Allez, on entre plus dans le vif du sujet !

Ah oui. Dans cette fic, c'est Tsuzuki qui sera le personnage central (je rassure les fans d'Hisoka comme moi, on le verra). En revanche, dans la seconde fic YnM que je suis en train de faire actuellement, ce sera Hisoka qui aura la belle part. J'espère que la suite vous plaira !

Cacacounette : Merci d'avoir laissé un tit mot ! Kiss !


Chapitre 2 : Débuts à Haijaku

Kumamoto, portail du lycée Haijaku, 8 heures 30.

Il faisait vraiment très doux en ce matin de mai à Kumamoto. Une simple bise de vent virevoltait et soulevait avec calme les branchages des arbres qui égayaient la cour dans un bruissement léger. Le ciel était dégagé avec un soleil encore froid qui ne tarderait pas à s'échauffer au courant de la journée. La circulation était dense, les employés se hâtaient pour arriver à l'heure à leur travail et les rues s'emplissaient petit à petit.

Des groupes de lycéens entraient dans l'enceinte de l'établissement tout en bavardant avec animation et entrain, le cartable sous le bras et certains avec un accessoire dont ils auraient besoin pour leur club après les cours : raquette de tennis, instrument de musique, arc de kyûdo… Ils parlaient et riaient en toute insouciance sans prêter attention aux deux personnes qui jaugeaient l'immense bâtiment blanc épuré aux lignes carrées et strictes.

- A croire qu'ils ne sont au courant de rien… marmonna une voix posée.

Une main dans une poche et l'autre refermée autour de la poignée de son cartable, Hisoka scannait rapidement les lieux du regard. Le vert de ses yeux contrastait à la perfection avec la couleur rouge violacé de sa veste d'uniforme. Sa cravate noire bien serrée autour du col blanc de sa chemise faisait écho au pantalon sombre qui soulignait sa silhouette fine et élancée. Et à en juger les gloussements discrets, quelques étudiantes avaient par ailleurs déjà repéré ce très beau garçon au visage si gracieux encore plus raffiné que celui d'une fille. Mais qui était donc cet homme tout aussi élégant à ses côtés ?

Tsuzuki jeta un nouveau coup d'œil à sa montre. Il serait bientôt temps d'y aller. Il passa la main dans ses cheveux plus par nervosité que pour les discipliner. Pourvu qu'il soit à la hauteur.

L'aîné du duo était vraiment très séduisant dans son costume trois pièces aussi sombre que les vêtements qu'il avait pour coutume de porter. Ses souliers cirés et son petit cartable attaché-case lui donnait une allure de cadre supérieur dynamique qui lui seyait à ravir, bien que sa coiffure un peu négligée ne faisait guère sérieux.

Il n'y avait pas que cela d'ailleurs qui était négligé chez Tsuzuki :

- Tsss… Ta cravate, réprimanda Hisoka en la resserrant comme il le fallait autour du col. Quelle incurie pour un prof…

- Ah ? Merci, Hisoka… sourit son partenaire. Je n'ai jamais aimé les vêtements étriqués de toute façon.

L'adolescent termina d'ajuster la cravate puis inspecta brièvement le reste de l'attitude de son camarade. Moui, ça devrait suffire. Il était vraiment pire qu'un gamin pour qu'il ait à s'occuper de lui comme ça.

Ca geste pourtant simple même empreint de hautaineté fit beaucoup plaisir à notre shinigami brun. Heureusement qu'Hisoka était là tout de même. Un petit rien comme celui-ci lui suffisait pour avoir l'agréable pensée de savoir que son partenaire se souciait un peu de lui, même si ça ne se rapportait qu'à l'apparence. Le sourire touché de Tsuzuki devint grand sourire un peu idiot annonciateur d'une énormité grosse comme lui :

- Tu veux que je t'accompagne jusqu'à ta classe ? C'est stressant parfois, une rent…

- Sans façon, Tsuzuki-okaa-san…

Et il avait déjà tracé pour entrer dans la cour, son cartable sur l'épaule, en laissant un Tsuzuki un peu vexé. Hisoka ne savait vraiment pas décliner une proposition sans être désobligeant ! Il eut un soupir de bon perdant. Après tout, il était comme ça !

- Allez ! Go ! s'encouragea-t-il en franchissant le portail.

Le lycée était aussi animé à l'intérieur qu'à l'extérieur. Les couloirs étaient bondés d'élèves qui prenaient le temps de discuter un peu avant le début des cours et beaucoup se retournaient vers cet homme nouvellement débarqué et inconnu du bataillon. Bien souvent, les groupes de filles se taisaient à son passage comme pour se recueillir devant tel visage pendant que les garçons parlaient entre eux à voix basse avec frénésie.

Autant de réactions qui n'aidaient pas vraiment le nouvel enseignant qui se sentait plus perdu qu'autre chose. Il pensa à Hisoka et se demanda comment il pouvait se sentir avec tant de monde autour de lui Le temps filait et il devait vite se rendre à la salle des professeurs. Préférant oublier sa gêne, Tsuzuki s'approcha d'un groupe de quatre jeunes filles qui levèrent de grands yeux émerveillés vers lui :

- Pardonnez-moi, mesdemoiselles, auriez-vous l'amabilité de m'indiquer où se trouve la salle des professeurs, s'il vous plaît ? demanda-t-il avec un sourire courtois.

Il fallut quelques secondes pour qu'elles puissent boire et digérer ses mots et la fille la plus à droite désigna le bout du couloir sans détacher son regard de celui améthyste de son interlocuteur tandis que ses amies hochaient la tête vivement.

- Au bout du couloir… à droite… troisième porte à gauche… C'est écrit, vous ne pouvez pas… vous tromper.

- Thank you ! remercia-t-il avec un clin d'œil enjôleur. J'espère vous avoir dans mes classes. Bonne journée !

Il salua ses informatrices et reprit son chemin sans prêter aux « Kyaaaa ! Qu'il est charmant ! » extasiés que couinaient les très certainement futures présidentes de son fan club.

Tsuzuki trouva bien vite la porte dotée d'une vitre carrée de la salle des professeurs indiquée par un petit panneau juste à côté. Il inspira et expira profondément puis entra.

- Euh… Bonjour ! Je suis le nouveau professeur de littérature, Asato Tsuzuki…

- Ah ! Entrez donc, jeune homme ! lui lança un homme d'âge mûr qui s'avançait vers lui pour s'incliner. Et bienvenue au lycée Haijaku.

- Monsieur le Principal ? Enchanté ! répondit Tsuzuki en s'inclinant à son tour.

Wataru Oppei, le chef de l'établissement était un homme de petite taille proche de la cinquantaine au visage rond et lisse en dépit de ses rides qui striaient son front et creusaient un peu ses joues et à l'air bienveillant. Mais cet apparent calme n'inspirait rien au shinigami qui se rappela que toute personne qui travaillait à Haijaku, élèves, professeurs, comme personnel administratif, était un suspect potentiel. D'autant plus que cette jovialité était très certainement une façade pour cacher son anxiété car Monsieur Oppei ne cessait de se frotter les mains avec agitation.

L'homme se chargea de faire la présentation du corps professoral à la jeune recrue qui n'eut besoin que d'adresser un grand sourire poli pour se mettre toutes les femmes de l'équipe dans la poche. A peine présenté à elles, les professeurs d'anglais, de mathématiques, de sciences et de chimie étaient déjà prêtes à lui préparer ses bentôs.

Les enseignants hommes accueillirent Tsuzuki avec plus de retenue mais avec sincérité lorsqu'un homme à l'air particulièrement sévère s'approcha de lui. C'était un homme d'environ 35 ans au corps massif et au visage fermé par une austérité presque palpable. Ses lèvres maigres et retroussées et ses petits yeux perçants ajoutaient bien la petite touche supplémentaire au total aspect patibulaire que cet homme inspirait.

- Vous serez professeur pour les Terminales ? dit-il d'une voix grave et rêche. Soyez sans pitié avec eux ! A cet âge-là, ils se croient tout permis !

Le principal eut un petit rire nerveux.

- Ah… Tsuzuki-sensei, voici Kotaki Sunaiki. Il enseigne l'histoire-géographie. Un enseignant aux méthodes plutôt… strictes.

- N'hésitez surtout pas à sévir ! reprit l'homme en fronçant les sourcils. Surtout que vous êtes nouveau, ils voudront sûrement vous tester.

- Je… ferai de mon mieux… répondit Tsuzuki avec gêne.

La sonnerie du début des cours retentit dans l'établissement. Dans le couloir, le brouhaha des derniers étudiants à la traîne couvrait celui des enseignants qui prenaient chacun leurs affaires avant de se rendre dans leur classe. Tsuzuki allait faire de même mais préféra d'abord poser une dernière question au principal :

- Oppei-san, y a-t-il autre chose que je dois savoir avant ?

Il décela immédiatement l'éclair de panique traverser le regard fatigué du vieil homme à l'évocation de cette question. Il l'aurait parié. Le principal était au courant du sort de ces quatre élèves assassinés mais avait bien entendu préféré ne pas ébruiter l'affaire, sans doute pour préserver la réputation de son établissement. Les autres professeurs savaient-ils également ?

Le principal secoua la main tout en épongeant un peu son front avec un mouchoir.

- Non, si ce n'est que la cantine n'est pas si mauvaise que ça. Bon courage, Tsuzuki-sensei.

Le jeune homme opina du chef en signe d'assentiment puis se mit en route pour son premier cours. Il plissa les yeux pour réfléchir. Si personne n'était en effet au courant du funeste sort des garçons de Terminale, l'enquête serait plus difficile à mener. Comment interroger discrètement sur un sujet que personne ne connaît ?

Ses pensées monopolisèrent son esprit jusqu'à ce que ses pas le mènent au pas d'une porte blanche vitrée. Tsuzuki leva la tête et lut le petit panneau marqué « T-4 ». Il sourit avec satisfaction. Voilà qu'il allait pouvoir commencer son enquête tout de suite, c'était une bonne chose.

- Bonjour à tous ! chantonna-t-il gaiement en entrant d'un pas décidé.

- Levez-vous ! commanda une voix féminine près de la porte.

Tous les élèves de la classe se levèrent de leur chaise pour imiter la jeune fille aux interminables cheveux roux soyeux qui venait de parler.

- Saluez ! poursuivit-elle.

Ses camarades s'exécutèrent puis s'assirent de nouveau quand elle en donna l'ordre. Tsuzuki les regarda faire, agréablement surpris. Eh bien, pour les rebelles qu'on lui avait décrits, ils étaient assez bien au parfum de la discipline. Il déposa son cartable sur le bureau avant d'écrire son nom au tableau, puis vint se poster contre le devant de sa table pour faire face à ses élèves.

- Je me présente ! annonça-t-il avec son énergie habituelle. Asato Tsuzuki, 26 ans, et autant que les mots, j'adore les pâtisseries ! Ah ah ! Enchanté de vous connaître, j'espère que nous allons faire du bon travail tous ensemble.

Petite prise de température à chaud. La grande majorité des élèves esquissait des sourires amusés par une telle présentation, l'unanimité des filles avait déjà les yeux perdus dans le vague de la contemplation et certains garçons plaisantaient entre eux à voix basse. Personne ne pourrait jamais penser en les voyant ainsi que trois de leurs amis avaient été tués.

Une main levée parmi l'ensemble des élèves assis interpella le jeune enseignant. C'était la jeune fille rousse de tout à l'heure. Il lui fit un petit signe de tête et elle se leva de son siège tout en rejetant sa lourde chevelure dans son dos avec un geste très ample et un peu précieux.

- Tsuzuki-sensei, dit-elle de sa voix légèrement aiguë mais sûre. Au nom de toute la classe, nous vous souhaitons la bienvenue à Haijaku. Je suis la déléguée de la T-4, Ikuyo Sugio.

Tsuzuki s'attarda un peu à la détailler. De taille moyenne, avec de grands yeux clairs qui avaient cette même froideur que celle d'Hisoka quand il était de bien méchante humeur, Ikuyo Sugio était un grand contraste à elle seule : sa chevelure soignée, ses ongles parfaitement manucurés et son visage à la peau parfaite étaient à la hauteur d'une austérité et d'une implacabilité qui sommeillaient en elle. D'abord surpris par telle première impression, Tsuzuki préféra se contenter de l'attention de départ et lui rendit un sourire amical :

- Eh bien, merci pour cet accueil. Mais n'espérez pas que je supprime les devoirs et les contrôles.

Tout le monde s'accorda un petit rire tandis que le jeune homme retournait s'asseoir à son bureau pour ouvrir le cahier de présence et faire l'appel. Il entendit même quelques « Il est drôle, je l'aime bien ! » et « Trop cool, le prof ! » qui le firent pouffer de rire. Peut-être que s'il n'avait pas été shinigami, il aurait pu se réincarner en enseignant ?

- Allez, pour que je me familiarise un peu avec vos visages… Anari Yumiko !

- Présente !

- Atsuchi Keisuke !

- Présent !

L'appel se poursuivit lorsque :

- Hiroi Eisaku…

Tsuzuki s'interrompit en se mordant la lèvre. Eisaku Hiroi ? C'était l'un des trois malheureux avec un coup de hache à l'arrière de la tête. Pourquoi son nom y était encore ? Il traversa la feuille jusqu'en bas et aperçut très vite les noms de Fukuto Ujima et de Junpei Nobe.

La voix d'Ikuyo le tira de sa torpeur.

- Eisaku Hiroi a déménagé précipitamment, semblerait-il, informa-t-elle simplement. Les élèves Fukuto Ujima et Junpei Nobe ont eux aussi quitté l'établissement, on ne sait pas pourquoi. On a simplement oublié d'ôter leurs noms de la feuille d'appel.

- Oh… Très bien… Autant les barrer alors…

Tsuzuki prit sa règle et un crayon et entreprit de rayer les trois noms qui dorénavant ne figureraient plus que dans les registres du Royaume des Morts. Cela lui fit une drôle d'impression de faire cela, il avait le sentiment de les tuer lui-même. Ces adolescents ne pouvaient pas avoir idée de ce qu'il s'était passé, même s'ils pouvaient avoir des doutes. Trois élèves ne quittent pas leur classe aussi précipitamment pour un déménagement ou n'importe quoi qu'autre.

- Sensei ? s'inquiéta une petite brunette au premier rang. Vous ne vous sentez pas bien ?

- Ces trois garçons, ils avaient un lien quelconque ? demanda Tsuzuki en redressant la tête vers ses élèves.

- Et comment ! intervint le dénommé Keisuke Atsuchi. On ne voyait jamais l'un sans les deux autres. Ils étaient inséparables tous les trois, de sacrés amis.

Des amis très proches. On comprenait donc pourquoi on les avait retrouvés tous les trois ensemble quand ils étaient morts, s'ils ne se séparaient pratiquement jamais… Peut-être un règlement de compte entre bandes rivales ? Toutes les pistes étaient exploitables. Hélas, il ne devait pas aller trop vite au risque de trop attirer l'attention sur lui.

Tsuzuki ne fit qu'acquiescer de la tête puis reprit son appel comme si de rien n'était.

- Togochi Yasuko !

Silence.

- Togochi Yasuko ? répéta-t-il en levant le nez de sa feuille.

Tous les étudiants regardaient ailleurs, trop occupés à contempler le dehors ou à relire leur dernier cours pour lui répondre. Le professeur haussa les épaules et fit une croix près du nom de l'absente pour terminer l'appel. Une fois cela fait, il referma le cahier d'un petit geste sec pour attraper un énorme livre.

- Maintenant, accrochez-vous, nous partons pour le monde de la littérature ancienne avec l'étude du Genji Monogatari par Shikibu Murasaki !

Les deux heures de cours s'écoulèrent rapidement et ni Tsuzuki, ni sa Terminale ne vit le temps passer tant la leçon se déroulait dans la légèreté et la bonne humeur. Les élèves étaient tout simplement captivés par la façon d'expliquer de ce jeune professeur qui leur semblait sorti tout droit d'une autre époque et qui, en plus d'être vraiment très beau –pensaient les filles-, avait ce petit truc qui rendait le cours vraiment prenant –disaient plutôt les garçons. Quant à Tsuzuki, l'intérêt que tous lui portaient sans lui avoir fait subir des tests d'entrée le motivait et l'incitait encore plus à les transporter dans ses cours. Il en oublierait presque qu'il était ici pour enquêter sur un meurtrier. Sa popularité pouvait parfois donner des échanges assez cocasses :

- Genji était un véritable homme à femmes. Dommage pour lui, ses avances étaient souvent repoussées ou encore son aimée mourrait. Cela ne l'empêcha pas toutefois un jour de s'inviter dans la chambre d'une femme pour la contraindre à coucher avec lui. Au Japon Médiéval, les femmes…

- Senseiiiiiiiiiiiii ! roucoula une pléiade de filles avec les yeux en cœur. Quel est votre type de femme, à vous ?

- Hé ? M-Moi ? Mais ça ne se dit pas ! s'offusqua Tsuzuki avec un début de rougissement.

- Mais si ! Allez, sensei ! Ou alors, comment serait votre personne idéale ?

Tsuzuki reposa ses notes sur son bureau et croisa les bras pour réfléchir. Son style ? Il n'avait pas spécialement de type préféré. Qu'il était difficile d'être beau. Quand ce n'était pas un docteur psychopathe qui voulait lui sauter dessus, c'était des lycéennes aux phéromones surdéveloppées qui ne le lâchaient pas. Autant répondre.

Il leva les yeux au ciel et cligna des paupières, étonné par l'image qui venait de se glisser devant lui.

- Eh bien… J'aime ses yeux clairs qui lisent en vous, la couleur coquillage nacré de sa peau, la finesse de ses cheveux blonds cendrés… Même quand il crie, il…

- « IL » ?!

Silence branlant où toutes les mâchoires s'entrechoquèrent contre les tables. Tsuzuki se rendit compte de sa bourde et plaqua sa main devant sa bouche, mais c'était trop tard, le mal était déjà fait. Tous ses étudiants avaient les yeux rivés sur lui. Les garçons avaient les zygomatiques qui souffraient de terribles soubresauts et les filles étaient toutes sur le point de fondre en larmes. Elles auraient eu un katana, elles se seraient toutes suicidées sous le coup du seppuku.

Le pauvre professeur ne savait plus quoi dire. Si Hisoka avait été présent, il lui aurait envoyé un stylo en plein milieu du front en lui hurlant d'arrêter de dire des imbécillités, débile !

C'est dans un rire clair et joyeux qu'il se décida à rompre le malaise :

- Oui, « l'être idéal ». Je le verrais bien comme ça. Ah ah ah… Ah…

D'abord encore un peu figés, les adolescents se mirent petit à petit à rire, nerveusement certes, quelque part soulagés. Pour la gente féminine de la T-4, accorder la beauté de cet homme aux yeux envoûtants et au corps si parfait à un autre homme serait galvauder un physique aussi avantageux, bien que, d'un autre côté, aucune femme en ce monde ne serait jamais digne de marcher à son bras. Quelle frousse !

Deux heures plus tard, la sonnerie stridente et ferreuse de la fin des cours résonna dans tout le bâtiment. Tsuzuki referma son exemplaire du Genji Monogatari dans son cartable puis s'occupa de rassembler ses affaires afin de se rendre à son cour suivant.

- Merci à tous pour votre attention, nous reprendrons d…

- Tsuzuki-senseiiiiiiiii !

- Aaaaaah ?!

Un troupeau de mammouths lâchés au gal… Ah non, ce n'était qu'un groupe de filles raides dingues de leur nouveau professeur de littérature qui venaient se lancer à l'assaut de son bureau pour le matraquer de questions, le tout avec des voix suraiguës et ronronnantes :

- Vous voulez que je vous prépare un bentô demain, sensei ?

- Vous avez dit aimer les gâteaux, vous avez une préférence ? Je vous en ramènerai une part !

- Moi deux !

- Moi trois !

Et ça pleuvait de bonnes intentions qui auraient facilement eu raison de la volonté de Tsuzuki si un coup de cartable volant ne lui avait pas percuté son profil gauche avec une telle violence que les sangles s'étaient imprimées sur sa joue. Dans l'encadrement de la salle de classe, Hisoka avait croisé les bras sur sa poitrine et tapait du pied par terre. Visiblement, il était d'une humeur exécrable. Le vert émeraude de ses iris s'était assombri en un vert forêt qui faisait assez peur.

- Vous devez avoir d'autres cours, « sensei »… ironisa-t-il d'une voix bouillonnante de colère.

Une main sur sa joue déformée et rouge écrevisse, Tsuzuki salua ses élèves et remercia les filles pour leur gentillesse, mais elles n'avaient pas à se plier en quatre pour lui –cela dit, la tarte aux pommes reste mon pêché mignon. Il récupéra ses affaires ainsi que le cartable-boulet de canon d'Hisoka et alla le retrouver dans le couloir. Tsuzuki remarqua tout de suite la mauvaise mine de son coéquipier. Il était un peu pâle, fronçait du nez et se massait la nuque avec un regard fuyant. A tous les coups, il…

- Hisoka, ça ne va p.. ?

- La ferme toi, ce n'est pas le moment de m'énerver !! rugit l'adolescent.

Bingo. Il avait bien pensé. Hisoka ne supportait vraiment pas de rester trop longtemps entouré de personnes et encore moins de lycéens insouciants voire puérils. Son don d'empathie en pâtissait et intrinsèquement, son humeur qui était à couper au couteau. Tsuzuki le comprenait. Ce devait être vraiment désagréable de se glisser malgré soi dans la tête d'une tierce personne et d'en lire les pensées ou les émotions.

Notre shinigami brun préféra donc se taire pour ne pas excéder davantage Hisoka, si c'eût été possible, et préféra le laisser parler le premier :

- Tu as eu des infos ? finit par soupirer l'adolescent en jetant un coup d'œil aux Terminales 4 qui bavardaient entre eux avec vivacité.

- J'ai appris des choses intéressantes, oui. Et toi ?

- Hum… Je ne sais pas trop si…

Le jeune homme s'arrêta et donna un coup de coude dans les côtes de son partenaire en lui faisant un petit signe de la tête pour qu'il se retourne. Tsuzuki s'exécuta et vit qu'une jeune fille de sa classe les avait rejoint sur le pas de la porte. Elle avait des cheveux châtain foncé coupés au carré qui retombaient sur ses épaules et ses lunettes aux rebords noirs cachaient presque ses yeux. A la voir jouer avec ses doigts, elle devait vouloir lui dire quelque chose.

- Euh… Kunie… Kunie Manata-san, c'est cela ? se souvint Tsuzuki avec un sourire engageant. Tu as besoin de quelque chose ?

- Oui, sensei. Je souhaiterai vous informer d'une chose…


Mdr, ça m'aurait plu d'avoir un prof comme lui, pas vous ? XD