Misconception

Texte original : de la géniale Alphie

Traduction : Fénice et Falyla (en alternance)

Relecture de celui-là: Alixe et Falyla.

Que dire d'autre que l'on entre dans le vif du sujet ?


Chapitre 7

22 mars 13heures 27

La tête basse, Remus Lupin traversa les rues animées du Londres moldu. Personne n'eut l'air de le remarquer, même quand il s'arrêtait au milieu d'un trottoir et restait là, perdu dans ses pensées. Les gens le contournaient, le frôlant comme s'il n'avait même pas été là. Et c'était tout aussi bien. Après tout, n'avait-il passé le plus clair de sa vie à se faire oublier ?La vie était plus facile comme ça. Et c'était seulement quand il avait autorisé quelqu'un à le remarquer – à entrer dans sa vie – que les choses s'étaient compliquées.

Comme aujourd'hui.

Il avait combattu ses sentiments pour Tonks pendant près de deux ans. Il ne pouvait pas – non, il ne voulait pas la laisser entrer dans sa vie. L'après serait trop douloureux, puisqu'il tenait pour acquis que rien de bon ne durait pour toujours. Il avait vu trop d'existences brisées par la guerre et la tragédie pour être encore naïf sur ce sujet. Mais Tonks avait vu les choses autrement. Plus il lui avait résisté, plus elle s'était battue, jusqu'au moment où Remus avait jugé impossible de lui résister plus longtemps.

Elle avait dit qu'elle se fichait de leur différence d'âge. Le fait qu'il fut pauvre n'avait aucune importance pour elle. Elle avait juré qu'elle l'aimait malgré la malédiction qui marquait sa vie. Elle lui avait promis qu'elle serait toujours là pour lui – que jamais elle ne le quitterait. Et Remus l'avait cru.

J'ai été stupide.

Ça faisait un moment que Remus suspectait Garcia d'avoir des sentiments pour Tonks, mais jamais il n'aurait pensé que ça irait si loin qu'elle le trahisse. Combien de fois Tonks avait elle répété que Garcia et elle étaient juste des amis ?

Un peu plus que des amis...

Quand il avait entendu sa voix au Chaudron baveur, cette après-midi, il s'était retourné pour la saluer, content de l'opportunité de la présenter à Andrew. Mais quelque chose dans la voix de Tonks avait retenu Remus de se faire connaître tout de suite. Elle semblait très agitée, elle pleurait même et parlait d'une guérisseuse. Garcia était avec elle, rappelant la nuit qu'ils avaient passée ensemble. Et finalement, comme s'il n'en avait pas déjà trop entendu, Tonks avait annoncé elle-même qu'elle était enceinte, gelant la moelle même de ses os.

Le cœur de Remus avait manqué un battement. Non, plus que ça. C'était comme si son cœur avait soudainement arrêté de battre.

Enceinte.

D'un bébé qui ne pouvait clairement pas être celui de Remus.

Et Garcia prenait ses responsabilités.

Pendant un instant, Remus s'était reproché ses soupçons. L'idée même que Tonks puisse le trahir de cette façon dépassait son imagination. Pourtant, quand son esprit avait distillé l'information, il s'était souvenu de différents évènements qui le forçaient à revoir son point de vue. Les fleurs de Garcia le jour de la Saint-Valentin – l'alliance oubliée – les conversations murmurées. Tout le monde, homme et femme, aimaient bien Garcia. Il était beau, intelligent et, avec son petit air latin, pourquoi n'aurait-il pas attiré Tonks elle-aussi ? Ces faits seuls auraient suffi à faire réfléchir Remus, mais les réactions de Tonks à ses caresses ces derniers temps l'amenaient à croire à l'impossible. Pour la première fois depuis le début de leur relation, elle se détournait de lui la nuit. Et les dernières fois qu'ils avaient fait l'amour, elle avait été nerveuse. On aurait presque pu croire qu'elle ne voulait pas de ses mains sur elle.

C'est la culpabilité. Elle se sent coupable... de ne pas m'aimer comme elle l'aime lui.

C'en fut trop pour son cœur.

Une vague soudaine de colère le submergea, emportant ses pieds qui accélérèrent brutalement dans la rue. Il n'avait que ce qu'il méritait. Jamais ses efforts pour vivre une vie normale n'avaient été couronnés de succès. Ce n'était pas pour lui. Il était maudit et il n'aurait même pas dû penser y échapper. Il avait pourtant assez vécu, assez souffert, comment avait-il pu s'autoriser à croire que le bonheur était possible pour une créature comme lui ? C'était fini.

Quelque soit sa honte, Remus avait besoin de parler à quelqu'un – à un ami, qui lui dirait que ses sentiments étaient justifiés. Il avait besoin d'expulser une partie de sa colère et de sa frustration avant d'approcher Tonks et de mettre en cause sa loyauté. Il avait besoin qu'un ami, qu'un témoin impartial, étudie les faits et confirme la valeur des réflexions de Remus. Et il ne pouvait pas attendre. Il avait besoin d'avoir cette conversation maintenant, avant qu'il ne fasse quelque chose qu'il ne regrette.

En entrant dans la cabine téléphonique qui servait d'entrée secrète au Ministère de la Magie, Remus décrocha le combiné et demanda à la voix féminine de l'admettre en tant que visiteur d'Arthur Weasley. On lui apprit qu'Arthur n'était pas venu travailler aujourd'hui, ce qui le surprit mais le détendit légèrement. Remus n'avait jamais aimé être au Ministère et être obligé de porter l'embarrassant badge d'identification que tout visiteur devait arborer, sans compter le badge spécial que les loups-garous devaient mettre pendant leur séjour au Ministère de la Magie. Il n'aimait pas plus laisser sa baguette dans des mains étrangères. Si Arthur n'était pas au Ministère, Remus pouvait lui rendre visite chez lui, un endroit bien plus accueillant, sans nul doute.

Quelques instants plus tard, Remus transplanait devant le Terrier. Il frappait à la porte et était accueilli par le visage chaleureux de Molly Weasley. « Remus ! Qu'est-ce qui nous vaut cette bonne surprise ? »

« Est-ce que Arthur est là ? »

« Oui. Il se s'est pas senti bien de tout le week-end, et j'ai insisté pour qu'il prenne un jour pour récupérer ». Son sourire disparut soudain et elle sembla remarquer l'expression du visage de Remus. « Qu'est-ce qu'il y a ? Il s'est passé quelque chose ? »

Pour autant qu'il appréciait la compagnie de Molly, il n'était pas sûr qu'il soit sage de se confier à elle dans un tel moment. C'est l'opinion d'un autre homme dont il avait besoin, sans mentionner le fait qu'il avait entendu Tonks dire que Molly savait qu'elle était enceinte. « S'il te plaît, Molly, je voudrais juste parler à Arthur, seul à seul. »

Elle s'assombrit mais le laissa entrer. Elle le conduisit vers l'abri de guingois derrière la maison, là où Arthur entreposait sa collection moldue. « Il est là, à faire Merlin-sait-quoi. Je vais faire du thé, si vous voulez rentrer à la maison tous les deux. »

Remus acquiesça et attendit qu'elle rentre dans la maison avant de frapper à la porte. La voix d'Arthur lui arriva assourdie quand il annonça : « J'ai bientôt fini Molly ».

« Ce n'est pas Molly. C'est Remus. »

Quelque chose de métallique tomba sur le sol et on entendit Arthur murmurer avec colère: « Mince ». Il ouvrit la porte avec un air effaré. « Je suis désolé, Remus. Je n'attendais personne. »

Remus regarda par dessus l'homme. « Qu'est-ce que tu fais ? »

Arthur jeta un regard à la maison par dessus l'épaule de Remus. « Ne dis rien à Molly ». Il attira Remus dans la cabane et ferma la porte. « Je travaille à un cadeau pour elle », il annonça fièrement, plaçant une main sur ce qui ressemblait à une machine à laver. « Cette vieille folle de Rosalie Oreck pensait se venger d'une vieille femme moldue qu'elle n'aimait pas en ensorcelant cette chose pour qu'elle rétrécisse tous les vêtements qu'elle lavait. »

« Et pourquoi penses-tu la donner à Molly ? » demanda Remus.

« Si je peux l'arranger, je crois qu'elle l'appréciera, surtout si j'arrive à la charmer pour réduire le temps de lessive de moitié. »

Remus fit un petit sourire à son ami. C'était bien d'Arthur de prendre un objet moldu et de l'améliorer magiquement, même si le ministère réprouvait ce genre de chose. Arthur ne savait pas reconnaître le danger tant qu'il ne voyait pas de sang couler.

« Molly dit que tu ne te sens pas bien. »

Arthur prit un instant un air coupable. « Eh bien...je ne veux pas qu'elle vienne jusqu'ici et trouve la chose avant qu'elle ne soit prête. Alors je lui ai dit que je ne me sentais pas bien pour pouvoir rester à la maison aujourd'hui. Je me suis dit que si je lui disais que je me sentais mieux après le déjeuner, elle me laisserait venir bricoler dans l'abri et que j'aurais assez de temps pour finir. »

Remus acquiesça; son esprit réfléchissait à la fréquence à laquelle dans les couples on gardait des secrets l'un envers l'autre – même dans des couples mariés depuis aussi longtemps que Molly et Arthur.

« Il y a un problème ? » demanda Arthur.

Trouvant soudain difficile de dire la raison de sa visite, Remus baissa les yeux. « Je n'aurais pas dû te déranger. Je suis désolé. »

« Remus » dit Arthur en faisant un pas vers son ami. « Ta visite a une raison. Tu n'as pas fait tout ce chemin pour parler de machine à laver. »

« Non, bien sûr, mais... » Remus fit une moue et secoua la tête, sans trop savoir ce qu'il voulait dire.

« Vraiment. Qu'est-ce qui se passe ? On dirait que tu viens de perdre ton meilleur ami. »

Remus ferma les yeux et répondit très doucement. « Je l'ai perdu. »

Arthur fronça les sourcils. « Quelqu'un a été blessé ou...? »

Il prit une profonde inspiration, s'efforçant de trouver les bons mots. « C'est... Tonks. »

Le visage d'Arthur se marqua d'inquiétude. « Oh non ! Qu'est ce qui s'est passé ? »

Remus ne trouvait plus ses mots. Son cœur battait très vite et son esprit s'enflammait, s'efforçant toujours de lier ensemble tous les éléments. Il avait envie de vomir, ses entrailles se retournaient comme pendant une transformation. Comment Tonks pouvait-elle lui faire quelque chose de pareil ? Et comment pouvait-il espérer expliquer les circonstances à son ami alors que son propre esprit n'arrivait toujours pas à concevoir l'intégralité du problème ?

« Remus, tu m'inquiètes. Je ne crois pas t'avoir déjà vu dans cet état. »

« Je suis désolé, je... » Remus s'humecta les lèvres ; elles étaient très sèches. « Je n'ai jamais connu une situation pareille et je ne sais pas comment...ou quoi... »

« Quelle situation ? Par Merlin, Remus, dis-moi ce qui arrive à Tonks. »

Déglutir lui fit mal. Remus dit : « Elle est enceinte. »

Le silence fut assourdissant quand Arthur le regarda l'air totalement perdu. « Quoi ? »

« Enceinte », répéta Remus, s'écroulant dans un vieux fauteuil près du mur. « Elle va avoir un bébé. »

« Bien », répondit Arthur, les yeux pétillants de joie. « Le mot 'enceinte' m'est relativement familier, je crois. Tu n'as pas besoin de m'expliquer. » Il rit doucement et ajouta avec un large sourire. « Pourquoi es-tu si inquiet ? C'est stupéfiant. Vraiment Remus, réellement stupéfiant. Et nous pensions que Bill et Fleur avaient eu de la chance ; je ne m'attendais pas à ce que toi et Tonks puissiez... »

« Arthur », l'interrompit Remus, « ce n'est pas une bonne nouvelle. »

« Allons Remus, les bébés sont toujours une bonne nouvelle ».

« Non tu ne comprends pas. Je ne peux pas avoir d'enfant. »

« C'est ça le problème ? C'est quoi ton argument cette fois ? Tu es trop vieux, trop pauvre et trop dangereux pour une vie pareille ? »

« Non Arthur. »

« Remus, Molly et moi, nous n'avons jamais eu beaucoup d'argent, mais on a toujours réussi à s'en sortir. Et nous avions presque ton âge quand Ginny est arrivée. Crois-moi, les bébés sont toujours des bonnes nouvelles – même quand tu écopes d'un Fred ou d'un George », il ajouta avec un petit rire. « Voire des deux ! »

« Vraiment, Arthur, tu refuses de comprendre. » Remus expliqua avec difficulté : « Il n'est pas de moi. »

Le sourire d'Arthur disparut. « Qu'est-ce que tu racontes ? »

« Tonks est enceinte » il soupira, « mais je ne suis pas le père ».

Arthur prit un siège en face de Remus, l'air totalement sidéré. « Comment peut-elle être enceinte si tu n'es pas, c'est à dire... »

Remus se frotta les yeux. « Tu commences à comprendre mon dilemme ».

« Non je ne crois pas sauf si... » le sorcier le plus âgé eut un rire bref, « sauf si elle avait eu une liaison, ce qui est totalement impossible. Je veux dire... »

Remus leva les yeux vers lui pour confirmer que c'était bien le cas.

« Elle a eu une liaison ? » demanda Arthur incrédule.

« Eh bien, je ne connais pas tous les détails mais, visiblement, il y a quelqu'un d'autre », répondit Remus, sa voix commençant à craquer.

Arthur se renfonça sur son siège. « Non, je ne peux pas y croire. Tonks ne ferait pas ça. »

« Eh bien, force-toi parce que c'est la vérité. »

« C'est elle qui te l'a dit ? »

« Oui, d'une certaine façon... » Remus détourna les yeux, découvrant que la vérité était plus difficile à croire qu'il l'aurait cru. « Je l'ai entendu lui en parler. Elle lui a dit qu'elle était enceinte et que... »

« A qui ? A qui disait-elle ça ? »

Remus ne put s'empêcher de froncer les sourcils.

« Garcia. Tu le connais ? »

« Garcia ? Oh oui, celui qui a un prénom imprononçable. »

Remus acquiesça. « Oui, c'est lui. Anaxagoras Garcia. Seule Tonks l'appelle Zach. » Le venin dégoulinait de sa voix quand il prononça le nom.

« Attends un peu », dit Arthur en se redressant. « Tu es en train de me dire que Tonks et Garcia ont une liaison et qu'elle est enceinte ? »

« Exactement. »

Arthur le regarda sans ciller.

« Non, je ne peux pas y croire. »

« Je te jure. Je l'ai entendu moi même. »

« Qu'est-ce que tu as entendu ? Dis-moi les mots exacts. »

Remus de nouveau s'humecta les lèvres, agacé de devoir donner les détails. « Elle a dit qu'elle avait fait une bêtise. Ils ont discuté de la nuit qu'ils avaient passés ensemble et Garcia a dit qu'il était responsable. »

« Qu'a-t-elle dit ? » répéta Arthur.

« Elle a dit. 'Comment pourrais-je dire à Remus que je suis enceinte mais que ce n'est pas son enfant'. Ce sont ses propres mots, pas les miens. »

« A-t-elle dit que l'enfant était de Garcia ? A-t-elle reconnu qu'elle avait une liaison avec lui ? »

« Arthur ! » s'écria Remus, incrédule. « Ils ont passé la nuit ensemble ! Et tu n'as pas vu la manière dont il la regarde, comment ils sont quand ils sont ensemble... »

« Remus, un homme et une femme peuvent être simplement amis. Ils peuvent avoir passé toute la soirée ensemble sans être devenus intimes. Et si tu ne l'as pas réellement entendue dire qu'elle avait une liaison avec lui, alors j'ai du mal à croire qu'elle puisse faire quelque chose comme cela. »

« Elle est enceinte », lui rappela Remus, exaspéré. « Il faut bien qu'il y ait quelqu'un. Comment pourrait-elle être enceinte sans avoir une liaison avec quelqu'un ? »

Arthur eut l'air triste. « Je ne sais pas quoi répondre à ça. »

Remus se laissa aller vers l'avant, ses mains passant dans ses cheveux, ses coudes sur ses genoux. « Je ne sais pas quoi faire. Je voudrais juste... » Il inspira profondément, essayant de garder le contrôle de ses émotions. « C'est la raison même pour laquelle je ne voulais pas m'engager envers elle dès le départ. »

« Voilà autre chose, tu ne pouvais pas penser qu'elle te trahirait. »

Remus leva tristement les yeux vers lui. « Peut-être pas volontairement, peut-être pas aussi vite mais si. Malgré tous ceux qui disent que ça n'a pas d'importance, je reste un loup-garou. Je savais qu'à un moment ou un autre, elle réaliserait qu'elle s'est trompée en attachant sa vie à la mienne. Je ne peux pas lui apporter de biens terrestres. Et je ne fais pas le poids face à un jeune homme viril et séduisant comme Garcia. Visiblement, je ne peux pas lui donner... » Il inspira profondément. « C'est ma faute. Je me suis forcé à penser que je pouvais. Elle m'avait presque convaincu que j'en étais capable, mais je vois bien maintenant que je me suis raconté des histoires. » Remus ferma les yeux, luttant contre les larmes qui menaçaient. « Je ne pouvais pas m'empêcher de la croire. Je l'aime, Arthur. »

« Et elle t'aime », répondit son ami.

« Visiblement non », commenta Remus, les yeux rivés au sol.

« Je ne crois pas plus à ça », affirma Arthur. « Je ne sais pas ce qui se passe, non, vraiment, mais je sais – je sais – que Tonks t'aime. Je crois que Molly et moi, nous le savions avant toi – ce qui est un peu surprenant, parce qu'elle ne l'a jamais caché. L'idée que tu ne la mériterais pas, que tu ne peux pas répondre à ses attentes, est profondément ridicule. Elle s'éclaire quand tu entres dans la pièce. Ses yeux ne te quittent pas, où que tu ailles. Elle ne parle que de toi. Comment peux-tu même imaginer qu'elle ne t'aime pas ? »

Remus leva les yeux vers son ami. « Si elle m'aime autant que tu le dis, comment expliques-tu qu'elle soit enceinte ? »

« Je ne l'explique pas », répondit Arthur honnêtement. « Je t'ai déjà dit que je n'avais pas d'explication toute prête mais je reste persuadé qu'il y en a une. »

« Je t'ai déjà dit... »

« Non, il faut qu'il y ait une autre explication. Les choses ne sont pas toujours ce qu'elles ont l'air d'être, Remus. Ce n'est pas parce que ça semble être la vérité que c'est vrai. »

Remus secoua la tête, incapable d'envisager qu'il puisse se tromper. « Je sais ce que j'ai entendu, Arthur. Ce sont ses mots. Elle les a dit elle-même. »

« Ecoute, tu sais depuis combien de temps nous sommes mariés Molly et moi ? »

Surpris de la question, Remus hésita, mais il savait que les Weasley venaient juste de fêter leur anniversaire. « Trente ans. »

« Vingt-neuf », le corrigea Arthur. « Et, sais-tu l'âge de Bill ? »

Remus réfléchit un instant. Tonks était à Poudlard avec Charlie ; Bill doit avoir...

« Vingt-neuf »

Arthur acquiesça. « A peu près. Molly et moi nous sommes mariés en mars 1970. Bill est né en novembre. » Il attendit que Remus ait réfléchi aux dates. « Ne te fatigue pas, je vais te le dire : ça fait huit mois. »

« Je vois », dit Remus en détournant les yeux, mal à l'aise.

« Non, tu ne vois rien. Bill est arrivé en avance. De même que Percy, les jumeaux et Ginny. En fait, seul Ron a pris neuf mois pour venir. Pourtant, jusqu'au jour de leur mort, mes parents ont cru que Molly était enceinte quand nous nous sommes mariés. » Il ajouta, après une pause : les choses ne sont pas toujours ce qu'on croit. »

Remus resta un moment assis, retournant les paroles d'Arthur dans sa tête. « Qu'est-ce que je dois faire ? »

« Je crois que tu devrais chercher à comprendre ce qui se passe – tout ce qui se passe – directement avec Tonks. A ce moment-là seulement tu prendras une décision, selon ce qu'elle avait à te dire. Mais, Remus, je t'en conjure, essaie d'aborder tout ça avec un esprit ouvert. Ne vas pas vers elle plein de colère. »

« C'est pourtant ce que je ressens », admit Remus.

« Ce sont des sentiments légitimes si ce que tu crois est vrai. Mais garde à l'esprit que Tonks t'aime. Je n'ai aucun doute là-dessus. Elle ressent sans doute la même inquiétude, la même nervosité et la même douleur que toi. » Remus secoua la tête en désaccord avec ce dernier commentaire.

Mais Arthur n'attendit pas qu'il s'exprime. « Enfin Remus, rappelle-toi que, quoi qu'il ait été dit ou fait, elle est enceinte. Je ne sais pas quelle expérience tu as de l'équilibre émotionnel des femmes enceintes, mais je te demande de me croire, il n'y a rien de plus fragile. Elle n'est sans doute pas vraiment elle-même en ce moment et, si tu n'es pas prudent, tu risques de faire plus de mal que tu ne le souhaites. »

« Jamais, je ne lui ferais du mal », se défendit Remus, furieux des accusations implicites de son ami.

« Bien sûr. Jamais volontairement. Mais être enceinte change une femme, lui rend impossible de contrôler ses émotions. Quand Molly a perdu ses frères pendant la première guerre contre Tu-Sais-Qui, ça l'a ravagé. Elle n'était enceinte que de quatre mois de Percy et nous avons failli le perdre, tellement elle était dans un état de détresse. Fais-moi confiance, il n'y a rien de plus inquiétant que l'idée de perdre son enfant. »

« Sauf que ce n'est pas mon enfant, Arthur. »

Le sorcier le plus âgé fit la moue. « Mais c'est l'enfant de Tonks. Je ne crois pas que tu voudrais lui faire vivre quelque chose comme cela, quelque soit la vérité. »

Remus ferma les yeux. « Non, bien sûr que non. »

« Va lui parler. Ecoute sincèrement ce qu'elle a à dire. Cette histoire doit être plus compliquée que ce que tu as entendu. J'en suis persuadé. »

« Sans doute », commenta Remus en se forçant à déglutir. « Merci, Arthur. »

« Et tu me tiendras au courant, n'est-ce pas ? Que ce soit bon ou mauvais ? »

« Tu es sûr de vouloir savoir ? »

« Absolument. Molly va faire une crise si tu ne le fais pas. »

Remus se redressa brusquement. « A propos de Molly, est-ce que tu peux attendre pour lui dire ? J'aimerais autant garder ceci pour moi aussi longtemps que possible. Je ne veux pas qu'elle s'inquiète ou qu'elle s'en mêle... »

Arthur eut un demi-sourire. « D'accord, mais sache que tu me mets dans une position difficile. Elle va vouloir savoir de quoi nous avons parlé. »

« Dis-lui que c'était pour le cadeau », proposa Remus en se levant et en désignant la machine à laver d'un signe de tête. « Et merci encore Arthur. J'espère seulement que tu as raison. »

Avec cette seule pensée pour tout espoir, Remus transplana.


Allez, allez, prenez des paris... de qui est-elle enceinte ? Remus saura-t-il écouter la vérité ? Quelle est la vérité, d'ailleurs ? L'amour est-il plus fort que tout ?