Alizea chapitre 22
Tout content, il prit la main de son maître et tous les deux disparurent afin de visiter les plus beaux musées d'Europe. Le séjour fut féerique pour le jeune garçon, qui posait des centaines de questions sur le métier d'archéologue. Il découvrit un autre aspect de cette profession, le fait de faire des recherches dans des bibliothèques poussiéreuses et, loin de le rebuter, cette idée le ravit. Il avait fait son choix, il voulait devenir archéologue. Le plus sage et le plus renommé des historiens. Les deux semaines passèrent trop vite pour le jeune garçon. Quand il revint au Sanctuaire, ses yeux étincelaient de bonheur. Quand il y pensait, il n'avait pas vraiment envie de devenir chevalier d'or, il laissait ça à son frère. Cependant, il ne pouvait rien dire à son maître, elle serait tellement déçue. Alors il continua l'entraînement sans rechigner, mais en lisant livres sur livres, prenant des notes sur ce qui l'intéressait le plus. Il avait plusieurs cahiers qu'il avait acheté à Paris et il y mettait les dates les plus importantes dans l'histoire des hommes. Mais le cahier le plus important servait à ses découvertes, ainsi que les descriptions, dessins et schémas. Il avait commencé à le faire trois jours après son retour au Sanctuaire.
Alizea était fière de son apprenti, bien qu'elle sente qu'il ne voulait pas la gloire des chevaliers d'or. Quatre ans après le début de son entraînement, Alizea lui dit :
-Kanon, demain tu vas combattre ton frère pour l'armure d'or. Je veux que tu te battes avec toute ta puissance et toutes tes tripes. Je veux être fière de toi.
-Bien, maître Alizea.
-Maintenant, va dormir.
-Bien, maître Alizea.
Kanon soupira et alla se coucher. Il se réveilla le lendemain, triste de devoir combattre pour une armure qu'il ne voulait pas, qu'il ne voulait plus. Il alla dans l'arène et se retrouva face à son frère. Comme lui avait appris son maître, il salua avec respect Saga et ils entrèrent rapidement dans le vif du sujet. Le combat fut fair-play mais très puissant. Il ne dura pas un jour, mais trois où s'alternaient corps à corps violents et Galaxian explosions. Au bout du troisième jour, Kanon commençait à en avoir assez et, voyant bien qu'ils étaient de la même force, préféra abandonner avant que le combat ne dure mille jours et mille nuits. Alizea était fière de lui, car elle savait que le combat n'aurait pu durer que deux heures, alors que là, il avait donné tout ce qu'il avait. Elle s'approcha de lui et lui dit :
-Kanon ?
-Oui, maître ?
-Je suis très fière de toi. Car, même si tu ne voulais pas être chevalier d'or, tu t'es battu avec toute ta puissance.
-Je vais pouvoir devenir archéologue. Mon rêve ! Répondit Kanon avec un sourire heureux.
Saga s'approcha de son frère et lui demanda stupéfait :
-Tu ne veux pas être chevalier d'or ?
-Non, je veux être archéologue, le meilleur de tous. Je veux visiter le monde, découvrir des civilisations disparues, des cités englouties. Pourquoi pas retrouver l'Atlantide ? S'extasia Kanon, à fond dans son rêve.
Shion qui servait d'arbitre, retint un rire en entendant le souhait du jeune garçon de dix ans. Sa fille avait eu raison, Kanon s'orientait vers un autre choix mais toujours en restant le futur chevalier d'or des Gémeaux. Alizea dit à son ancien apprenti :
-A partir de maintenant, je ne suis plus ton maître. Car tu es le deuxième chevalier d'or des Gémeaux. Si un jour ton frère venait à mourir, c'est toi qui reprendrait l'armure.
-Mais je croyais que…
-Il y a toujours eu deux chevaliers d'or des Gémeaux, Saga est le premier et toi tu seras le second.
-Bien, maître Alizea. Mais où vais-je dormir ?
-Dans l'appartement qui est attenant à la maison des Gémeaux. Tu y vivras avec ton frère.
-Bien, maître Alizea. Soupira Kanon qui aurait préféré rester avec Alizea. Puis-je aller lire ?
-Je ne suis plus ton maître, alors oui, tu peux aller lire un livre.
Le jeune garçon, ravi, fonça à la bibliothèque et termina de dévorer un pavé qu'il avait commencé à lire trois semaines auparavant. Saga le suivit afin de découvrir ce frère qu'il ne comprenait plus et le découvrit, assis sur le sol, en partie caché par un monstre de plus de six mille pages écrit dans une langue qui lui était complètement inconnue. Il demanda à Kanon :
-Tu comprends ?
-Bien sûr, c'est très simple.
-Et ça parle de quoi ?
-De la guerre entre l'Atlantide et l'empire de Mû. C'est superbe et vraiment fascinant.
-Mais c'est une légende.
-Non, c'est la réalité. J'ai demandé à mon maître et elle m'a dit que son propre maître était un atlante .
Kanon était vraiment passionné parce ce qu'il disait et lisait. Saga lui demanda :
-Tu n'avais pas un autre maître avant ?
Kanon s'enfonça dans sa lecture, mais Saga l'avait vu blêmir violemment et se mettre à trembler. Il commença à avoir peur qu'il ne soit arrivé quelque chose à son frère. Il lui demanda doucement :
-Parle-moi, Kanon ! Comment était-il avec toi ?
Son frère se mura dans un silence douloureux et obstiné. Saga s'approcha plus de lui et, le sentant trembler comme une feuille, il le serra contre lui.
-Je t'en supplie, Kanon, parle-moi !
-Il… il m'a touché. Chuchota-t-il d'une toute petite voix.
-Comment ?
-Il m'a fait des choses pas bien. Répondit Kanon, en larmes.
-Je… je vais le tuer. Hurla Saga fou de rage. Il se leva afin de retrouver le chevalier d'argent et lui faire la peau.
Kanon le retint et lui dit :
-C'est trop tard. Mon maître l'a tué le lendemain de mon arrivée dans la treizième maison. Elle l'a tué devant moi. Quand il est mort, je me suis senti soulagé, je savais que jamais plus il ne me toucherait. Que j'étais libre. Tout cela grâce à Maître Alizea, je lui dois tout. C'est grâce à elle que je veux devenir archéologue.
-Tu seras le meilleur, j'en suis sûr.
-Merci, Saga.
Soudain le silence de la bibliothèque fut troublé par le grognement simultané des deux estomacs des jumeaux. Saga lui dit :
-Ça te dirait de venir manger avec moi ?
-Oui, on va dans notre nouvelle maison et…
-En fait, je pensais aller dans le réfectoire.
-Tu ne sais pas faire la cuisine ?
-Ben non. Pourquoi, toi oui ?
-Mon maître m'a tout appris. Y compris la couture et la cuisine afin que je sois totalement indépendant et autonome.
-On y va maintenant ?
-Il ne me reste qu'une dizaine de pages, je souhaiterais les terminer.
-D'accord.
Il se rassit contre le mur et continua sa lecture sous le regard attentif et fier de Saga. Son frère deviendrait quelqu'un. Et il était vraiment heureux, il l'aiderait à avancer dans la voie qu'il s'était choisi. Brusquement le deuxième Gémeaux poussa un juron peu poli et s'exclama :
-C'est pas vrai. Il manque les deux dernières pages ! Je veux connaître la fin, moi ! Et puis zut ! Maître Alizea ! Elle doit savoir où se trouvent les pages manquantes ou s'il y a un autre exemplaire de ce livre.
Il rangea le bouquin avec beaucoup de respect et de douceur, puis se rua hors de la pièce suivit par Saga afin de déboucher dans le couloir. Il n'avait pas fait trois pas qu'il se heurta au Grand Pope. Si Shion fit un pas en arrière, Kanon, lui, se retrouva sur les fesses. Le jeune garçon se releva rapidement et dit, tout honteux, au Grand Pope :
-Je suis désolé, Votre Excellence.
-Pourquoi courais-tu comme si tu avais tous les spectres des Enfers à tes trousses ?
-J'ai lu un livre sur les légendes de l'Atlantide et…
-Mais il est écrit en atlante ! S'exclama Shion stupéfait.
-Mon maître m'a appris la langue des atlantes quand je le lui ai demandé.
-Et tu as lu tout le livre ?
-Non, il manque les deux dernières pages et, en fait, j'allais demander à mon maître si elle connaissait la fin.
-Il manque deux pages ?
-Oui, c'est comme si elles avaient été déchirées. Connaissez-vous la fin de l'histoire, Votre Excellence ?
-Oui. Les deux dernières pages parlent de la fin de l'Atlantide, de son engloutissement et de l'endroit secret où serait caché le trésor royal. Mais ce ne sont que des légendes.
-Je te l'avais dit, Kanon ! Dit Saga en regardant son frère qui écoutait, fasciné, ce que disait Shion.
-Mon maître a toujours raison. C'est son maître qui le lui a appris et il était un atlante. Donc, ce n'est pas une légende. Je vais retrouver ce trésor ! S'exclama Kanon, enthousiaste.
Shion blêmit derrière son masque car, en fait, les deux dernières pages parlaient de l'engloutissement, soit, mais aussi et surtout de l'endroit secret où était caché, après chaque guerre sainte, le trident de Poséidon. Il ne fallait pas qu'il soit découvert. Shion dit au jeune garçon :
-Tu sais, Kanon, cela fait des millénaires que ce livre est ici et, si les deux dernières pages sont déchirées, c'est que quelqu'un a découvert le trésor et l'a dépensé.
-DEPENSE ! Mais c'est une honte, un scandale ! C'est un trésor pour l'humanité et un être a été assez vil pour l'utiliser comme un vulgaire tas de pièces ? S'exclama Kanon, outré.
Saga n'avait jamais vu son frère s'énerver et surtout pas pour un trésor légendaire qui ne devait même pas exister. Alizea, qui passait dans le coin, entendit les rugissements de son ancien élève et demanda :
-D'où viennent ces cris de cochon égorgé ?
-On a volé le trésor des Atlantes et, en plus, on l'a dépensé comme une vulgaire somme d'argent.
-Je me disais bien que cela avait dû se terminer comme cela. Mais j'ai une idée, Kanon, pour te remonter le moral.
-C'est quoi ?
-En se battant, deux apprentis ont dégagé une main en marbre. Alors je me suis dit que ça t'intéresserait peut-être de faire des fouilles !
Les yeux de Kanon brillèrent de la même force que s'il s'était retrouvé devant le trésor des atlantes. Il hocha la tête frénétiquement et s'exclama :
-Je vais me préparer. Je commencerai demain. J'ai hâte d'y être !
-Tu ne commences pas maintenant ?
-Non, je veux prouver à mon frère que je sais faire la cuisine.
-D'accord ! Oh ! D'après la météo, il y a un risque de pluie demain.
-Alors ce sera vraiment un bon exercice pour mes missions futures.
Il partit, après avoir salué son ancien maître ainsi que le Grand Pope avec un immense respect, afin de rejoindre la maison des Gémeaux. Il fut suivi par son frère qui voulait vraiment savoir si Kanon était capable de faire la cuisine. Arrivé là-bas, il décida de faire des œufs mimosa en entrée, puis en plat de résistance, un bœuf mironton accompagné de pommes de terre sautées et comme dessert une tarte aux poires et aux pignons. Saga, assis sur un tabouret, observait son jumeau siffloter en préparant le repas. Il utilisait avec beaucoup de savoir-faire les ustensiles de cuisine. Trois heures après, la tarte refroidissait sur le plan de travail, le bœuf mijotait dans le four, les pommes de terre sautaient dans la poêle tandis que Kanon préparait la mayonnaise. Il travaillait vite et bien, prouvant à son frère qu'il avait de l'expérience dans l'art culinaire. Quand la sauce fut prête, il sortit les œufs de la casserole et utilisa ses pouvoirs de chevalier d'or afin de les dépouiller de leurs coquilles. Il les prépara artistiquement et quand il vit la tête de son frère, il lui dit :
-Un bon plat doit-être appétissant pour les yeux et pour les papilles.
-Oh !
-Tiens, pourrais-tu mettre la table ?
-Heu… Oui.
Il voulut mettre les assiettes sur la table poussiéreuse, et quand Kanon se retourna, il poussa une exclamation d'horreur.
-Mais Saga ! Il faut d'abord nettoyer la table avant de mettre le couvert. Où as-tu appris les manières ?
-Ben heu…
-Bon laisse-moi faire et prends-en de la graine.
Il délaissa son repas puis nettoya la table, la débarrassant de sa poussière. Ensuite, il fouilla dans les placards et trouva une nappe blanche à peu près propre, puis disposa les assiettes, les couverts ainsi qu'un vase avec de belles fleurs qu'il avait vu dans le jardin attenant à la maison des Gémeaux. Cela donnait une atmosphère plus chaleureuse et une pointe de couleur agréable. De part son entraînement avec Alizea, il avait développé une certaine sensibilité au monde et à ses merveilles. Maintenant que tout était prêt, il se tourna vers son frère qui le regardait avec une expression stupéfaite sur les traits de son visage et lui dit :
-Va te laver les mains !
-Heu… oui.
Quand Saga revint, il vit toutes les victuailles posées sur la table. L'odeur était appétissante et il s'en pourléchait d'avance les babines. Kanon s'assit, mais au lieu de se jeter sur la nourriture comme dans sa petite enfance, il joignit ses mains et pria Athéna comme Alizea le faisait avant chaque repas.
-Oh Athéna, je voudrais te remercier pour tous les bienfaits que tu nous as apporté et je te promets d'être digne de tout ce que tu m'as offert. Merci.
Saga lui demanda :
-Tu pries toujours Athéna ?
-Oui, avant chaque repas, pour la remercier de ce qu'elle m'a apporté. Bien, maintenant, mangeons. Bon appétit, Saga.
-Merci Kanon, toi aussi.
Les deux frères se mirent à table et dévorèrent ce qu'avait préparé Kanon. Saga était époustouflé, son frère était un véritable cordon bleu. Son frère, lui, fermait les yeux de plaisir en dégustant ce qu'il avait fait. Sans fausse modestie, il reconnaissait que c'était un véritable délice. Il ne s'était pas trompé dans les proportions. Quand il termina sa part de tarte, il rouvrit les yeux et vit que Saga l'observait, les larmes aux yeux. Kanon lui demanda :
-Que se passe-t-il, Saga ?
-Je suis tellement fier de toi.
-Merci. Répondit Kanon avec un demi-sourire. Bon, tu fais la vaisselle ? Je déteste la faire.
-D'accord, je te dois bien ça. Répondit Saga avec un sourire amusé.
-Merci. Oh ! J'ai nettoyé mes ustensiles donc tu n'auras que le couvert à faire. Pendant ce temps, je vais chercher ma chambre.
-D'accord, prends celle que tu veux.
-Merci !
Kanon, le ventre plein, fouina dans l'appartement et trouva LA chambre. Elle donnait sur la mer. Il eut le privilège de voir le plus beau des panoramas. Le Soleil couchant colorait le domaine de Poséidon d'une magnifique couleur dorée. En fait, c'était comme si la mer était composée d'or. Il était fasciné et murmura ;
-J'aime cette terre, elle donne tellement que nous autres pauvres mortels ne savons pas comment lui rendre la pareille. Toi, tu seras ma chambre.
Elle était très poussiéreuse, mais il ne se laissa pas abattre pas le travail et se mit à l'œuvre. Il ouvrit les fenêtres afin d'aérer. Après presque deux heures de travail, l'odeur de poussière et de renfermé avait fait place à celle des fleurs et des embruns. Quand sa chambre fut propre, il alla prendre une douche et se coucha, complètement épuisé. Il se réveilla fort tard le lendemain, bien après l'heure du repas. Quand il ouvrit les yeux, il surprit son frère à son chevet avec une expression inquiète sur le visage. Il se redressa et lui demanda en fronçant des sourcils :
-Que se passe-t-il ?
-Il est bien plus de midi !
-Je me suis couché à bien plus de minuit. Bailla Kanon.
-Et pourquoi t'es-tu couché aussi tard ?
-Pour dormir dans une chambre propre et fraîche, voilà la raison de mon endormissement tardif ! Répondit Kanon avec un sourire encore un peu ensommeillé.
-C'est ton maître qui t'a appris à parler aussi bien ?
-Oui, elle m'a tout appris. Elle m'a donné un entraînement complet, le plus complet du Sanctuaire. Bon, je vais aller prendre ma douche et m'entraîner. Tu veux le faire avec moi ?
-Oui, ce sera avec plaisir. S'exclama Saga ravi de faire quelque chose avec son frère.
A suivre
