Merci à tous !

Qui aurait cru que Rusard soit un personnage aussi intéressant et qui attirerait autant la foule ?


Où Rusard boit pour oublier.

jeudi 26 septembre

11h00

En me levant j'ai pensé à un moyen de découvrir s'il existait un « Monsieur » Ombrage. C'est vrai, avec cette manie d'appeler les gens par le nom de leur gagne-pain, on ne sait même plus à quoi s'en tenir. Professeur Machin par ci, Professeur Chose par là... Quelle bande de frimeurs. Comme si on m'appelait « Concierge Rusard »...

11h02

Bah, de toute manière on m'appelle rarement, tout court. Les seuls qui me parlent, c'est le PROFESSEUR Dumbledore quand il veut que je lui cire les pompes (littéralement ; je ne mange pas de ce pain-là) et le PROFESSEUR Rogue quand il veut me faire avouer que j'ai tout découvert de son lourd secret.

Pour les autres, je n'existe pas. Je fais partie du décor.

11h03

Comme une plante verte.

11h05

Ça m'est égal ! Ils ne veulent pas de moi, ça tombe bien, c'est pareil pour moi ! (Je n'entends pas par là que moi non plus je ne veux pas de moi).

Bon, revenons à nos boules de poussière. Le piège. Que j'ai sournoisement (mais très habilement) tendu à Dolores.

Elle déambulait d'un pas souple et félin dans un couloir, quand je l'ai interpellée sous un prétexte fallacieux. On a discuté un peu, puis en la quittant je lui ai fait :

- À bientôt, madame... à moins que ce ne soit mademoiselle ? (À partir de dorénavant je suis officiellement surnommé Rusard le Rusé).

Alors elle a éclaté d'un rire sensuel (ce qui arrive souvent aux femmes se trouvant dans mon rayon d'action) et elle a répondu :

- Tant que vous ne m'appelez pas « monsieur », ça va.

Bref, je ne suis pas plus avancé. Elle a ingénieusement évité le piège que je lui avais sournoisement (mais très habilement) tendu.

Elle est aussi Rusard le Rusé que moi.

Quelle femme admirable.

17h00

Je suis tout excité, rapport à mon cours de danse de salon chez Madame Pieddodu ce soir. Dumbledore m'a accordé mon jeudi soir.

En plus, mon horoscope d'aujourd'hui disait : « Ce soir, attendez-vous à faire des ravages ».

Nom d'un grattoir bigarré, ça promet !

J'aihâtej'aihâtej'aihâte.

23h00

Maisqu'est-cequim'aprisqu'est-cequim'aprisqu'est-cequim'apris ?

23h10

Par la Sainte Mère Grattesec, je n'oserai plus jamais sortir de mes appartements.

Pauvre Rusard le Rusé, qu'allait-il faire dans cette galère ?

23h15

Je vais arrêter tout de suite le suspense, parce qu'il n'y a rien de plus agaçant.

Bref, voilà toute l'histoire :

En fait, tout avait bien commencé ; j'étais le seul mâle de l'assemblée, et toutes les jolies dames n'avaient d'yeux que pour moi - les moins jolies aussi, d'ailleurs, à mon grand dam, mais que voulez-vous, on ne contrôle pas son charme ; hé, j'ai fait une rime ! - bref, tout allait pour le mieux, quand soudain, la porte s'est ouverte et quelqu'un a dit :

- Veuillez me pardonner pour ce retard, mesdames.

C'était Rogue.

Il n'a pas eu l'air plus surpris que ça de me voir, mais en passant près de moi il m'a jeté un regard plein de menaces et de sous-entendus, un regard qui disait : « Je sais que tu sais, et je sais aussi que tu sais que je sais, alors ne crois pas que je l'ignore ». Ca fait beaucoup pour un seul regard, je sais, mais ce type-là est très fort.

On a commencé la valse et je faisais de mon mieux pour ignorer Rogue, mais à un moment Madame Pieddodu a dit : « Échangez vos cavalières ! » alors j'ai éjecté Rodolpha Loreyon, mais au lieu de Bérénice Aymé, c'est Rogue qui s'est jeté dans mes bras.

Et il m'a fait un clin d'oeil.

J'ai été tellement choqué que je me suis pris les pieds dans ma cape de soirée et je me suis étalé sur une table pleine de verres. Tout le monde, Rogue compris, a éclaté de rire.

23h20

Mon horoscope avait raison, j'ai fait des ravages. Mais au sens propre. J'ai dû rembourser les dégâts à Madame Pieddodu.

Qu'est-ce que c'est long à écrire, « Madame Pieddodu ».

23h25

Pourtant j'étais sûr d'avoir une touche avec Lisbeth Turner. Et Rogue a tout gâché.

Je n'oserai plus jamais mettre les pieds chez Madame P.

Minuit

À chaque fois que je suis sur le point de m'endormir Madame P. hurle dans ma tête « Échangez vos cavalières ! »

C'est insupportable.

0h10

Je crois qu'un verre me ferait le plus grand bien. Je dois avoir une bouteille de Whisky Pur Feu sous mon lit ; c'est un pur hasard, bien entendu.

0h25

Je crois que le sixième verre était peut-être superflu. Quand j'essaye de me lever les murs tournent autour de moi. Eux aussi ont dû boire un peu trop.

Allez, un petit dernier et au dodo.

0h30

Tiens, un lézard vient d'entrer dans ma chambre. Je vais le faire dégager vite fait. Surtout que ses rayures violettes jurent avec mon papier peint.

0h40

Le lézard s'appelle Gé'a'd. Je pense que c'est « Gérard », mais il vient du Gabon.

0h45

Gérard est un type épatant. Je lui ai proposé un glaçon dans son Whisky Pur Feu, il m'a répondu :

- Jamais de glaçon dans mon whisky, ça p'end t'op de place.

Oui, Gérard le lézard est doué de parole.

1h30

La bouteille est vide, Gérard m'a dit d'aller en chercher une autre à la cuisine.

Les elfes m'ont donné ce que je leur demandais ; ils ont l'air d'avoir une sacrée réserve d'alcool, mais ça ne peut pas être pour eux. Winky, l'elfe qui est arrivée l'année dernière, m'a fait une tartine au pâté de foie. Je l'ai arrosée (la tartine, pas Winky) d'un bon petit cognac, mais en sortant de la cuisine je me suis senti mal. Je crois que le pâté de foie ne me réussit pas.

1h40

Gérard le lézard m'attend, mais je ne me rappelle plus à quel étage se trouve ma chambre.

1h45

Nom d'une corne de brume empaillée, je tourne en rond, me voilà à nouveau devant la cuisine.

Oups, quelqu'un en sort.

1h50

C'était McGonagall. En me voyant, elle a caché quelque chose derrière son dos. Maintenant je sais pour qui les elfes gardent autant de bouteilles en stock. En avisant mon chargement, Sainte Nitouche, elle m'a fait :

- Rusard, ne me dites pas que vous buvez ?

- Ouaip, m'dame, je bois. Je bois pour oublier la mort de Quintius MacBoon.

- Ça fait longtemps que Quintius MacBoon est mort.

- Ça fait longtemps que je bois.

Pour une raison qui m'échappe, McGonagall ne m'a jamais donné l'impression d'être attirée par moi.

1h51

Elle doit être de l'autre côté de la barrière, si j'ose dire.

Bon, en route, Gégé doit s'impatienter.

1h52

À la réflexion, je devrais arrêter de me promener dans les couloirs la nuit. Je découvre trop de secrets sur les respectables habitants de ce castel.

D'abord Rogue le travesti, maintenant McGonagall la poche à gnôle.

Bientôt j'apprendrai que Dumbledore puise dans la caisse pour se payer de nouvelles robes.

1h54

Avec un peu de chance, j'aurai tout oublié demain matin.

2h20

Incroyable comme Gérard peut descendre autant de verres sans être rond comme une queue de pelle.

2h30

Gégé est vraiment un lézard extraordinaire. Il emploie sans arrêt des phrases merveilleuses ; on les croirait sorties d'un livre.

J'ai une idée : je vais faire de lui mon maître à penser. Et peut-être qu'il acceptera de me servir de conseiller privé, pour les fois (pas si rares que ça) où j'ai d'importantes décisions à prendre.

Il me considère déjà comme son ami, la preuve : il me parle de ses problèmes. Pour une fois que je peux avoir une vraie discussion avec quelqu'un.

- Ça fait un mois que je ne pa'le plus à ma femme.

- Ah ? Vous vous êtes disputés ?

- Non, ce qu'il y a c'est que je n'ose pas l'inte''omp'e.

- Moi j'ai pas de femme.

- Tu as bien 'aison, mon ami. Ga'de ta libe'té et ton honneu'.

- Mon honneur, il a été bafoué pas plus tard que tout à l'heure.

Je lui ai raconté toute l'histoire et il a été très compréhensif. Pour un peu j'en aurais pleuré. Si j'avais été une chochotte.

En tout cas, il est de bon conseil. Je lui ai dit que je ne pensais plus retourner aux cours de danse de Madame P., alors il m'a répondu :

vendredi 27 septembre

06h00

Ouille.

06h10

Mal au crâne.

06h20

Je crois que je me suis endormi pendant que Gérard le lézard me parlait, hier soir. Ce n'était pas très poli, j'espère qu'il ne m'en tiendra pas rigueur.

Tiens, d'ailleurs il a disparu.

06h23

C'est tout moi, ça. J'arrive à me faire un ami et à le perdre en une seule soirée.

Je suis Rusard l'Incroyable Repousse-Ami.

06h25

N'empêche, il avait raison. Je dois garder la tête haute, et retourner chez Madame P. jeudi prochain. Attendez, c'est lui qui m'a conseillé ça ou c'est moi qui ai trouvé tout seul ?

En attendant, je dois me lever. Et débarrasser ma chambre de toutes ces bouteilles vides, ça fait vraiment désordre.

15h00

Pas beaucoup de boulot, aujourd'hui. Les gosses se tiennent à carreau. Tant mieux, je ne suis pas exactement en forme.

Comme ça, je peux méditer sur toutes les belles phrases que Gégé le philosophe m'a dites hier soir.

15h02

Je ne vois pas en quoi « L'argent ne fait pas le bonheur, mais il rend le malheur plus sympa » peut m'être utile dans la vie de tous les jours.

Si vous voulez mon avis, Gérard le lézard était un philosophe de pacotille.

15h03

Quel charlatan, ce Gérard.

16h00

En faisant le ménage je n'ai retrouvé qu'un seul verre. Gérard a dû emporter le sien avec lui.

16h03

Quel voleur, ce Gérard.

17h00

J'espère qu'il reviendra ce soir.

samedi 28 septembre

8h00

Il n'est pas revenu.

10h30

Je viens de m'apercevoir que j'ai passé toute la soirée d'hier à attendre la venue d'un lézard rouge aux rayures violettes.

10h31

Je n'ai pas une vie très palpitante.

Il faut que je fasse quelque chose d'intéressant.

14h00

Lundi j'irai à Pré-au-lard, il y a des promotions chez la Mère Grattesec.