Aelin ueal : Je te répondrai sur la fic Munashii Kitai, vu que c'est surtout pour celle-ci que tu as reviewé. Par avance, merci !


Chapitre 6 : Surprises inattendues

Le lendemain matin, nous retrouvons notre duo de shinigamis en route pour le lycée Haijaku. Tsuzuki était très motivé ce matin. Sa démarche avait quelque chose de militaire voire robotisée tant il était concentré. A le regarder de biais, Hisoka avait l'impression que son partenaire était déjà à faire son interrogatoire dans son esprit. Cependant, était-ce réellement une bonne idée d'y aller de manière aussi frontale et directe ? Si cela tournait mal, leur couverture serait détruite et il serait plus difficile d'enquêter.

- Arrête de faire cette tête-là, on dirait que tu as avalé un balai, critiqua l'adolescent en levant les yeux au ciel.

Tsuzuki prit enfin conscience de l'air ridicule qu'il avait et se remit à marcher normalement, sans pour autant ne pas desserrer les dents.

- Tu verras, on le trouvera, ce coupable, promit-il en regardant droit devant lui.

Hisoka l'analysa d'un œil discret. Evidemment, ce « coupable » ne désignait en aucun cas Yasuko Togochi. Il était vraiment buté, encore plus obstiné qu'un gamin capricieux. Etait-ce parce que Tsuzuki revoyait en Yasuko sa propre souffrance d'autrefois ? Probablement. Néanmoins, ce terrain pouvait s'avérer dangereux.

- Un conseil… murmura le jeune homme aux yeux émeraude. Ne t'implique pas autant personnellement, ça ne te fera que du mal.

L'homme près de lui baissa un peu la tête. Il le savait, ça. Oui, il ne devait pas mettre trop de sentiments en jeu, mais c'était plus fort que lui. Cette jeune fille, il voulait l'aider comme lui, il aurait voulu qu'on l'aide. Et quelqu'un l'avait fait. Il tourna un peu la tête sur le côté.

C'était lui. C'était Hisoka qui lui avait tendu la main, même de façon indirecte. Le simple fait d'être resté près de lui malgré leurs caractères implacablement antonymes l'avait grandement aidé. Hisoka avait été sa main salvatrice qui l'avait tiré de la mer de sa noirceur.

La grande main de Tsuzuki vint se poser dans les cheveux cendrés du garçon qui en fut tout électrifié.

- Merci, Hisoka.

- Tsuzuki…

Celui-ci le regardait, muet par cette sensation qui s'insufflait en lui tout doucement. Depuis qu'il le connaissait, c'était la toute première fois qu'Hisoka sentait Tsuzuki aussi serein et apaisé. Cette émotion était si légère et douce que son corps tout entier s'était arrêté pour accueillir en chaque parcelle de son être la moindre étincelle de cette flamme qui réchauffait son âme. Tsuzuki le remerciait, oui, mais ce n'était pas que parce qu'il venait de lui donner un conseil. C'était un « merci » général qui retraçait tout leur parcours ensemble jusqu'à présent. Son cœur se pinça. Etait-il réellement digne de recevoir tant de considération ?

Le brouhaha confus et bruyant des conversations des lycéens qui franchissaient les portes du lycée Haijaku reprit petit à petit le dessus sur les pensées du jeune homme. Il cligna des yeux, revenu de sa rêverie éveillée et vit la cour bétonnée de l'établissement qui s'étalait devant eux. Avec tout ça, il n'avait même pas remarqué qu'ils venaient d'arriver.

Les deux jeunes hommes entrèrent dans les locaux où Tsuzuki rencontra sa classe des T-4 qui attendaient déjà devant les laboratoires de chimie, leur premier cours de la matinée.

- Bonjour, Tsuzuki-sensei ! saluèrent-ils en le voyant arriver.

- Bonjour tout le monde ! Alors, vous allez faire sauter Haijaku ?

Les élèves eurent un rire amusé. Alors qu'il laissait son coéquipier s'occuper de répondre à des questions de cours avec quelques étudiants qui voulaient se faire éclaircir certains points dans les leçons de la veille, Hisoka voulut se rendre dans sa classe de mathématiques, mais une étrange sensation lui remonta dans le dos.

Il fit volte-face et n'en crut pas ses yeux à la première seconde. Là-bas, juste au détour du couloir, de l'autre côté de l'allée, une jeune fille se tenait au milieu du passage avec l'air mal assuré d'une proie qui se sentait traquée par une bande de prédateurs redoutables. Il n'avait jamais vu cette fille aux longs cheveux bruns tressés par un ruban et aux yeux moins fendus de ceux des japonais, mais ce brouillard de malaise suffocant qui rôdait autour d'elle, il le connaissait très bien.

L'hikikomori. Elle ressemblait au portrait que Tsuzuki lui avait fait d'elle.

Hisoka s'empressa de donner un coup de coude discret à Tsuzuki qui se retourna. Ses yeux s'agrandirent de stupeur et sa bouche entrouverte eut du mal à laisser sortir un son.

- Yasuko…

Perdue et désorientée par cet environnement qui lui était hostile, Yasuko avait le dos un peu voûté, reste de ces deux semaines d'enfermement. Ses yeux ne parvenaient pas à se fixer sur quelque chose et son regard fuyait sans cesse jusqu'à ce qu'elle aperçoive le visage familier de l'homme de la veille et de ceux de ses camarades de classe dont l'expression faciale était figée.

Au même moment, Hisoka ressentit une violente douleur qui lapidait son corps. Il plaqua les mains sur sa tête, le souffle court. Quel était ce poing d'ondes négatives puissantes qui lui martelait l'esprit ? Ses poumons étaient compressés, son cœur était étiré par une tenaille chauffée à blanc, son âme se décomposait. Sa vue se brouilla. Incapable d'endurer telle souffrance plus longtemps, le jeune homme poussa un hurlement retentissant et s'effondra au sol sous les cris des élèves présents dans le couloir.

- HISOKA ! cria Tsuzuki quand il le vit au sol.

Il s'agenouilla près d'Hisoka dont le visage était couvert de sueur glacée. Ses mains, en plus d'être gelées étaient encore tremblantes quand il en prit une. Mais que venait-il de se passer ?

Déjà réunis en cercle autour de Tsuzuki et d'Hisoka, les élèves échangeaient des murmures animés. Quel malaise foudroyant ! Vous croyez que c'est une crise cardiaque ? Ce n'était pas le nouvel élève un peu surdoué qui venait d'entrer en Terminale ?

- Hisoka ! Hisoka ! appela Tsuzuki en vain.

- Sensei, il faut lui faire du bouche à bouche ! s'exclama une fille aux couettes excentriques.

Gros silence subit. Les garçons avaient pratiquement tous eu une exclamation répugnée mais étrangement, les filles semblaient plutôt impatientes, rouges comme des tomates. A y regarder de plus près, ce jeune garçon était aussi beau que le professeur de littérature, mais avec des traits plus juvéniles. On dirait une poupée sculptée dans la porcelaine la plus précieuse ! Toutes les fans de mangas se dirent alors aussitôt que cette pairing improvisée serait parfaite pour une série de shônen ai. Le grand homme viril et fort avec le plus jeune, androgyne d'aspect et à la carrure plus frêle… Les seme et les uke par excellence !

- Aaaaaah… soupirèrent-elles, les mains sur les joues, en pâmoison.

Se demandant d'abord pourquoi ses étudiantes paraissaient si extasiées alors qu'un élève venait de s'écrouler, Tsuzuki céda à l'urgence de la situation et commença à se pencher vers Hisoka, sans trop savoir ce qu'il allait faire. Son visage était si jeune, si délicat. Et ses cils, ils étaient vraiment plus longs qu'il ne cr…

La force de cinq doigts repliés en poing mus par la force du réflexe instinctif logé dans la semi conscience percuta son nez.

- Me touche pas… pervers…

La main d'Hisoka retomba aussi vite qu'elle s'était dressée et le garçon sombra une deuxième fois dans le noir. A moitié assommé par l'uppercut de son partenaire, Tsuzuki se réveilla par la voix pressante d'un Première qui lui conseillait de vite emmener ce garçon à l'infirmerie. L'homme prit aussitôt Hisoka et se remit debout mais un regard implorant qui pesait sur lui l'arrêta un instant.

Yasuko Togochi le regardait, emplie de peur. Elle gardait son sac serré étroitement contre sa poitrine comme bouée de sauvetage ou au contraire, comme bouclier défensif. Ses yeux lui hurlaient de ne pas la laisser, de venir la chercher pour l'aider à franchir ces derniers mètres si difficiles à traverser. Son visage finit par s'affaisser sous le poids de la résignation. Il avait quelque chose d'important à faire, non ?

- Yasuko-chan, attends ! appela Tsuzuki quand elle s'enfuit en bifurquant dans un autre couloir.

Il serra les dents ! Non ! Il était tellement heureux de la voir revenir ! Le sort s'acharnait contre elle ou quoi ?

- Tsuzuki-sensei, vite ! pressa une nouvelle élève.

- Oui !

Après un dernier regard derrière son épaule dans l'espoir de revoir Yasuko, l'homme tourna les talons et courut jusqu'à l'infirmerie du lycée avec Hisoka toujours inerte contre lui.

† ※ †

- Ca devrait aller. Une barre chocolatée à son réveil et il ira mieux.

- Quel soulagement, merci Daichi-sensei…

Pour Rin Daichi, la jeune infirmière du lycée Haijaku, Hisoka avait été victime d'un malaise vagal assez violent. Il semblait avoir eu une chute subite de la tension et de baisse de rythme cardiaque qui avait provoqué cet évanouissement soudain. Même s'il avait eu tous les symptômes d'un malaise ordinaire, Tsuzuki savait pertinemment que ce n'était pas la réelle cause. Il savait quand Hisoka faisait une surcharge de synchronisation quand il en voyait une.

L'infirmière Daichi retira le brassard pour prendre la tension qu'elle avait enroulé autour du bras d'Hisoka et ôta son stéthoscope de ses oreilles pour rassurer l'enseignant avec un sourire :

- Vous souhaitez le veiller un peu ?

- Si cela ne dérange pas, s'il vous plaît, répondit l'homme assis près du lit.

La jeune femme accepta en opinant du chef puis laissa Tsuzuki seul avec Hisoka.

Les larges fenêtres de l'infirmerie avaient été ouvertes en grand. La brise de vent qui passait au travers soulevait avec légèreté les fins rideaux opaques en une traîne vaporeuse. Le soleil était orienté pile dans l'encadrement des ouvertures. De larges colonnes de lumière chaude s'abattaient dans la pièce blanche baignée de quiétude. Dehors, le chant d'un rossignol venait adoucir la panique intérieure de Tsuzuki qui en avait encore le cœur qui faisait des bonds.

Les coudes sur ses cuisses, le shinigami croisa les mains devant son menton, le regard perdu dans la sérénité endormie de son coéquipier. Hisoka était encore pâle mais ses essoufflements s'étaient calmés et ses mains ne tremblaient plus.

Il fronça les sourcils. Ce cri… Il provenait du plus profond de ses entrailles. Qu'avait-il donc capté comme émotions pour souffrir autant ?

- Serait-ce… Yasuko ? murmura-t-il en se redressant un peu.

Yasuko… Elle était revenue au lycée. C'était impensable, presque miraculeux. Elle était si terrorisée. Et il l'avait abandonnée alors qu'elle le suppliait de venir à son secours. Mais il y avait Hisoka…

Il se leva d'un bond. Hisoka était tiré d'affaire maintenant, il devait retrouver Yasuko pour l'accompagner dans son retour à la vie extérieure, il lui avait prom…

- Tsuzuki-sensei.

Son élan pour aller s'emparer de la poignée de la porte fut brutalement stoppé par la carrure d'armoire à glace de Kotaki Sunaiki. Il ne l'avait même pas entendu entrer…

- Sunaiki-sensei… fit Tsuzuki en se remettant correctement.

L'homme fit glisser ses minuscules yeux froids derrière l'épaule de son interlocuteur et plissa les paupières en découvrant Hisoka allongé sur le lit.

- J'ai appris qu'un élève s'était évanoui dans un couloir…

Tsuzuki plissa les yeux et lui renvoya un regard glacé. Etait-ce son imagination ou il avait perçu une pointe d'ironique satisfaction dans sa voix ? Il n'en oubliait pas que c'était à cause de lui qu'Hisoka avait failli faire un autre malaise la veille. Lui aussi ressentait une certaine pression sur ses épaules quand il était face à Sunaiki. Sans parler de ce qu'il savait maintenant sur lui et de son accident avec l'une des victimes et de son immense haine pour les trois autres garçons. C'était avec un regard plus critique et méfiant que Tsuzuki dévisageait Sunaiki.

Celui-ci fixa encore un peu le malade avec dédain et eut un soupir ennuyé :

- Ah oui… Kurosaki, le petit nouveau de la T-3… Il a une façon froide de répondre qui est vraiment insupportable.

- Il sera très vite remis, répliqua sèchement son homologue d'un ton qui voulait contenir.

L'autre homme émit un grognement mauvais et alla à la fenêtre. La luminosité de la salle avait brutalement diminuée maintenant qu'il occultait le passage du soleil. Il demeura immobile un moment sans rien dire, les mains croisées dans son large dos puis tourna son profil gauche vers Tsuzuki.

- J'ai aussi ouï dire que la déserteuse de la T-4 avait refait surface ?

- Yasuko Togochi ?

- C'est cela, je crois.

Le shinigami serra ses poings dans ses poches pour tempérer ce début de colère qui montait en lui. Cette façon de parler des autres comme s'ils étaient des insectes insignifiants que l'ont pouvait écraser sans vergogne l'insupportait de plus en plus. Ce type était vraiment détestable et Tsuzuki donnait raison à ses classes de vouer une animosité farouche à un tel personnage.

Sunaiki se retourna complètement, les lèvres pincées et les mâchoires serrées, signe chez lui d'agacement :

- Pour qui se prend-elle, cette Togochi ? Le lycée, on y va et on y vient quand on le veut ? cracha-t-il nûment. Pour moi, sécher les cours sans motif est intolérable et encore plus en Terminale, quand on a le diplôme à la fin de l'année ! Des élèves comme elle devraient être virés sans procès. Ils parasitent les étudiants sérieux et font perdre leur temps aux enseignants ! Qu'elle se présente à mon cours et je la renverrai chez elle aussi sec !

La main de Yasuko, jusqu'ici tendue pour toquer à la porte se referma en poing qui retomba le long de son corps. Elle qui voulait prendre des nouvelles du garçon qui s'était effondré et qui accompagnait Tsuzuki-sensei, voici qu'elle ne discernait plus rien à présent. Chaque phrase qu'elle venait d'entendre grossissait en intensité dans sa tête. Elle serrait si fort la poignée de son cartable que son bras en avait mal. Elle le savait. Elle l'avait toujours su. Les professeurs n'en avaient que faire eux aussi. Comme les élèves. Ils étaient tous pareils, tous complices !

Il était tellement scandalisé par ce que ses oreilles venaient de transmettre à son cerveau que Tsuzuki n'entendit pas les lointains pas de course qui s'éloignaient précipitamment derrière la porte de l'infirmerie. Comment un professeur pouvait-il penser cela d'une élève en difficulté ?!

Dans son dos, un faible gémissement de la part d'Hisoka l'informa qu'il devait se calmer ou son partenaire allait encore souffrir. A contrecoeur, Tsuzuki eut à se mordre la langue pour s'empêcher de hurler son indignation et sa révolte. Il ne perdait rien pour attendre, Kotaki Sunaiki…

La sonnerie brisa ses proférations silencieuses. C'était le prétexte qu'il devait saisir immédiatement sinon, il allait faire une bêtise.

- Nous devrions y aller, proposa-t-il d'une voix frémissante en ouvrant la porte. Nous avons cours.

- Allons-y. Je ne commence que cet après-midi, mais j'ai des cours à préparer.

Sunaiki sortit de l'infirmerie sans adresser le moindre regard ni à son collègue ni à Hisoka et s'engouffra dans le couloir déjà redevenu silencieux. Tsuzuki le laissa passer puis se tourna une dernière fois vers le jeune homme alité. Pourvu qu'il se remette vite.

Il fut épineux pour le joyeux professeur de littérature de faire cours tout en conservant sa bonne humeur. La pensée de savoir Hisoka seul dans une chambre d'infirmerie et la réminiscence de son échange avec Sunaiki constituaient pour Tsuzuki un véritable barrage à l'envie d'enseigner. Le cœur n'y était plus. Pourtant, il enchaîna les heures de cours et ses pas finirent par le conduire dans la classe « T-4 ».

- Bonjour. Restez assis, ça ira, annonça-t-il à son entrée avant que la déléguée ne puisse commander ses camarades.

Son premier geste fut de parcourir la salle des yeux et de trouver Yasuko. En vain. Le siège voisin à Kunie Manata était désespérément vide. L'adolescente aux lunettes à bords noirs était d'ailleurs effondrée sur son bureau, la tête dans ses bras. Tsuzuki eut mal pour elle. Elle qui croyait retrouver sa meilleure amie après deux semaines de silence, la douche froide avait été sévère. Quant aux autres élèves, ils guettaient simplement leur professeur pour qu'il fasse l'appel et commence le cours.

- Yasuko Togochi n'est pas là ? demanda-t-il par besoin de bien réaliser.

- Apparemment non, fit une voix tranquille au premier rang.

Ikuyo Sugio délaissa l'inspection de ses ongles pour lever les yeux vers Tsuzuki qui ne comprenait pas une telle désinvolture.

- Pourtant vous l'avez vue comme moi, ce matin, non ?

- Et comme vous, nous l'avons vue s'enfuir à toute jambe, rembarra poliment la déléguée avec cette mine courtoise qui irritait l'homme. Sa phobie de l'école aura eu raison d'elle.

- Silence !!

Tsuzuki se tut, surpris par la fureur qui avait entouré sa voix. Il s'était laissé emporter par ses émotions, peut-être de façon trop violente car les Terminales le dévisageaient avec une surprise marquée. Certains avaient la bouche entrouverte et tout le monde s'était tu. Il détourna la tête puis s'en retourna à son bureau et fit l'appel pour se calmer.

Une fois l'appel fait, Tsuzuki pria les étudiants de prendre leurs manuels mais la déléguée se leva pour prendre la parole. Elle expliqua qu'elle avait reçu les copies d'un précédent contrôle d'histoire et que, comme ils n'avaient pas Sunaiki aujourd'hui, elle demanda au professeur si elle pouvait prendre quelques minutes sur son cours pour donner les notes à ses camarades. Bien qu'encore de mauvaise humeur, Tsuzuki lui donna la permission et la laissa distribuer les copies aux autres. Beaucoup d'élèves firent la moue ou la grimace à la découverte de leur note. Il semblerait que ce cher Sunaiki-sensei s'était montré aussi magnanime qu'à l'accoutumée.

Tout à coup, le bruit d'un lot de feuilles qui tombait sur le carrelage fit relever la tête de Tsuzuki. Ikuyo tenait une copie dans ses mains qui se froissait au contact de ses doigts crispés. Elle était livide, les yeux écarquillés rivés sur sa feuille.

- Sugio-san ? essaya Tsuzuki, imité des élèves qui s'inquiétaient pour leur amie.

- 30 sur 100… Pour cette composition… qui m'a pris… une semaine… de recherches… articula-t-elle, la fureur cassant sa voix chevrotante.

- 30 ? s'horrifia le garçon assis derrière elle. Toi qui n'as jamais en dessous de 90-85…

- Il va me le payer !!! Il n'a pas le droit de rabaisser mes efforts comme ça ! Il paiera ! Kotaki Sunaiki le paiera très cher !!!

Tsuzuki fut abasourdi de voir Ikuyo prise soudainement de démence. Il ne reconnaissait plus la jeune fille raffinée et ravissante qui perdait maintenant son self control et proférait ainsi des menaces avec véhémence. Une chance pour lui, il n'eut pas à intervenir car les amies de l'adolescente parvinrent rapidement à la calmer en lui conseillant d'aller discuter avec Sunaiki plus tard. C'était peut-être une erreur.

Alors Ikuyo s'était rassise à sa place, le visage privé de la moindre expression faciale. Elle fixait un point dans le vide et semblait réfléchir à quelque chose avec beaucoup d'intensité, c'en était assez effrayant.

- Sugio-san, ça ira ? s'enquit Tsuzuki en l'observant depuis son bureau.

- Oui.

Le son de sa voix était robotisé et elle ne l'avait même pas regardé. Cette mauvaise note l'obnubilait vraiment. Tsuzuki demeura interdit. Ikuyo Sugio. Cela faisait beaucoup de visages qu'elle lui montrait. Cependant, ce dernier était particulièrement intéressant. Il avait eu raison de ne pas la mettre de côté. Cette fille avait des facettes trop troubles pour une seule et même personne.

Hormis ces premières minutes enflammées, le cours de littérature se déroula sans autres anicroches. A la sonnerie, Tsuzuki voulut parler à Ikuyo mais cette dernière sortit de la classe si rapidement, sa copie en main, qu'il n'avait pas pu la retenir. Tout ce qu'il put faire était de rassurer un peu Kunie Manata : sa meilleure amie avait fait un grand pas en avant, il était confiant et elle ne devait pas perdre espoir elle non plus.

Ce fut donc avec un bagage lourdement chargé en pensées que Tsuzuki se rendit à son cours suivant avec les Terminales 3. En une matinée seulement, il venait de découvrir les visages les plus sombres des deux personnes qui apparaissaient dans la liste des suspects les plus potentiels. Cela dit, le shinigami imaginait plus Sunaiki en assassin vengeur des principes de l'enseignement qu'Ikuyo en meurtrière qui arrachait les mauvaises herbes qui ne lui plaisaient pas. Tous deux avaient montré leur mépris pour le trio de la T-4, mais cela suffisait-il ?

A son grand bonheur, Hisoka était présent en classe quand il entra dans la salle des T-3. Il était en bien meilleure forme. Son teint blanc avait cédé la place à sa jolie couleur coquillage nacrée originelle et ses yeux éclataient d'un vert profond et vif.

Tsuzuki ne cacha pas son soulagement en le voyant l'épier en train de sortir ses affaires :

- Ravi de vous ravoir parmi nous, Kurosaki-san. Ne forcez pas trop.

- Merci, sensei. On s'est bien occupé de moi.

Le jeune professeur eut un sourire en coin pour ce petit message en sous-entendu puis débuta son cours, la pêche retrouvée par cette bonne nouvelle.

Après seulement une heure de cours, tout se passait sans le moindre problème lorsqu'un hurlement épouvantable explosa dans le couloir. Remis de leur sursaut de peur à l'entente de ce son horrible, les occupants de la classe bondirent de leur siège, en alerte. Tsuzuki fut le plus rapide et tira la porte coulissante pour passer la tête dans le corridor, suivi par Hisoka.

Seule une voix de femme suraiguë leur parvint :

- Au meurtre !!! Sunaiki-sensei a été assassiné !


Prochain chapitre : Le coupable est-il déjà tout trouvé ?