La chaleur fut saisissante. Il devait, au bas mot, faire dans les trente cinq degrés sur cette planète. Dans un décor aussi peu réjouissant que la Vallée de la Mort., aucune possibilité de s'échapper de cette étendue désertique sans mourir de soif, se dit Jack. Et depuis quatre jours, Carter se tenait quelque part sur cette planète.

Un Jaffa lui ordonna de rester là alors que le groupe de villageois s'éloignait du vaisseau vers ce qui lui semblait être une carrière. C'était donc ça, pensa Jack. Les derniers Goa'ulds exploitaient un filon de Naquadah dans ce désert et comptaient s'en servir pour reprendre le pouvoir. De ce qu'il avait retenu des cours de Carter, l'extraction de Naquadah était infime dans une mine. Cela pouvait prendre des mois avant de pouvoir recueillir quelques grammes de ce minerai. Mais réunir une faible quantité pouvait déjà servir à faire exploser une étoile…ou bien la Terre. A la vue de cette fosse géante et d'une main d'œuvre importante, les Goa'ulds ne tarderaient pas réaliser leurs ambitions. Les Tok'ras avaient vu juste de s'inquiéter de ces disparitions. Jack avait beau se dire qu'il n'appréciait pas certaines de leurs actions, celles-ci avaient le mérite d'être efficaces. Il ne restait plus qu'à espérer que ses deux émetteurs fonctionneraient mieux que celui de Carter. Si non, les chances de revoir un jour la Terre avoisinaient le zéro.

Deux Jaffas s'approchèrent de lui et l'un d'eux prit la parole :

- Allez, avance. Toi, tu vas ailleurs.

Jack fut surpris de la direction que lui indiqua le Jaffa. S'enfoncer dans cette vallée entourée de dunes au lieu de suivre le groupe ne l'enchantait pas.

- Je préfèrerai rejoindre mes amis.

- Avance, lui somma le deuxième en le poussant de sa lance. Garde ta salive pour te désaltérer.

- Comment voulez vous que je marche avec ces chaines ?

Le Jaffa le menaça de sa lance.

- Très bien, concéda jack, je vais me débrouiller.

- Et surtout ne t'arrête pas, pesta le premier.

Jack ignora la remarque. Réticent, il se mit en route en essayant de coordonner ses pas avec la longueur de sa chaine. Tandis qu'il trouvait son rythme sur un sable meuble et chaud, un tas d'idées lui traversa l'esprit. Il ne comprenait pas cet éloignement. Il n'y avait rien à l'horizon qui puisse suggérer un autre gisement. Pas de nuage de poussière en vue ni de vaisseau en suspension dans le ciel. Mise à part une étendue sablonneuse jalonnée au loin par des montagnes fantomatiques, nul ne s'aventurait là dedans. Pendant un court instant, au détour de cette dune qu'il s'apprêtait à dépasser, il pensa au pire. Une exécution sommaire. Pour avoir tenu tête, la veille au soir, à un Goa'uld. Cet endroit isolé commençait à devenir propice pour ce genre d'action. Sans témoins et sans appels. Jack balaya aussitôt cette réflexion. Un garde suffisait amplement pour accomplir ce geste et puis, il n'était pas dans la nature des Goa'ulds de cacher la mort de leurs ennemis. Ils préféraient les exécutions en public afin de renforcer pouvoirs et craintes sur des adversaires ou des populations à dominer. Jack se conforta dans cette déduction. Mais un doute subsistait. Et si leurs méthodes avaient changé ? Il croyait bien s'être définitivement débarrassé d'eux après la défaite d'Anubis. Et pourtant, tels de la mauvaise herbe, ils réapparaissaient. Peut être mieux organisés et plus coriaces face aux pesticides. Jack ne le souhaitait pas. Il s'épongea le front avec le revers de sa manche molletonnée. Il devait s'en convaincre. Il étouffait dans cet habit trop épais pour ce climat. Il s'arrêta et ce retourna.

Les deux gardes étaient à une quarantaine de mètres et paraissaient aussi épuisés que lui. Leurs lourdes armures pesaient sur leurs épaules et enfonçaient leurs pas plus profondément dans le sable. Il aurait pu courir pour les distancer rapidement. Mais pour aller où ? Et sans eau, il était certain de mourir avant la fin du jour.

Du coin de l'œil, il aperçut un mouvement en haut de la dune. Puis un second. Plus distinct et moins fugace que le premier. Le vent était absent Il mit sa main en visière pour masquer le soleil et détailler le phénomène. Le sable ondulait provoquant de légères vaguelettes sur le dessus. Des sillons creusés sur le haut de la dune se formaient créant ainsi des semis uniformes et rectilignes. A mi parcours de son tracé, les motifs se mirent à zigzaguer. Toujours au sommet, les mouvements se firent plus rapides, moins coordonnés et plus inquiétants. Figé sur place, Jack observa la vague de sable se former sans pour autant apercevoir l'occupant qui provoquait cela. Sur celle d'à côté, des vagues étaient en formation, modélisant le sable. Jack se retourna. Toutes les dunes autour de lui avaient désormais une houle de sable sur une de leur s pentes. Si c'était cela la nouvelle méthode d'exécution des Goa'ulds, elle semblait terrifiante et difficile d'en sortir vivant. Il aurait dû courir lorsqu'il en avait encore la possibilité.

Jack se tourna vers ses deux geôliers en pensant qu'ils avaient fuit, le laissant seul face à son sort. Mais au lieu de cela, ses gardiens couraient difficilement en lui criant d'avancer. D'autres excroissances avaient fait leurs apparitions, morcelant le paysage. L'une d'elle prit de l'ampleur et une déferlante commença à se rapprocher dangereusement de Jack. Le sable était vivant. Proche de l'impact, il se mit en boule pour se protéger et amortir du mieux possible le choc qu'il allait subir. Toutes les ondulations de sable convergeaient maintenant droit sur lui comme un missile guidé par la chaleur de leur cible.

Recroquevillé sur lui-même, Jack eut l'impression que le temps était suspendu. Il ne sentait plus la chaleur suffocante du désert ni le bruit des grains de sable se déverser en trombe autour de lui mais uniquement son cœur qui dépassait de loin, le rythme de ses pensées.

- je t'avais pourtant prévenu. Relève toi et avance.

Jack leva la tête vers les deux Jaffas perlant de sueur marchant en rond autour de lui. Abasourdi, il se releva en cherchant du regard une trace du déluge. Les vagues avaient disparu et la mouvance naturelle du désert avait reprit sa place.

- Vous avez vu ça ? interrogea-t-il sans se préoccuper des ordres du Jaffa.

Le plus jeune des deux gardes montrait des signes d'impatience et d'énervement face a un détenu qui manifestement n'en faisait qu'a sa tête. Continuant de tourner en rond, il frappa un violent coup de lance dans l'omoplate de celui-ci. Se rapprochant de l'homme plié de douleur, ces mots furent aussi ferme que son coup :

- Et maintenant, tu vas arrêter de nous retarder. Tu te relèves et tu te mets en marche sinon la prochaine fois, j'arme ma lance. C'est compris ?

Jack hocha de la tête. Enfin, il était convaincu. Ces deux gars là n'étaient pas ses exécuteurs mais juste une escorte. Et pourtant, le jeune nerveux n'attendait qu'un prétexte pour tirer. Mais le deuxième Jaffa, plus placide, avait écarté le jeune homme pour que Jack puisse se relever et se remette en marche. Le coup portée n'était pas aussi douloureux qu'aurait souhaité le jeune Jaffa. Dans tout ce tumulte, Jack avait repéré sa nervosité et sentait qu'un avertissement allait partir. Alors il avait gonflé son torse -certain que le gamin ne porterait pas son coup de face- bandé ses muscles du dos pour amortir le choc en priant pour qu'il ne connaisse rien en technique de combat. Ce qui n'avait pas loupé. La lance avait frappé les muscles puis l'os. La partie la plus douloureuse n'étant qu'entre les deux : la colonne vertébrale. Laissant généralement un homme à terre. Jack avait feint une fulgurante douleur pour que le gamin soit fier de son geste et le reproduise autant de fois que possible sur d'autres, sans qu'il ne blesse réellement personne. Mais persuadé de faire très mal. Jack s'en sortirait avec tout au plus un joli hématome en guise de décoration dorsale. Cette incartade l'avait remis un peu de meilleure humeur. Ces Goa'ulds n'étaient pas des hommes surentrainés. On sentait une armée reconstituée dans l'urgence, enrôlant tout ce qui pouvait être capable de tenir une lance. Ces gens là n'étaient pas des Teal'c en puissance ni même de futurs Prima pour un quelconque Dieu. Et devant le SGC et la Tok'ra, ces hommes s'enfuiraient avant de mener un combat qui n'était pas à leur portée. Jack scruta une seconde fois l'horizon. Il croyait encore apercevoir des ondulations dans le sable. Mais ce ne fut qu'un vent chaud léchant les dunes. Et cependant, il était persuadé de sentir une présence, tapie dans le sable, prête à ressurgir.


Elle ne savait pas ce qui était le plus terrible à subir. Creuser dans une mine ou bien de se retrouver sur une estrade entourée de charognards se demandant s'ils allaient débourser vingt pierres précieuses sur sa personne et l'enfant, agrippée à son coup. Dans les deux cas, elle était privée de ses droits. Mais ses yeux et ses narines dilatés en disaient long sur son ressenti.

- Messieurs, ce sont des pièces de premier choix que je vous propose. Je ne peux pas les laisser partir pour seulement vingt pierres. Faites un effort…

Le maître de cérémonie secoua la tête et souffla théâtralement avant de s'approcher de Sam.

- Souris, lui murmura t il. Tu peux me faire gagner beaucoup plus. Toi aussi, fais un effort. Et mets la à terre pour que nos hôtes puissent la voir.

L'homme ressemblait de loin au général Hammond avec un embonpoint plus prononcé et de taille plus modeste. Mais si son apparence physique le confondait légèrement avec le général, dès qu'il souriait, il perdait toute ressemblance. Les dents noircies par le tabac ou l'alcool étaient rebutantes au possible. Et à chaque fois qu'il s'approchait de Sam, elle sentait une odeur fétide se mélangeant à un parfum frelaté, lui semblait-il, au vinaigre blanc.

- Vingt et un.

- Sinon, je vous vends séparément, s'empressa-t-il d'ajouter avant de se retourner vers son auditoire. Qu'entends je ? Quelqu'un a dit vingt deux ?

Sachant pertinemment qu'il ne tirerait rien à vendre la gamine seule, il avait remarqué l'attachement que portait la femme à cette enfant. C'était son métier d'observer sa marchandise. En cinq minutes, il était capable de rédiger une liste exhaustive sur une cinquantaine de personnes et de définir les différents liens de parenté entre elles. Et ses erreurs ne se comptaient que sur une main Un œil expérimenté et des années de pratique qui lui avait valu de vendre des esclaves en très mauvais état et de repartir tout de même avec des sommes rondelettes. Faire pression sur ces gens pour les rendre vendable était si facile…

- Oui, moi.

- Très bien… mais je crois qu'au fond, on se prépare déjà à dire vingt trois…

L'enchère ne finirait pas dans son calepin « ventes exceptionnelles ». Aujourd'hui, les acheteurs n'étaient pas dépensiers. Mais ne disait-on pas qu'il n'existait pas de mauvais acheteurs mais que de mauvais vendeurs ? Il ne supportait pas cette phrase. Son père lui avait tant répété qu'elle sortait machinalement de ses pensées lors des ventes les moins fastes.

- Vingt trois.

- Voilà qui est mieux…

Il perdait la cadence et les transactions ralentissaient. Il se retourna vers une Sam au teint pale et sans aucun éclat dans son sourire ni dans ses yeux.

- C'est la dernière fois que je te le dis. Fais un effort.

Rien ne servait d'insister, la vente devait se terminer. C'était un fiasco. Il avait gardé le meilleur pour la fin, mais il devait reconnaître qu'il n'était pas au top de sa forme pour motiver une assemblée assommée par la chaleur et déçue par la vitrine. Mauvais vendeur. Il tenta un dernier coup d'esbroufe pour rentrer tout de même dans ses frais. Il prit son air le plus contrarié qu'il utilisait dans les situations critiques. Epaules en dedans, il traîna les pieds jusqu'au devant la scène.

- Je vous fais une dernière offre, dit-il d'un ton las. Pour seulement…

Le maître de cérémonie fut interrompu par des cliquetis d'armure juste derrière lui. Un Jaffa s'approcha pour l'informer qu'un esclave supplémentaire était à vendre.

- Rork ! Quelle est cette proposition ? cria un homme assis sur l'un des bancs.

Le petit homme chauve fit signe au Jaffa de l'amener pour juger de la qualité. Il constata avec ravissement qu'une pièce de premier choix venait d'entrer. Depuis le début, il n'avait eu que des vieillards avachis et de frêles femmes à marchander. Là, devant lui, se tenait un solide gaillard. Son métier prenant vite le dessus, il fit une brève analyse de ce nouvel article a exposer. D'aspect général, il dégageait une assurance et une puissance physique étonnante pour son âge. Il n'avait pas le visage buriné par le soleil et sa peau était lisse et claire. Il s'approcha de l'homme et retourna les paumes de ses mains. Elles étaient entretenues, sans callosités ni entailles. Il ne poussa pas plus loin son examen physiologique car il était presque persuadé de ne trouver aucune bestiole gambadant dans ses cheveux. Il était très rare de constater une telle propreté chez des esclaves. Et fait étrange, la femme avait les mêmes particularités. Son sixième sens se mit en éveil. Une telle similitude n'était pas le fruit du hasard. Rork se recula et se mit à les observer un instant. L'homme, impassible, détaillait son environnement et la femme ne quittait pas des yeux la gamine. Pas une fois, leurs regards ne s'étaient portés sur l'autre. A bien y regarder, il devenait flagrant qu'ils avaient la même attitude. Ils se détournaient volontairement de l'autre. Ces deux là se connaissaient, en conclut Rork. A croire que s'ils se regardaient, ils n'arriveraient plus à garder leurs secrets. Ils étaient habiles mais pas au point de berner le meilleur spéculateur de cette galaxie. Restait plus qu'à définir leur degré d'affinité afin de l'exploiter.

- La voici ! dit-il pour calmer les acheteurs qui s'impatientaient sous cette fournaise. Voilà un beau spécimen qui vient compléter notre enchère. Comme vous pouvez le constater, il est fort et pourrait abattre facilement le travail de deux de vos esclaves. Alors pour terminer cette vente, je propose le lot avec une mise à prix de départ de soixante pierres…

- Rork, tu nous prends pour les frères Kouros ?

Des rires se firent entendre.

- S'ils étaient là, Lyme, j'aurai commencé l'enchère à cent vingt…

- Mais je ne voulais que la femme ! s'exclama un homme couvert de pustules sur la peau. Lui, ne m'intéresse pas !

Jude était un habitué des ventes. Il collectionnait les plus belles femmes. Et les rumeurs courraient qu'il en possédait plus de trois cent dans son harem. Outre son plaisir sexuel insatiable, il était désireux d'être le géniteur d'une descendance. D'une très grande descendance.

- Il pourrait te servir de garde du corps. Tu dois faire tellement d'envieux, Jude.

- J'aurai trop peur qu'il me remplace !

- Eh bien, tu t'en débarrasseras. Elle vaut bien soixante dix ou quatre vingt pierres à elle toute seule.

- Soixante cinq, cria un alien au premier rang.

Rork fronça les sourcils.

- Sirk ? Tu as de quoi payer cette fois-ci, s'inquiéta-t-il.

L'alien à la tête tentaculaire munie d'un seul œil et d'une bouche démesurée, avait la fâcheuse tendance à laisser des ardoises à la plupart des ventes de ses collègues. Il avait tenté de le faire avec Rork et malgré ses sourires révélant une dentition effrayante, il avait refusé catégoriquement.

- Regarde, dit-il en lui ouvrant le sac qu'il tenait dans ses mains en forme de pinces.

- Soixante dix.

- Compte les biens, Sirk. Tu peux peut être surenchérir. Regarde les attentivement. Ils peuvent accomplir tout ce que tu es incapable de faire avec tes pinces… dit-il en faisant bouger habilement ses dix doigts devant lui.

Sirk cligna de l'œil plusieurs fois et paniqué de passer à côté d'une affaire, il recompta laborieusement toutes ses pierres.

- Soixante douze ! lança une voix dans la foule.

Ne pouvant plus suivre, certains quittèrent la vente. Ils ne restaient plus qu'une dizaine de personnes devant lui. Il était temps de mettre un peu en valeur sa marchandise.

- Soixante treize.

Rork s'approcha de l'homme aux traits du visage sans expressions et lui demanda de se mettre face à la femme et d'ôter sa veste. Geste qu'il accomplit dans l'indifférence.

- Regardez la carrure de cet homme, s'exclama-t-il en accompagnant ses paroles d'une grande claque dans le dos. C'est du solide.

L'esclave étouffa un cri de douleur et la femme se mit à le dévisager.

- Soixante seize, enchérit Jude qui se fichait éperdument des aptitudes physiques de ce dernier.

Il n'en fallut pas davantage à Rork. Il avait sa réponse.

- Retourne toi et enlève moi ce haut.

- N'y comptez pas, s'insurgea l'homme.

Ce qu'il y avait d'excitant dans ce genre de vente, c'était de façonner son produit. Certains vendeurs utilisaient la violence pour arriver à leurs fins alors que Rork pratiquait uniquement le chantage. Un pouvoir sans limite garantissant de meilleurs bénéfices. Il se rapprocha de sa victime et lui murmura quelques mots.

- Dis moi, Cœur Vaillant, tu préférerais que je lui demande à elle ? Je crois que Jude ne resterait pas insensible. Qu'en dis-tu ?

- Qu'attendez vous de moi ?

- Voilà qui est mieux. Tu vas faire ce que je t'ai demandé et afficher ton plus beau sourire. Et si l'envie me prend que tu finisses nu sur l'estrade, tu le feras.

- Vous n'êtes qu'un…

- Modère tes paroles, le coupa Rork, tu pourrais bien vite les regretter. Ne vois tu pas qu'elle est exténuée ? Elle ne résisterait pas à une telle humiliation. Mais si tu ne veux pas la protéger, soit, je vais demander aux gardes de la déshabiller…

- Attendez ! l'agrippa-t-il. Je vais le faire.

- Tu deviens raisonnable, Cœur Vaillant. Et surtout ne me déçois plus.

- J'en ai quatre vingt, dit Sirk d'un sourire peu engageant.

- Je crains que ce ne soit pas suffisant, se retourna Rork en secouant la tête. As-tu vu la qualité ? Ils valent deux fois plus…

- Quatre vingt un, s'amusa Lyme.

Sirk se prit la tête entre ses pinces et furieux contre lui-même de n'avoir emporté qu'une partie de ses économies, il quitta les enchères.

La vente se poursuivit jusqu'au croisement des deux soleils. Rork était plutôt satisfait du résultat. Sur les cinq cents pierres amassées, cent vingt lui revenait. L'autre partie étant reversée aux Goa'ulds. Ce pécule irait grossir son capital. Il était désireux de monter sa propre affaire sans plus dépendre de personne. Il en avait assez d'utiliser ses talents pour vendre de la viande avariée. Les temps changeaient. L'avenir était au commerce de luxe en proposant une gamme étendue et de qualité à des clients fortunés. Il s'était fait une bonne réputation et certains clients le soutenaient dans son projet. Il avait pris l'habitude de sonder l'avis du plus gros acheteur en fin de vente. Et pour celle-ci, Lyme était le vainqueur. Rork le connaissait mal. Il était surprenant qu'un chasseur d'esclaves vienne acheter de la marchandise alors qu'il pouvait se servir dans l'espace. Ce trafiquant n'était pas bavard ni sur son métier ni sur sa vie. Il acceptait n'importe quel contrat et ne posait aucune question. Un homme sans éthique. Un peu comme lui.

Il descendit de l'estrade et s'approcha de Lyme, observant sa cargaison partir avec les Goa'ulds.

- Tu as fait une excellente affaire.

Pensif, Lyme ne bougeait pas.

- Moins que toi.

Rork secoua la tête, convaincu qu'il se trompait.

- Ne dis pas ça. La dernière marchandise était de toute beauté. D'ailleurs, méfie toi. Ils se connaissent.

Par cette chaleur, Lyme ne distinguait plus la colonie.

- Là où ils vont, ils n'auront pas le temps de se rebeller.

- Tout de même, méfie toi d'eux.

Lyme s'impatienta.

- Que me veux tu ? Tu aimerais les récupérer ?

- Non… bien sûr que non ! sourit Rork. Je n'achète pas d'esclaves, je me contente de les vendre. Et je compte bientôt organiser une vente de très grande qualité. Un peu comme les deux derniers que tu viens d'acheter. J'en ai assez de présenter de la viande tout juste bon à nourrir des cochons. Je me demandais si tu serais intéressé.

- C'est ça que je recherche…

Rork était heureux de compter un nouvel acheteur prêt à le suivre.

- Tu ne seras pas déçu. Rien de comparable avec les ventes auxquelles tu as déjà pu assister. Des produits frais te seront présentés, en bonne santé, et sans trace de maltraitance. Et dans toute les catégories ! ajouta Rork.

- Tu ne m'as pas compris, dit Lyme en se tournant vers cet homme débordant d'énergie. Je ne cherche que de la viande tout juste bonne à nourrir les cochons…

Rork fut coupé net dans son enthousiasme.

Placek qui écoutait d'une oreille distraite les discussions des derniers acheteurs, se rapprocha de Lyme.

- Nous y allons, Lyme ? Ils doivent être presque arrivés au vaisseau.

- Oui, nous partons.

Lyme le salua de la tête et suivit la direction de ses esclaves.

Rork resta un instant à l'observer. Tant pis, il s'était trompé sur la personne. Mais jamais il n'aurait pensé que ce type travaillait en parallèle dans l'élevage de bétail. Il repensa à ces deux esclaves. Ils allaient trouver du changement dans leur nouvelle vie. Il aurait payé cher pour voir ça. Rork se mit à rire de sa bêtise. Non, pas si cher…