Je poste celui-là en même temps car les chapitre 8 et 9 sont en quelque sorte un seul et même chapitre. Or, comme je vais oublier de poster le 9 avant quelques semaines (oups), vous aurez oublié tout ce qui s'était passé dans le 8 (et je ne vous en voudrai pas :-D), et l'effet comique retombera comme un soufflé. Bref. Voilà.


Où Rusard est un sorcier très puissant.

mardi 14 octobre

Milieu de la nuit (pas le temps de regarder l'heure)

Dès que Minerva est partie je me suis jeté à ma table de travail pour composer un poème pour Bumi. Pour l'instant ça donne ça :

Si j'étais une assiette

Tu en serais la porcelaine

Si j'étais une rainette

Tu en serais le chêne

Si j'étais une chaussette

Tu en serais la laine

Si j'étais une cigarette

Tu en serais l'haleine

Si j'étais une bluette

Tu en serais la peine

Si j'étais une barquette

Tu en serais le polypropylène

Si j'étais une femmelette

Tu en serais la gaine

Si j'étais roi de Phuket

Tu serais ma reine.

Plus tard

Tant d'efforts intellectuels m'ont mis en appétit ! Je vais voir si nos amis les elfes ont quelque chose à me proposer. Espérons que je ne tombe pas sur Pochetronne Première.

Encore plus tard

AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAH!

Tété a fait pipi sur mon poème ! Il est fichu !

3h00

J'ose espérer que ce n'était pas là une manière de me faire comprendre ce qu'elle pense de ma poésie.

3h10

Ça devait être pour me dire « Regarde-moi, maître vénéré, je suis là et je suis la seule femme de ta vie ! »

Mais oui ma Tété, tu l'es.

Et tu le seras à jamais si tu continues à saboter toutes mes tentatives d'approche d'autres représentantes de la gent féminine.

6h00

Réveillé en sursaut. Gé'a'd le léza'd m'a encore rendu visite dans mon sommeil. Il m'a dit :

- Les femmes aiment êt'e su'p'ises, et elles aiment que tu leu' mont'es qui c'est qui commande.

Sacré Gégé, il lit en les femmes comme dans un livre.

Bon, je dois trouver quelque chose qui fera à la fois genre « Ahaha ! Tu ne t'y attendais pas à celle-là ! » et « T'as vu qui c'est le plus fort ? ».

6h10

Je vais faire sauter le château.

Hahahahahahahahahahahahahahahahahahahahahahahahahahhahahahahahahahaha !

6h11

Nom d'un soufflé à l'hélium, quel rire de dément ! Il faut absolument que je me maîtrise si je ne veux pas que Bumi me passe sous le nez, terrorisée par cette facette effrayante (et néanmoins intéressante) de moi-même.

Revenons à nos moutons : il y a sûrement dans le cachot de potions de quoi fabriquer un explosif suffisant pour un château de cette taille. Je m'y vois déjà... Sauvant Bumi du château en ruines... Le ministre survolant la zone sinistrée en coléoptère... Il nous apercevrait, vêtus de haillons, agitant les bras dans sa direction, nos corps tremblants serrés l'un contre l'autre... (je parle du corps de Bumi, pas celui du ministre)... Bumi m'appellerait son héros et, cerise sur le gâteau, plus jamais de saleté à nettoyer ! Tout ça grâce à un...

BOUM !

6h12

Par l'oeil de verre de Flitwick ! Par la simple force de ma pensée, j'ai réussi à faire réellement sauter une partie du château ! Ne serais-je pas aussi Cractrilili qu'on le dit ?

Bigre, j'ai même réussi à produire de la fumée... très noire et très épaisse... qui envahit ma chambre... Tousse, tousse… Je dois sortir de là !

6h30

J'ai suivi la source de la fumée, un mouchoir sur la bouche (et sur le museau de Tété. Il ne sera pas dit que Rusard s'est rendu coupable de cruauté sur animal) et elle (la fumée) m'a mené droit chez Rogue ! Il y avait déjà plusieurs élèves qui observaient la scène. Rogue était debout dans l'embrasure de la porte (la porte en question gisait à quelques mètres de là) et tenait à la main... Bilou le hérisson ! Horriblement mutilé ! Comme explosé ! Sur ces entrefaites Dumbledore est arrivé, en chemise de nuit (rose) et il a commencé à interroger Rogue :

- Mais que s'est-il passé, Severus ?

(Pff, quel nom, « Severus », à chaque fois que je l'entends je dois me retenir de rigoler... On n'a pas idée...)

- Boum, a-t-il répondu.

Ah, voilà qui est très explicite ! Merci Severus, la prochaine fois qu'on aura besoin d'une explication détaillée, on fera à nouveau appel à vous !

- Que faisiez-vous avec ce hérisson, Severus ?

J'avais bien une idée, mais je crois que Dumby ne l'aurait pas appréciée. Heureusement, j'ai habilement dissimulé ma crise de rire en une quinte de toux hystérique, pendant que Rogue répondait :

- Je. Boum. Hérisson. Boum. Boum. Rusard.

Mazette ! Mais comment sait-il que je suis le responsable de ce prodigieux tour de magie ? Même moi j'ignorais encore il y a dix minutes que j'étais doté de pouvoirs spiritiques aussi puissants !

Pendant que des Serpentard emmenaient Rogue à l'infirmerie, Dumbledore s'est tourné vers moi avec un air suspicieux.

- À votre avis, qu'a-t-il voulu dire par là ?

J'ai fait l'innocent (je le fais très bien) et j'ai fait semblant d'avoir avalé trop de fumée pour pouvoir parler. Alors Dumbledore a demandé à tous les élèves de libérer les lieux et il est entré dans feue la chambre de Rogue. C'était pas beau à voir, il y avait des gravats partout et des morceaux de parchemin qui volaient encore tristement en l'air, tels des oiseaux qui ont manqué la migration, en quête désespérée d'un arbre où se poser, tel des poissons dont toute la famille a été pêchée et qui cherchent un visage connu dans la foule (les situations dramatiques m'inspirent du lyrisme). Près du lit j'ai trouvé un tas de plastique fondu et, je n'ai pas honte de l'avouer, les larmes me sont montées aux yeux.

Malheureusement je n'avais pas le temps de m'apitoyer sur le sort de quelqu'un d'autre, car le mien était assez préoccupant : malgré la prodigiosité de ce tour de magie que je venais d'accomplir, je ne pense pas que Dumbledore, ce mesquin, m'aurait félicité. Il est plutôt du genre à réprimander les gens qui démolissent les appartements des collègues, lui. Pff.

Pendant que je cherchais un moyen de me sortir de ce pétrin, Dumbledore a dit :

- Il faudra des jours pour tout remettre en état. Vous avez une idée de ce que le professeur Rogue sous-entendait en vous nommant ?

J'ai fait celui qui avait retrouvé la voix (de toute manière, j'ai entendu dire que le vieux Dumbledore sait lire dans les pensées) et j'ai dit :

- Non, monsieur.

À ce moment j'ai aperçu Bilou, que Rogue avait laissé tomber avant qu'on l'emmène à l'infirmerie, et je me suis précipité pour le consoler. Seulement, il y avait quelque chose qui clochait. J'ai montré Bilou à Dumbledore, qui a hoché la tête en silence avec l'air de comprendre quelque chose mais sans dire un mot (qu'est-ce que c'est énervant, ce genre qu'il se donne). Après moult hochements de tête il a enfin dit :

- On dirait que c'est ce hérisson qui a explosé.

Alors la vérité dans toute son horreur a éclaté dans ma tête. À la fois désespéré de découvrir que je n'étais pas l'auteur de ce cataclysme, et soulagé de ne plus risquer le renvoi, j'ai tout expliqué à Dumbledore.

- C'est feu Peeves qui a dû piéger Bilou quand j'ai refusé de le payer hier, il ne pouvait pas se douter que je l'oublierais à cause de la poupée, et quand Rogue a pris Bilou ça doit être à ce moment que BOUM !

Pour la première fois depuis que je le connais, Dumbledore est resté comme deux ronds de flan. Franchement, il est un peu dur de la comprenette par moments. Voilà ce que c'est de faire le malin et de rester sourd aux appels de la retraite.

7h00

Tandis qu'on remontait du cachot de Rogue, Dumbledore m'a fait :

- Heureusement que votre sagacité légendaire (j'aime cet homme) nous a permis de faire toute la lumière sur cette sombre affaire, Argus. Sinon j'aurais dû faire appel à Jessica Bletcher, cette détective que Lucius Malefoy m'avait recommandée au tome 2 - enfin, il y a trois ans - pour résoudre le mystère de la Chambre des secrets, vous vous souvenez ?

Si je me souviens, Tété a failli y laisser la vie, quand même ! Ça me fait penser que je n'ai jamais su ce qui s'est passé ensuite avec cette fameuse Chambre. Penser à me renseigner un jour.

- Ce qui m'aurait un peu contrarié, continuait Dumbledore pendant que je faisais semblant de l'écouter, car elle se fait payer cent gallions de l'heure. Vous vous rendez compte ? Ça rapporte bien, détective privé... Parfois je me dis que je devrais me reconvertir...

Je l'ai laissé délirer jusqu'à ce que vienne le moment de nous séparer. J'étais sur le point d'entrer dans ma chambre quand il a dit :

- Alors je peux compter sur vous, Argus ?

- Pour que faire ? Si c'est pour remettre en état le bureau de Rogue, ça ira, mais ça sera sûrement des heures supplémentaires, il faudra...

- Non, je parle de l'hébergement du professeur Rogue.

Je l'ai invité à continuer d'un haussement de sourcil, plus paniqué à chaque seconde qui passait. Qu'est-ce que c'était que cette histoire ?

- Argus, je pensais que vous faisiez seulement semblant de ne pas m'écouter, pour vous donner un genre, a soupiré Dumbledore. Rogue va habiter chez vous le temps que sa chambre soit remise en état. Il n'y a pas de chauffage dans les pièces autres que les chambres, vous le savez bien.

Je n'en savais rien, parce que je ne savais même pas qu'il y avait le chauffage dans les chambres. Tous les ans, en hiver, j'ai des stalactites qui me pendent du nez, mais bon. On en apprend tous les jours.

- C'est parfait, alors !

Dumbledore a tourné les talons et il s'en est allé d'un pas guilleret.

Je hais cet homme.

16h00

Mauvais côté : je n'ai pas de superpouvoir.

Bon côté : feu Peeves va sûrement se faire renvoyer.

14h00

Pas vu Bumi. De toute manière je n'ai rien à lui proposer. Pas de poème, pas de château en ruine. Pas même le chauffage dans ma chambre, quoi qu'en dise Dumblidou..

En parlant de cet ahuri, j'ai voulu lui faire une blague juste avant le déjeuner, pour me venger. Je m'étais caché dans une armure non loin de son bureau, et quand il est passé devant moi j'ai lancé à voix basse :

- Dumbledore... Dumbledore... Duuuuuuumbleeeeeeedooooooooore...

Sans se retourner il a répondu :

- Je sais que c'est vous, Rusard, et vous imitez très mal le cri de la retraite.

19h00

Rogue était présent au dîner ; il est donc sorti de l'infirmerie et j'aurai l'honneur de sa présence dans mon nid d'am – dans ma chambre, ce soir. J'ai encore essayé de convaincre Dumbledore de le faire habiter ailleurs (chez Hagrid, dans la forêt interdite, ou au Mexique), mais il m'a dit :

- Soyez raisonnable, Argus, le professeur Rogue est un charmant compagnon, et c'est vous qui avez la plus grande chambre du château.

Pff, n'importe quoi, j'ai du mal à passer entre le piano à queue et le sofa quand je veux accéder à ma garde-robe, et pour ouvrir la fenêtre je suis obligé de marcher sur ma piste de bowling.

19h15

Vaudrait mieux que je dissimule mes produits de beauté.

19h16

Mais qu'est-ce que je raconte ? C'est Rogue, mes produits ne risquent rien.

19h17

Sauf peut-être qu'il confonde ma crème de jour avec du cirage.

19h20

Je me demande si je suis censé préparer un petit discours d'accueil ? Pour ne pas qu'il devine que je préfèrerais avaler des Veracrasses crus au persil que partager ma chambrette avec lui.

Je me lance :

« Cher Professeur Rogue, bienvenue. Euh... »

19h22

« Bienvenue » sera suffisant. Maintenant je dois m'entraîner à le dire sans avoir de haut-le-coeur.

19h30

Rogue est arrivé, dans toute sa splendeur (je plaisante), avec un miroir en pied, une malle et un aquarium. Ma parole, il compte s'installer définitivement, ou quoi ? J'ai laissé tomber le discours, au cas où ce soit trop chaleureux pour lui et qu'il ne veuille plus partir.

- Bonsoir Professeur. Vous allez rire, je n'ai pas réussi à vous trouver un lit d'appoint, alors vous allez devoir dormir par terre, c'est dommage, hein ?

Il m'a jeté un regard méprisant (je m'y attendais) et d'un petit coup de baguette, il a fait apparaître un lit d'apparence ma foi très confortable. Tout est beaucoup trop facile, pour ces gens-là : un coup de baguette et ils obtiennent ce qu'ils veulent. Ça leur jouera des tours. Quand j'aurai des enfants, s'ils ne sont pas Cracshabadabada, je ne leur achèterai de baguette qu'à leur majorité, qu'ils apprennent un peu ce que c'est que la vraie vie. Non mais.

19h40

Rogue a installé ses affaires (dans mon immense bonté je lui ai prêté quelques tiroirs et étagères) puis il m'a dit d'un ton solennel :

- Rusard, puisque nous sommes désormais camarades de chambrée, je dois vous présenter Léon. Il est très silencieux et ne vous causera aucun souci tout le temps de notre séjour ici.

Il m'a montré son aquarium, dans lequel se trouvait un petit poisson rouge, et Tété s'est léché les babines. Il faudra que je la surveille, sinon ça va faire des histoires.

Je me suis penché sur Léon, qui - mais je ne le dirai jamais à Rogue - est très mignon, et j'ai remarqué qu'il s'accrochait avec ses nageoires à une petite planche en liège.

- La planche, c'est pour quoi ? ai-je demandé.

- La... ? Ah oui, Léon ne sait pas nager.