Auteur : kitsu34
Origine : Saiyuki
Couple : ben… Hakkai x Gojyo et Sanzo x Gokû (vraiment, c'est bien parce que c'est toi qui me l'a demandé, Shunelodie !)
Disclaimers : pas à moi.
Réponse aux rewiews :
Merci à tous de vos encouragements et de vos rewiews. Puisque cette fic vous plaît, je vais la terminer, même si je ne sais pas encore comment…
Cœur de verre
Chapitre 3
Je ne comprendrai jamais les bonzes.
Bon, faut dire que j'essaie pas trop non plus.
En fait ça ne m'intéresse pas. Et puis ça me dépasse. Des mecs qui vivent entre eux, reclus, sans aucun des plaisirs de l'existence que sont le jeu, l'alcool, les potes et le sexe. La vie, quoi !
Franchement, faut aimer souffrir. Etre un solitaire égoïste qui se regarde le nombril, un être froid, sans passion qui l'attache à la vie.
Ou alors avoir la vocation, la révélation.
Alors que Sanzo soit bonze, c'est un truc que j'ai jamais compris.
Parce que lui la vocation, la révélation, on peut pas vraiment dire que ce soit ça…
Je me demande toujours si c'est un vrai bonze…
Mais j'essaie pas vraiment non plus de comprendre son attitude. Elle me tape trop sur les nerfs. Dernièrement surtout, vis à vis d'Hakkai et de moi. Cette attitude rigide et réprobatrice qu'il arbore en permanence…
Je suis sûr qu'il a compris et qu'il nous juge. Que nous représentons quelque chose qui le dérange et qu'il se refuse.
C'est sûr que la passion, l'amour, ça lui est étranger à notre cher bonze pourri. Et pourtant, au fond, je suis certain qu'il en crève d'envie…
Mais non, interdit !
Il doit aimer souffrir quelque part. Ouais, ça doit être ça.
Y qu'à voir cette histoire avec son maître, et le cinéma qu'il nous fait les jours de pluie.
Non, parce que quand même, il est pas le seul à avoir une histoire douloureuse.
Alors, ça serait bien que Sanzo-Sama arrête un peu de se regarder le nombril.
Qu'il ouvre les yeux sur les autres, surtout ceux qui lui sont proches. Qu'il les considère comme des êtres vivants, et non des choses ou des moyens d'obtenir ce qu'il veut.
Je ne lui pardonnerai jamais la façon dont il a traité Hakkai lorsque celui-ci est tombé malade. Cette froideur, cette impassibilité, parce que cela le retardait !
Il a regardé Hakkai comme il regarde les yohkais qui se dressent sur notre chemin. Sans aucune émotion. Un obstacle sur la route, à abattre pour continuer son chemin. Juste une pointe d'agacement face à cette chose qui résistait à sa volonté.
Sauf que Hakkai, c'est un être humain, vivant, pas un objet ou une chose. Et surtout pas un boulet qui retarde. Parce que sans Hakkai, j'aimerais bien voir ce qu'il en serait du fameux Sanzo ikkou !
Alors j'ai vu rouge. Parce qu'Hakkai… il ne fallait pas toucher à Hakkai.
Si lui refuse de vivre et de se laisser atteindre par les émotions, il n'a pas à refuser aux autres leurs existences et leurs sentiments.
C'est pourtant ce qu'il fait.
Il fait souffrir tous ceux qui l'entourent. Parce qu'il nie ce qu'ils peuvent éprouver. Surtout l'amour.
Aimer Sanzo, c'est comme tresser la corde pour se pendre. C'est vrai que ça a l'air horrible, dit comme ça, mais c'est vrai.
Ça me rend malade de voir à quel point Gokû est malheureux à cause de lui. Parce que Sanzo est vraiment tout pour le saru, son soleil, son horizon, sa lumière. Il le dit assez.
Mais vous croyez que le moine pourri l'entend ?
Cet égoïste ne se rend même pas compte de son adoration. Adoration, oui, il n'y a pas d'autre mot. Le pauvre gosse n'a d'yeux que pour lui, ne voit, ne respire, ne pense que par lui.
Sanzo est sa vérité, son dieu.
Mais lui… Est-ce qu'il a seulement remarqué qu'il avait un gamin à ses pieds ?
Un gosse pour qui il représente le monde ?
Il s'en fout.
C'est vrai qu'il l'a libéré, lui a rendu la vie. Mais pourquoi ? Parce que sa voix lui cassait les oreilles.
Rien de plus.
Ce geste résume à lui seul tout Sanzo Sama !
Il est prisonnier de son petit moi étriqué et surtout de son passé et de la mort qui l'habite. Il n'y a plus de place pour le présent et la vie.
Mon pauvre Gokû, il n'est pas près de se rendre compte de ta pauvre et humble petite présence, ton soleil ! Tu es vivant.
Meurs ! Tu verras qu'il se rendra compte alors de ce que tu étais pour lui.
Et il te pleurera, tu verras.
Ça, il sait faire, pleurer les morts et s'apitoyer sur son pauvre sort de survivant.
Oui, pleurer et souffrir, c'est dans ses cordes. Et rester seul, sans sentiments, sans émotions, à se regarder le nombril.
Sanzo est bien un bonze, en fait. Un bonze sans vocation. Les pires.
- - - - -
La journée avait pourtant commencé comme une journée ordinaire. Ils étaient partis tôt de l'auberge où ils avaient passé la nuit, après avoir acheté des provisions et les cigarettes des fumeurs.
Rapidement, l'entrain et la bonne ambiance habituelle s'étaient installés entre les disputes de Gojyo et de Gokû et les crises de nerfs de Sanzo.
Pendant ce temps, au milieu du brouhaha, Hakkai conduisait en sifflotant.
Rien d'extraordinaire, donc.
Et puis, la troupe de yohkais les avait attaqués. Ils étaient nombreux et bien armés et ne leur avaient pas laissé le moindre répit.
Une journée banale, vraiment.
Sauf que quelque chose n'avait pas marché. Un fait anormal, qui n'aurait pas dû se produire. Une erreur, une maldonne.
Et tout avait dérapé. Si vite, qu'on a l'impression d'avoir manqué un épisode, que des images se sont effacées, n'ont pas existé.
La personne que vous regardez est en parfaite santé l'instant d'avant et soudainement elle est à terre, inondée de rouge, hoquetant difficilement au milieu d'une écume écarlate que sa bouche recrache, et vous ne comprenez pas ce qui a eu lieu entre ces deux images.
Le lien ne s'est pas fait. Et vous restez là, à vous demander ce qui n'a pas marché, ce que vous n'avez pas vu, ce que vous n'avez pas fait.
Vous ne comprenez pas. Et vous ne comprendrez sans doute jamais.
Et cette immobilité, cette incompréhension vous submerge. Et vous avez besoin de frapper, tuer, crier.
Alors votre shakujo frappe l'ennemi responsable du désastre et vous tuez les monstres en nombre et vous criez son nom à plein poumons.
Car vous ne supportez plus cette immobilité face à la mort de l'autre.
Parce que c'est de votre faute. Parce que c'est vous qui auriez dû mourir. Le coup était pour vous, mais vous ne l'avez pas vu, pas compris.
Lui oui. Et c'est lui qui l'a pris. A votre place. Et vous ne pouvez pas vous pardonner. Vous auriez dû le voir, ce coup ! Pourquoi est-ce que vous ne l'avez pas vu !
« SANZO ! SANZO ! »
Ca aurait dû être une journée banale. Mais elle avait viré à l'impensable.
Et Sanzo était grièvement blessé. Mourant. Et Gojyo devenait fou et massacrait sans s'arrêter, comme Gokû sans contrôleur de force.
Hakkai contemplait la scène sans bouger. Il savait qu'il devait agir, arrêter Gojyo, soigner Sanzo et rassurer Gokû, mais il n'arrivait pas à reprendre pied dans la réalité, à s'extraire de cette léthargie cotonneuse dans laquelle le choc l'avait plongé.
Il fallut que Gokû le secoue et lui ordonne, d'une voix sèche et brève, de s'occuper de Sanzo pendant que lui maîtriserait le kappa fou.
Un court instant, Hakkai regarda le saru d'un œil rond, étonné de son autorité et de son calme. Puis il se reprit et soigna les blessures du bonze.
Elles étaient profondes. Et sérieuses. Il avait perdu beaucoup trop de sang et l'entaille la plus grave, au ventre, devait avoir touché des organes importants.
Les chances de survie de Sanzo étaient minces, même en comptant sur la hargne du moine pour s'accrocher à la vie.
Hakkai releva la tête à temps pour voir Gokû finir de tuer leurs adversaires. Il avait balayé Gojyo d'un coup de Nyoïbo et l'avait projeté au sol.
Le kappa semblait sonné à présent, assis, l'air hagard, à terre. Il regardait alternativement Sanzo étendu sans connaissance, couvert de sang, et le monceau de yohkais morts à ses côtés.
Visiblement, il cherchait à comprendre encore ce qui venait de se passer.
Hakkai non plus d'ailleurs ne comprenait pas. Qu'est-ce qui avait bien pu pousser Sanzo à un geste aussi inattendu ? Inattendu et…
« -Stupide ! C'était complètement stupide ! Et inutile ! Je l'avais vu arriver depuis longtemps, ce yohkai ! Il n'avait pas besoin de faire cette connerie ! Putain d'enfoiré de bonze de merde ! Lui qu'en a rien à foutre de ma gueule habituellement ! Je suis sûr qu'il l'a fait exprès pour me faire culpabiliser ! Connard de moine ! C'est vraiment un con de s'être empalé sur l'épée de ce monstre ! En plus, il s'est pris mon shakujo de plein fouet ! Stupide et inutile ! Putain, qu'est-ce qu'il nous aura fait chier ! Ce con !… »
Hakkai n'eut pas le temps d'intervenir. Le coup fut violent. Décoché à bout portant pour blesser, atteindre le visage et marquer la peau. Faire mal.
Les yeux d'or lançaient des flammes et leur pupilles s'étaient tellement rétrécies de haine qu'elles semblaient fendues comme lorsque le saru perdait tout contrôle sur lui-même.
Et en vérité, il semblait bien près de le faire.
Ses dents qui grinçaient sourdement, ses poings crispés, la lueur furieuse de ses yeux fous, le moindre de ses muscles tendu à se rompre sous l'effort qu'il faisait pour se contenir, se retenir de sauter au visage de Gojyo, tout indiquait sa rage.
Le coup de poing sembla avoir calmé Gojyo. L'avoir réveillé. Il secoua la tête tandis que sa joue droite se marbrait de rouge et qu'un filet écarlate coulait lentement au coin de sa bouche et de sa narine droite.
Puis il leva lentement des yeux sanglants choqués et meurtris sur Gokû.
« -Gokû… Pardonne-moi… Je ne sais pas ce qui m'a pris…je…
-Ferme-la !
-Gokû…
-Je t'ai dit de la fermer !
-Gokû, s'il te plaît. Gojyo ne pensait pas ce qu'il a dit. Il était sous le choc et il était en colère contre lui de ce qui vient de se passer… Et contre Sanzo aussi, parce que son action était tout à fait imprévisible et qu'en combat, on ne peut pas s'offrir le luxe de ce genre de choses…
-Toi aussi, ferme-la !
-Ecoute, tu ne comprends pas…
-Non, Hakkai. C'est vous qui allez m'écouter. Parce que malgré le fait que je sois un enfant, ou peut-être à cause de ça, j'ai compris beaucoup plus de choses que vous ne pensez. Alors que vous, vous n'avez rien pigé. Donc, c'est à vous de m'écouter… Toi Hakkai, qui es habituellement si perspicace, tu n'as rien vu, rien voulu voir, parce que ça t'arrangeait bien. Sinon, tu ne trouverais pas l'action de Sanzo « imprévisible ». Et toi Gojyo… Je ne suis pas prêt de te pardonner tes paroles. Heureusement que Sanzo ne les a pas entendues…
-Bon, ça suffit, imbécile de singe ! Tu vas nous lâcher avec ton Sanzo ! Tout ce qui vient de se passer est de sa faute ! Il n'avait aucune raison de se jeter devant moi comme ça ! En fait, c'est ça son problème ! Il faut toujours qu'il emmerde le monde, qu'il agisse comme môssieur le juge bon, sans se soucier des conséquences ! Comme d'habitude, il n'a pensé qu'à lui !
-Tu ne comprends vraiment rien ! J'aurais fait la même chose que lui, si un des monstres avait menacé sa vie ! Je me serai jeté devant lui pour le protéger ! Même si c'était inutile…
-Bah évidemment espèce de con, puisque tu es raide dingue de lui !
-Exactement Gojyo ! Est-ce que tu comprends l'acte de Sanzo, maintenant ?
-……..
-Trois ans, Gojyo, trois ans et tu n'as rien vu ! Ni toi, ni Hakkai ! Et vous avez le culot de me dire que je ne comprends rien alors que vous, il faut mourir pour vous ouvrir les yeux ! »
Ils se regardèrent un instant en silence. Puis Gokû s'avança lentement vers Sanzo et s'agenouilla dans l'herbe à ses côtés. Il caressa en silence les cheveux d'or d'une main tremblante et Hakkai entendit un murmure glisser dans le vent.
« Et moi ? Je deviens quoi si mon soleil s'éteint… »
- - - - -
Bon, troisième chapitre achevé. J'espère qu'il n'est pas trop larmoyant ou rempli de pathos stéréotypé… Enfin, plus qu'un chapitre (ou deux peut-être, selon l'inspiration) et cette fic sera terminée.
Rewiew or not rewiew, that is the question…
