Je plaisantais, bien sûr, Sybill. Toutefois je ne pense pas être la personne adéquate : la gestion de la Cité...

- Sam a de nombreux ennemis. Notre fils ne serait en sécurité qu'auprès de vous.

- Allons, les agents du Guet... »

Le Seigneur Veterini s'interrompit : le sourire de Sybill venait de prendre un air victorieux du plus mauvais augure, et le duc levait discrètement les yeux au plafond. Dame Sybill Vimaire, née Ramkin, abattit alors l'Excuse, aussi nommée Chicarde.

« Justement, aucun n'est disponible. Mais, maintenant que vous le dites, le caporal Chique a gentiment proposé de prendre quelques jours de congé pour garder Sammy. »

Le Patricien se figea. Il était de notoriété publique qu'il avait un cœur de pierre. Taillé à même l'obsidienne, et tout aussi tranchant. Mais même un troll sédimenté se révolterait à l'idée d'un Cecil Wormsbourg Saint-Jean Chique s'occupant d'un enfant, fût-il la progéniture du pire casse-pieds qu'ait produit Ankh Morpork. Nom des dieux : elle tenait une authentique Chicarde, impossible de surcouper.

Le Patricien se laissa aller dans le fauteuil en regrettant de ne pas s'être noyé dans sa tasse de thé.

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« Havelock, attendez, je viens de retrouver la liste ! »

Tandis que Sire Samuel le reconduisait, Dame Sybill se hâtait vers eux. Elle brandissait une liasse de papiers.

« Pour les repas, les langes, les médicaments, les berceuses, les... »

Le Patricien n'écouta pas la suite : Sire Samuel venait de lui tapoter l'épaule en murmurant « Mon pauvre vieux. »

Là, c'était signé, contresigné et ratifié : il était définitivement fichu.

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Hin hin, j'adore décidément mettre dans l'embarras le Patricien. Pour information: pas de note de bas de page, le chapitre 3 en était une au départ, mais vu la taille...