Misconceptions

Texte original Alphie

Traduction : Fénice et Falyla

Note de la traductrice : Bon, Falyla vous a déjà racontés comment on est arrivé à se mettre parallèlement à la même traduction et par se dire qu'on allait joindre nos forces.
Je vais juste rajouter un mot pour ceux qui connaissent mes Remus et mes Dora et qui ont peut-être envie de voir des parallèles. Il est sûr que le premier est aussi tourmenté que les miens (enfin, peut-être plus droit dans ses bottes que les miens, plus civilisé) et cette Dora est comme je les aime : active, pleine de ressources et ce qu'il faut gaffeuse ! On va dire que je les aime comme si je les avais écrits !
Evidemment, Alixe n'a pas pu s'empêcher de relire !


Chapitre Deux

3 Février. 20:5

Ils criaient de nouveau. Remus n'aimait pas écouter aux portes, surtout pour des conversations personnelles comme celle-là, mais il ne pouvait pas ne pas entendre. Difficile de faire abstraction de leurs voix quand elles résonnaient dans le couloir comme si tout le monde devait entendre. De temps en temps, le son baissait, et Remus retenait sa respiration, espérant que leur énervement allait s'apaiser. Les autres fois, c'est ce qu'il s'était passé. Mais ce soir était différent. Il n'y avait pas de moments calmes. Seulement des cris.

Soudain, assez brusquement, tout s'arrêta. Remus se redressa sur sa chaise et se tourna vers la porte à sa gauche. Elle s'ouvrit, et une très jolie femme aux cheveux noirs en sortit. Son visage était rouge de colère et marqué par les larmes. Elle jeta un regard dégoûté à Remus, essuya ses larmes et partit dans un mot. Ça ne surprenait pas réellement Remus. Elle n'avait jamais caché ses sentiments envers lui dès leur première rencontre. Et ça allait sans doute être leur dernière, estima Remus. Il relâcha la respiration qu'il avait retenue et se prépara mentalement à ce qu'il allait devoir faire.

C'était stupide, vraiment, de même supposer qu'on pouvait se préparer à des choses pareilles. Chaque cas était différent. Il n'y avait pas de procédures universelles. Tout ce qu'il pouvait faire c'était suivre son instinct et son intuition. Certains cas étaient plus faciles, d'autres plus difficiles. Il semblait bien que celui sur lequel était Remus aujourd'hui tombait dans la deuxième catégorie.

On ne pouvait pas vraiment dire que Remus avait un boulot agréable, même les meilleurs jours. Qu'est-ce que ça avait d'agréable d'aider quelqu'un à accepter sa lycanthropie ? Où était le bonheur quand on devait expliquer à quelqu'un qui venait de se faire mordre par un loup que sa vie avait changé pour toujours ? Amis, famille, tout ce qui avait été chéri dans un vie passée pouvait disparaître. On ne pouvait pas prendre de plaisir à faire ça. Parfois, quand de rares individus arrivaient à gérer la transition sans foutre leur vie en l'air, il se sentait satisfait. Mais des cas comme ceux-là n'étaient pas fréquents. Et tous étaient difficiles et désolants à leur façon.

Peu après la guerre, le ministère de la Magie avait proposé à Remus ce poste à l'Enregistrement des loups-garous. Ils avaient besoin de quelqu'un capable d'aider les victimes de la lycanthropie à se préparer à leur nouvelle vie. Remus avait d'abord été plutôt sceptique, avec raison ! Le Ministère n'avait jamais été particulièrement juste dans son traitement des loups-garous. Comme preuve de leur sincérité, le Ministère promit certaines réformes de la loi, prenant en compte le nombre de sorciers honnêtes qui avaient été infectés par Greyback et d'autres loups-garous enragés pendant la guerre. Remus n'avait pas pu s'empêcher de leur rappeler combien ils avaient négligé les sorciers honnêtes qui avaient été infectés avant la guerre mais il n'avait pas été plus loin. Ça ne suffisait sans doute pas, mais le fait qu'ils aient retiré les lois restrictives concernant l'emploi des loups-garous constituait au moins un début.

Il avait accepté leur offre et le salaire, qui était plus que bienvenu. Ça faisait maintenant presque un an, jour pour jour, qu'il avait commencé à travailler pour l'Enregistrement et à aider des personnes à adapter leur vie au fait qu'elles avaient été mordus. C'était un travail vital, mais rien n'aurait pu le préparer à son premier dossier. Un enfant, même pas assez âgé pour savoir lire, comptait parmi les mordus. Remus s'était identifié au petit garçon et s'était alors juré de faire tout ce qui serait en son pouvoir pour améliorer le sort de ses semblables. Ça s'était parfois joué à un cheveu, et certains s'étaient même suicidés, mais pour l'instant tous ceux avec qui il avait travaillé étaient en meilleure posture maintenant qu'avant son intervention.

Presque tous ses cas étaient des sorciers et des sorcières qui avaient été mordus pendant la guerre. Mais deux des protégés de Remus provenaient d'attaques récentes. Ils étaient les victimes d'un de ces garous enragés qui refusaient toute aide du Ministère. Incapable de s'adapter à sa nouvelle vie, il avait déjà mordu deux autres personnes. Ces incidents avaient eu lieu plusieurs mois auparavant, et Remus avait espéré qu'il n'y aurait plus d'attaques. Mais à son propre regret, il s'était trompé. Durant la dernière pleine lune, à peine deux semaines plus tôt, le même loup-garou avait mordu un autre sorcier.

Andrew McCollum était un jeune et talentueux sorcier, très séduisant ; originaire du Sud, il était promis à une heureuse carrière de bijoutier. Sa magnifique épouse, Hélène, était couturière et tous les deux projetaient d'ouvrir une boutique sur le Chemin de Traverse. Enfin, c'était leur projet avant qu'Andrew ne se retrouve à Sainte-Mangouste, traité pour une morsure de loup-garou.

La première fois que Remus avait rencontré Hélène, elle n'avait pas caché le fait qu'elle n'était pas prête à accepter de loups-garous, quelque soit la situation. Un garou avait tué son grand-père quand elle n'était qu'une petite fille et elle n'avait jamais pardonné ou oublié ce qui avait été fait à sa famille. Aujourd'hui, à cause de l'infection de son mari, elle devait envisager partager sa vie avec la chose qu'elle détestait le plus au monde. Ses préjugés l'empêchait de voir que ce n'était en rien la faute d'Andrew. Et, ils avaient commencé à se disputer.

La loi obligeait Andrew à rester en observation et en traitement à Sainte-Mangouste jusqu'à la veille de sa première pleine lune. Ça faisait deux semaines qu'il avait été blessé, et Hélène ne lui avait rendu visite que trois fois. Elle était venue avec des papiers de divorce que Andrew avait refusés de signer. Elle s'était moquée de lui, lui rappelant combien la légalité de leur mariage pouvait maintenant être remise en cause. Elle semblait penser qu'elle était gentille de lui offrir de donner la possibilité d'y mettre lui-même un terme. Il l'avait suppliée d'attendre de voir comment les choses allaient se passer, mais elle n'avait rien voulu entendre.

Et c'était maintenant à Remus d'aider Andrew, non seulement à s'adapter à sa nouvelle vie de loup-garou, mais aussi à une existence sans le soutien de sa femme. Remus frappa doucement à la porte et attendit qu'on lui dise d'entrer.

Andrew était assis près de la fenêtre, les yeux baissés sur un rouleau de parchemin. Il était pâle, le visage impassible. « Qu'est-ce que vous avez entendu ? » il demanda sans lever les yeux vers Remus.

« Suffisamment », répondit Remus doucement.

« Alors, vous savez », lança Andrew, levant le parchemin.

Remus acquiesça.

« Trois années de mariage... deux ans de vie commune avant ça. Cinq années de ma vie, et pour quoi ? C'était la guerre, et nous nous en sommes sortis. Des parents,... des amis sont morts, et nous avons surmontés ça. La boutique, ça fait tellement longtemps qu'on se battait pour elle ; elle devait ouvrir le mois prochain...Et maintenant... elle veut divorcer ». On ne pouvait pas manquer la douleur dans sa voix et sur son visage maintenant.

« Je suis tellement désolé, Andrew », avoua Remus. « Mais j'ai déjà vu cela. Malheureusement certaines personnes ne peuvent simplement pas s'adapter aux changements que la vie leur demande. »

Andrew lui lança un regard noir. « Aux changements ! Et moi, alors ? Qu'est-ce qui se passe si je ne m'adapte pas ? Et si je refuse ? Mon dieu ! Qu'est-ce qu'un homme ait sensé supporter ? » Les larmes remplissaient ses yeux. « Je l'aime. J'ai besoin d'elle, maintenant plus que jamais ! Et elle ne veut plus de moi. »

Remus fit une petite moue en voyant l'homme s'effondrer en face de lui. Il avait déjà eu à gérer d'autres cas où des membres de la famille de la victime s'étaient détournés, mais pour une raison ou une autre, ce cas-là l'affectait plus que d'autres. Cette fois, c'était l'épouse qui abandonnait son mari - Exactement la chose dont Remus avait secrètement peur depuis deux ans. Et il se retrouvait à regarder Andrew perdre la personne dont il avait le plus besoin. Remus ne pouvait pas s'empêcher de se demander comment lui-même réagirait s'il se retrouvait dans la même situation.

Un visage, magnifique, en forme de coeur, lui vint à l'esprit. Tonks, avec son immense sourire et ses yeux si vivants, avait été une bouée qui l'avait aidé à traverser les pires moments de son existence. Sa force de vie le dévorait mais lui donnait aussi la force d'aller de l'avant. Il aurait eu du mal à imaginer la vie sans elle. Pendant un court instant, seul à Sainte-Mangouste, Remus sentit ce que ce serait d'être abandonné par elle.

« Andrew, est-ce que je peux faire quelque chose ? » il demanda même s'il connaissait déjà la réponse.

Mais Andrew ne répondit pas. Il garda ses yeux rivés sur le parchemin devant lui. « Vous voulez savoir ce qu'elle dit ? Elle dit qu'elle veut pouvoir fonder une famille et que c'est la raison pour laquelle elle demande le divorce. UNE FAMILLE! » - il hurla, tapant du poing sur la table. « Jamais, de toute sa vie, Hélène n'a voulu d'enfants ! Elle me l'a dit dès que nous sommes sortis ensemble : elle n'aurait jamais d'enfant. Ça risquait trop d'abîmer sa silhouette ! » Il se remit à hurler : « Je l'ai épousée quand même. Je l'ai prise comme elle était. Je l'ai aimée malgré sa vanité. Et maintenant, c'est ce qu'elle utilise contre moi. »

Remus grimaça en répondant, mais l'objection d'Hélène était légalement valide. Andrew ne pourrait jamais avoir d'enfant avec Hélène ou une autre femme, maintenant qu'il était un loup-garou. C'était impossible. La lycanthropie modifiait suffisamment le sang pour rendre toute grossesse avec un humain non viable. La conception était possible mais, à la première pleine lune, la mère tomberait gravement malade, et le foetus serait tué.

« Jamais... de toute ma vie... », murmura Andrew, relisant les mots inscrits sur le parchemin. « Je suppose que ce serait inutile de tenter de prouver qu'elle n'a jamais eu l'envie d'être mère. Peu de chance qu'ils croient un loups-garous plutôt qu'un...humain », il balbutia, levant les yeux vers Remus.

« Je ne vois pas comment vous pourriez prouver qu'elle ment. » Remus s'assit et se mit à lire le parchemin.

« Pourquoi n'admet-elle pas simplement qu'elle est malade rien qu'à me voir ? Ça serait plus simple ! »

Remus ne savait pas quoi dire pour calmer la colère du jeune homme.

« Vous savez qu'elle me force à signer ? Elle dit que si je refuse, elle ira au Ministère ». Il grimaça comme s'il avait un goût amer dans la bouche. « Ils peuvent annuler le mariage si je n'accepte pas le divorce, n'est-ce pas ? »

Remus soupira et relut le parchemin. « Oui. C'est ce qui est écrit ici ».

« Ça arrive souvent ? Les divorces, je veux dire. »

« Non. La plupart du temps, l'époux ou l'épouse se contente de partir. D'autres fois, c'est la personne dans votre situation qui le demande. Et enfin, il y a ceux qui refusent de quitter la personne qu'ils aiment quelque soit la raison. »

« Ils ont de la chance », dit Andrew. « Et le Ministère ne les force pas à... partir ? »

Secouant la tête, Remus dit : « pas pour l'instant, non. Si quelqu'un veut divorcer, il peut le faire dans la cadre de la loi sur le mariage de 1473. »

« Donc ce que demande Hélène est tout à fait légal ? »

« J'en ai bien peur. »

Andrew s'essuya les yeux et respira bruyamment : « Je devrais la détester mais... »

« Vous l'aimez », termina Remus.

« Oui », il murmura au travers de ses larmes.

Ils restèrent assis pendant quelques minutes jusqu'à ce que Andrew réussisse à se reprendre. « Vous êtes marié ? » demanda-t-il.

Remus se calla contre le dossier et s'humecta les lèvres. « Non, pas selon les critères du ministère de la Magie. Mais j'aime profondément quelqu'un et j'ai choisi de partager ma vie avec elle, quoi qu'en disent les lois. Dans toutes les autres acceptations du terme, elle est ma femme. »

« Vous faites partie des chanceux, hein ? »

Remus sourit. « Je me considère comme très chanceux. » Il s'avança sur sa chaise, ses yeux rivés à ceux d'Andrew. « Je vis avec cette malédiction depuis très longtemps maintenant, Andrew. Ces dernières années, j'ai vu de grands changements s'accomplir – des changements que je n'aurais jamais osé espérer. Je sais que ça ne va pas être facile pour vous mais je peux vous assurer qu'il y a de l'espoir. La vie continue, et vous, vous allez surmonter cette épreuve. Et je vous y aiderai du mieux que je pourrais, comme un ami. »

Andrew réfléchit un instant. « Un jour peut-être, ils changeront les lois du mariage ».

« Je l'espère. »

« Et peut-être qu'un jour, Hélène... changera de coeur. »

Remus se retint de tout commentaire. Pour ce qu'il en avait vu en deux semaines, Andrew était un jeune homme plutôt gentil. Il paraissait presque incompréhensible qu'il ait des sentiments aussi forts envers une femme prête à lui faire autant de mal. C'était normal que les gens aient peur de l'inconnu, et on pouvait avoir peur d'apprendre à vivre avec la lycanthropie, mais Hélène semblait simplement refuser de même l'envisager. Il ne paraissait pas envisageable de l'amener à revenir sur ses préjugés envers les loups-garous, quelque soit ce qu'elle pouvait savoir de son mari. Andrew méritait un meilleur traitement, il méritait mieux qu'elle. Mais il l'aimait. Remus espérait qu'un jour Andrew serait capable d'aller de l'avant et de retrouver un semblant de normalité dans sa vie.

A regret, Andrew signa le parchemin et le donna à Remus pour qu'il le porte au Ministère. Après avoir demandé à Remus de le laisser seul, il lui promit d'essayer de dormir un peu. Remus savait qu'Andrew aller passer le reste de la nuit assis près de la fenêtre, en colère contre ce que la vie lui avait donné. Comment le lui reprocher ? Remus fit pourtant ce qu'il lui demandait et laissa Andrew seul. Il demanda au personnel de Sainte-Mangouste de jeter un oeil sur leur patient au cas où il serait tenté de faire quelque chose de stupide, mais pourtant Remus avait l'inexplicable conviction que Andrew allait s'en remettre.

Il regarda sa montre avec une seule pensée à l'esprit, Tonks me manque. Il n'était que dix heures du soir, plutôt tôt pour Tonks. C'était un oiseau de nuit, Remus le savait mieux que tout autre. Elle n'aimait pas les missions tôt le matin – alors que Remus n'aimait pas perdre une partie de sa journée en commençant par une grasse matinée. C'était une des nombreuses différences entre eux qui animaient la vie chez les Lupin.

Remus attendit d'être sorti pour décider ce qu'il allait faire. Il n'était pas prévu qu'il rentre chez lui avant plusieurs semaines. Andrew devait d'abord découvrir la potion tue-loup et vivre sa première transformation. Une partie du travail de Remus était de s'assurer qu'il ait un endroit sûr pour se transformer et de répondre à toutes les questions qu'il pourrait avoir. Généralement, Remus passait la nuit pas très loin, au cas où la personne aurait besoin d'aide. Mais Andrew avait demandé à rester seul, et Remus n'avait pas à le surveiller ce soir.

Et c'est la St Valentin. Enfin presque.

Il avait besoin de la voir. Après avoir vu Andrew et sa femme se déchirer, Remus avait besoin de tenir Tonks dans ses bras et de lui dire combien il l'aimait. Leurs emplois du temps faisaient qu'ils ne se voyaient pas tant que ça, et elle lui manquait énormément. Pour une fois qu'il pouvait employer sa nuit comme il l'entendait, il voulait que ce soit avec elle.

Notant les quelques Moldus qui l'entouraient, Remus tourna le coin de la rue et se dirigea vers le fond d'une rue quasiment déserte. Un petit pop plus tard, il se retrouve dans l'obscurité du salon de l'appartement qu'il partageait avec Tonks. Il fronça les sourcils surpris de ne pas la trouver là à revoir les éléments d'une quelconque mission. Il vit qu'elle avait travaillé sur la table de la cuisine à un moment ou un autre, à en juger aux différents parchemins qui la recouvraient. Une légère odeur de bougie chaude restait dans l'air. Elle ne devait pas être très loin. Il écouta plus attentivement, à l'affût d'un bruit qui pourrait lui dire où elle était. Dans le silence, il perçut bientôt un léger soupir venant de la chambre à coucher.

Elle dort ?

L'idée était plutôt absurde. Tonks ne se couchait jamais très tôt à moins d'être complètement épuisée. Elle a dû avoir une rude journée. Sur la pointe des pieds, Remus jeta un oeil sur la charmante silhouette roulée en boule au milieu de lit. Aucun doute, elle était profondément endormie.

Remus sourit et décida qu'il ne pourrait pas faire autrement que de la réveiller. Elle ne devait pas dormir depuis longtemps, et ça faisait plus d'une semaine qu'ils ne s'étaient pas vus. Jamais elle ne lui pardonnerait s'il ne faisait pas le meilleur usage du temps dont ils disposaient. Il s'avança vers le lit et s'assit à côté d'elle, en faisant attention de ne pas trop la déranger. Il voulait la réveiller avec délicatesse.

Remus passa doucement ses doigts sous la mèche de cheveux bruns qui recouvrait son visage. Elle n'était pas métamorphosée, et Remus aimait ça. Elle était capable de maintenir la forme qu'elle avait adoptée pendant son sommeil mais, parfois, elle ne s'en donnait pas la peine. Remus aimait l'air qu'elle se donnait, mais il adorait son vrai visage. Très peu de gens le connaissaient, et Remus trouvait touchant qu'elle ait suffisamment confiance en lui pour lui montrer sa vraie apparence.

Il embrassa tendrement le point saillant de sa mâchoire, juste à côté de l'oreille. Sa peau était chaude sous ses lèvres. Un de ses lobes le tentait, pointant au milieu d'un nid de mèches qui enveloppait son épaule. Connaissant la sensibilité des oreilles de Tonks, Remus repoussa les cheveux et mordilla le lobe doucement. Ses mains se glissèrent sur son côté pour se nicher dans la douce courbe de sa hanche. Poussé par l'amour, il se coucha à côté d'elle et l'attira contre lui.

Soudain, Tonks cria et se jeta loin de Remus comme s'il l'avait brûlée. Ses yeux, maintenant grands ouverts, le regardaient avec une profonde horreur. Elle serrait nerveusement la couverture dans ses mains. Confus, Remus cligna des yeux, se sentant un peu rejeté.

« Qu'est-ce qu'il y a ? »

Tonks haleta : « Remus, j'ai cru... Je ne... Bon sang, tu m'as fait peur. »

« Tu vas bien ? » il demanda, inquiet soudain que quelque chose n'aille pas.

« Je...c'est juste » elle se frotta les yeux, reprenant le contrôle de sa respiration, « ...un mauvais rêve. Tu m'as fait peur...c'est tout. »

« Un cauchemar ? »

Elle acquiesça. « Je suis désolée... j'ai juste... » Elle soupira et leva des yeux très étonnés vers lui. « Qu'est-ce que tu fais là, d'ailleurs ? »

Remus se sentit vraiment mal accueilli. « J'avais la soirée libre et j'avais envie de la passer avec toi. Je ne pensais pas que ça t'ennuierait. »

« Bien sûr que ça ne m'ennuie pas. » Elle sourit, se détendant un peu. « Je ne voulais pas dire ça, Remus. Tu sais que je veux être avec toi. »

« Tout montre le contraire », il plaisanta.

Elle lui fit un sourire un coin. « C'était un rêve, seulement un rêve, et je ne t'attendais pas avant un moment. Sachant ça, tu devrais t'estimer heureux que je ne t'aie pas balancé des sortilèges pour une semaine pour m'avoir réveillé en sursaut ». Elle lui prit la main.

« Je suis désolée de t'avoir fait peur. Ce n'était pas du tout mon intention. »

« Non ? Et quelle était ton intention ? »

« Je pensais te faire l'amour, passionnément, mais vu comme tu parais nerveuse... »

« Remus », elle sourit en le tirant par le bras.

« Je me demande s'il est même sage que je t'embrasse », il annonça, s'étirant à côté d'elle.

« Je suis tout à fait réveillée maintenant. »

« Visiblement, mais j'ai plus tellement envie », il répliqua, ravalant un sourire.

Elle vint toucher le bout de son nez avec le sien. « Arrangeons ça. » Elle avança ses lèvres près des siennes, attendant son baiser.

Il demanda dans un murmure, tout contre ses lèvres. « J'ai vraiment ta permission ? »

Elle se laissa retomber à plat dos sur le lit de frustration. « Remus, je suis désolée d'avoir sursauter quand tu m'as embrassée mais je ne t'attendais pas et je... »

Remus la fit taire en couvrant sa bouche avec la sienne. Il se nourrit de la texture de ses lèvres et du goût de son haleine. Il pouvait dire qu'elle espérait plus qu'un simple baiser mais il se retint. Il l'embrassa lentement, appréciant la sensation intime de sa bouche contre la sienne. Elle entoura ses bras autour de lui et le baiser s'approfondit. C'était son initiative. Tous ses sens étaient aiguisés, enregistrant les sensations, les goûts... les odeurs.

Et ca fut à ce moment-là qu'il s'arrêta.

Quelque chose avait changé.

Il enfouit son visage dans son coup pour sentir cette odeur curieuse qui l'avait pris par surprise. Il recommença, mais le parfum étranger était toujours là. Il se savait pas ce que c'était, mais ce n'était pas Tonks . Enfin, ce n'était pas la Tonks qu'il connaissait. Quelque chose s'embraya dans son cerveau. La façon dont elle avait bondi quand il l'avait touchée... le changement dans son odeur...

« Remus ? »

Lentement, il se redressa de façon à pouvoir l'observer de plus haut. « Quand est-ce qu'on s'est embrassé pour la première fois ? » il demanda, aucune émotion dans la voix.

« Quoi ? »

« Notre premier baiser, c'était quand ? » Il l'observa plus attentivement.

Elle avait l'air totalement abasourdie. « Pourquoi tu me demandes ça ? »

Encore plus suspicieux, Remus lui demanda de simplement répondre à la question.

Elle lâcha un petit cri. « Tu crois que je suis une Mangemort ? »

« Est-ce que tu peux répondre à la question ? » il demanda en haussant les sourcils.

« Bien sûr ». Elle s'assit, levant les yeux au ciel. « Mais tu sais bien que c'est une question-piège ; tout dépend ce que tu appelles notre premier baiser ».

« Qu'est-ce que ça a d'un piège ? » demanda-t-il en se rasseyant à côté d'elle.

« Parce que, c'est quoi pour toi notre premier baiser, la fois où l'on a failli s'embrasser ou la nuit où tu es parti rejoindre Greyback »

Remus fronça les sourcils. « Quelle 'fois où l'on a failli s'embrasser' ? »

« On s'est embrassé, mais ce n'était pas réellement un baiser. Tu te souviens, à Sainte-Mangouste ? »

Remus dut réfléchir pour que le souvenir revienne, aussi clairement que s'il venait d'avoir lieu. Pour lui la scène plutôt émouvante, juste avant qu'il aille rejoindre les loups-garous enragés, était leur premier baiser. Mais Tonks tenait à une autre option. Le jour où ils avait suivi Sirius au Département de la Magie, après que Sirius se soit fait tué, ils avaient failli s'embrasser.

« C'est notre premier baiser, pour toi ? » Il demanda.

« Eh bien, nos lèvres se sont touchées, mais on peut pas dire qu'on soit allé très loin. Rien à voir avec... enfin... quand tu m'as embrassée avant de rejoindre Greyback. »

« Attends un peu. Quand je t'ai embrassée ? J'aurais dit le contraire. »

« Non. Je t'ai rendu ton baiser, mais c'est toi qui as commencé ». Avant que Remus ait pu protester, elle prit son visage dans ses mains et le regarda droit dans les yeux. « J'espère au moins que tu es bien sûr maintenant que je suis celle que je dis être ? »

Remus ferma les yeux. « Oui. Mais je continue de dire que c'est toi qui m'as embrassé la première. »

Tonks rit légèrement. « Oh Remus, mais pourquoi pensais tu que je pouvais te mentir? Tu as réellement cru que je pouvais être un espion ou autre chose ?

« J'avais de bonnes raisons d'être suspicieux. Tu es... tu es différente. »

« Comment ça ? »

« Eh bien tu...euh.. » Il n'arrivait pas à le dire, tellement il détestait combien ça avait l'air animal. « Ton odeur a changé. »

« Oh », elle répondit en se mordant la lèvre. « C'est le nouveau savon. »

Remus se moqua presque ouvertement de sa réponse. « Un savon ? Ma chérie, c'est plus que du savon, et tu dois bien le savoir. » Elle détourna les yeux, légèrement rougissante. « Qu'est-ce que c'est? Qu'est-ce qui c'est passé ? » il demanda, inquiet.

« Je... je suis tombée. J'ai basculé, en fait. Dans un buisson de Bois-Puant »

Remus sourit moqueur et se pencha vers ses cheveux pour sentir de nouveau. « Tu ne sens pas vraiment ça. »

« C'est parce que je me suis lavée. C'était terrible, une infection. Je pouvais pas supporter ma propre odeur. »

« Et alors, t'as utilisé quoi ? » questionna Remus, toujours qu'à moitié convaincu d'entendre la vérité.

« Du Tornade Lave Tout. Un nouveau produit Weasley que Zach est allé m'acheter. ».

« Zach », il répéta dans un grognement. Tonks était la seule femme Auror de son unité et, par conséquent, tous ses collègues étaient des hommes. Ça n'avait jamais réellement inquiété Remus jusqu'au jour où il avait rencontré Anaxagoras Garcia, venu travailler en Angleterre dans le cadre d'un échange avec l'Espagne. Lui et Tonks avaient beaucoup en commun et ils étaient vite devenus bons amis. Ils étaient tous les deux très jeunes pour des Aurors, tous les deux très libres d'esprit et tous les deux détestaient l'horrible prénom dont ils avaient été affublés. Il n'avait pas fallu longtemps avant qu'elle l'appelle Zach et lui Dora. Ce qui hérissait Remus à chaque fois qu'il les entendait.

« Regarde ça ! Maintenant Zach n'a pas le droit de me donner un savon ? » contra Tonks quand Remus fronça les sourcils.

« Je ne suis pas totalement subjugué par l'idée que tu prennes un bain avec un cadeau de Garcia ».

« Du savon, Remus ! On est loin du cadeau de l'amoureux transis ! » Elle se moquait presque de lui maintenant. Remus, lui, ne voyait pas ce qu'il y avait de si drôle. « Il a juste voulu m'aider. Et fais moi confiance, t'aurais pas aimé l'odeur que j'avais. »

« Et bien, ça a marché. »

« Quoi donc ? »

« Le savon. Tu sens presque trop...le propre. »

« D'habitude, je sens quoi ? »

« Toi », répondit Remus. « Tu ne sens pas comme tu sens d'habitude. » Ce n'était pas le seul problème que lui posait sa nouvelle odeur, mais Remus ne savait pas comment expliquer. Il n'était même pas réellement convaincu que ce soit une bonne idée d'essayer.

« Tu veux que je me parfume ? Que je mette une robe sale ? »

« Non. Ce n'est pas nécessaire. Il faut juste que je m'habitue à ta nouvelle odeur. » Il essaya de sourire, espérant qu'elle allait le croire.

« Hum », elle commenta pensive, tout en se rallongeant et en lui faisant signe de faire de même. « T'es bien sûr que c'est tout ? J'ai une odeur bizarre, et ça te dérange. Point ? »

Il se glissa à côté d'elle, sa tête sur sa main de manière à continuer de bien la voir. « Non, ce n'est pas tout. » Elle le rapprocha de lui, attendant la suite. « J'ai eu une dure soirée et sans doute, ça ressort un peu maintenant. »

« Qu'est-ce qui s'est passé ? » elle demanda, posant sa main sur sa hanche.

« L'homme avec qui je travaille en ce moment, Andrew...sa femme l'a quitté. »

« Oh, non ! » elle s'exclama.

« Elle a déposé une demande de divorce, en disant qu'elle voulait des enfants. Comme Andrew n'est plus en état de lui en donner... »

« Oh le pauvre. »

« C'est encore pire que ça. Andrew dit qu'elle n'a jamais voulu d'enfants. Elle utilise ça maintenant pour obtenir le divorce le plus vite possible. »

« Oh, mon dieu. Y'a des gens qui n'ont pas honte. »

Remus regarda ses yeux bruns en caressant son visage avec amour. « Ça m'a rappelé combien j'avais de la chance de t'avoir. »

« Tu peux le dire », elle l'embrassa.

Remus l'attira vers lui et l'embrassa profondément. Il ne pouvait pas nier que la différence dans son odeur le gênait. Plus il était proche d'elle, pire c'était. Ce n'était pas seulement qu'elle ait enlevé toute odeur, mais elle avait aussi fait disparaître toute trace de celle de Remus. C'était comme s'il ne l'avait jamais touchée, sans parler de lui avoir fait l'amour. Il détesta ça et décida qu'il fallait y remédier.

« Je t'aime », il murmura dans son oreille.

« Je t'aime », elle répondit, se pressant contre lui. « Et tu sais que jamais je ne te quitterai. »

Souriant, il l'embrassa profondément. Son corps avait besoin de se coller contre le sien. Au plus profond de son coeur, il savait qu'elle l'aimait, mais son esprit aimait lui jouer des sales tours. Comme ce soir-là. Son cerveau allait plus vite que la musique quand il s'agissait de Tonks. L'idée qu'elle puisse éliminer toute trace de son odeur de leur vie, et ce dont il avait été témoin plus tôt à l'hôpital, avait suffi à l'inquiéter. Tonks était si jeune, si pleine de vie. Il paraissait toujours sidérant à Remus qu'elle puisse l'aimer.

Ça l'angoissait. Même maintenant, après deux ans de vie commune, Remus avait toujours l'impression qu'une tempête se préparait. La peur de la tempête était toujours là, présente dans son esprit, le provoquant aux moments où il s'y attendait le moins. Elle pouvait le quitter. Rien légalement ne les liait l'un à l'autre. Rien que les promesses de deux amoureux, de deux amants.

Et c'était exactement ce qu'ils étaient maintenant : des amants. Leurs corps, unis par la passion, n'en formaient plus qu'un. Remarquant que Tonks restait encore tendue par ce qui venait de se passer, Remus mit un point d'honneur à prendre son temps. Il se délecta de la sensation des ses mains sur lui et fut heureux de lui donner autant de plaisir. Quand leurs corps furent vidés de toute énergie, Remus serra Tonks contre son torse, l'entourant amoureusement de ses bras. Leurs respirations se calmèrent, et rapidement ils dérivèrent dans un sommeil profond, se repaissant du calme avant la tempête.


C'est une bonne fin, croyez-moi, ce calme avant la tempête... Prenez vos cirés le 18 février, un premier grain est annoncé...